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jeudi 18 juillet 2013

Live Skull / Bringing Home The Bait


Il n’y a rien de mieux que les amis, surtout lorsqu’on sait que l’on peut toujours compter sur eux.

Il y a (à peu près) vingt-cinq années de cela, un de mes amis m’avait donné une liste de disques, apprenant qu’en attendant de retourner en cours pour à nouveau rien foutre de toute une année j’allais faire un tour à Londres pour assister à un ou deux concerts et acheter des disques introuvables en France et surtout à des prix défiant toute concurrence. Sur cette liste il y avait tellement de groupes que je ne connaissais pas ou vraiment trop peu que j’en suis devenu presque jaloux. Un vrai con. Au milieu de cette liste figurait le nom de Live Skull mais comme mon vieux pote de toujours ne se rappelait plus du nom exact de l’album qu’il voulait, il avait juste écrit à côté « pochette cervelle ».
Cette pochette cervelle – autrement dit l’album Bringing Home The Bait, premier album de Live Skull et publié en 1985 par Homestead records – je l’ai effectivement dégotté pour une toute petite demi-£ivre sterling dans un magasin de disques d’occasion installé au sous-sol d’un magasin de sports. Je l’ai ramené quelques jours plus tard en France mais j’ai surtout eu l’idée de l’écouter : jamais je ne l’ai redonné à cet ami qui sans le savoir m’avait fait connaitre l’un de mes disques préférés de tous les temps.



Desire records vient de procéder à la réédition de Bringing Home The Bait et il était temps. En espérant aussi et surtout que cette réédition remettra LIVE SKULL à sa juste place sur la carte des groupes new-yorkais post no-wave qui ont compté. Parce que Live Skull, dans le top des amateurs des groupes de rock noisy ou terroriste voire bruitiste et originaires de la Grosse Pomme, est systématiquement placé après les encore jeunes Sonic Youth et après les Swans des débuts. Une véritable injustice.
Certes la carrière chaotique de Live Skull n’a pas aidé le groupe à passer à la postérité mais le groupe de Tom Paine (guitare et chant), de Marnie Greenholtz (basse et chant) et de Marc C. (guitare et chant) était le plus mélodique des trois. Pas aussi hippie réfoulé que Sonic Youth et pas aussi amateur de viande froide que les Swans. Un groupe jouant une musique plus acceptable pour le commun des mortels que celles de leurs collègues d’alors mais qui aujourd’hui sonne toujours aussi bien. Des compositions ciselées, des guitares influencé par la no-wave et ceux qui se sont gavés sur son cadavre (Glenn Branca) mais également des guitares aux résonnances très gothiques. On parle de ce gothique pur, dur et méchant tel que Lydia Lunch l’avait pratiqué sur ses meilleurs albums (13 : 13, In Limbo, Honyemoon In Red et, quelques années plus tard, Shotgun Wedding).
Pour les experts, Bringing Home The Bait reste – au choix – un album séminal et un disque culte. Il s’agit surtout d’un enregistrement tout à fait dans l’air du temps, à une époque où les aventuriers du rock délaissaient toujours plus les idiomes post punk pour progressivement inventer ce que l’on appellera bien plus tard le rock noisy (noise ?) avec son quota de postures à la fois déglinguées et arty. Live Skull est tout simplement le groupe le plus passionnant du lot parce qu’il se situe exactement à la croisée de ces deux embranchements.
Bringing Home The Bait version 2013 existe en CD avec en bonus une grosse poignée d’inédits et/ou de titres live avec un applaudimètre strictement réglé sur vingt personnes maximum. Absolument rien de déshonorant à signaler voire du très bon. Desire records a également procédé à une réédition vinyle de couleur grise et limitée à 300 exemplaires. Desire ne s’est pas non plus contenté de Bringing Home The Bait puisque le label a aussi réédité le tout premier mini-album sans titre de Live Skull initialement publié un an plus tôt (1984) par Massive records. On ne sait pas encore si Desire rééditera dans la foulée tous les autres enregistrements de Live Skull, y compris ceux après le départ de Marnie Greenholtz mais avec l’incomparable Thalia Zedek au chant. On espère vivement que oui.

Epilogue : quelques mois après mon voyage à Londres, j’hébergeais ce même ami dans mon minuscule appartement lyonnais. Par le plus grand des hasards il se retrouva à chercher une cigarette qui avait roulé au sol jusque sous le lit. C’est là qu’il trouva mon exemplaire de Bringing Home The Bait que j’avais préféré cacher et à mon retour chez moi il me montra d’un air teigneux le disque, comme s’il allait le casser en deux. Puis il m’avoua qu’il m’avait fait le même coup avec un pirate de Sisters Of Mercy qu’il ne m’avait jamais redonné non plus. Ce qui en soi était une très bonne chose : j’avais largement gagné au change avec Live Skull. Et j’ai toujours mon vieux LP de Bringing Home The Bait.

samedi 4 mai 2013

Godflesh / self titled - Selfless - Us And Them




Petit retour en arrière… nous sommes en  2010 et le guitariste/chanteur Justin Broadrick vient de se rabibocher durablement avec son vieux complice le bassiste GC Green : GODFLESH reprend du service sur scène* ; la bonne nouvelle aujourd’hui c’est que le groupe a récemment confirmé qu’il avait finalisé un nouvel enregistrement, son premier depuis l’album Hymns en 2001, un disque pour de vrai s’intitulant officiellement A World Lit Only By Fire et prévu si tout va bien pour novembre 2013, c’est-à-dire si Broadrick ne privilégie pas à nouveau ses activités avec Jesu.
Entretemps les rééditions de la discographie complète de Godflesh continuent et, après avoir évoqué celle de l’album Hymns, attachons-nous à celle, sous la forme d’un triple CD, du premier mini album sans titre (1988), de Selfless (1994) et de Us And Them (1999). Le problème de ce type de packaging c’est qu’il ne permet pas le luxe d’un deuxième CD comprenant démos, inédits ou titres live (comme c’était le cas pour le génial Streetcleaner). L’impératif économique se comprend parfaitement – il s’agit de remettre sur le marché des disques épuisés depuis belle lurette et faisant toujours l’objet d’une demande, en dépit de la circulation généralisée de versions mp3 sur le net – et il est vrai que, même en 2013, se procurer trois CDs pour le prix d’un seul peut être une aubaine.
Mais on regrette que Selfless n’ait pas à nouveau été couplé avec l’excellent EP Merciless initialement paru en 1994 également ; on ne nous fera pas croire non plus qu’il n’existe pas de versions primitives et autres démos qui auraient pu documenter la génèse du passionnant Us And Them, dernier grand album de Godflesh ; quant au premier mini album, s’il est à nouveau agrémenté des deux mêmes titres que sur les précédentes éditions CD, y rajouter le génial Love Is A Dog From Hell et le plus anecdotique My Own Light, tous deux parus en 1989 sur la mythique compilation Pathological (aux côtés de Napalm Death, Terminal Cheesecake, Coil, Silverfish ou God) aurait constitué une excellente initiative.
Mais on peut toujours rêver… Contentons-nous de cette tripe réédition qui contrairement aux précédentes (le pack Songs Of Love And Hate/Songs Of Love And Hate In Dub et le pack Pure/Cold World/Slave State) n’a aucune thématique ou unité stylistique : du premier mini LP à Us And Them en passant par Selfless on touche à trois aspects très différents et importants de Godflesh – une sorte de résumé du parcours musical du duo.
Lorsque Swordfish, un microlabel basé à Birmingham, a publié le premier disque de Godflesh – réédité par Earache records après Streetcleaner, en 1990 – personne n’avait encore jamais entendu un tel mélange de guitare plombée et à la fois ultra acide, de basse monolithique et de boite-à-rythmes martiale. Une nouvelle musique était née et Godflesh n’a depuis lors presque jamais cessé de développer ses idées, prenant parfois le contrepied des attentes de ses fans et ouvrant un nombre incroyable de nouvelles portes.
L’album Selfless possède de nombreux adeptes. Successeur du génial Pure (1992), Selfless est le premier (et seul) album véritablement hypnotique de Godflesh, c’est aussi un disque du duo qui possède un son parfait tout en ne rééditant ni la brutalité de Streetcleaner ni la froideur malsaine de Pure. Selfless est un disque presque minimaliste, tirant in fine vers l’atmosphérique oppressant et donnant un autre visage à la terreur industriel de Godflesh, celui d’une banquise sculptée par des vents glacials. Sûrement le disque le plus beau du groupe si tant est que le terme de « beau » puisse réellement signifier quelque chose dans ce cas là.
Us And Them laisse lui éclater les influences d’alors d’un Justin Broadrick qui a déjà laissé libre cours à toute son imagination avec des projets parallèles tels que Techno Animal et Ice. Us And Them est ainsi un album dominé par des machines au service de rythmes hip-hop et jungle qui transforment une nouvelle fois Godflesh en bête immonde mais irrésistible. Un disque très accrocheur – mais pas aussi ouvert que son prédécesseur Songs Of Love And Hate et pas aussi commercial que le suivant, le décevant Hymns – et qui avec le temps n’a rien perdu de son côté violemment incisif et pertinent**.

* et le groupe tourne à nouveau en ce printemps 2013 : le 15 mai à Tourcoing, le 16 à Rouen, le 17 à Strasbourg puis – bande de lyonnais – le 18 à l’Epicerie Moderne de Feyzin et enfin le 19 à Luynes ou le 20 à Toulouse…
** self titled/Selfless/Us And Them est une réédition Earache records

samedi 23 mars 2013

Godflesh / Hymns




Hymns est le dernier album studio officiel de GODFLESH, initialement publié en 2001 par Music For Nations, quelques mois à peine avant que GC Green ne quitte le groupe – ce qui finira, au printemps 2002, par entrainer la dissolution définitive de celui-ci par un Justin Broadrick complètement déprimé et incapable d’assurer physiquement et psychologiquement une tournée américaine qui s’annonçait pourtant plus que prometteuse.
Aujourd’hui réédité en grandes pompes (en format digipak, avec un petit remastering et surtout avec un second CD comprenant sept bonus), Hymns est aussi un disque mal-aimé : beaucoup trop long et beaucoup trop produit ont affirmé les fans à l’époque et il est vrai qu’à la réécoute Hymns souffre toujours de ces défauts-là. Il y a pourtant de bonnes compositions mais – et c’est un comble pour un groupe dont le nom avait depuis toujours été synonyme de puissance et d’ampleur – les titres ont trop souvent cette tendance à s’essouffler, ne tiennent pas toutes leurs promesses, certains riffs sentent le réchauffé, la basse est définitivement sous-mixée, le son de la guitare lorgne trop du côté d’un Prong neurasthénique…
… Pourtant Hymns est intéressant et ce pour plus d’une raison. Premièrement, le duo de base est ici devenu trio et Godflesh comprend donc dans ses rangs le batteur Ted Parsons (Swans, Prong...) ; l’association avec un batteur de chair et de sang aurait pu être une expérience réellement positive – elle l’était lors des concerts, notamment grâce à l’interactivité/échanges entre batteur et machines – si, encore une fois, la production trop lisse d’Hymns n’avait pas aussi peu mis en valeur la frappe pourtant spectaculaire de Parsons.
Deuxièmement, Hymns est un disque varié à l’extrême, piochant dans beaucoup d’époques et d’aspects différents de la musique de Godflesh (à l’exception de la période Selfless), en témoignent Tyrant ou Antihuman qui n’auraient pas dépareillé sur Songs Of Love And Hate ou Defeated qui donne l’illusion de retrouver quelque accents à la Streetcleaner. Mais le plus important est que sur Hymns on découvre également quelques pistes que Justin Broadrick approfondira plus tard avec son nouveau projet, Jesu : Jesu est précisément le dernier titre d’Hymns et après celui-ci et une minute ou deux de silence apparait un ghost track qui est en quelque sorte le maitre-étalon du metal shoegaze pleurnichard de Jesu. On aime ou on n’aime pas mais, avec le recul des années, c’est encore plus flagrant.
Hymns reste donc un album testamentaire imparfait et finalement frustrant de Godflesh ; l’intérêt de cette réédition 2013 vient du deuxième disque qui propose sept titres issus des démos d’Hymns : on découvre alors ce que ce dernier enregistrement aurait pu être, tout simplement parce que ces sept inédits enfoncent tout – le son, bien qu’imparfait, a nettement plus de carnation et de profondeur que celui des sessions officielles de l’album et ces versions exaltent enfin un parfum de lourdeur et de noirceur.
Il n’empêche que l’on peut légitimement se demander quels impératifs président depuis deux ou trois ans aux rééditions successives de tous les albums de Godflesh : Hymns est seulement le deuxième disque du groupe a être réédité avec des bonus conséquents alors que la plupart des autres disques de Godflesh sont plus simplement combinés entre eux – par exemple le combo Pure/Slavestate/Cold World – et alors que le 15 mars dernier une réédition combinée du premier album éponyme, de Selfless et de Us And Them a vu le jour … or s’il y a bien des albums de Godflesh qui auraient mérité un traitement de faveur et être réédités en version deluxe/je sais pas quoi/avec plein de bonus, démos ou titres live ce sont bien Pure, Selfless et Us And Them…

dimanche 24 février 2013

On s'en bat les couilles, puisque c'est dimanche


La grande escroquerie du rock’n’roll : vendre plusieurs fois le même disque aux mêmes personnes. C’est facile, il suffit de rééditer le disque en question avec des titres en plus (et des titres en moins en prévision de la prochaine réédition), de changer un peu l’emballage, de rafraichir l’artwork, d’attendre le bon moment (le trentième-cinquième anniversaire de la première parution du disque, par exemple, ça en jette toujours un peu) et de surfer sur la vague du revival.
C’est donc au tour de Never Mind The Bollocks Here’s The SexPistols de faire l’objet d’une réédition/énième mise en bière avec d’un côté une édition double CD « deluxe » et de l’autre un coffret (carrément) de trois CDs et d’un DVD. On a donc droit à « the original album remastered from the original master tapes », aux faces B des singles (et surtout à un énorme No Fun repris des Stooges et qui originellement collait au train du 7’ Pretty Vacant), à des versions alternatives avec pistes de chant pas pareilles mais que personne ne peut s’en rendre compte, aux versions démos (déjà piratées sur Spunk, un disque qui lui-même a été réédité maintes et maintes fois, y compris très officiellement par Castle records) et à du live. Vas-y, fais chauffer la cébé parce que la version 2CD (l’album + les b-sides + le live) est vendue aux alentours de 13 £ivres Sterling – 17 €uros)  alors que la version 3CD + DVD (donc la totale + un bouquin + des fac-similés comme à l’époque) coûte elle environ £60 (100 € tout rond, tête de con).




Alors, est-ce qu’on s’en bat les couilles ? Oui. Non. A chaque réédition de Never Mind The Bollocks c’est toujours un peu la même histoire, il y a toujours des grincheux qui la ramènent pour dire que déjà en 1977 ils n’aimaient pas les Sex Pistols, qu’ils trouvaient le groupe un peu mou, pas assez rapide (surtout comparé aux Ramones et aux Damned), pas assez rock’n’roll (comparé aux Heartbreakers de Johnny Thunders) ou pas assez glamour (comparé aux social-traitres de Clash). Mais ces gens ont tort : qu’ils (ré)écoutent un peu les démos – avec un son plus sec que les versions albums – et les titres live, même si le son de ceux-ci est un peu shiteux (par contre je connais plein de groupes de garage parisiens mes couilles qui donneraient n’importe quoi pour sonner en studio comme ces enregistrements en concert) et qu’ils réécoutent surtout cet album dans sa version normale : c’est un pur monument de hargne et de crasse.
La légende, à la fois fabriquée mais définitivement méritée, des Sex Pistols est ainsi toujours aussi vivace. Pour un groupe qui n’aura publié qu’un seul demi-disque de son vivant, l’exploit est quand même de taille… Un seul disque, oui, mais quel disque ! Que des chef-d’œuvres du rock’n’roll – car musicalement les Sex Pistols n’avaient vraiment rien d’une révolution – et des compositions dont tout le monde se souvient encore aujourd’hui, y compris celles et ceux qui n’étaient pas encore né(e)s en 1976/1977 : Holidays In The Sun, E.M.I., Pretty Vacant, Liar, God The Queen, Anarchy In The UK, Seventeen, Bodies (ma préférée), Submission, Problems, No Feelings, … tout les titres de Never Mind The Bollocks, il y en a douze, sont des incontournables (à l’exception de New-York que je n’ai jamais vraiment aimé, et encore). On rajoutera que cette version remasterisée met davantage en avant la basse (écoutez un peu comme elle sonne sur Liars ou Seventeen), résolvant ainsi l’une des fausses énigmes les plus célèbres de l’histoire du rock’n’roll : oui Steve Jones s’était bien occupé d’enregistrer les parties de basse puisque Glen Matlock avait déjà été viré du groupe – il joue quand même sur Anarchy In The UK – et que Sid Vicious n’était pas vraiment opérationnel et on se demande encore pourquoi on a attendu autant de temps pour entendre enfin un mix où la basse est à sa juste place, donc audible.

I’m A Lazy Sod ? Oui, assurément.

vendredi 15 février 2013

Skullflower / Carved Into Roses - Infinityland - Singles




Carved Into Roses, Infinityland… Même à l’heure du partage des disques rares (ou épuisés) sur le net et en peer to peer, on ne pourra jamais assez remercier VHF records d’avoir enfin réédité ces disques de SKULLFLOWER devenus introuvables depuis trop longtemps*. Le groupe de Matthew Bower existe depuis 1988, a connu un nombre important de line-ups différents, est passé par moult périodes mais il est pourtant toujours là, cas assez unique d’un groupe anglais s’adonnant à la musique bruitiste et à l’annihilation complète de nos facultés de raisonnement – quel dommage d’ailleurs que Skullflower ait annulé en 2012 ce qui ressemblait pourtant à la première tournée du groupe depuis bien longtemps…**
… On se consolera alors avec cette magnifique collection regroupant donc les albums Carved Into Roses (1994, déjà chez vhf), Infinityland (1995, hEADdIRT recordings/Permis De Construire Deutschland) et une collection de EPs publiés à la même époque. Deux albums dont le premier a été initialement publié moins de deux après Third Gatekeeper (1992, hEADdIRT*** – magnifiquement réédité en 2007 par Crucial Blast) mais deux albums qui sont extrêmement éloignés de cet illustre prédécesseur : Third Gatekeeper reste à ce jour le disque le plus connu (et pour certains le plus emblématique) de Skullflower mais il n’offre qu’une vision très parcellaire et incomplète de la musique du groupe ; on affirmera ici que le vrai Skullflower, en tous les cas la meilleure incarnation du groupe, est à chercher quelque part sur cette réédition en trois disques, programme démentiel de bruits distordus, de psychédélisme ravageur, d’indus décalqué et de freejazz mentalement malade, comme une longue plainte sans retour – en tous les cas sans réel début ni fin avérés, ce qui s’apparente le plus à la définition d’un cauchemar récurrent et claustrophobe.
Sur Carved Into Roses comme sur Infinityland le ligne-up de Skullflower est le même et s’en est bien fini de la formation de power-trio qui avait tout balayé sur Third Gate Keeper**** : Matthew Bower, guitare et bidouilles ; Russel Smith de A.R. Kane (!), de M.A.R.R.S (!) mais surtout ex membre de God et ex Terminal Cheesecake à la guitare ; Simon Wickham-Smith à l’électronique ; Philip Best (de Whitehouse) à la voix et Stuart Dennison (également membre des géniaux Ramleh) à la batterie. Cette formation là, bien plus protéiforme et s’éloignant du chaos plus cliniquement industriel et metal d’un Godflesh, se concentre sur un magma sonore proche de la terreur la plus complète et la plus sale ; une terreur comme anesthésiée par l’usage de drogues dures mais dont les effets n’en sont que plus dévastateurs.
Oui, ces disques ne sont pas vraiment faciles à avaler, oui ils font partie de ce que Skullflower a enregistré de plus extrême – le groupe ne fera peut être plus jamais aussi bien – mais ils sont également représentatifs de l’intransigeance mais aussi de l’incroyable profusion créatrice d’une certaine scène anglaise des années 90 – en vrac : God, Ice, Terminal Cheesecake, Slab!, Headbutt, etc***** –, une scène partiellement éclipsée dans le cœur des amateurs de guitares névrosées par les groupes U.S., groupes beaucoup plus axés eux sur les effets de la fuzz et de la distro mélangés malgré tout à quelques préoccupations mélodiques et donc acceptables. Pour compléter ce formidable mémorandum sur un certain âge d’or britannique, le troisième CD de cette réédition offre à entendre quatre EPs tous plus excitants les uns que les autres ; sur ceux-ci le line-up de Skullflower varie quelque peu bien que l’on retrouve le noyau dur Bower/Smith/Dennisson et on note quelques apparitions prestigieuses comme celle, sur le 7’ Village Sorting (Self Abuse records, 1995) du génial saxophoniste Tim Hodgkinson, ex Henry Cow, ex The Work, cofondateur de God et futur Konk Pack. Tout simplement légendaire et essentiel******.

* autre réédition de choix, toujours chez vhf : l’album This Is… Skullflower… (1996)
** histoire de pleurer un peu plus : le line-up actuel de Skullflower a vu le retour derrière la batterie de Stuart Dennison
*** rappelons que hEADdIRT était le label de Justin K. Broadrick…
**** sur Third Gate Keeper le line-up est le suivant : Matthew Bower à la guitare, Anthony Di Franco à la basse et Stuart Dennison à la batterie
***** il y avait également Silverfish, groupe à part et qui aurait pu faire un carton s’il ne s’était pas séparé prématurément ; reste le cas de Godflesh qui c’est vrai bénéficiait en Europe de l’appui d’un gros label de metal extreme alors très à la mode (Earache) et aux Etats Unis de l’appui de Sony Music via Relativity records
****** cette réédition est en outre très jolie : un tripe digipak avec un obi sauce japonaise ; l’artwork principal reprend en partie celui de Carved Into Roses

vendredi 25 janvier 2013

Zs / Score




Comme son sous-titre The Complete Sextet Works : 2002 - 2007 l’indique, Score regroupe dans un joli petit coffret de quatre CDs et orné de tout plein de couleurs vives et peut-être trompeuses tous les premiers enregistrements de Zs. A cette époque là le groupe de Brooklyn était un collectif protéiforme comprenant pas moins de deux guitaristes (Matthew Hough et Charlie Looker, futur Extra Life), deux saxophonistes (Sam Hillmer et Alex Mincek – ce dernier a quitté le groupe après l’album Buck et le EP Karate Bump en 2006) et deux batteurs (Brad Wentworth et Alex Hoskins puis Ian Antonio)*. Ce sont donc trois albums et trois EP complètement remasterisés par le master chef Ben Greenberg que l’on peut retrouver ou découvrir sur Score, disques auxquels il faut rajouter quelques remix entre anecdotiques et infâmes, du live et des inédits, essentiellement rassemblés sur un quatrième CD aux allures de fourre-tout.
Surtout Score documente la génèse d’un groupe hors du commun bien que possédant des contours parfaitement définissables : on a souvent parlé à propos de Zs d’un groupe de musique de chambre électrique et contemporaine et si on rajoute à cela un peu de jazz nervuré et lyophilisé on obtient un assez bon descriptif d’un groupe et d’une musique volontairement aride, cérébrale et difficile. Même les sautes d’humeur/sursauts d’humour – par exemple la version live d’à peine deux minutes et a capella de Zs à la fin du deuxième disque – sont à prendre au énième degré, avec toutes les précautions d’usage, des pincettes stérilisées et toutes les clefs de compréhension nécessaires à une grosse poilade entre intellectuels qui ne sauraient s’amuser autrement avec les joies simples de l’électricité et les plaisirs de l’expérimentation « ludique ».
Comparé à Score, New Slaves, le dernier album en date de Zs (mais plus pour très longtemps), et l’excellent The Hard EP, publié lui en 2008 chez Three One G, font carrément figure de roquettes punk rock dévastatrices au milieu d’un chant de patchouli indien récuré à l’ammoniaque : ce coffret, dont l’écoute en continu peut s’avèrer – avouons-le – pratiquement impossible, est vraiment uniquement destinés aux furieux du bulbe et aux fans hardcore de Zs, du moins celles et ceux qui souhaiteraient réellement tout posséder de leur groupe fétiche**.
Mais Score comporte malgré toute sa dureté et toute sa difficulté des moments de prestidigitation malicieuse en ce sens que Zs donne réellement l’impression d’être complètement ailleurs mais pas n’importe où : encore une fois, on ne saurait nier au groupe sa personnalité retorse et surtout son originalité essentielle. De plus Zs a marqué les débuts du guitariste Charlie Looker en tant que chanteur ; il n’est pas le seul à chanter dans le groupe et il ne chante pas tout le temps non plus mais c’est avec Zs qu’il a commencé à (trans)former son identité vocale et à s’intéresser aux  différentes techniques de chant, notamment celles du Moyen-âge et de la Renaissance – c’est même pour chanter davantage que Charlie Looker a quitté Zs et a fondé Extra Life avec toute la réussite que l’on sait.

[Score est publié par Northern Spy records]

* aujourd’hui le groupe ne comporte plus que trois membres : le survivant et grand timonier Sam Hillmer (saxophone ténor), Patrick Higgins (guitare) et Greg Fox (batterie)
** et que les fans se rassurent, en 2013 Zs devrait publier deux disques : un Grain EP annoncé pour très bientôt et Xe, un nouvel album prévu lui pour la fin de l’année)

mardi 8 janvier 2013

Scanner / Colofon & Compedium 1991 - 1994




L’histoire est récurrente et donc déjà – partiellement – connue : un musicien/compositeur décide un jour de ranger les boites à chaussures qui lui servent d’archives et contiennent les vieux DAT et autres minidiscs de ses premières tentatives sonores… alors il en profite pour réécouter toutes ces vieilles bandes ; et hop la, comme ce qu’il redécouvre alors lui plait et est globalement resté inédit jusqu’à ce jour, il décide d’en faire publier de larges extraits pour le bien de tous.
Le musicien en question s’appelle Robin Rimbaud et est beaucoup plus connu sous le nom de SCANNER. Colofon & Compedium 1991 - 1994 est cette compilation regroupant les premiers travaux du monsieur et il y a de quoi se réjouir. Les amateurs/exégètes de Scanner reconnaitront peut-être au gré des vingt deux titres de ce CD/double LP quelques samples ou des voix que Robin Rimbaud réutilisera un peu plus tard sur de nouvelles compositions mais globalement, oui, tout le contenu de Colofon & Compedium 1991 - 1994 relève de la nouveauté, à l’exception de trois ou quatre titres déjà publiés en single et épuisés depuis belle lurette.
Ce disque nous parle donc d’une époque pendant laquelle Scanner se cherchait encore un peu – s’il n’y a aucun enregistrement de la période 1987 - 1991 ici, ce n’est sûrement pas pour rien – mais avait déjà défini une grande partie de son style propre : utilisant un scanner de police (d’où son nom) Robin Rimbaud/Scanner incluait des conversations téléphoniques dans ses compositions électroniques minimalistes et froides (en concert il interceptait même des conversations en direct, ce qui pouvait s’avérer très drôle).
Colofon & Compedium 1991 - 1994 n’est pas un enregistrement fondamental de Scanner mais il permet de comprendre en grande partie là d’où il vient. On peut être marqué par le côté très daté de certains sons utilisés tout comme on peut être interloqué par le côté parfois brouillon, primitif et bricolé de certaines pièces mais on ne doute pas que Robin Rimbaud cherchait d’abord à s’amuser tout en expérimentant et que cette période de travail plutôt ludique et insouciante lui a surtout servi de défrichage (on regrette quand même qu’il ait abandonné certaines pistes comme celle explorée sur Tape Junk). On pense malgré tout que l’acquisition ou l’écoute de Colofon & Compedium 1991 - 1994 n’a de sens que pour quelqu’un qui connait déjà Scanner et la plus grande partie de ses flâneries électroniques. Est-ce parce que la construction semble-t-il chronologique du disque lui donne aussi un côté un peu trop didactique ?

Colofon & Compedium 1991 - 1994 est le premier disque d’archives de Scanner publié en association avec Sub Rosa ; devraient suivre ses deux premiers albums officiels (Scanner et Scanner²) tout deux initialement publiés en 1993 par Ash International et introuvables depuis de très nombreuses années ; devrait également suivre une réédition augmentée de The Garden Is Full Of Metal, un disque publié en 1997 par Sub Rosa sous le nom de Robin Rimbaud et rendant hommage au grand cinéaste anglais Derek Jarman. A suivre, donc.

lundi 3 décembre 2012

Sonic Youth / Smart Bar Chicago 1985





On va parler d’un temps que les moins de quarante cinquante ans ne peuvent pas connaitre, un temps où Thurston Moore, Lee Ranaldo et Kim Gordon étaient eux-mêmes encore dans la fleur de la petite trentaine*, un temps où cette même Kim Gordon chantait déjà comme une patate mais elle chantait des trucs intéressants et surtout elle ne portait pas encore ces jupettes et autres robettes qui l’ont faite passer du statut de « je suis la copine du guitariste/chanteur du groupe et je joue de la basse » à celui de « je suis une milf et le sex-symbol du groupe ».
C’est peut dire si les albums Confusion Is Sex, Bad Moon Rising et Evol ont largement contribué à la mythologie de SONIC YOUTH et – même lorsqu’on a découvert les new-yorkais plus tard avec Sister et Daydream Nation – ils constituent encore aujourd’hui un choc musical profond dont on ne se remet pas. On n'affirmera pas que Sonic Youth c’était mieux avant parce qu’après tout on n’y était pas et on laissera à chacun la liberté de déterminer sa période préférée du groupe – ici, on l’aura compris, c’est clairement la période 83/86 qui domine, immédiatement talonnée par la période 87/90 (faut être précis dans la vie).
Aubaine ou pas, Sonic Youth réédite Smart Bar – Chicago 1985, donnant une nouvelle vie à l’un des bootlegs les plus réussis du groupe**, un enregistrement dont la qualité sonore dépasse l’honnête sans pour autant atteindre l’excellent... la prise de son est rude mais elle permet de goûter pleinement à ce Sonic Youth fantasmé. Car tout est dans le titre – 1985 – et le tracklisting de ce double LP est impressionnant pour les fans de Sonic Youth première période : c’est logiquement l’album Bad Moon Rising qui se taille la part du lion en occupant près de la moitié du disque (Death Valley ’69, Brave Men Run, I Love Her All The Time, Ghost Bitch, I’m Insane) alors que Evol (qui ne sortira que l’année d’après) n’est représenté que par Secret Girl et surtout Expressway To Your Skull, Confusion Is Sex par Making Up The Nature Scene seulement, Kill Yr Idols par le morceau titre (tout simplement incroyable ici) et le premier mini LP de Sonic Youth par une version démente de Brother James mais aussi par The Burning Spear (rebaptisé Madonna, Sean And Me par Thurston Moore c'est-à-dire l’une des autres appellations d’Expressway To Your Skull – allez comprendre…) ; il faut ajouter à cette liste les inévitables Halloween et Flower ainsi qu’un seul inédit, Kat’n’Hat, un titre encore inachevé de Sonic Youth et que le groupe tentait de mettre en forme lors de ses concerts de 1985 mais qu’il n’a jamais terminé ni réenregistré en studio par la suite.
Il n’y a que des moments forts sur Smart Bar – Chicago 1985, à commencer par l’intro sur une note qui s’éternise de Death Valley ’69 (l’un des rares titres du Sonic Youth des débuts où la ligne de basse et donc Kim Gordon servaient à quelque chose) ou l’enchainement dans la démence entre Flower et The Burning Spear. Les new-yorkais sont alors au sommet de leur période bruitiste et nihiliste – mais n’oublient pas de dire merci entre les morceaux – et justifient cette réputation de terroristes sonores qu’ils ont trainée jusqu’en 2011 (et l’annonce du hiatus à durée indéterminée du groupe), une réputation dont ils ont malheureusement abusée de trop nombreuses fois pour justifier ensuite des albums qui ne le méritaient pas.

[Smart Bar – Chicago 1985 est publié en double LP avec coupon de téléchargement mp3 et en CD digipak par Goofin’ records, l’un des labels de la nébuleuse Sonic Youth]

* Thurston Moore est né en 1958, Lee Ranaldo en 1956 et Kim Gordon en 1953 – ils avaient donc respectivement 27, 29 et 32 ans en 1985 : dès le départ le nom de Sonic Youth était emprunt de cette ironie très arty qui a caractérisé le groupe durant toute son existence ; ici il s’agissait de rendre hommage aux groupes de hardcore dont Moore était ultra fan tout en marquant sa différence avec ces petits jeunots…
** on se prend à rêver que Sonic Youth continue en aussi bonne voie : le groupe a assurément des kilomètres de bandes dans ses archives, de toutes les périodes et pour tous les goûts – pourquoi par exemple ne pas continuer en rééditant dignement Walls Have Hears, un magnifique double LP publié uniquement de façon semi-officielle et faisant malheureusement la joie des spéculateurs du disque ?

vendredi 23 novembre 2012

The Men / Immaculada




THE MEN c’était mieux avant. Et il n’y a pas si longtemps que ça, encore. 2010. Pas plus, pas moins. Cette quatrième (ré)édition – peut-être devrait-on parler de simple retirage – d’Immaculada, le premier véritable album du groupe de Brooklyn, est là pour le prouver. Oui, The Men c’était vraiment mieux avant, c'est-à-dire quand le groupe n’avait pas encore signé chez Sacred Bones records, quand il enregistrait dans sa cuisine des disques au son approximatif et quand Chris Hansell était encore le bassiste. Leave Home (2011) était déjà un disque décevant mais ce n’était rien comparé à Open Your Heart (2012) – Chris Hansell est pourtant crédité sur ce dernier mais sa participation reste néanmoins nébuleuse... Alors retournons en arrière et pas trop loin non plus (donc) pour réécouter Immaculada.
Jusqu’ici The Men ont toujours et à chaque fois plus ou moins enregistré le même disque puisque chaque album du groupe dévoile son quota de compositions hétéroclites. Un peu de punk rock 70’s par ici, un peu de shoegaze par là, un peu de hardcore au milieu et même un peu de noise rock. Déjà Immaculada n’échappait pas à la règle : la première face du disque est même un modèle de fourre-tout assez génial avec son intro brumeuse (Stranger Song), un titre de punk rock barré et lourd, presque du noise-rock par endroits (Problems/Burning Up), ce titre assez inqualifiable croisé au black metal (Grave Desecration) et un long instrumental atmosphérique qui ne donne pourtant pas envie de dormir (Madonna ; The Star Of The Sea). On s’y perd complètement mais on s’y retrouve quand même en ce sens que tout est excellent et que surtout tout est sale, suintant et chargé de rage.
La deuxième face du disque est à l’avenant – marquée par les tubesques Lazarus et Praise The Lord And Pass The Ammunition et surtout dominée par la doublette hallucinée Oh Yoko/Immaculada – et démontre que The Men dans leur forme originelle étaient bien plus méchants et vicieux que le gentillet groupe de punk rock arty et délavé avec sophistication qu’ils sont devenus par la suite. Evoluer c’est bien mais si c’est pour se vautrer dans les vieilles recettes chargées d’auto-complaisance alors non merci.
S’il y a un disque de The Men à se procurer d’urgence c’est donc bien celui-ci – et dans une bien moins mesure Leave Home. Celles et ceux qui ont vu récemment le groupe en concert – donc avec Ben Greenberg dans le rôle du bassiste/chanteur et non pas avec la bassiste de Pygmy Shrews dans celui de la plante verte intérimaire – sont cependant porteurs de bonnes nouvelles : The Men auraient enfin repris de vraies couleurs. Une information que l’on pourra vérifier dès 2013 puisque The Men ont déjà annoncé que leur nouvel album, le troisième pour Sacred Bones, devait être publié au printemps. Alors ne soyons pas trop rancuniers, attendons, attendons…

Immaculada est publié en vinyle par Deranged records ; c’est la quatrième fois en moins de deux ans que le label réédite ce disque (après un tirage noir, un rouge et un rose, retour au noir). 

jeudi 15 novembre 2012

Tar / Feel This b/w Hell's Bells






Comme tant d’autres au cours des dix ou quinze dernières années, les quatre petits gars de TAR ont fini eux aussi par reformer leur groupe ; on ne va pas discuter ici de l’intérêt ou de la pertinence de cette reformation précise parce qu’on s’en fout complètement. La seule chose à peu près digne de considération c’est ce single publié par Chunklet. Des nouveaux enregistrements de Tar ? Non, pas du tout. Sur la face A Feel This est une chute de studio enregistrée pour ce qui reste à ce jour le dernier album du groupe, Over And Out, publié aux alentours  de l’année 1995 sur Touch & Go.
Un titre très symptomatique de Tar bien qu’un peu trop jovial – est-ce pour cette raison là qu’il a été éliminé du tracklisting final d’Over And Out ? – voire un peu trop optimiste malgré ce passage ralenti caractéristique et qui permet de patienter avant la reprise, réussie, du riff principal. Cette construction de riff est également quelque chose de typique du groupe bien que la façon de hacher ces deux accords et demi ait sûrement été complètement pompée sur AC/DC.
AC/DC parlons-en puisque la face B de ce single est occupée par une reprise de Hell’s Bells. La question n’est pas seulement de savoir si Tar s’en sort ou non avec les honneurs mais d’affirmer que Hell’s Bells, trauma de la mort de Bon Scott aidant, est l’un des titres les plus surestimés de l’album le plus surestimé lui aussi des australiens – même s’ils ont fait pire après : pour écouter des compositions vraiment merdiques d’AC/DC il faut se taper les albums suivants, For Those About To Rock We Salute You, Flick Of The Switch, Fly On The Wall, etc. Dans ces conditions Tar s’en tire plutôt bien, sans trop de dommages mais sans brio non plus, même si on se demande bien qui est le mollusque chargé du chant – car ce n’est sûrement pas ce cher John Mohr. Voilà donc un single pas très utile bien qu’il donne envie de réécouter les vieux disques de Tar...



... Mais pas forcément d’aller (re)voir le groupe en concert… voici justement la vidéo d’un enregistrement live de Feel This, datant du 30 juin 2012 et le moins que l’on puisse dire c’est que d’avoir ressorti les guitares en alu ne fait décidemment pas tout, fallait aussi prendre de l’ovomaltine et de la brioche aux pralines au petit déjeuner ; et merde : je me rends compte que je viens de donner mon avis sur la reformation inutile – pléonasme ? – de Tar.

samedi 22 septembre 2012

eaRLy W / Five : Grauzeit




Il semblerait que ce disque publié en 2011 soit presque complètement épuisé* ou pas très loin de l’être mais parlons-en malgré tout parce qu’il est d’un intérêt musical et historique certain voire primordial : comme le suggère les jeux de lettres entre minuscules et majuscules de eaRLy W, Five : Grauzeit documente les premiers enregistrements du premier groupe de RLW/Ralf Wehowsky.
Voilà qui éclaire sous un jour singulièrement nouveau le travail de cet expérimentateur/compositeur allemand qui a marqué les années 80 avec son groupe post industriel/expérimental P16.D4** et les années 90 avec ses enregistrements en solo plus proches de la musique acousmatique. Sur Grauzeit figure un line-up qui donnera bientôt naissance à P16.D4 et les deux derniers titres du disque ont même servi de base à la toute première cassette de ce groupe en 1981***.
Grauzeit n’est absolument pas un disque estampillé années 80 mais au contraire reste résolument tourné vers les 70’s et un peu plus précisément vers l’école de Canterbury. Un mélange de rock incandescent et spatial et de free jazz cérébral. Mais ce qui différencie Grauzeit ce sont ces interventions bidouillées/électroacoustiques qui frisent l’international cosmique – à égalité avec les rares interventions de voix sous forme de slogans balancés en l’air ou de certains raclements de guitare qui eux rappellent par contre le meilleur du post punk tendance no wave qui tente d’imiter Sonny Sharrock. Alors il ne faut pas trop se fier à la basse souvent bien mise en avant et dont les lignes tendraient à nous faire croire que l’on est en train d’écouter un disque de rock progressif du genre virulent et sous speed.
Au contraire, plus on avance dans l’écoute de Grauzeit et plus l’étrange et le bizarre prennent de la place, moins la décennie progressive/kraut impose son diktat et on a bien conscience de découvrir là la genèse d’un groupe qui quelques années plus tard sera reconnu comme un groupe important et majeure de sa génération.
Enfin on signalera l’excellente qualité de ces bandes : il s’agit d’enregistrements studios peut-être parfois un peu cheap sur les bords mais absolument pas d’ignobles résidus de surfaces magnétiques. Tout ceci provient directement des archives de Ralf Wehowsky****, lequel s’avère être un conservateur averti et méticuleux. On ne va pas s’en plaindre.

* il n’a été publié qu’à cent exemplaires en CD par le label Songs From Under The Floorbords – qui est aussi le titre d’une chanson de Magazine –, en fait un sous-label de Intransitive Recordings chez qui il semble toujours disponible… une autre édition chez Absurd records est par contre complètement sold out
** certains disques de P16.D4 ont été réédités (Kühe In ½ Trauer en 1994 par Odd Size ou Tionchor en 1998 par Sonoris par exemple) mais ces rééditions sont elles-mêmes devenues introuvables à des prix décents : il serait grand temps qu’un autre label remette ces magnifiques enregistrements à la lumière
*** en attendant ce groupe s’appelait encore P.D. et a publié un unique album Inweglos en 1980, un album réédité en 2004 par Absurd records mais toujours et encore épuisé
**** il existe plusieurs disques estampillés eaRLy W : In Search of C.R chez Swill Radio en 1999, Nur Die Tiere Blieben Übrig en 2001 sur le même label, Neue Deutsche Peinlichtkeit chez WSDP en 2004 ou Ajatollah Carter la même année chez Editions Zero – tous ou presque ont le même type de pochette et ils participent également à une nouvelle forme impitoyable de recherche du Saint Graal

jeudi 23 août 2012

The Locust / Molecular Genetics From The Gold Standard Labs




Il n’y a rien de plus pratique que les disques accompagnés d’un mode d’emploi simple et efficace : celui de Molecular Genetics From The Gold Standard Labs est contenu dans le titre même du disque et si on a encore quelques doutes sur la teneur exacte de cette compilation de THE LOCUST un joli autocollant tout rouge et tout rond rajoute « 44 tracks of hard-to-find and out-of print material, remixed and remastered for your listening pleasure ». Dois-je vraiment traduire ? Bon, OK, je traduis.
Molecular Genetics From The Gold Standard Labs compile tous les enregistrements ou presque de The Locust pour le label Gold Standard Laboratories (label monté par Sonny Kay de The VSS et Year Future en compagnie de Omar Rodriguez-Lopez de At The Drive-In et The Mars Volta avant qu’il ne quitte le navire). Quand on dit presque c’est tout simplement qu’il manque le maxi Well I'll Be A Monkey's Uncle avec ses six remix breakcore/casse-bonbons du morceau titre, un « oubli » que l’on ne regrette bien évidemment absolument pas.
Molecular Genetics From The Gold Standard Labs est donc l’occasion de se replonger dans tous les premiers enregistrements du groupe de la bande à Justin Pearson et Gabe Serbian, de 1997 à 2002. Il ne manque encore une fois à l’appel que deux disques initialement non publiés par GSL : le tout premier, un 10' split en compagnie de Man Is The Bastard chez King Of The Monsters en 1995 (ce label existe toujours) ainsi qu’un autre split avec Jenny Piccolo et publié l’année d’après en 1996 sur Three One G, le propre label de Justin Pearson – les esprits pointilleux feront remarquer que les titres de The Locust apparaissant sur ce deuxième split ont été réédités en 2004 sur un joli petit CD de forme carrée de chez carrée – si, c’est possible – et toujours chez Three One G.
Pour le reste c’est du super connu et même parfois du déjà réédité dans le passé : le premier 7’ de 9 titres de 1997 (ressorti en 2004 avec deux titres en plus), le mini album sans titre de 1999 (y compris les quatre titres bonus de la version CD), les cinq titres du split avec Arab On Radar en 2000, le 7’ Fight Of The Wounded Locust en 2001 (dont la version CD comprenait les titres du split avec Arab On Radar ci-devant mentionné), les cinq titres du split avec Melt Banana en 2002, la reprise du Flash Theme de Queen pour la compilation Dynamite With A Laser Beam et je crois que j’ai fait le tour de la question.
En fait, non. Il faut tout de même préciser que Molecular Genetics From The Gold Standard Labs représente la période la plus folle, instable et surtout la plus drôle de The Locust. La quasi-intégralité des titres dépassent à peine la minute, les sons de synthétiseurs sont particulièrement débiles, le chant est horripilant, les plans s’enchainent sans discontinuer, la double pédale règne en maître et The Locust inventait alors ce que certains ont cru bon plus tard d’appeler le spazzcore – OK, mais seulement si tu insistes. Les petits gars de The Locust faisaient encore rire à ce moment là, ils ne se prenaient pas trop au sérieux et leur cynisme n’était pas qu’une recette pour faire genre. Et puis ils avaient ces idées et paroles aussi brillantes que décalées à propos de la consommation de masse, de la politique spectacle et de la frénésie inassouvie et sans issue des sociétés occidentales et américaine en particulier.
The Locust n’a plus donné signe de vie depuis 2007 et l’album New Erections (sur Radio Surgery records). Ses membres sont très occupés ailleurs tel Justin Pearson avec son nouveau groupe Retox qui a beaucoup tourné après la publication en 2011 du demi album Ugly Animals. On peut pourtant se demander si la parution de Molecular Genetics From The Gold Standard Labs ne prépare pas en sous-main le retour aux affaires de The Locust (le groupe n’est pas officiellement dissout). On rappellera juste aux mauvaises langues qu’en 2010 Radio Surgery avait publié un excellent 12’ de Peel Sessions* de The Locust enregistrées en 2001 mais qu'alors le groupe n’en avait pas pour autant profité pour se lancer dans une nouvelle tournée d’adieu au monde moderne.

[Molecular Genetics From The Gold Standard Labs est publié en CD digipak et en LP vinyle rouge à 400 exemplaires par Anti-]

* la pochette de ce disque reprend le célèbre visuel des disques estampillés John Peel à ceci près que l’on peut y distinguer en transparence une sauterelle à aile unique

samedi 19 mai 2012

Nadja / Excision





Excision n’est en aucun cas un nouvel album de Nadja mais une compilation. Un double CD regroupant des titres déjà parus entre les années 2007 et 2009, sur différents supports, souvent à des tirages extrêmement limités et sur des labels que personne ne connait ou presque. Dans l’ordre Excision redonne à entendre un titre issu du 12’ Trinitarian paru en 2007 sur Important records, un titre de Trinity ainsi qu’un autre d’un split 12’avec 5/5/2000 (tous deux datent de 2008), le Magma To Ice publié en 2008 par Fario, deux versions alternatives de Autosomal tiré de l’album Bodycage (2005) – mais ces deux versions proviennent de l’édition en double LP de Bodycage publiée en 2007 par Equation records –, un titre du split avec Kodiak publié en 2009 par Denovali records et enfin Clinging To The Edge Of the Sky (2009, chez Vendetta records et Adagio 830). En tout huit titres pour se refaire une cure de Nadja. Cela faisait bien longtemps.
Le point vraiment intéressant est que Excision correspond exactement à la période pendant laquelle le groupe d’Aidan Baker et de Leah Buckareff a subrepticement atteint son apogée puis a inexorablement mais sûrement basculé dans le moins en moins bon. En 2007 Nadja avait en effet déjà aligné pas moins de huit albums dont pas un n’est à jeter pour les admirateurs du groupe – juste pour se faire plaisir et dans l’ordre : Touched, Corrasion, Skin Turn To Glass, Bodycage, Truth Become Death, Bliss Torn From Emptiness, Thaumogenesis et Radiance Of Shadows. Nadja n’a ensuite jamais fait mieux que ces huit albums, lesquels font en ce moment même ou vont faire l’objet de jolies rééditions en CD via Broken Spine, le propre label d’Aidan Baiker (Bodycage l’est déjà depuis quelques mois, Thaumogenesis vient juste de l’être, à suivre donc…).
Que Aidan Baker/Nadja pense avant tout à rééditer une énième fois ses anciens enregistrements ou lieu d’en publier de nouveaux est presque un aveu : le duo canadien n’est plus ce qu’il a été et Excision en est une nouvelle démonstration, démarrant par du très bon et du très typique de Nadja – couches de guitares surenveloppantes voire qui ensevelissent tout, rythmiques pachydermiques, brouillards de saturation, mélancolie métallique – puis se délitant au fur et à mesure d’enregistrements de moins en moins intéressants. Le deuxième disque fait presque figure de remplissage avec ses plages instrumentales et bruitistes qui mises bout à bout frôlent le gavage et l’overdose (les deux versions alternatives de Autosomal sont même pas très loin d’être parfaitement inutiles). Par contre on remarquera que la contribution de Nadja au LP et demi Primitive North en compagnie des affreux A Storm Of Light n’a pas été incluse dans Excision alors qu’elle tombe pile-poil au milieu de la période étudiée (début 2009). Dommage.

C’est Important records qui est responsable de la parution d’Excision et que le label en soit remercié puisque nombre de ces titres étaient désormais devenus complètement introuvables. Rappelons également qu’Important n’en est pas à son coup d’essai puisque le label avait déjà réédité des raretés d’Aidan Baker en solo, également sur un double CD, I Wish Too, To Be Absorbed, en 2010.

mercredi 9 mai 2012

Berthet - Le Junter / L'Enclume Des Jours





Près de dix sept années se sont écoulées depuis la parution du premier album de Frédéric Le Junter et Pierre Bastien (chez Vand’Œuvre, 1994). Un disque bicéphale dans tous les sens du terme puisqu’une première partie laissait éclater les chansons de Le Junter, sa gouaille imbibée et son humour tordant sur fond d’instrumentations cabaret pounque/boites de conserve et bidouille et qu’une deuxième partie (deux titres seulement mais la moitié de la durée totale de l’album) présentait le travail de Pierre Bastien lorsqu’il s’amusait avant tout le monde à faire du drone indus mais avec des tubes en pvc et lorsqu'il provoquait des résonnances multiples en tapant sur des pièces métalliques en tous genres, à la fois bricolo et visionnaire.
L’Enclume Des Jours de ces mêmes Pierre Berthet et Fréderic Le Junter a été publié en avril 2011 par InPolySons, label spécialisé en pataphysique et absurdité musicales et d’ailleurs il y a fort à parier que le titre de ce mini album n’aurait absolument pas déplu à Boris Vian qui fut lui-même Satrape du Grand Collège de Pataphysique.
Les six titres de L’Enclume Des Jours ne sont pourtant pas des enregistrements récents et Pierre Berthet et Frédéric Le Junter n’ont pas réactivé leur duo. Les cinq premiers titres ont été enregistrés en 1994 à la même époque que le premier album, au même endroit (le CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy) et par le même ingénieur du son (François Dietz). Le sixième et dernier titre a lui été enregistré dans les mêmes conditions mais en 1995 et a déjà été publié sur la compilation Musique Action 2, également chez Vand’Œuvre).
Nous voilà donc avec un mini album de vieilles bandes exhumées du passé. Le principal constat qui s’impose est qu’il n’y a pas de longs titres répétitifs et résonnants sur L’Enclume Des Jours – on conseillera aux amateurs de la musique de Pierre Berthet stricto sensu de se rattraper en écoutant par exemple Un Cadre De Piano Prolongé (Sonoris, 1996) ou Two Continuum Pieces (Sub Rosa, 2000). Non, L’Enclume Des Jours est un entre-deux, les chansons de Le Junter se retrouvant encore plus contaminées par les échos sombres ou dénaturés des idées de Berthet. Ainsi les cinq premiers titres, initialement composés pour accompagner un ballet de William Douglas, sont d’une tristesse limite insondable et profonde, presque glauque. On frise la musique industrielle d’un Neubauten à la sauce tupperware.
Par contre Jerrican – le sixième titre, celui enregistré pour la compil Musique Action 2 – renoue avec la gouaille de Frédéric Le Junter et sa mélancolie arrosée de marin perturbé. On y entend même une vraie rythmique, très binaire et de la guitare funky qui donne par moments à Jerrican des airs de The Pop Group dépressif/passé au ralenti. Seul le final du titre sert de mémorandum aux expérimentations de Pierre Berthet et réalise en quelque sorte la quadrature du cercle en tant qu’ultime témoignage enregistré de ce duo hors-normes.

vendredi 4 mai 2012

Year Of No Light / Nord



Le label parisien Music Fear Satan réédite le Nord de Year Of No Light en version double CD et c’est une très bonne idée. Les précédentes versions – celle, initiale, chez Radar Swarm (2006), l’édition américaine chez Crucial Blast et les magnifiques versions double LP chez E-Vinyl et Atropine – sont épuisées depuis bien longtemps ou vraiment pas loin de l’être.
Cette nouvelle édition présente quelques avantages par rapport aux précédentes, avantages dont le plus flagrant est un deuxième disque bourré jusqu’à la gueule de tous les autres enregistrements de Year Of No Light effectués à peu près à la même époque. L’époque en question c’est celle pendant laquelle Year Of No Light était encore composé de cinq personnes avec surtout la présence d’un chanteur. Une époque définitivement révolue et presque lointaine, un chapitre clôt et ce Nord en mode « deluxe » est une façon comme une autre d’en faire le récapitulatif presque exhaustif. On retrouve ainsi sur ce deuxième CD un titre enregistré pour le split avec Karysun (Adoration), un titre enregistré en collaboration avec Fear Falls Burning (The Golden Horn Of The Moon), un autre enregistré avec Nadja (Les Mains De Nadja), deux titres publiés sur un split avec Rosetta et East Of The Wall (Cimmera et Metanoia), la reprise de Disorder de Joy Division initialement publiée sur le 10’ Dark 80’s, une reprise de The Figurehead des Cure mais aussi les titres de la première démo/CDr de Year Of No Light enregistrée et publiée en 2004. Il ne manquerait que les enregistrements du concert que le groupe avait donné lors de l’édition 2008 du Roadburn mais ceux-ci sont disponibles séparément en format LP + DVD sur le label du festival.




Réécouter Nord après bien des années est une expérience très intrigante. On l’a dit le groupe a beaucoup changé depuis – départ du chanteur, arrivée d’un deuxième batteur, arrivée d’un troisième guitariste et passage à une musique exclusivement instrumentale – et Year Of No Light a surtout publié le magnifique et monstrueux Ausserwelt en 2010 (également chez Music Fear Satan). Ausserwelt possède d’immenses qualités et avait fini par presque nous faire oublier son prédécesseur. Mais c’est une erreur : Nord est également et pour toujours un bel album, sombre, rageur et tourmenté. Et les premières notes de Sélénite (un titre instrumental placé en ouverture de Nord) se rappellent à notre bon souvenir et surtout nous rappellent que l’on avait peut-être eu tord d’affirmer que le Year Of No Light de Nord n’avait rien à voir avec celui d’Ausserwelt tant Sélénite résonne avec ce que le groupe a entrepris d’enregistrer quelques années plus tard.
On pourrait également revenir sur l’exaltation de Nord, une exaltation alourdie et sombre encore traversée par quelques relents d’un hardcore malsain (L’Angoisse Du Veilleur De Nuit D’Autoroute Les Soirs D’Alarme A Accident ou Par Economie Pendant La Crise On Eteint La Lumière Au Bout du Tunnel). On retiendra qu’un titre tel que Traversé fonctionne toujours aussi bien avec sa guitare tire-larmes/fouille-tripes en mode terminal ou que le très glauque La Bouche De Vitus Bering garde le même côté oppressant et désespéré. Nord est toujours ce disque important.
Les titres rajoutés sur le deuxième CD (et énumérés plus haut) complètent plus que dignement le tableau. On retiendra surtout Cimmeria et Metanoia mais on insiste une fois de plus sur cette reprise assez démente de Disorder. Un groupe qui arrive à reprendre du Joy Division en apportant quelque chose de différent et de valable à la version originale est une chose vraiment rare. Year Of No Light y est parvenu – une preuve supplémentaire que ce groupe avait des choses à dire. Cette réédition de Nord nous permet de les entendre à nouveau et sans aucun doute pour encore très longtemps.

samedi 4 février 2012

Anal Cunt / The Old Testament





Seth Putnam est finalement mort en juin dernier, à l’âge de 43 ans, d’un arrêt cardiaque et dans une certaine indifférence. On se rappellera qu’en 2004 il était tombé dans un coma profond suite à l’ingurgitation d’un détonnant cocktail de crack, d’héroïne, d’alcool et de l’équivalent de deux mois de traitement d’un puissant somnifère. Voilà un homme qui n’a jamais fait semblant et si cette tentative de suicide supposée (cela n’a jamais été prouvé et le principal intéressé a toujours tourné la chose en dérision, comme à son habitude) a laissé sur lui nombre de séquelles, il n’en a pas moins continué à vomir sa haine sur le monde entier jusqu’à la fin de sa vie.
Anal Cunt était donc son groupe principal. Mais Seth Putnam en a eu bien d’autres tels que Adolf Satan, Impaled Northern Moonforest, Full Blown A.I.D.S. ou Vaginal Jesus. Un vrai festival. Or l’homme en avait littéralement rien à foutre : plus il exacerbait la détestation, la haine et le rejet et plus il semblait satisfait, allant jusqu’au bout d’une logique destructrice, misanthrope et nihiliste qui l’a amené en compagnie d’Anal Cunt à composer des hymnes aux titres aussi doucereux que Hitler Was A Sensitive Man, I Sold Your Dog To A Chinese Restaurant ou I Made Your Kid Get A.I.D.S. So You Could Watch It Die. Seth Putnam s’était en outre fait une spécialité d’insulter plus directement les autres – on se rappelle du monstrueux single Anyone Who Likes The Dillinger Escape Plan Is A Faggot – mais n’hésitait jamais non plus à se rabaisser lui-même (Everyone In Anal Cunt Is Dumb).
Mais ça, c’était à l’époque où les compositions d’Anal Cunt avaient de vrais titres et parfois même de vraies paroles, en tous les cas un peu plus de trois ou quatre mots alignés à la suite. Car aux débuts du groupe il en était tout autrement. Et les débuts c’est précisément ce que documente ce The Old Testament 1988 - 1991, un double CD bourré jusqu’à la gueule de tous les premiers enregistrements d’Anal Cunt, à commencer par la première démo de 1988 jusqu’à une collection de singles, mini albums et autres splits tous plus obscurs les uns que les autres. Il y a plusieurs dizaines de « compositions » sur ces deux CD. Mais comme elles n’ont pas de titres (comme sur les vinyles d’origine), elles ont été gravés telles quelles, les unes à la suite des autres. Ainsi une plage de CD correspond ni plus ni moins à un disque entier. Il aurait été difficile de procéder autrement d’autant plus qu’Anal Cunt à ses débuts et pendant ses deux ou trois premières années d’existence n’envisageait sa musique que sous une seule et unique forme : éruptions de moins de 40 secondes + hurlements et dégueulis de Seth Putnam + barouf de saturation à la guitare de Mike Mahan + blast beats complètement à côté de la plaque de Tim Morse. Cela ressemblait strictement à rien si ce n’est à un long vomi douloureux. La seule chose qui – musicalement – pourrait se rapprocher des débuts d’Anal Cunt serait le non moins putrescent Tokyo Anal Dynamite de Gerogerigegege ou comment faire une musique de haine à l’aide de « vrais » instruments tout en se rapprochant du harsh noise. Plus on avance dans l’écoute de The Old Testament 1988 – 1991 et plus le résultat commence à ressembler à quelque chose de connu à défaut d’être maîtrisé – il y a même une reprise de MC Hammer et du live « acoustique » ! Mais, encore une fois, la ligne de direction de Seth Putnam n’était pas de chercher à communiquer sur quoi que ce soit mais bien à provoquer dégoût et nausée avec ses déflagrations d’une imbécilité rarement atteinte jusque là.
Génie allumé pour les uns (genre « le GG Allin du grind ») ou crétin stupide et nuisible selon presque tous les autres, Seth Putnam aurait donc eu le temps d’assembler cette compilation lui-même avant de mourir et ce à la demande de Relapse*. Par contre on se rappelle qu’Anal Cunt avait été déprogrammé du Hellfest 2011 pour calmer certains esprits s’offusquant des appels à la haine homophobe, raciste et sexiste du groupe. Il y a ceux qui prétendent que tout ceci n’était qu’un jeu (dangereux) de la part de Seth Putnam et il y a ceux qui affirment que ce type était au delà du nauséabond et de l’ignoble. On aurait pu demander à l’intéressé de répondre pour une fois sérieusement à ce questionnement sans fin  mais Seth Putnam a eu la bonne idée de mourir avant, presque encore jeune, avant en tous les cas d’avoir l’air complètement ridicule ou d’avoir l’idée de se repentir ou – tout au contraire – de virer à l’idéologue rance et établi. Merci la mort.



[cette délicieuse chronique vous pouvez également la lire – mais avec une impardonnable faute d’orthographe au nom de Seth Putnam – dans le tout récent numéro 8 de (new) Noise, ce qui présente deux énormes avantages : premièrement un journal imprimé sur du papier c’est plus facile à emporter aux chiottes ; deuxièmement vous pourrez ainsi en profiter pour vous torcher avec la page contenant cette chronique, je suis sûr que cela aurait plaisir à Seth Putnam – R.I.P]

* mais il n’a pas du trop se fouler non plus : il n’aura en effet pas échappé aux plus fins des amateurs d’Anal Cunt que ce The Old Testament 1988 – 1991 est une version un tout petit plus complète de The Early Years, un double CD publié en 2000 par Artemis records