lundi 20 mai 2013

Thee Oh Sees / Floating Coffin




Medication time, medication time, medication time. L’heure de l’offrande (semi)annuelle de John Dwyer et de THEE OH SEES est venue, un peu moins de six mois après un Putrifiers II plutôt routinier mais toujours sympathique. D’ailleurs c’est le principal reproche que l’on peut faire à la musique de John Dwyer en général et de Thee Oh Sees en particulier : effectivement il y a ici de quoi se trémousser, transpirer, mouiller ou bander (rayez les mentions inutiles) mais plus on avance dans le temps et dans la discographie pléthorique du groupe et plus on sent ce relâchement désinvolte et trop gentiment post moderne qui rend Thee Oh Sees de plus en plus formaté et acceptable. On s’en fout ? Allez, on décide encore une fois que l’on s’en fout.
Le nouvel album du groupe s’intitule Floating Coffin, est affublé d’une pochette au kitsch aussi absolu que génial et est publié chez Castle Face, le propre label de John Dwyer, label qui édite et (ré)édite des disques parfois incroyables, comme l’intégralité des enregistrements de Pink & Brown sur un double 12’ tournant à la vitesse de 45rpm – Pink & Brown c’est l’un des premiers groupes de Dwyer, un duo guitare/batterie/hurlements à faire passer Lightning Bolt pour du Bon Jovi (ou du Def Leppard).
Qui y a-t-il donc de nouveau sur Floating Coffin ? Pas grand-chose à la première écoute. Que des ingrédients et assaisonnements déjà utilisés : un peu de flute par ici, un peu, beaucoup, d’orgue et de synthétiseurs par là, des cordes aussi pourquoi pas et un penchant toujours plus avéré pour le versant pop des sixties musicales. Le garage est toujours là mais désormais il sert plus de rempart indestructible que de profession de foi. De même, on retrouve une nouvelle fois Chris Woodhouse à l’enregistrement et à la production tandis que Lars Finberg (ex A-Frames, The Intelligence) vient à nouveau prêter main forte à la guitare ou derrière une seconde batterie. On ne change pas une équipe qui gagne – mais oui, cette chère Brigid Dawson est toujours là et elle chante de plus en plus – et Thee Oh Sees est désormais une sorte d’institution de bienfaisance qui pour l’instant à le vent de la mode* en poupe avec au programme toujours les mêmes ouhouh ouh ou haha hahaha au moment des refrains, le même chant acidulé à la réverb cheapos, les mêmes accords de guitare sur deux notes, la même basse serpentine, etc. De quoi s’assurer le succès et la reconnaissance des masses.
Ce qui différencie peut-être Floating Coffin de ses prédécesseurs c’est l’enrobage sonore général de l’album, avec notamment les guitares qui s’épaississent, qui éclaboussent davantage, John a eu une nouvelle pédale fuzz pour noël. Écoutez un peu ce gras-gras qui surnage à la surface sur l’intro et le riff principal de Toe Cutter/Thumb Buster par exemple ; écoutez aussi ses solos de guitares qui étincèlent et pétaradent tout eu long de l’album. Il y a aussi, dans un tout autre genre, Night Crawler qui dégage une étrangeté à la limite du synthétique. De quoi remettre les pendules à l’heure et faire ravaler leur fiel à toutes celles et tous ceux qui avaient décidé un peu tôt d’enterrer Thee Oh Sees puis de cracher sur la tombe du groupe. Finalement, on a bien eu raison de faire fi de nos appréhensions de vieux routards : Thee Oh Sees, valeur sûre et installée du revival garage/psyché/60’s, est encore capable de bonnes choses.

[Floating Coffin est publié en vinyle et à 500 exemplaires par Castle Face – noir pour les losers, transparent avec des éclats rouges comme des fraises pour les premiers arrivés]

* ça se prononce [hype]

dimanche 19 mai 2013

Comme à la télé : Throbbing Gristle





Pour bien finir cette semaine de chroniques de disques et de live reports placés sous le signe de la bonne humeur et de la fantaisie, rien de tel que l’enregistrement intégral d’un concert donné par THROBBING GRISTLE en mai 1981 à San Francisco.



L’image est certes un peu roots mais le son est vraiment pas si mal et cet enregistrement video, qui n’a rien de rare ou de méconnu, permet sûrement de se faire un commencement de petite idée (etc.) de ce que pouvait être un concert du groupe anglais à l’époque. Encore une fois : merci internet.

samedi 18 mai 2013

Semi Playback / The Album Of The Maturity




Le service Culture Pour Tous de 666rpm avait déjà dit du bien de Top 14 Album, le précédent album de SEMI PLAYBACK et s’apprête à faire de même pour le nouveau, The Album Of The Maturity… L’album de la maturité ? Vraiment ? Allez, à d’autres ! Semi Playback n’a pas beaucoup changé depuis la dernière fois que l’on a croisé le chemin du groupe, ces deux garçons – un batteur à lunettes et un guitariste à lunettes aussi – jouant avec un aplomb désarmant et une désinvolture sans façon que ne possèdent que les gamins totalement inconscients des conneries qu’ils sont en train de perpétrer. Mais ils jouent à quoi ces deux là, exactement ?
Et bien… Semi Playback c’est toujours une musique totalement instrumentale et complètement ludique à base d’une guitare escaladeuse et cascadeuse et d’une batterie qui mitraille – tu as jamais fait ça toi, quand tu étais encore gamin, de gonfler tes joues de bouffe à moitié mâchouillée et de tout recracher d’un coup en appuyant dessus des deux mains pour en foutre de partout et surtout pour que ça vole le plus loin possible ? Et bien c’est l’effet que me fait à chaque fois Semi Playback en général et ce batteur en particulier. Un food fight qui dégénère en pseudo régression musicale assumée.
Là où ça se complique pour certains, c’est qu’il y a également beaucoup de synthétiseur chez Semi Playback, des nappes de synthés de partout et qui dégoulinent, qui s’étalent allègrement avec des dégueulis de sonorités effroyablement kitsch. Un instrument qui bien souvent sur The Album Of The Maturity tient le rôle mélodique principal : on a alors l’impression d’écouter un générique tv crétin collé tel quel sur du math-rock joué à la punk (Don’t Touch My Wings). Dans le cas d’un titre tel que Crackman on pourrait même penser qu’il s’agit d’une reprise d’un groupe français débile de punk à roulettes, les Burning Heads par exemple ou plutôt non, un truc vraiment encore plus pire comme Uncommonmenfrommars, une reprise jouée au bontempi lors d’un cours d’éveil musical dans une classe d’orphelins du bulbe en manque de réinsertion professionnelle.
Semi Playback revendique peut-être le fait de jouer une musique parfaitement écœurante mais le duo le fait avec une telle ingénuité gourmande que l’on plonge aussitôt en sa compagnie au pays des délices électriques et du sucre acidulé – directement la main dans la sac à bonbons, si tu vois ce que je veux dire. Non, tu vois toujours pas ? Et bien, si t’aimes pas ça, retourne manger tes lasagnes à la viande de cheval.

[The Album Of The Maturity est publié en vinyle uniquement par une bande de grands enfants : A Tant Rêver Du Roi, Day Off, Gurdulu records et Suicide Commercial]

vendredi 17 mai 2013

Fun / Massive On Meat b/w Into The Void


FUN est un groupe finlandais pas original pour deux sous mais qui pratique un genre souvent très ardemment défendu dans les colonnes de 666rpm, à savoir le noise-rock typé nineteens et plus précisément le noise-rock made in Chicago croisé Amrep. Quoi ? Encore ? Et bien oui, encore. Alors, écoute-moi bien très cher lecteur : si tu n’es pas content, tu peux toujours aller lire des chroniques de disques ailleurs*, te convertir au hair metal ou au garage gay-friendly à paillettes ou même sortir les poubelles et promener ton chien. De rien.
Fun, donc. Un trio qui ne finasse pas, avec ses guitares tendues du slip et ses rythmiques sèchement nerveuses. Qualité, savoir-faire et tradition, comme on le répète trop très souvent par ici dans un tel cas. Et pour celles et ceux qui ne connaitraient pas Fun, une oreille attentive sur le troisième album du groupe, New 13 (paru en 2010 chez Cut Half records) ne leur ferait pas de mal et leur permettrait de saisir où ce groupe veut en venir.




1 – 3 est un nouveau single de Fun proposant deux titres (il s'agit du premier single d’une série de trois, le deuxième étant attendu pour septembre 2013) et, alors que l’on pouvait s’attendre à une certaine continuité de la part des finlandais, c’est un peu la surprise qui débarque avec Into The Void et son chant presque effacé/atone qui n’aurait pas dépareillé du côté de Slint, donnant une certaine prétention à une composition semble-t-il plus élaborée qu’à l’habitude. Bon, c’est de ma faute aussi, puisque j’ai tout simplement commencé à écouter 1 – 3 par sa deuxième face : l’impression laissée par Into The Void, fut-elle bonne, ne sera peut-être pas celle à retenir pour l’avenir. Mais on verra bien.
Sur la première face, donc, Massive On Meat est du Fun pur jus c'est-à-dire, attention name-dropping, une musique qui emprunte aussi bien à Shellec (le riff qui explose sur le break placé au milieu) qu’à Tar (le côté faussement trainant des couplets). C’est, on l’a déjà dit, pas très original mais c’est foutrement efficace et surtout foutrement bon et c’est bien là le plus important. Et ça fait toujours plaisir d’avoir des nouvelles d’un bon petit groupe comme Fun, un groupe que l’on avait c’est vrai un peu perdu de vu. Bon, l’autre bonne nouvelle c’est aussi que Fun devrait quitter sa Finlande natale et retourner plus au sud de L’Europe dans quelques mois pour y donner une série de concerts…

[1 – 3 est publié en vinyle 7’ (avec coupon de téléchargement) par Cut Half records, Rejuvenation records et Tenzenmen records]

* tiens, si tu veux, là quelque part dans la colonne de droite, il y a une liste de liens avec des trucs à lire (ou pas)

jeudi 16 mai 2013

Seaven Teares / Power Ballads




Je m’imaginais sauter au plafond à l’écoute de Power Ballads, le premier album de SEAVEN TEARES. Ou, plus exactement, j’ai littéralement explosé de joie lorsque j’ai appris que Seaven Teares était en fait un nouveau groupe avec Charlie Looker. Enfin des nouvelles fraîches et du son neuf en provenance de ce garçon, lequel avait un peu surpris tout le monde en annonçant la fin prématurée d’Extra Life – un petit rappel pour les ermites un peu durs de la feuille et mous du cervelet : Extra Life compte seulement trois albums au compteur, dont deux entre le génial et l’indispensable, à savoir Made Flesh (2010) et Dream Seeds (2012).
Extra Life avait ses fanatiques mais aussi ses fervents détracteurs. Et il y a fort à parier qu’avec Seaven Teares et Power Ballads, nombre d’amateurs de Charlie Looker parmi les premiers vont s’empresser d’aller rejoindre les seconds. On aura sûrement tort d’assimiler Seaven Teares comme la suite d’Extra Life (en plus ce « nouveau » projet existerait de fait depuis 2010) mais il est également très difficile de réagir autrement tant on peut également penser qu’Extra Life aura été un groupe important – le plus important de ces cinq dernières années ?
Alors ne tergiversons-pas : Seaven Teares semble être un projet encore plus axé sur les médiévaleries et les kitcheries vocales qu’Extra Life. Tout ce qui plaisait auparavant parce qu’intelligemment agencé avec d’autres éléments se retrouve ici tellement accentué, appuyé, caricaturé presque, que désormais on est à deux doigts de détester ça. Non, rectification : on déteste complètement. Les Power Ballads de Seaven Teares regorgent en effet de flûtes abominables (ou peut-être est-ce de l’orgue ?) et de sons de synthétiseurs à rendre diarrhéique un fan de Vince Clarke. Et donc nulle trace de tension, au sens de strictement aucune électricité, sur les sept titres qui composent ce premier album, mis à part à peine une toute petite surtension sur la reprise-surprise du Them Bones d’Alice In Chains, seul titre à peu près potable de Power Ballads (et un comble quand en plus on n’aime pas particulièrement Alice In Chains, voire que l’on déteste tout simplement cette vieille gloire de Seattle).
On est également pas loin de penser que Charlie Looker n’a pas très bien su s’entourer au sein de Seaven Teares. Passe pour le percussionniste Russell Greenberg – qui ne fait pas grand-chose non plus – par contre on est nettement plus dubitatif en ce qui concerne le multi-instrumentiste Robbie Lee et surtout Amirtha Kidambi qui partage le chant pour moitié avec Charlie Looker. Non seulement sa voix est très difficilement supportable – à titre de comparaison, elle ferait passer Lisa Gerrard pour Diamonda Gallas – mais en plus elle chante tout le temps, soit à l’unisson avec Charlie Looker, soit en canon avec lui et on décèle comme un effet de contagion précieuse et ridicule sur ce dernier. Dès lors, rien y fait : si on rigole jaune au début de l’écoute de Power Ballads, on finit par tout simplement regretter d’avoir eu un jour vent de Seaven Teares. Allez, Charlie, il faut absolument que tu te ressaisisses.

[Power Ballads est publié en vinyle et CD par Northern Spy records]

mercredi 15 mai 2013

Report : Alabaster et Death Engine au Trokson - 08/05/2013




Concert de hardcore noise au Trokson en ce mercredi 8 mai, jour de commémoration de la fin de la grande boucherie internationale, seconde du nom. Un jour férié où il n’y a rien à faire, où il n’y a pas grand monde en ville, d’ailleurs le lendemain aussi la plupart des gens ne travailleront pas, pour cause de prophète mythomane retournant d’où il était prétendument descendu, donc les rues sont vraiment désertes et même parcourir en vélo les cinq ou six kilomètres qui séparent les bureaux de la rédaction de 666rpm du Trokson est un véritable plaisir car on n’y rencontre pas d’automobilistes faisant tout leur possible pour écrabouiller du cycliste pressé et il n’y a pas non plus de piétons suicidaires zigzagant le nez en l’air sur les pistes cyclables.
Comme un vrai jour de mois d’août, la canicule et le taux élevé de mortalité de petits vieux en moins. Il  n’y a que les terrasses des bistrots qui sont remplies de gens plus ou moins désœuvrés. Ouais on est à Lyon et on s’emmerde. Alors ce concert réunissant Alabaster et Death Engine tombe particulièrement bien quand on a besoin d’une bonne séance de défouloir et d’un décrassage auriculaire dans les règles de l’art du lourd.




On ne devrait plus présenter les héros locaux d’ALABASTER, groupe de vétérans lyonnais dévoués à la cause des 90’s et en particulier à ce hardcore noise épais et viscéral qui tabasse et donne mal à la tête. Le premier disque de ces garçons se retrouve souvent sur la platine vinyle du salon hi-tech du département d’écoute de 666rpm, on a déjà vu le groupe au moins trois fois en concert et pourtant on ne s’en lasse pas.
On ne s’en lasse pas malgré le son aux limites assez floues de la cave du Trokson et les habituels problèmes de micro (avec un pétage de matos en bonne et due forme en milieu de set, sûrement la conséquence malheureuse d'une trop forte émission d’ondes négatives) et – comme d’habitude pourrait-on dire mais les habitudes c’est mal – le groupe envoie sévèrement dans un registre à la fois lourd et visqueux. Alabaster ça poisse et pas seulement aux entournures.

A noter que, suite à l’expulsion de Grrrnd Zero de ses locaux de Gerland, le groupe est actuellement à la recherche d’un local de répétition : donc, si votre immeuble possède une cave assez grande et non occupée et si en plus vous détestez vos voisins au point de vouloir les emmerder durablement, n’hésitez pas à contacter Alabaster, des garçons très gentils mais très bruyants et qui n’hésiteront pas à rendre service.




Le groupe d’après vient de Lorient. DEATH ENGINE est un trio qui pratique également le hardcore noise mais dans un registre assez différent d’Alabaster : si les deux groupes aiment autant la lourdeur et se vautrer dans le massif, Death Engine y ajoute une bonne dose de grésillements malsains et de persécution terroriste. Un peu comme si Today Is The Day copulait avec Playing Enemy. Un entrain certain dans la violence musicale et un goût prononcé pour l’ultra-torture sonique qui pourraient presque donner froid dans le dos – et cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un guitariste/chanteur se plier autant en deux, un peu comme le faisait il y a longtemps celui de feu Doppler, donnant mal au dos rien qu’à le regarder faire, dans la position d’une bête acculée mais toujours prête à mordre
Malgré quelques petits trous et autres légères faiblesses d’enchainement entre les titres pour cause d’accordage récalcitrant, la demi-heure qu’a duré le set de Death Engine a été un réel bonheur moment de hargne et de brutalité, une sorte de catalyseur là aussi, une démonstration de fureur à la limite de l’inhumain et une bonne grosse branlée, comme on les aime, de la haine musicale positive en ce sens qu’elle peut aussi vous délivrer de vos propres démons.

Death Engine annonce la publication de son premier (excellent) disque, un 10’ intitulé Amen, pour le mois de juin chez les omniprésents et essentiels Basement Apes et Throatruiner records associés à North Cult records ; en attendant le trio a procédé lui-même à l’édition d’un joli CDr qu’il a vendu pendant sa mini-tournée de printemps et si vous trouvez que l’artwork est génialement moche c’est parce qu’il est l’œuvre d’Hugues Pzzl, également Gentil Organisateur de ce concert lyonnais au Trokson.

[les photos de cette soirée festive et insouciante c’est par ici]