jeudi 12 mai 2011

Report / Roue De Secours et Ed Wood Jr au bar des Capucins






















Premier concert auquel j’assiste depuis le festival Africantape : ce n’est certes pas sans quelques regrets que je me suis abstenu d’aller voir Tim Hecker la semaine dernière au Sonic mais je n’avais pas le courage ni réellement l’envie de retourner au milieu d’un public pour voir un type, aussi doué soit-il, pousser les boutons de son laptop et, qui plus est, j’ai depuis ce mois d’avril gargantuesque pris quelques bonnes résolutions – reste à savoir si elles vont durer ou pas… Les bonnes résolutions en question c’est donc un retour à la case pépère de famille attentionné, qui ne va pas voir plus d’un concert par semaine pour s’occuper davantage de sa progéniture et de leur mère (ah, j’en vois déjà qui rigolent doucement…).
Un seul concert par semaine ? Oui. Mais ça commence mal parce qu’en ce mardi 10 mai 2011, jour de deuil à la gloire d’un vieux social-traitre expert en monarchie républicaine, j’ai le choix entre deux trucs inratables : d’un côté Thee Oh Sees de ce grand adolescent attardé et taré de John Dwyer et de l’autre Ed Wood Jr. Tant pis pour le concert de Thee Oh Sees au Clacson : je vérifierai une autre fois si leur réputation de groupe de scène merdique est justifiée ou si ce ne sont là que de viles critiques de pauvres hipsters prétentieux et revenus de tout (pour l’instant, toutes les personnes ayant assisté à ce concert au Clacson sont dithyrambiquement unanimes pour dire que c’était absolument génial et incroyable et ça je veux bien le croire). Car je choisis de me rendre au Bar des Capucins, sa cave exigüe, ses chiottes à l’étage et sa bière à prix abordable, pour enfin voir Ed Wood Jr en concert. Et la raison de ce choix définitif est toute simple : cela fait de nombreux mois maintenant que je suis en contact avec le guitariste du groupe, que nous nous envoyons des mails d’amour enflammés, aussi maintenant est-il enfin temps de faire connaissance dans la vraie vie… et déjà, on peut le dire, un grand merci à Active Disorder pour ce concert.
















Le concert est prévu pour 20 h 30 mais ça traine, ça traine et il est très difficile de décoller de la terrasse – avec vue imprenable sur les locaux du siège social d’une secte de hippies religieux et fascistes – pour une raison autre que celle d’aller commander une nouvelle bière au bar. Lorsque les deux affreux de Roue De Secours s’installent enfin dans la cave du bar des Capucins tout le monde est déjà plus ou moins chaud, prêt à en découdre un minimum.
C’est déjà le deuxième concert (mais y en aura-t-il un troisième ?) de ces deux ex-Kiruna et le groupe a vu les choses en grand : nouveau titre joué en ouverture, réorganisation en profondeur de la set-list, light-show impressionnant sur le final du concert et le chanteur/guitariste a même songé in extremis à rajouter de nouvelles paroles aux compositions déjà anciennes du groupe, paroles encore trop fraîches pour qu’il s’en souvienne parfaitement (j’ai des preuves).
Musicalement, le groupe est en très net progrès depuis la dernière fois, lorsqu’il avait joué en première partie de Goudron, sûrement galvanisé par la présence au premier rang de son fan club. L’ambiance monte, l’atmosphère s’échauffe et la cave voutée ne tarde à se recouvrir d’une fine couche de condensation perlée à base de transpiration acide et d’odeurs corporelles intenses. L’enthousiasme est à son comble alors que, sur les toutes dernières mesures de l’ultime composition jouée ce soir, le batteur de Roue De Secours, toujours aussi débonnaire mais résolument généreux, ira jusqu’à donner une nouvelle preuve de son doigté inimitable. Bisous les garçons.
















Tout le monde remonte dare-dare à la surface pour vite boire une bière/fumer une clope/pisser un coup/raconter une connerie puis tout le monde redescend pour assister au concert d’Ed Wood Jr. Ces deux beaux gars du nord je les aime déjà, en tous les cas leurs disques ont toujours fait très bonne impression par ici et c’est toujours un sacré plaisir de voir et entendre une musique que l’on aime être concrétisée sur scène. Enfin… de scène il n’en est évidemment pas question, tout le monde est au même niveau, tout le monde colle au plus près du groupe et pour ma part – étant tout près de la batterie – j’aurai l’immense plaisir de me faire vriller les tympans par les coups de cymbales du batteur, batteur à la fois fin et précis et grosse brute épaisse débordant de puissance (merci pour la double pédale).
Ed Wood Jr va donc jouer plus d’une heure, brillamment (quoi que les deux vous auraient expliqué après le concert que, non, ce n’était pas vraiment ça, qu’ils n’étaient pas très en place, blah, blah, blah – l’habituel modestie des artistes jamais contents) et le math rock à tendance noise voire hard core (pour les plus vieux titres) du groupe était juste parfait. Il m’a semblé également qu’Ed Wood Jr jouait de nouvelles compositions, ce qui c’est également révélé exact lors des explications post concert : le duo a plein de nouveaux titres de prêts ou presque, a profité de cette tournée de printemps pour en tester quelques uns, en a même suffisamment en réserve pour enregistrer un nouvel album, ce qu’il va faire dès le mois prochain et Ed Wood Jr a d’ores et déjà prévu de revenir au mois de novembre, après la parution de ce prochain disque. Que des bonnes nouvelles.
Et vu la qualité et l’ambiance lors du concert donné par le groupe aux Capucins, je ne peux que vous inciter à ne pas rater le coche la prochaine fois qu’Ed Wood repassera par ici, avec un peu de chance le groupe ne jouera pas le même soir que Thee Oh Sees ou je ne sais quel truc immanquable (ceci dit, sans ironie aucune).
Je ne vous raconte pas suite de la soirée qui fut plus ou moins animée. Quelques photos floues et dégueulasses de ce concert chaud, humide et arrosé sont visibles ici. La semaine prochaine, si tout va bien : le grand retour de Silent Front.

mercredi 11 mai 2011

Berline0.33 / Planned Obsolescence























On avait déjà parlé de Berline0.33 à propos de Flying Above Scarecrows, un EP de trois titres que le groupe a publié fin 2010. Planned Obsolescence, le premier album de Berline0.33, vient tout juste de sortir sur le label Katatak (qui décidemment poursuit sur une bien belle lancée) et confirme tout le bien que l’on pensait du post punk/noise wave d’un groupe à découvrir sans plus attendre.
Mais, pour être totalement honnête, si on était vraiment ravi et enthousiaste au sujet de Flying Above Scarecrows, on avait également un peu peur de sa suite éventuelle : les trois titres du EP fonctionnaient un peu tous de la même façon, par accentuation, accumulation de tension, répétition implacable, et grâce à un courant ascensionnel que rien ne semblait pouvoir arrêter. Une façon de faire terriblement efficace et convenant parfaitement à un enregistrement de trois titres. Au-delà, le risque aurait sûrement été de provoquer la lassitude, le train-train et tout ce qui fait qu’un disque ne survit pas à quelques écoutes d’abord enthousiastes puis simplement polies, avant de se retrouver remisé dans un coin.
Avec Planned Obsolescence, Berline0.33 démontre que dans le groupe, on ne sait absolument pas ce que signifie les termes d’habitude et de petites manies : on oublie presque l’insistance et le vitriol sous haute pression de Flying Above Scarecrows – qui a posteriori y gagne comme un côté exutoire voire expiatoire – et le groupe se tourne vers une musique encore plus orientée post punk (Guardian Of Trash, Checkpoint ou Anesthesia) et à la froideur accentuée. Berline0.33 reste un groupe implacable et glacé (Swedish Kids ou Company) mais il sait surtout nous surprendre par un côté plus mélodique et accrocheur tout en variant les rythmiques (bon travail du batteur) : le disque est truffé de lignes de basse et de riffs aussi simplement mémorisables que brillamment acérés et les compositions incluent breaks tombant à pic et chorus moulés à la louche. Le côté plus avenant et immédiat de certaines compositions de Planned Obsolescence n’est pourtant qu’un leurre : Berline0.33 ne rigole jamais et termine ça et là son travail de séduction et de capture mort ou vif par des hurlements de colère qui font froid dans le dos (Painkillers And Neonlightings).
Le disque découvre ainsi peu à peu des nouvelles richesses et des jeux d’ombres assez subtils entre la rage et la froideur que l’on ressent toujours en arrière plan et une tournure plus séduisante certes mais surtout vénéneuse, comme un piège trop étroit pour en sortir. Le venin de Planned Obsolescence c’est essentiellement le chant d’Emilie Ik qui, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, a trouvé sa voie entre corrosion caressante et brulure enjôleuse – évidemment on pense parfois et des fois même beaucoup à Lydia Lunch dont elle a repris le côté trainant de vamp destroy et de meurtrière à sang froid.
Planned Obsolescence décèle plein d’autres surprises telles que le synthétiseur faussement guilleret et réellement acide de Untouchable, le gros son de basse granuleux de Socialite et les multiples effets sur la guitare – guitare qui n’est pas pour rien dans la tournure plus post punk d’un disque qui au fil des écoutes s’impose toujours davantage. Titre le plus long, le plus lent et le plus douloureux, Angst est également la meilleure composition d’un disque brillant et terriblement obsédant, composition lors de laquelle toute la colère noire et la rage statuaire et pesante du groupe éclatent au grand jour.

mardi 10 mai 2011

Zeus ! / self titled
























Zeus !, avec un point d’exclamation s’il vous plait. Parce qu’ici, ça ne rigole pas du tout. Cette bouche grande ouverte sur une paire d’amygdales saignantes et une langue baveuse et ornant une pochette d’un goût aussi douteux qu’immonde pourrait bien être la tienne, camarade : à l’écoute de ce disque sans titre la seule chose à faire c’est en effet de se mettre à brailler de bonheur/douleur en même temps que le chanteur (?) de Zeus ! se décide à lâcher quelques onomatopées guerrières/cris indistincts et primaux dans les airs.
Zeus ! est un duo basse/batterie et voix qui dégage les bronches et rafraichit le nez en moins de temps qu’il n’en faut à Lightning Bolt pour composer un album entier de sa soupe disco sautillarde mâtinée de noise gay friendly. Non, avec Zeus ! c’est plutôt du côté de Zu, de Godheadsilo, de Sabot et du grind core qu’il faut aller chercher une quelconque référence pour déterminer d’où pourrait bien provenir autant de rage et de violence contenues dans un écrin aussi parfaitement impeccable que soigneusement délimité. Parce que Zeus ! c’est peut être un (très) gros bordel et du lourd envoyé au travers de la tronche de l’auditeur qui certes n’en demandait pas autant mais c’est surtout une musique sacrément bien en place, carrée, bien découpée, totalement maîtrisée et donc particulièrement efficace : en gros toute la différence avec se faire amputer d’un bras par un psychopathe armé d’un couteau à pain rouillé ou se faire massacrer et désosser la colonne vertébrale par un bucheron armé d’une Husqvarna flambant neuve.
On y croit d’autant plus à ce petit jeu de massacre que question composition, le duo sait varier les plans, a l’intelligence d’énumérer les positions sans tomber dans le fastidieux – tout le contraire d’un Naked City et de son grind musette pour jazzeux haltérophiles – et convoque, en plus des cris gutturaux et inquiétant mentionnés un peu plus haut, quelques invités qui viennent faire monter la sauce davantage encore, si c’était encore possible : un petit peu de glockenspiel par ici pour souligner la brutalité d’une ligne de basse, une chouille de synthétiseur par là pour envelopper le tout d’un soupçon de mystère horrifique, du thérémine pour évoquer quelques catastrophes naturelles mais néanmoins imminentes ou une guitare partant sans prévenir dans un solo de métallurgiste gras du bide et à propos duquel on aurait volontiers tué pour moins que ça. Zeus ! navigue en permanence entre folie dévastatrice et mauvais goût assumé, décadence et destruction sont livrées d’un seul bloc mais avec un kit main libre – voilà un disque aussi salutaire que barré qui ne tombe ni dans la sportivité débile ni la démonstration inutile.

[ci après la litanie de tous les labels qui se sont réunis pour faire publier ce disque et auprès de qui vous pouvez sans aucun doute vous le procurer : All' Dischiallarrembaggio Dischi, Bar La Muerte, Escape From Today, Off-Set, Sangue Dischi, Shove records et Smartz records]

lundi 9 mai 2011

Report : le festival Africantape au Clacson et à Grrrnd Zero























Six mois de préparation intense, de propagande élitiste et de lobbying effronté : les organisateurs (dont je faisais partie) avaient prévu que le Festival Africantape frappe très fort. De nombreuses nuits blanches, quelques hectolitres de houblon macéré mais aussi quelques crises de nerfs – sans compter les péripéties liées à l’annulation des concerts au Rail Théâtre, annulation sur laquelle on ne reviendra pas dans les détails – auront donc été nécessaires à la mise en place d’un évènement à propos duquel on peut déjà dire que toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance d’y assister en sont repartis avec un sourire persistant sur les lèvres et quelques étoiles supplémentaires au fond des yeux (on compte également de nombreuses gueules de bois, quelques bleus et bosses bien placées mais tout ça c’est une autre histoire).
Merci donc aux bénévoles du Clacson et à ceux de Grrrnd Zero qui nous ont aidés. Et donc un grand merci à ces deux salles d’avoir accueilli le festival et en particulier à Marion et au Clacson de nous avoir littéralement porté secours une semaine avant le début des concerts, alors que la location du Rail Théâtre était soudainement annulée, sans cela la première édition du Festival Africantape aurait purement et simplement du être annulée elle aussi.

Faire un report complet et exhaustif ne servirait à rien. Il est peut être très facile de chroniquer des disques sans les avoir écoutés plus d’une demi fois (voire même pas du tout) mais il est au dessus de mes forces de parler réellement d’un festival auquel j’ai mis un peu du mien. Et puis je n’ai pas pu voir tous les groupes jouer, ce que je regrette pour certains d’entre eux. Mais ce n’est rien par rapport au regret qui restera toujours pour nous d’avoir été contraints et forcés de migrer du Rail Théâtre au Clacson, passant d’une jauge de 600 personnes à une jauge de 350, privant ainsi de trop nombreux amateurs de musique de la possibilité d’assister à cet évènement. Que le festival se soit extrêmement bien passé, tant au niveau des groupes, du public, de l’ambiance, de la qualité des concerts et de la surconsommation d’eau de feu n’y changera rien : il restera toujours cette frustration d’avoir échoué à quelque chose de mieux encore. Ci-dessous quelques impressions plus ou moins diffuses et ignoblement subjectives de ces trois jours de folie.






















Vendredi 29 avril. Les portes du Clacson ouvrent à 17h30 et le fastidieux travail de pointage des listings de préventes et de réservations commence. Le festival est d’ores et déjà sold out. La journée débute mal parce que Chevignon fait partie des groupes que j’aurais bien aimé voir quoi qu’il arrive. Malgré l’heure du goûter les fans du groupe sont venus en nombre, les vibrations qui remontent de la salle située au sous-sol ne me disent que du bon et je me console en me disant qu’heureusement je pourrai (re)voir Chevignon en première partie d’Oxbow le 27 mai prochain à l’Epicerie Moderne (Chevignon + Oxbow cela ne s’invente pas). Je n’aurai pas plus de chance avec Ventura (que je vais juste entr’apercevoir) et Honey For Petzi que j’aurais aimé enfin découvrir sur scène – la venue du groupe avait suscité de telles réactions de joie que cela avait fini par éveiller toute ma curiosité.
Par contre je vais assister à un petit quart d’heure du concert de Chevreuil Sakit (c'est-à-dire le duo que tout le monde connait en compagnie de Mitch Cheney de Rumah Sakit et de Hey! Tonal) et ce fut suffisant pour me rendre compte que la présence de ce guitariste de génie booste littéralement un groupe déjà très bon au départ. J’assiste également à la totalité du concert de Ned. Les lyonnais auraient du ce soir fêter la release party de leur nouveau et excellent album, Bon Sauvage. Mais, avec le changement de salle in extremis, beaucoup de leurs amis n’ont pas pu assister au concert. Sur scène la prestation du groupe est correcte même si on sent les Ned malgré tout quelque peu tendus. Cela n’empêche pas les tubes du groupe de passer comme une lettre à la poste (le génial Wanna Be Beta City) et je suis sûr que tout fonctionnera beaucoup mieux la prochaine fois.
Je fais volontairement l’impasse sur les Marvin que j’ai vus la semaine précédente lors du deuxième soir du Fuckfest et qui repasseront à Lyon le 8 juillet au Périscope ainsi que sur Aucan dont je déteste le dernier disque en date (les premiers également, je vous dirais) et je ne vois vraiment pas l’intérêt de me les taper une fois de plus en concert.






















Samedi 30 avril. Ouverture des portes encore plus tôt que la veille, à 16h30. Encore un regret avec Io Monade Stanca que je ne pourrai pas voir. Je suis par contre très impressionné par ce que je vois et entends du metal progressif et mathématique – presque à la façon d’un Keelhaul – de Tormenta qui ce soir joue en formation à quatre. Le disque a été enregistré à trois, le noyau dur du groupe est constitué de deux personnes et après le concert le guitariste barbichu m’expliquera que Tormenta est un projet évolutif en fonction de leurs envies et possibilités.
J’enchaine avec un petit peu de Papaye. Le disque est déjà bon mais en concert ces trois garçons pètent carrément un câble, tout particulièrement ce guitariste échappé de Komandant Cobra qui fait des petits miracles avec le bout de ses doigts. Et puis JB de Pneu dans en registre moins frénétique mais tout aussi puissant à la batterie ce n’est pas mal non plus. Je lâche l’affaire avec Three Second Kiss que j’aurais pourtant revu non sans curiosité, après une expérience désastreuse il y a quelques années au Sonic. Mais je ne fais que passer dans la salle et ne peux voir ni écouter grand-chose. Je peux m’attarder un peu plus sur The Cesarians, séduit par le groupe mais déçu par le son qui manque de luxuriance et ayant tendance à trouver que ce chanteur en fait un peu trop malgré un charisme évident. Je quitte la salle dès que le groupe a interprété I’m With God, d’ores et déjà élue plus belle chanson de l’année 2011.
En fait je voulais me réserver pour Big’n et j’ai eu raison. Le groupe va jouer la plupart de ses tubes avec une rage incandescente qui va consumer le public de passion et de folie. Certains, en ressortant de la salle, iront même jusqu’à dire que ce fut l’un des 10 meilleurs concerts de leur vie, chose que j’ai aussi surement pensée et dite sur le coup, dans un de ces moments de plénitude bordélique et confuse qui donne envie que cela ne s’arrête jamais. Pourtant Big’n prétend que ce fut là son ultime concert, le groupe avait déjà annoncé la couleur lors de sa première date française à Rennes et le bassiste ne s’est pas privé de tout foutre en l’air, dans un geste irrémédiable, touchant mais complètement flippant. Après la dévastation selon Big’n, les pitreries de Oxes paraissent forcément bien fades, surtout que les trois de Baltimore n’ont rien changé depuis 10 ans, sauf qu’ils ont maintenant l’air d’être de vrais clowns sans conviction et ce ne sont pas quelques Big’n revenus en guest sur scène qui ont relevé le niveau. Tant pis.

Un after impromptu se déroulera ensuite à Grrrnd Zero (si mes informations sont bonnes il y a Pneu et Burne qui ont alors joué), after qui du point de vue de l’organisation n’était sans doute pas des plus pertinents – autant vous dire qu’il y a eu et qu’il y a encore débat – et auquel je n’ai pas assisté, bloqué que j’étais au Clacson en compagnie de quelques autres membres éminents de l’équipe, puisqu’il fallait rendre la salle en bon état.





















Dimanche 1er mai. Suite au changement de salle cette dernière soirée est devenue payante. Tout se passe à Grrrnd Zero et c’est le retour de la fastidieuse litanie des entrées, à partir de 16 heures. Par contre c’est le jour où labels et distros viennent s’installer – certains ne sont finalement pas venus, c’est dommage – et on peut également admirer les premiers clichés pris par Romain Item lors des deux premiers soirs du festival. C’est pendant cet après-midi là que l’on va le plus pouvoir papoter et raconter n’importe quoi avec des personnes que finalement on connait assez mal. Quelques chouettes rencontres…

Les concerts débutent à 19 heures avec Sheik Anorak. Franck aime faire évoluer son set selon les occasions qui se présentent et pour cette date Africantape il a particulièrement travaillé sur un troisième titre, sous haute influence Mike Barr/Orthrelm. Comme d’habitude (pourrait-on dire) tout ça est vraiment excellent et Sheik Anorak convainc allègrement un public qui ne s’était pas spécialement déplacé pour lui. Alexis Gideon se taille également un bon petit succès. Passe Montagne me passe (sic) au dessus la tête, je suis à nouveau trop loin, trop au fond et pas assez souvent dans la salle pour gouter à la musique satanique du trio.
Par contre je suis devant pour Extra Life. Ma déception est énorme. Le groupe a perdu son bassiste, le violoniste s’est mis à la guitare et avec le chanteur/claviers/guitariste ils tentent de pallier à l’absence de la basse à l’aide d’octavers. Mais surtout les nouvelles compositions du EP Ripped Heart, très orientées synth pop 80’s, ont vraiment du mal à passer en concert (j’ai depuis écouté le disque et je le trouve presque merveilleux…). Le chant me parait également nettement moins aventureux, moins médiéval en fait, et Extra Life s’est transformé en groupe de pop presque gentillet et propre, nettement moins bon et charismatique que lors de sa précédente venue au Sonic. Espérons qu’un futur concert me refera changer d’avis.
Qui a déjà vu The Conformists en concert (ou plus simplement sur une video) peut rapidement se rendre compte que le chanteur taré et tatoué du groupe n’est pas sur scène. C’est un autre type qui tient le micro et là, ça fait un peu peur… Pour des raisons aussi personnelles que familiales Mickael est resté à la maison dans le Missouri et a été remplacé par un vieux copain du groupe qui mettra un peu de temps avant de trouver ses marques (ce soir c’est la première date de The Conformists en Europe avec ce line-up de secours) tout comme le groupe mettra un peu de temps à faire décoller sa noise dadaïste et foutraque. Puis ce fut tout simplement excellent et on a même finit par oublier le changement de chanteur. Allez voir ce putain de groupe qui manie l’absurdité avec art, lorsqu’il passera vers chez vous.

Et après ? Après un joyeux tandem de DJs a fait danser les foules jusqu’à point d’heure. Puis le lendemain il a fallu ranger, nettoyer et toutes ces choses qui déjà nous emmerdent lorsque on doit les faire à la maison. Merci à tous les groupes, merci aux gens – même à ceux à qui j’ai à peine eu le temps de parler – et surtout merci aux forces obscures et laborieuses du festival (elles se reconnaitront). Thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, thank you, THANK YOU.

vendredi 6 mai 2011

K-Branding / Alliance






















Deux années après Facial, un premier album plus que remarqué bien que non exempt de quelques tout petits défaut, K-Branding revient avec un deuxième enregistrement, toujours chez Humpty-Dumpty records. Bien plus sombre que son prédécesseur – oui c’est possible – et surtout infiniment mieux maîtrisé, Alliance poursuit le propos du groupe tout en le resserrant mais aussi en l’étoffant par ailleurs, en explorant quelques voies supplémentaires. Il y a donc moins de tribalisme et de digressions free au programme de Facial mais plus de musique industrielle réfrigérée (nappes de bruits, voix menaçantes et saxophone sur Astral Feelings : on reconnait une certaine filiation avec Throbbing Gristle et le cornet de Cosey Fanni-Tutti ou de Peter Christopherson) et pourquoi pas aussi quelques touches de cold wave parcourant des compositions moins marquées par le chaos et la verve d’un rock bruitiste et sans pitié.
Du coup il y a également moins d’hésitation que sur Facial et plus aucun moment de flottement, d’éclatement du propos ou de patafatras purement explosif. Le disque distille une violence d’autant plus sourde qu’elle est mâtinée d’une froideur semble-t-il calculée et davantage axée sur les sons synthétiques (Gefahr et Blurred Vision, étrange croisement entre Suicide et les Deity Guns). Mais comme K-Branding ne semble pas aimer et désirer aller dans une seule et unique direction et comme le groupe est décidemment toujours un bouillonnant mélange d’influences et de colorations – à l’image de l’instrumentation, plutôt variée : guitare, électronique, synthétiseur, effets divers, percussions, batterie et voix – les influences autres que celles liées au Zyklon-B refroidissant cher aux ancêtres de la musique industrielle des années 80 refont surface ça et là.
Le tribalisme s’est simplement mué en cycle obsédant et presque irréel (Empirism, Assente Cultura) tandis que le free est désormais au service d’une cold wave rafistolée (Japaner Sein) ou parfois d’une no-wave synthétique (encore Assente Cultura). K-Branding arrive parfois à faire penser à Circle X (période Prehistory) croisé avec les tous premiers Siglo XX, groupe belge désormais presque oublié mais pourtant à recouvrir d’urgence. Ce qui frappe également c’est qu’une composition de K-Branding n’est jamais monochrome : un titre se termine rarement comme il avait commencé et on a souvent des (bonnes) surprises au milieu. Le groupe ne semble pourtant jamais hésiter, rappelant que l’aventurisme, même hérité de langages appartenant au passé, est toujours source de stupeur et d’intérêt chez l’auditeur, à condition bien sûr d’être maîtrisé, ce qui est ici le cas. A ce titre l’introductif Japaner Sein a presque valeur de programme.

jeudi 5 mai 2011

Report : Fuckfest #3, deuxième jour























Sans que je sache trop comment je me retrouve après la première soirée du Fuckfest à l’autre bout de Paris, tout au sud, du côté de Malakoff, à la soirée d’une jeune fille que je ne connais pas et qui fête ses vingt ans avec des amis que je ne connais pas non plus. La musique est atroce, l’alcool aussi mais j’en bois quand même et je somnole en attendant le premier métro qui me ramènera du côté de l’appartement que l’on m’a prêté pour le week-end. A mon réveil, après quelques heures seulement de sommeil et une bonne douche, ma logeuse du moment entreprend de me soigner à l’aide d’une vodka subtilement parfumée au caramel et dont depuis je n’arrête pas de rêver la nuit. Le début de l’après-midi se passe ainsi doucement, à rester avachi et à profiter de la chaleur du printemps, dans un appartement au sixième étage d’un immeuble de Ménilmontant.
Puis c’est l’heure du départ. Je retrouve mon chemin sans trop me perdre cette fois, j’évite soigneusement les puces de Clignancourt où j’allais acheter mes disques quand je n’étais qu’un gamin séchant le collège et le lycée et j’arrive à Mains d’Œuvres – ma tête de déterré va en faire rire plus d’un et plus d’une. Il ne me reste plus qu’à comater, tenir un stand de lunettes et boire du café pour éliminer toutes ces toxines et ce sentiment de gène qui m’empêchent de… de quoi au fait ? Rien, je n'ai rien à faire si ce n’est me taper une nouvelle soirée de concerts. Le bonheur continue.















Et le bonheur c’est déjà Ultracoït, quatre garçons plus ou moins beaux, forts, grands, musclés, tatoués mais tous en slip – avec la réserve de médiators planquée dans la poche kangourou, la grande classe, quoi – et masqués de latex façon catcheurs S/M. Ils arrivent sur scène enchainés par une maitresse de cérémonie qui pendant tout le concert présentera des panneaux avec les titres des morceaux écrits dessus tout en prenant des allures mi suggestives de grande prêtresse (dans le détail ça donne quelque chose comme Introduire, Good Girl, Le Notaire, Dickheads ou Do You Wanna ?).
La blague fonctionne d’autant mieux que par derrière – si je puis dire – Ultracoït maitrise parfaitement son sujet c'est-à-dire une bonne grosse noise épaisse et grasse devant beaucoup à Unsane (et vous me direz des nouvelles de cette basse). Mais il y a de la finesse sous cette avalanche de brutalité et de bestialité, le groupe devient vraiment bon sur les passages pendant lesquels les deux guitares se comptent mutuellement fleurette et baisouillent plus délicatement. Ultracoït vient tout juste de publier chez Rejuvenation The Sperm EP, un mini album de six titres et donc un disque dont nous reparlerons bientôt.






















La Race joue tout de suite après, un peu en avance même sur le timing de la soirée. Les trois musiciens (dont deux Headwar) se sont installés au sol, en triangle, et se regardent pendant que le public les entoure. Je suis assez surpris qu’il n’y ait qu’une seule guitare – celle de Pavel, auparavant dans Death To Pigs – et que Romain – qui joue de la guitare, de la basse ou du synthé dans Headwar – ne fasse que chanter. Mais je ne vais pas m’attarder très longtemps sur ce genre de détails car La Race en concert c’est un déluge de sons abrasifs et stridents sur un fond de rythmes tribaux et méchants tandis que la voix, quasiment tout le temps hurlée, plutôt rauque, invective et crache sans cesse.
Un moment vraiment fort et assez phénoménal de lumière blanche et aveuglante, de rage crue et de violence sonique – les deux titres du récent 12 pouces publié par le groupe ressortent magistralement en concert, surtout Stefan Eicher doit mourir. Je ne le sais pas encore mais La Race a assuré l’un des deux meilleurs concerts de cette deuxième soirée du Fuckfest.






















Place à Aerôflôt. Le contraste est saisissant avec La Race : deux synthés, une guitare, une batterie (tenue par un garçon qui désormais joue également dans Year Of No Light) et du chant. Musicalement aussi cela n’a rien à voir, Aerôflôt c’est même plutôt indéfinissable, mélange de post punk, de groove épileptique, de frénésie cavalière et de new wave sirupeuse. Tout ce qu’il faut pour faire danser et tendre les foules mais cela ne prend absolument pas. Le public reste d’une froideur inflexible et d’un stoïcisme distant qui plombe l’ambiance.
Et plus le groupe se démène, plus on pédale dans le vide, le gouffre s’ouvrant de plus en plus profondément entre la musique d’Aerôflôt et celles et ceux qui auraient du l’écouter et danser dessus. La prétention bordelaise versus la froideur parisienne ? Allons bon, c’est un lyonnais qui vous parle. Tout ceci me semble d’autant plus incompréhensible qu’Aerôflôt a été aussi bon voire même meilleur que les deux derniers groupes de la soirée qui eux ont récolté tous les lauriers.















Retour au centre de la salle de Mains d’Œuvres avec Headwar qui joue au sol. On retrouve donc les deux Romains vus il y a trois quarts d’heure à peine avec La Race et on s’inquiète (pas très longtemps) pour celui des deux qui joue de la batterie et des percussions – ce garçon a un jeu terriblement physique et impressionnant, il ne doit pas être humain, en tous les cas il arbore sur la tête une cagoule en forme de lapin. La bassiste/guitariste/chanteuse préfère elle porter perruque blonde et robe blanche, vague référence aux bimbos 50’s j’imagine. En tous les cas tout ceci est très drôle et notre batteur (donc) va assurer plus que ça.
Comme La Race, Headwar joue en cercle, les quatre musiciens se faisant plus ou moins face et incitant le public à les serrer au plus près. Même celles et ceux qui resteront un peu à l’écart vont être écrasés par la folie et la noirceur d’Headwar. Je dis « noirceur » faute de mieux car j’y entends certes du désespoir, du bruit, du chaos mais aussi un humour grinçant et à côté. La musique d’Headwar – en tous les cas lors de ce concert – devient de plus en plus folle, malade, bruyante et en même temps de plus en plus resserrée, aigue, tranchante. Contre toute attente, ça tourne au délire complet dans le public de Mains d’Oeuvres. Et on peut affirmer qu’Headwar a été le meilleur groupe de cette deuxième soirée, ex-æquo avec La Race. A bientôt j’espère.















Reste les deux groupes stars de la soirée. D’abord Shub puis Marvin. Les deux avaient déjà joué lors de la précédente édition du Fuckfest il y a deux ans. Shub a son public conquis d’avance et même si le trio n’est pas au top de la forme car il commence à faire vraiment très chaud dans la salle, l’ambiance tourne à la fête sans retour. Je suis moins convaincu que lorsque j’ai vu le groupe dans la cave du Tostaki à Lyon en novembre dernier mais le groupe interprète dignement quelques uns des meilleurs titres de ses deux derniers albums (Prok’o’Fiev forever et Snob Song, « une chanson qui parle de la Bretagne », hahaha). Le groupe a vraiment très chaud, le public aussi mais l’ambiance est là donc ça continue et de manière assez amusante : Ben Shub fait des breaks et des roulements ouvertement pourris à la batterie pour ménager sa peine et cela fait rire tout le monde. Cerise sur le gâteau, Bil Nextclues monte sur scène pour interpréter avec ses vieux amis une reprise de… de Wire, non ? Vous rectifierez de vous-mêmes si vous avez le courage de regarder la vidéo du concert qui a été filmé en intégralité, courage que je n’ai pas eu.






















Ce sera à peu près le même constat pour Marvin : le groupe va assurer malgré la chaleur. Car ils sont jeunes, ils sont beaux, ils jouent au moins quatre fois par an à moins de vingt kilomètres de ta résidence principale mais à chaque fois c’est toujours aussi bien, comme la fête du slip permanente et pour tous. Rien à redire sur ce concert au Fuckfest, si ce n’est que cela donne déjà envie de revoir Marvin dès la semaine d’après – ce qui sera le cas puisque le groupe était également programmé à l’Africantape Festival. A noter un titre inédit (et annoncé comme tel) vraiment bien et un final avec à nouveau Bil Nextclues au chant mais aussi Greg Reju à la guitare et Françoise Massacre à la basse pour une reprise de Goofy’s Concern des Butthole Surfers.

Et maintenant ? Maintenant c’est bel et bien terminé, malgré un after sympathique dans un rade situé du côté de République et ouvert toute la nuit. Evidemment les débats d’alcooliques font rage, comme l’étude comparative des 257 derniers concerts de Marvin (« je te dis que le meilleur c’était celui à Pompignaguet en septembre 2009 ») ou cette question cruciale qui consiste à se demander si tout ça (comprenez la musique, les groupes, les concerts, etc) ce n’était pas mieux avant (i.e. dans les années 90). J’en profite pour vous donner un florilège de toutes les gentilles vacheries que j’ai récoltées pendant cette fin de soirée ainsi que pendant les deux jours du Fuckfest : « comment tu vas faire pour parler de ton vélo dans ton report puisque t’es venu en train ? », « et ben mec tu t’es pris des coups, tu bougeais pas, t’étais trop drôle à regarder et faut dire que tu n’es plus tout jeune », « ton blog c’est nul, j’aime pas le principe parce qu’on ne peut pas retrouver une vieille chronique facilement » ou « t’as que ça à foutre de prendre des photos qui vont intéresser personne ? ». A ce propos les photos sont ici et . Et puis merci pour tout, merci aux GTOK? GTKO! (sans oublier la lettre A) et même à Nextclues – c’est (presque) promis, je reviendrai dans deux ans…