jeudi 9 juillet 2009

Scanner / Rockets, Unto The Edges Of Edges




















L’entité Scanner existe encore. Je dois souffrir de ce syndrome nombrilisme qui fait que lorsque un musicien/groupe ne sort plus de disques c’est qu’il n’existe plus. Qu’il est mort*. Ou pire : que le type s’est reconverti dans une florissante carrière de cadre supérieur chez Sony -comme James Williamson par exemple, mais maintenant qu’il part à la retraite, il va enfin pouvoir redevenir punk rocker et reprendre sa place dans cette grande farce que sont devenus les Stooges. Donc voilà, aucune nouvelle de Scanner depuis l’album Reason By Heart, Sleep By Twilight publié en 2005 par Bine Music, lequel label publie également ce tout nouveau Rockets, Unto The Edges Of Edges. Quatre années c’est plutôt un lapse de temps assez court mais il a été suffisant pour procéder comme il se doit aux funérailles de Robin Rimbaud (le vrai nom du bonhomme derrière Scanner). Sûrement à cause de la participation du musicien en tant que guitariste au projet Githead, groupe réunissant le Wire Colin Newman et l’ex Minimal Compact Malka Spiegel -une petite horreur poppy cold désuète même pas capable de ranimer à la vie ma flamme nostalgique d’enfant des 80’s. Qu’est ce que j’ai raté entretemps ? Apparemment deux maxis (toujours sur le même label), Teeange Wochen et Moskau Disko plus une ou deux autres galettes en vinyle, rien de grave en soi -pour les affamés et les pointilleux, la discographie complète de Scanner se trouve ici.

Le Scanner dans sa version 2009 n’a plus grand-chose à voir avec le Scanner du début des années 90, celui des trois premiers enregistrements sur Ash International/Touch records, celui de l’album Sulphur (chez Sub Rosa, avec son incroyable maxi Flâneur Electronique) ou des sessions live new-yorkaise, parisienne et londonienne en compagnie de David Shea et Main (toujours sur Sub Rosa). Au fil des années Robin Rimbaud a considérablement étoffé son vocabulaire, usant toujours de voix inconnues (tout en renonçant semble t-il à l’utilisation de scanners de la police destinés à intercepter les conversations sur téléphones cellulaires) mais appuyant de plus en plus ses rythmiques -allant même jusqu’à enregistrer en 2000 un album sous le nom de ScannerFunk, ce qui veut tout dire. Plus de dub aquatique, plus de brumes urbaines, plus d’illbient, moins d’oppression poétique : en s’humanisant la musique de Scanner a rejoint les cohortes de projets electronica sans grande originalité, opérant ce détestable glissement de l’impressionnisme (dans des genres très différents : Gas, Oval, Autechre) vers le cinématographique et le dédié (Gridlock, Ginormous).
Rockets, Unto The Edges Of Edges
entérine le fait que Robin Rimbaud regarde trop la tv et lit beaucoup trop de bouquins avant de composer. Son désir de musicalité et de mélodicité au détriment de la poésie des accidents sonores et des nappes sulfureuses chargées d’electronica minimale n’incite définitivement plus à la rêverie sous éther et/ou à la perte de repères. C’est tellement désagréable d’écouter ce piano renforcé de cordes sur le très grandiloquent Pietas Ilulia. Approfondissant un peu plus cette démarche de lisibilité, Scanner/Robin Rimbaud joue également beaucoup trop de guitare sur ce nouveau disque -et si c’est une conséquence directe de sa participation à Githead alors je hais encore plus ce groupe. Dans le même genre d’idée Michael Gira a été invité à gratouiller sur le premier titre (Sans Soleil) tandis qu’une soprano est venue pousser la chansonnette sur Anna Livia Plurabelle. Rien de franchement ignoble, rien de déroutant et rien de rédhibitoire. Heureusement qu’un titre comme Yellow Plains Under White Hot Blue Sky rappelle que Scanner est aussi un magicien de la suggestion… avant que les synthés en forme de violonades n’interviennent à nouveau. Il va falloir s’habituer (ou pas) à ce côté soyeux et tiède nouveau (définitif ?) chez Scanner. Une bonne grosse paire de pantoufles digitales, en résumé.

* à l’exception de Mickael Jackson : mort-vivant depuis des années, il ne rapportait plus grand-chose à Sony ; désormais enterré en bonne et due forme, il va enfin pouvoir ressortir des disques et engraisser les producteurs


mercredi 8 juillet 2009

Burmese - Potop / split LP




















Historiquement ce split album est sorti avant le 25 centimètres Colony Collapse Disorder. Et il est tout aussi bon, du moins sur sa face Burmese. Publié grâce à deux labels aussi obscurs l’un que l’autre -le macédonien Fuck Yoga records et l’allemand Crucificados Pelo Sistema- ce disque est vraiment un curieux objet, à la pochette taillée n’importe comment dans du gros carton et retenue par un obi avec des inscriptions en alphabet cyrillique (?). Dessus on croit même pouvoir déchiffrer une indication dont on devine qu’elle nous révèle que ce disque est un tirage limité à 600 exemplaires (цєна : 600 дєнари). La photo qui s’étale sur le recto et le verso est granuleuse au possible et d’un morbide oscillant entre une salle d’attente dans un sanatorium pour petites vieilles anorexiques ou l’antichambre du laboratoire d’analyses expérimentales du professeur Josef Mengele.

La face Burmese est tout aussi horrifique que cette image de mort. La musique y est déconstruite, passant du punk braillé (à la Drunk With Guns) du premier titre à quelques surprises chargé d’un faux silence inquiétant avec quand ça redémarre toujours ce sens du grind du pauvre comprenant blasts au rabais et ambiance fond de garage. Du cru et du dru dont les variations d’intensité et de propos rendent la musique de Burmese de plus en plus passionnante, instinctivement dangereuse et à la limite de l’inécoutable. A la limite seulement puisque après ces huit titres de no wave grind, industrielle, tribale, dissonante, fracassée et apocalyptique on arrive à se relever d’entre les morts pour écouter la deuxième face de ce split LP.
De l’autre côté Potop (originaire de Macédoine) se contente de deux longs morceaux. Une longue intro chargée de larsens de guitares grésillantes, une batterie dont on espère qu’elle ne va pas conduire tout ça sur un énième plan doom/sludge des cavernes… l’accélération semble arriver lentement, se transformant elle-même en seconde intro : la musique de Potop est construite par paliers non sans une certaine grandiloquence digne d’un groupe de black metal au ralenti (un groupe de post hard core obscurantiste ?) et avec un son tout dégueu et violemment acide qui donne mal à la tête. Descriptif certes encourageant mais on s’emmerde rapidement face à tant de tergiversations et d’hésitations -ira ? ira pas ?- et finalement Potop fait du surplace. Sympathique et trop attendu/entendu. Et ça ce n’était que le premier titre. Le second est plus direct et classique mais tout aussi banal et fade, les salades racontées par ces macédoniens ne intéressent vraiment pas. Burmese = 10/10 ; Potop = 4/10.


mardi 7 juillet 2009

Burmese / Colony Collapse Disorder

















Je n’y comprendrai jamais rien à l’historique de Burmese. Le groupe s’est séparé en 2006 c’est bien ça ? Et puis il s’est reformé en 2008 avec Weasel Walter fraîchement débarqué à Oakland/Californie ? Ce n’est pas tout à fait exact. Mais tout le détail est , avec précisions discographiques et dates des arrivées et départs de chaque membre. De quoi s’y retrouver ou s’y perdre définitivement. Dernier constat en date : Burmese est toujours constitué de deux bassistes (les deux Mike et les deux seuls membres d’origine dans le groupe), de deux batteurs (dont effectivement Weasel Walter) et d’un chanteur (?). Colony Collapse Disorder publié par Rock Is Hell records est à ce jour l’enregistrement le plus récent du groupe.
C’est aussi celui dont la présentation est la plus jolie. Un 25 centimètres picture disc dans une pochette orange estampillée en bas à gauche du cadavre d’une abeille. A l’intérieur une enveloppe carrée toujours de couleur orange contenant deux cartons, chacun reproduisant le track listing d’une face. Sept titres d’un côté, cinq de l’autre. Avec ça le minimum d’indications -line-up, enregistrement et année (2008)- mais pas une note, pas un merci, rien de rien, fuck off. Le disque en lui-même est magnifique, reproduisant la photo de deux abeilles sur fond d’alvéoles dans une ruche. Burmese serait il devenu un groupe écolo ? Colony Collapse Disorder est une expression qui traduit le phénomène mondial de mort subite et massive qui touche les abeilles et leurs habitations naturelles (ruches) ou pas (essaims). Selon certains marabouts catastrophistes et malfaisants de l’extrême gauche se seraient les prémices d’une catastrophe mondiale sans précédent : comment désormais continuer à fabriquer les miel pops dans des quantités aussi astronomiques qu’auparavant ? Allez, on s’en fout de la fin du monde puisque la musique nous sauvera…
Pas si sûr, en tous les cas, certainement pas celle de Burmese. Laquelle -en complète contradiction avec la jolie présentation du disque- n’a guère évolué depuis les premiers enregistrements avec le frappadingue John Dywer à la batterie ou ce fameux mini album chez Load records. Du grind core swanesque et lo-fi. Je comprends bien qu’il y a au moins deux contradictions dans ce descriptif lapidaire et limité mais le dégueulis métallique et insensé de Burmese ne peut tolérer aucune classification… sauf peut être celle de groupe à aller voir absolument jouer le jour où il passe à côté de chez soi mais ça, on le sait bien, c’est complètement perdu d’avance. Allez bon, pour la route une dernière tentative descriptive : un tiers de Brutal Truth (pour le grind), un tiers d’Headbutt (pour le côté crade et percussif) et un tiers de Missing Foundation (pour l’esprit complètement nihiliste d’une telle entreprise de dynamitage de toutes formes de règles). Tant pis, à la place des miels pops on pourra toujours se baffrer avec les asticots confits récoltés sur les cadavres de nos voisins de pallier ou collègues de boulot une fois l’armageddon survenu -à moins que ce ne soit le nôtre de cadavre qui serve de garde-manger. Mon grand père, paysan rustre et superstitieux, me disait toujours : mange, tu ne sais pas qui te mangera.


lundi 6 juillet 2009

Coalesce / Ox



















Relapse records, le label de l’extrême qui ne fait plus peur qu’à ta mère et à ton grand frère est décidément un label de charognards et de nécrophiles. Après avoir déterré de la fosse publique le cadavre toujours fringant de Brutal Truth, Relapse donne à Coalesce l’occasion de concrétiser une reformation remontant à l’année 2005 et ayant déjà permis au groupe du Kansas d’accoucher d’un excellent single il y a un peu moins de deux ans. Là on en prend carrément pour un album entier intitulé Ox -de la musique de bourrins mais pas pour les bœufs ?
Un vrai album gavé jusqu’à la gueule : quatorze titres et une grosse demi-heure, un exploit pour Coalesce qui dans le passé avait plutôt publié des enregistrements bâtards, trop courts pour être de véritables albums mais trop longs pour être de simples maxis. Aux premiers rangs de ceux-ci, c’est Functioning On Impatience que je place sur la plus haute marche du podium et très loin devant tous les autres. Mais Functioning On Impatience c’est du passé. Oublions-le et oublions surtout les quelques égarements du groupe (tel que There is Nothing New Under the Sun, un album de reprises de Led Zeppelin).
Je ne sais pas ce qu’a donné la prestation de Coalesce lors du passage du groupe à l’édition 2009 du Hellfest -désormais l’un des plus importants rassemblements européens de metal en tous genres faisant comme il se doit et à bon escient l’apologie de l'intolérance, de la sodomie, de la défonce et de deux ou trois autres trucs qui font du bien par où ça passe (et comme si les institutions religieuses de toutes confessions n’avaient jamais imposé leur pouvoir à l’individu par la force et l’intimidation : dogmatisme, vérité absolu, prosélytisme, guerre et action politique coercitive)- donc je ne sais pas ce qu’a donné la prestation de Coalesce au Hellfest 2009 puisqu’à ce sujet (et surtout au sujet du chanteur Sean Ingram) les avis sont très partagés voire contradictoires. Mais sur disque, Coalesce confirme sa grande maîtrise du son et du studio. Le groupe a le don de produire des objets sonores parfaits, à mille lieues des poncifs du metal core dont il serait pourtant grandement responsable. D’ailleurs je me demande toujours pourquoi.
Mesures bizarroïdes, soli de guitare grippés par un art subtil de la dissonance, couple basse/batterie en pivot omnipotent et chant d’aboyeur patenté : tout Coalesce est là, comme aux premiers jours et le premier titre, The Plot Against My Love, remet les pendules à l’heure en trois petites minutes. Après c’est l’innovation qui débarque. Pas grand-chose mais suffisamment pour que cela se remarque et pour que Ox devienne un album encore plus passionnant que tous ses prédécesseurs réunis. En vrac, un peu de chant clair par ici, des chœurs de galériens par là, un interlude bucolique au clair de lune à gauche, une balade instrumentale et d’une discrète tristesse sur la droite… Coalesce aime surprendre pour mieux vous tanner votre gueule d’enfoiré pépère le morceau d’après. Efficacité garantie, résultats inespérés tout comme l’aiguille des vumètres constamment bloquée dans le rouge dès que Coalesce a décidé de tout bétonner. Ce qui est le cas 90 % du temps, ces petites innovations restant minimes bien que significative. Coalesce fait donc ce qu’il fait de mieux : du Coalesce pur et dur, unique et inimitable.