vendredi 28 décembre 2012

Trapist / The Golden Years




TRAPIST est un trio réunissant Martin Siewert (guitare/électronique), Joe Williamson (contrebasse) et Martin Brandlmayr (batterie, percussions et électronique). Le premier joue ou a joué avec Kammerflimmer Kollektief, Taku Sugimoto, Christian Fennesz et a définitivement intégré les rangs de Radian ; le second a joué entre beaucoup d’autres choses avec les superbes Kletka Red (en compagnie de Leonid Sobeylman, Andy Moor et Tony Buck) ; le dernier est l’une des têtes pensantes de Radian mais joue également dans Autistic Daughters (avec Dean Roberts et Werner Dafeldecker) et au sein des géniaux Polwechsel.
Cette joyeuse séance de name dropping n’est pas là pour faire joli mais pour donner quelques points de repères concernant une musique qui se plait à rester inclassable. En particulier la musique de Trapist n’est pas sans rapport avec celles de Radian et d’Autistic Daughters – appelons cela la touche Martin Brandlmayr – mais se démarque de la première en faisant l’éloge quasi permanent de la lenteur et de l’atmosphérique et de la seconde en limitant son caractère pop à quelques bribes mélodiques et surtout en restant purement instrumentale.
Les amateurs de raccourcis lapidaires vous diraient que Trapist c’est un peu du Radian en version post rock mais les choses sont bien plus compliquées – et belles – que cela. Chacun des musiciens joue par petites touches, mini phrases sonores et fragments interrompus qui trouvent des échos chez les deux autres. Cela n’empêche pas l’exposition de thèmes mélodiques (Martin Siewert développe un son vraiment magnifique) mais Trapist rappelle aussi parfois le travail de The Pitch – magnifique combo norvégien/berlinois avec l’ancien batteur de MoHa! – par cette volonté de jouer une musique de flux et de mouvements non prédéterminés par les règles habituelles de la composition occidentale (les similitudes entres les deux groupes sont assez flagrantes sur Walk These Hills Lightly). L’influence de Morton Feldman se fait donc également sentir chez Trapist mais de façon différente mais tout aussi tangible que chez The Pitch, notamment dans l’utilisation axiomatique des silences et des cassures. Les amateurs de raccourcis – oui, toujours les mêmes – vous diraient alors que Trapist est le versant « rock » d’une musique dont The Pitch représente le versant « ambient ».
Reste que Trapist peut être goûté et apprécié juste pour ce qu’il est c'est-à-dire la réunion de trois musiciens ultra-doués et ultra-sensibles. En particulier Joe Williamson dont la contrebasse, jouée à l’archet comme aux doigts, prend un peu plus les devants que précédemment et expose de belles sonorités acoustiques ; il s’agit du seul instrument au sein de Trapist dont le son n’est pas manipulé et la contrebasse constitue en quelque sorte le point de repère d’une musique flottante et délicatement envoutante.

The Golden Years est le troisième album de Trapist et il est publié en LP et CD par Staubgold. Les deux premiers albums du trio sont tout aussi recommandables : le premier, Highway My Friend en 2002, était publié chez hatOLOGY et est désormais difficile à se procurer en dur ; le deuxième, Ballroom en 2004, est lui toujours disponible – et écoutable – auprès de Thrill Jockey.