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samedi 10 août 2013

Jessica93 / Poison b/w Saint James Infirmary Blues




Poison est l’un des titres phares de l’album Who Cares de Jessica93 et a bénéficié d’une publication avancée sous la forme d’un single. Un vrai single, comme avant et avec un inédit sur sa face B. Il pourrait sembler assez vain de reparler en détails de Poison mais pourtant on va en rajouter une couche : entrainé par une boite-à-rythmes implacable et une ligne de basse qui donne le frisson (ces glissés au moment du refrain…), Poison est un vrai tube et une vraie machine à danser. Une composition qui ne serait rien sans la guitare en mode scie circulaire coincée comme il le faut un peu au fond du mix et sans ce chant à la fois désabusé et convainquant, loin de toutes les pleurnicheries auxquelles on pourrait s’attendre avec une musique qui lorgne immanquablement et avec succès du côté sombre des 80’s. Everything Becomes So Bright nous chante lugubrement JESSICA93, comme pour nous signifier que toute vérité que l’on se prend dans la gueule fait d’abord beaucoup de mal avant de faire éventuellement un peu de bien. Le genre de message simpliste auquel j’adhère complètement : je suis un parfait idéaliste.
La face B de Who Cares est donc un inédit et il s’agit d’une reprise de Saint James Infirmary Blues, un standard de la musique populaire américaine dont l’auteur est resté inconnu mais une chanson immortalisée par des gens tels que Cab Calloway (avec l’aide de Betty Boop dans le rôle de Blanche Neige, ça se passe à 4’10), Louis Armstrong et Abner Jay mais également repris par The Standells. Une chanson dont je n’ai jamais pu m’empêcher de penser qu’elle avait servie d’inspiration à tous ces standards du jazz influencé par le gospel et le blues – le Summertime que les deux frères Ira et George Gershin composèrent aux alentours de 1935 par exemple. Saint James Infirmary Blues est une chanson indéniablement spectrale et mélancolique, donc un écrin parfait pour Jessica93 qui en livre une interprétation névrosée mais éclairée et bourrée de reverb, collant plus que jamais avec le She May Search This Wide World Over/She’ll Never Find A Sweet Man Like Me des paroles et nous offrant surtout quelques parties de guitare à se rouler par terre. Du grand macabre.

[Poison b/w Saint James Infirmary Blues est publié par Analog Profusion records, un label dont je n’ai même pas réussi à retrouver la trace sur internet – donc démerdez-vous pour trouver ce single de rêve]

vendredi 9 août 2013

Witxes / A Fabric of Beliefs


Reparlons un peu de (((WITXES))). Il est assez stupéfiant de constater que pour son deuxième album intitulé A Fabric of Beliefs, ce one-man-band basé à Lyon a bénéficié de l’aide et de l’expérience d’une maison de disques aussi prestigieuse que Denovali*. Ce n’est pas qu’ici on soit hyper fanatique de ce label arty-dark un peu prétentieux mais on reconnait volontiers que Denovali a su se forger une réelle identité et fait presque toujours preuve d’une cohérence certaine dans ses choix de productions. Résultat, le catalogue de Denovali est l’un des plus prestigieux en matière de musiques sombres, expérimentales mais aussi metal/hardcore tendance le cœur en bandoulière**.
Mais si Maxime Vavasseur/Witxes se retrouve sur Denovali, ce n’est pas non plus tout à fait le fruit du hasard : Sorcery / Geography, son premier album publié en 2012, était et reste encore aujourd’hui une réussite indéniable. Un disque qui a tapé dans l’oreille et ému énormément d’amoureux des musiques à la fois sensibles et exigeantes. Il parait donc presque normal que Witxes ait parcouru autant de chemin en si peu de temps.




On avait eu une approche très sensorielle et émotionnelle de Sorcery / Geography et il en sera exactement de même pour A Fabric of Beliefs, à quelques détails près. Car on reconnait sans hésitation que ce nouvel album va beaucoup plus loin que son prédécesseur sans toutefois dévier des principales lignes conductrices de celui-ci. Les effets générés par A Fabric of Beliefs s’en retrouvent donc démultipliés : aux mêmes causes les mêmes effets, la logique est respectée.
A Fabric of Beliefs est juste plus ambitieux, explore de nouvelles idées qui ne dénaturent pas la richesse et l’identité du projet Witxes mais au contraire mettent toujours plus en avant sa singularité. La seule chose qu’A Fabric of Beliefs a peut-être un peu perdue par rapport à Sorcery / Geography est une certaine spontanéité. Le langage du corps. Mais ce nouvel album compense largement par la sophistication poussée de ses ambiances, la richesse à la fois très construite et organique de ses compositions, les lumières qu’il laisse échapper et une tenue générale toujours plus cosmographique. A Fabric of Beliefs définit un univers propre à base d’éléments très divers, un univers au sens réel c’est-à-dire avec toute la dialectique chaos organisationnel/organisation du chaos que cela suppose.
Aussi on pardonnera à Maxime/Witxes ces quelques redites comme celle consistant à nous refaire le coup du chant à la (presque) fin de qu’A Fabric of Beliefs : le bien nommé The Words est une chanson superbement magique, toute en émotion. Une chanson qui fait un peu regretter que Wixtes ne se lance pas dans un album entier de folk songs sublimées par un chant aux confins de l’irréel mais peut-être en aura-t-il un jour envie. Ces quelques remarques sont bien évidemment purement secondaires et ne doivent surtout pas éclipser le fait que qu’A Fabric of Beliefs s’impose d’ores et déjà comme l’un des disques les plus beaux et les plus forts de cette année.

* Denovali ne s’est pas contenté de publier A Fabric of Beliefs puisque le label a également réédité en vinyle et CD le premier album de Witxes, Sorcery / Geography ; à noter que la version vinyle d’A Fabric of Beliefs se présente sous la forme d’un double LP : la quatrième face est entièrement occupée par un titre exclusif, Un Tissu De Mensonge qui est une longue improvisation de dix-huit minutes enregistrée en compagnie de quelques invités et dont on peut écouter un court extrait sur la page Soundcloud de Witxes
** parmi les meilleurs groupes ou musiciens publiés par Denovali on citera Thisquietarmy, Aun, Celeste, Crëvecœur, Thomas Köner, Nadja…

mardi 6 août 2013

Hey Colossus / Cuckoo Live Life Like Cuckoo




Si j’ai bien tout compté – ce qui n’est absolument pas certain – Cuckoo Live Life Like Cuckoo est le huitième album de HEY COLOSSUS*. Une longue liste à laquelle il faut ajouter le même nombre de mini albums, maxis, splits ou singles. En moins de dix ans ces anglais ont construit une œuvre plus qu’imposante et singulière. Singulière parce que Hey Colossus ne s’est jamais définitivement enfermé dans un genre précis, faisant évoluer son doom metal mâtiné de noise-rock (et inversement) au gré d’albums toujours plus teintés d’expérimentations et de bizarreries. Hey Colossus a toujours été un groupe des plus barrés – pour s’en convaincre, il faut absolument écouter les albums Project : Death (2006) et Happy Birthday (2007) qui représentent en quelque sorte le summum de la première période du groupe – mais a eu l’intelligence ou plutôt l’inconscience de toujours se remettre en question. Le changement s’est surtout opéré à partir à partir de l’album Eurogrumble Volume 1 (publié sous le nom de Hey Colossus And The Van Halen Time Capsule) puis s’est intensifié jusqu’à atteindre un niveau d’excellence – excellence dans le mal, bien sûr – avec l’insurpassable RRR, disque de tous les excès et de toutes les folies.
On imaginait assez mal Hey Colossus faire machine arrière et revenir à plus de concision mais, tout au contraire, on se demandait aussi comment le groupe pourrait aller encore plus loin après un tel disque. Pourtant, d’une certaine façon, les anglais parviennent encore et toujours à surprendre avec Cuckoo Live Life Like Cuckoo. Un disque totalement schizophrène puisque comprenant nombre de plages chargées d’un metal noise lourd et méchamment vicieux tout en prenant un plaisir certain à brouiller les pistes : ainsi Hot Grave est-il presque complètement parasité par des synthétiseurs au kitsch envahissant tandis que English Flesh  bénéficie lui d’un groove maléfiquement motorik. On a déjà dit que Hey Colossus avait peur de rien et Cuckoo Live Life Like Cuckoo le confirme une fois encore.
En guise de tête de gondole, le chant principal fait tout pour être irritant – c’est amusant mais sur les titres les plus rentre-dedans du disque il me fait plus que penser à celui de Marc Desmarets/Desmare/Du Marais (etc.) c’est-à-dire le chanteur des excellentissimes La Muerte – puis chant comme musique s’engagent sur des terrains plus mouvants et plus psychotiques (Oktave Dokkter au passage doté d’une grosse ligne de basse des cavernes) avant de partir complètement dans des délires sans fin (les quelques dix minutes de How To Tell Time With Jesus qui virent à l’hypnose kraut façon Can, un peu dans la lignée du précédent 12’ Witchfinder General Hospital b/w The Butcher). Comme son chanteur, Hey Colossus n’hésite pas à passer d’un registre à l’autre, avec une aisance confondante et un à-propos certain, ce qui permet au groupe de toujours conserver la même passion dévorante et la même folie contagieuse.
Mais le plus beau reste la deuxième face de Cuckoo Live Life Like Cuckoo : confondant de niaiserie apparente, Pit And Hope est un slow qui ferait presque penser au Planet Caravan de Black Sabbath mais profite de ses neuf minutes pour dégénérer en une longue déambulation d’ivrogne/junkie : le chant est complètement faux mais pas vraiment à côté de la plaque, Pit And Hope s’apparentant à une redescente d’acide, sorte de chill-out redoutable de crasse mais finalement presque rédempteur. Un grand final pour un grand disque.

[Cuckoo Live Life Like Cuckoo est publié en vinyle et en CD par Mie Music, Hey Colossus délaissant ainsi le label Riot Season qui avait pourtant accompagné le groupe sur ses trois albums précédents]

* la chronique de RRR affirmait déjà que ce disque était la huitième référence de Hey Colossus : je ne sais donc définitivement pas compter…

dimanche 4 août 2013

Woman / self titled


C’est en dégustant une fois de plus Sweaty Hands, le deuxième (formidable) album de Degreaser, que cette envie irrépressible de réécouter le premier album de Woman s’est fait ressentir. Impérieusement. La raison d’une telle envie est toute simple bien qu’une chouïa tortueuse : le bassiste de Degreaser s’appelle désormais Kristian Brenchley, lequel est également guitariste – et un peu chanteur – chez Woman. Et qu’il ne joue pas sur Sweaty Hands n’est pas bien grave puisqu’il jouera finalement sur le troisième album de Degreaser.
Mais revenons-en à WOMAN*. Et au premier album du groupe, publié en 2009 par Bang! records. Ce n’est pas sans un certain sentiment de dépit que je me suis aperçu que ce disque, ô combien essentiel à tout amateur de – on peut choisir mais quand on est tout cela à la fois c’est encore plus simple – de noise-rock, de swamp rock, de blues punk et d’une manière générale de toutes ces saloperies qui pullulaient dans les 90’s et qui reviennent de plus en plus à la surface de nos jours, bref, donc, c’est avec effroi que je me suis aperçu que le premier album de Woman n’avait jamais été chroniqué dans les colonnes de 666rpm**. Est-ce que par hasard j’aurais effacé la chronique par erreur ou même par esprit révisionniste ? Non. Est-ce que cette même chronique aurait disparu en compagnie de quelques milliers d’autres fichiers lors d’un éventuel crash de disque dur avant d’avoir pu être postée sur internet ? Non plus.
Je n’ai absolument aucune excuse de n’avoir jamais parlé de ce disque essentiel. Alors voilà, c’est l’été, la bière est tiède et il n’est jamais trop tard, les chroniques des « nouveautés » attendront leur tour*** et, puisque presque quatre années plus tard ce disque me fait toujours autant d’effet, parlons-en, ne serait-ce qu’un peu.





Ces types ont beau être basés à New-York (du côté de Brooklyn), ils n’en sont pas moins australiens dans l’âme et même de sang puisque Brenchley est réellement un émigré en provenance du pays des kangourous et des groupes de hard rock qui jouent du boogie déguisés en tenue d’écolier de douze ans. Et quoi qu’il en soit il y a beaucoup de musique australienne cher Woman. De ce rock sale, puant, suant, collant et méchant. Un petit côté Scientists**** par exemple mais pas que. La seule influence supposée que je n’arrive pas à dégotter chez Woman c’est Birthday Party et tous les trucs à la Rowland S. Howard/Nick Cave*****. Mais si vous aimez tendrement Killdozer (originaires eux du Wisconsin/US) et surtout les Lubricated Goat (ces derniers sont par contre tout ce qu'il y a de plus australien), c’est-à-dire les tenants d’un noise-rock aussi dégueu que braillard et sexuellement transmissible et bien Woman est fait pour vous.
Tout ici remugle l’eau de vie frelatée et l’odeur de tabac froid, je ne dis pas ça que pour le chant réellement spectaculaire de Brett W. Schultz qui doit consciencieusement se racler les cordes vocales à la laine de verre calibre 35 depuis l’âge de quatre ans mais ce simple constat concerne tout le groupe et l’intégralité de ce premier album. Et puis, tiens, en parlant de gnôle et de tabagisme actif, quand j’écoute mon titre préféré du disque, Goal Inside My Heart, je me dis qu’il y a également du Beasts Of Bourbon chez Woman (et les Beasts Of Bourbon sont encore un groupe australien). Dernières traces de sperme décelées chez Woman : un peu de Stooges comme sur le titre Fall Into The Fall. Et puis il y a aussi cette façon de triturer les guitares, de les pourrir au bruit blanc et on verra là sans doute l’influence du lieu de résidence de Woman (Brooklyn rappelons-le) d’autant plus que c’est Martin Bisi qui s’est occupé de l’enregistrement de ce disque. Un grand bon petit disque, rappelons-le encore une fois.

Cette chronique extrêmement tardive a-t-elle une quelconque utilité ? J’ose espérer que oui. D’abord parce que depuis le temps (2009), j’étais tout bonnement persuadé que Woman avait splitté (une information que j’avais peut-être dégottée sur ce webzine ventripotent expatrié en Californie) ; ensuite pour celles et ceux qui connaissaient déjà Woman et qui ont déjà ce disque, peut-être auront-ils/elles envie de le réécouter à  nouveau ; et puis pour tous les autres, qui ne connaissaient pas ce groupe, sachez qu’il est encore temps : Bang! Records – label basé au pays basque espagnol – en a encore quelques caisses à revendre. Et surtout ce même label annonce également la parution du deuxième album de Woman pour au plus tard la fin de l’année 2013… Je ne tiens déjà plus en place******.

* tu veux vraiment un lien internet ? et bien en voilà deux : un qui ne sert plus beaucoup de nos jours myspace.com/womannyc ; un autre qui jour ne servira plus beaucoup non plus facebook.com/WOMANNYC
** moi aussi je récupère mes infos et mes idées de chroniques chez Perte & Fracas, qu’est-ce-que vous croyez ?
*** j’ai quand même une sacré pile de disques promotionnels de merde qui s’accumulent depuis quelques temps… heureusement la poubelle n’est pas très éloignée
**** au passage signalons que Bang! records a également réédité l’album Rubber Never Sleeps, un double album live que le groupe de Kim Salmon avait publié en cassette et en 1985 chez Au Go-Go
***** par contre quand on regarde la photo à l’intérieur de la pochette gatefold de ce disque, on tombe nez à nez avec quatre types tout de noir vêtus, hirsutes et d’apparence bien chargés, des petits frères de Birthday Party, précisément
****** je m’engage solennellement ici à chroniquer le prochain album de Woman avant le 31 décembre 2014 (quoique... )

mardi 30 juillet 2013

Dethscalator / Racial Golf Course, No Bitches




Le premier contact avec Dethscalator a été établi grâce à un split album partagé avec les ignobles génies de Hey Colossus. Sur ce disque, il faut tout de même bien admettre que les Hey Colossus, encore en pleine mutation sensorielle/trip sous acide/marasme psyché, avaient été dépassés par les jeunes Dethscalator. Un groupe encore un peu vert et morveleux et pas génialement original mais un groupe balançant dans la fosse à purin un hybride de noise-rock suffisamment bien torché pour que l’on s’en mette jusque là, c’est-à-dire bien profondément.
Racial Golf Course, No Bitches est le premier véritable album de DETHSCALATOR et voilà là un disque étonnant, épatant même, et ce dans le premier sens du terme : on ne s’attendait pas non plus à un truc à la fois aussi chaud-bouillant qu’épais et gras. Un peu comme si Dethscalator avait à la fois décidé de lorgner du côté d’un Motörhead enflammé et névrotique (Black Percy) ou de quelques groupes U.S. spécialistes dans la boue, le visqueux et la fange (Aids Atlas). Beaucoup plus compacte et beaucoup plus lourde mais toujours complètement irriguée par un esprit rock’n’roll aussi éternel qu’universel (Midnight Feast), la musique de Dethscalator laisse désormais entendre et apprécier un groupe qui joue frontalement la carte du mammouth défoncé et courant au pas de charge derrière des mirages psychédéliques.
Dethscalator y gagne d’autant plus en originalité et en identité. Shit Village et It’s What They Call The Cluhouse, Arsehole sont les cas typiques de deux compositions sur lesquelles Dethscalator refuse à la fois toute concession et s’apparente à une sale maladie mentale qui vous ronge doucement. Internet Explorer & Friends puis Pine Pot ferment la marche sur Racial Golf Course, No Bitches, confirmant que c’est lorsque Dethscalator joue le plus lentement possible qu’il devient réellement fou parce que complètement dérangé, complètement psychotique et définitivement acharné. C’est dans ces moments là que l’on comprend aussi pourquoi le groupe aime citer Drunks With Guns parmi ses éventuelles influences : les titres de Dethscalator sont composés de deux riffs maximums, des riffs qui tournent en boucle de manière viscérale et insistante et balayent toute forme de structure classique couplet/refrain. Une composition de Dethscalator se termine donc comme elle a commencé, sur la même note, dans le même marasme et dégageant le même bordel.
Le côté impitoyablement simple mais diablement efficace de la musique de Dethscalator est pourtant à prendre avec précautions : les guitares tronçonnent sans faiblir et le vomi tamisé au mégaphone qui sert de chant a plus à voir avec des incantations malsaines et des incitations à la débauche. Et si la face A de Racial Golf Course No Bitches est globalement plus rapide que la face B, on l’aime tout autant et malgré, répétons-le, une nette préférence pour le côté gluant et collant de Dethscalator. Encore un groupe anglais avec lequel il va falloir désormais compter.

[Racial Golf Course, No Bitches est publié en LP uniquement – le vinyle est rose pale – par Riot Season ; la pochette du disque est aussi incompréhensible que le titre de l’album et les premières copies ont été livrées avec un tee de golf marqué du nom du groupe et de l’album… définitivement une drôle d’idée]

mardi 23 juillet 2013

Jessica93 / Who Cares




Il y avait de quoi s’enthousiasmer à propos du premier disque de Jessica93, un 12’ de quatre titres seulement redéfinissant la mélancolie plombée des années 80 (tout comme ses extensions du début des 90’s…) et reprenant à son compte l’utilisation abusive des machines à brumiser les synapses et à déterrer les cadavres de chats crevés. Une musique à la fois puissante mais irrésistiblement belle, aussi commotionnante qu’émouvante. 
JESSICA93 continue sur cette voie avec Who Cares, un deuxième enregistrement que cette fois on peut réellement qualifier d’album (six titres seulement mais 38 minutes de musique) tout en apportant quelques menus changements et améliorations à sa formule de départ. Who Cares est un enregistrement d’apparence plus directe, moins brumeuse et moins opiacée que son prédécesseur ; cela ne signifie pas que Jessica93 soit désormais adepte de la gaudriole techno-dark mais, en mettant plus que jamais ses programmations de boite-à-rythmes toujours plus en avant, ce one man band – parce que Jessica93 est l’œuvre d’une seule et unique personne, rappelons-le – Jessica93, donc, prend le pari de plus de dansabilité et d’encore plus de puissance entrainante.
Le côté massif façon Sisters Of Mercy est ainsi renforcé (réécoutez un peu les programmations de First And Last And Always pour vous en convaincre un peu mais surtout ne restez pas à un niveau aussi terre-à-terre de comparaison) or ce qui frappe également ce sont ces quelques effluves curistes qui s’échappent de Who Cares, des effluves comme à l’époque où le groupe de Robert Smith optait pour les rythmes tribaux tout en sortant enfin les guitares au grand jour. Who Cares n’est certainement pas Pornography – et sûrement que Jessica93 s’en fout complètement de Robert & C° – mais, musicalement, on retrouve ici quelques unes de ces pistes d’antan que Jessica93 revisite avec d’autant plus de goût qu’il le fait surtout avec inventivité (French To The Bones fait d’ailleurs plus curiste que nature). Si certains pensent désormais que la création musicale actuelle en matière de rock et de pop music ne peut être qu’un éternel recommencement et qu’une relecture du passé, il y a tout à se réjouir de l’existence et de la vivacité créative d’un groupe tel que Jessica93 qui propulse ses envies suffisamment loin dans les airs pour donner naissance à une musique aussi passionnante que réelle.
Derrière les tubes aussi évidents qu’irrésistibles que sont Away, Poison (incroyable single avec sa ligne de basse-bulldozer sans pitié) ou Junk Food, Jessica93 nous offre également quelques déviances à son orthodoxie supposée : Origine est un titre plus squelettique, plus désarticulé et donc moins inexorable que le reste de l’album, il possède ce côté presque ethnique qui pourtant lui confère une force de persuasion tout aussi imposante ; composition complètement instrumentale et d’une lourdeur que n’aurait pas renié un Godflesh, Sweet Dreams brille dans le noir avec ses guitares à l’unisson, des guitares à la limite d’un golgoth métal proche des kitscheries d’un Katatonia ayant renoncé aux mises en plis à frisettes et aux balayages californiens – pas besoin d’avoir une longue chevelure de surfeur des neiges pour avoir envie de se secouer lentement la tête au son d’une composition finalement plutôt sombre et presque génialement éprouvante.
Avec Who Cares Jessica93 signe un album certes extrêmement connoté et balisé mais d’une personnalité certaine et sincère  et, donc, d’une richesse ensorcelante pour qui sait – ou ose – plonger dedans. Seuls les ayatollahs du bon goût, les gentils donateurs de l’UMP, les anti-mariages pour tous et les fanatiques de grindcore ou de punk à roulettes devraient y trouver quelque chose à redire. Mais ici, on aime vraiment beaucoup ce disque qui illumine déjà cette année 2013 d’éclats aussi sombres que magiques.

[Who Cares est publié en vinyle par trois labels parisiens aussi différents et complémentaires et ça aussi on trouve ça beau : Et Mon Cul C’est Du Tofu ?, Music Fear Satan et Teenage Menopause records ; en outre Who Cares est disponible en téléchargement libre et gratuit, ce qui te donnera peut-être, à toi cher lecteur, l'envie d’acquérir en vrai et en dur l’un des cinq cents exemplaires pressés de ce LP… c’est tout le mal que l’on te souhaite, finalement]

jeudi 18 juillet 2013

Live Skull / Bringing Home The Bait


Il n’y a rien de mieux que les amis, surtout lorsqu’on sait que l’on peut toujours compter sur eux.

Il y a (à peu près) vingt-cinq années de cela, un de mes amis m’avait donné une liste de disques, apprenant qu’en attendant de retourner en cours pour à nouveau rien foutre de toute une année j’allais faire un tour à Londres pour assister à un ou deux concerts et acheter des disques introuvables en France et surtout à des prix défiant toute concurrence. Sur cette liste il y avait tellement de groupes que je ne connaissais pas ou vraiment trop peu que j’en suis devenu presque jaloux. Un vrai con. Au milieu de cette liste figurait le nom de Live Skull mais comme mon vieux pote de toujours ne se rappelait plus du nom exact de l’album qu’il voulait, il avait juste écrit à côté « pochette cervelle ».
Cette pochette cervelle – autrement dit l’album Bringing Home The Bait, premier album de Live Skull et publié en 1985 par Homestead records – je l’ai effectivement dégotté pour une toute petite demi-£ivre sterling dans un magasin de disques d’occasion installé au sous-sol d’un magasin de sports. Je l’ai ramené quelques jours plus tard en France mais j’ai surtout eu l’idée de l’écouter : jamais je ne l’ai redonné à cet ami qui sans le savoir m’avait fait connaitre l’un de mes disques préférés de tous les temps.



Desire records vient de procéder à la réédition de Bringing Home The Bait et il était temps. En espérant aussi et surtout que cette réédition remettra LIVE SKULL à sa juste place sur la carte des groupes new-yorkais post no-wave qui ont compté. Parce que Live Skull, dans le top des amateurs des groupes de rock noisy ou terroriste voire bruitiste et originaires de la Grosse Pomme, est systématiquement placé après les encore jeunes Sonic Youth et après les Swans des débuts. Une véritable injustice.
Certes la carrière chaotique de Live Skull n’a pas aidé le groupe à passer à la postérité mais le groupe de Tom Paine (guitare et chant), de Marnie Greenholtz (basse et chant) et de Marc C. (guitare et chant) était le plus mélodique des trois. Pas aussi hippie réfoulé que Sonic Youth et pas aussi amateur de viande froide que les Swans. Un groupe jouant une musique plus acceptable pour le commun des mortels que celles de leurs collègues d’alors mais qui aujourd’hui sonne toujours aussi bien. Des compositions ciselées, des guitares influencé par la no-wave et ceux qui se sont gavés sur son cadavre (Glenn Branca) mais également des guitares aux résonnances très gothiques. On parle de ce gothique pur, dur et méchant tel que Lydia Lunch l’avait pratiqué sur ses meilleurs albums (13 : 13, In Limbo, Honyemoon In Red et, quelques années plus tard, Shotgun Wedding).
Pour les experts, Bringing Home The Bait reste – au choix – un album séminal et un disque culte. Il s’agit surtout d’un enregistrement tout à fait dans l’air du temps, à une époque où les aventuriers du rock délaissaient toujours plus les idiomes post punk pour progressivement inventer ce que l’on appellera bien plus tard le rock noisy (noise ?) avec son quota de postures à la fois déglinguées et arty. Live Skull est tout simplement le groupe le plus passionnant du lot parce qu’il se situe exactement à la croisée de ces deux embranchements.
Bringing Home The Bait version 2013 existe en CD avec en bonus une grosse poignée d’inédits et/ou de titres live avec un applaudimètre strictement réglé sur vingt personnes maximum. Absolument rien de déshonorant à signaler voire du très bon. Desire records a également procédé à une réédition vinyle de couleur grise et limitée à 300 exemplaires. Desire ne s’est pas non plus contenté de Bringing Home The Bait puisque le label a aussi réédité le tout premier mini-album sans titre de Live Skull initialement publié un an plus tôt (1984) par Massive records. On ne sait pas encore si Desire rééditera dans la foulée tous les autres enregistrements de Live Skull, y compris ceux après le départ de Marnie Greenholtz mais avec l’incomparable Thalia Zedek au chant. On espère vivement que oui.

Epilogue : quelques mois après mon voyage à Londres, j’hébergeais ce même ami dans mon minuscule appartement lyonnais. Par le plus grand des hasards il se retrouva à chercher une cigarette qui avait roulé au sol jusque sous le lit. C’est là qu’il trouva mon exemplaire de Bringing Home The Bait que j’avais préféré cacher et à mon retour chez moi il me montra d’un air teigneux le disque, comme s’il allait le casser en deux. Puis il m’avoua qu’il m’avait fait le même coup avec un pirate de Sisters Of Mercy qu’il ne m’avait jamais redonné non plus. Ce qui en soi était une très bonne chose : j’avais largement gagné au change avec Live Skull. Et j’ai toujours mon vieux LP de Bringing Home The Bait.

mardi 16 juillet 2013

Pylone / Things That Are Better Left Unspoken




PYLONE est un groupe vraiment étonnant. Le quatuor de Toulouse (et environs) avait déjà créé la surprise avec une première démo pleine de promesses et explorant quelques pistes déjà bien dessinées, une démo enregistrée dans l’année qui avait suivi la naissance du groupe. Presque une année supplémentaire s’est écoulée depuis ce premier enregistrement et Pylone ressort de sa tanière pour publier, sans sourciller, son premier album, Things That Are Better Left Unspoken*. Sans sourciller parce qu’il est évident que Pylone a énormément d’atouts en main, que le groupe en a conscience mais – et c’est une qualité vraiment très rare – qu’il n’en abuse pas non plus. Etre sûr de soi finit dans bien trop de cas en un étalage d’arrogance, de suffisance, de vanité et de stérilité. Chez Pylone, c’est carrément tout le contraire : la maîtrise et la cohérence de sa musique voire la maturité exceptionnelle du groupe ont donné naissance à un (très) bon disque et c’est tout. Oui, c’est tout mais c’est bien là l’essentiel et Pylone offre déjà énormément avec ce Things That Are Better Left Unspoken.
On se doute bien que les projets et groupes antérieurs des quatre membres de Pylone – avec Headwax en tête de gondole – leur ont servi de laboratoire, de session d’apprentissage, de galop d’essai et de piste de décollage. Il ne pourrait pas en être autrement. Seulement Pylone pousse vraiment très loin une logique et une esthétique qui lui sont propres et qui, peut être, en rebuteront certains. Parce qu’elle n’est pas si facile que cela la musique de Pylone. Elle est même remplie de faux-semblant : ne vous fiez pas aux premiers instants de SuperNova et en particulier à cette ligne de basse, non Pylone n’est pas un énième clone de Jesus Lizard enrobé d’un glacis shellac-quien de circonstances. Bien sûr le groupe s’inscrit dans cette veine là mais, sans prétendre imiter qui que ce soit ni faire mieux que ses illustres prédécesseurs, Pylone va voir ailleurs, cherche (et trouve) des voies qui lui sont propres. Quitte à décontenancer.
La musique de Pylone est incroyablement lente et, finalement, mélancolique. Le groupe ne dépasse jamais le stade du mid-tempo et semble refuser toute surexposition sonique, jouant avec les effets d’une tension qui a tendance à constamment se muer sous la forme d’une retenue quasi ostentatoire ; c’est comme si tout se passait autour d’une fausse linéarité emberlificotée par une guitare pure et claire et une basse très ronde qui jouent aux électrons libres, se faisant mutuellement écho et tressant des canevas d’une grande délicatesse sans rien perdre de la sécheresse, de l’âpreté et de la dureté des musiques inspirées du noise-rock. La musique que joue Pylone est précisément très belle parce qu’à la fois très froide et à la fois très charnelle. A de rares exceptions près (Tumbledown) les intentions formelles du groupe n’impliquent aucun renoncement au niveau de la propagation des émotions. Et les « faiblesses » volontaires mais en trompe-l’œil de Pylone sont la clef de toujours plus de profondeur. La musique de Pylone est une musique qui (se) creuse, qui vous creuse, une musique qui crée de la dépendance presque en douce ou, plus précisément, qui en s’économisant tombe la plupart du temps en plein dans le mille.
Il n’y a qu’un seul élément dont Pylone ne fait pas l’économie sur Things That Are Better Left Unspoken : le chant. Un chant très en avant, singulier, un chant qui semble pratiquer le tutoiement tellement il a l’air de surgir de juste à côté, comme si ce chanteur était exactement dans la même pièce mais un chant qui évite lui aussi toute arrogance. Son ostentation n’a rien à voir avec une quelconque forme de persuasion agressive mais impose sans fard son originalité et sa différence. Mais il y a mieux : quelques uns des textes de Things That Are Better Left Unspoken sont en français*** et jamais – non, jamais – je n’avais été touché à ce point là par un chant en français, chose que je déteste pourtant cordialement à coup sûr (ou presque : les exceptions se comptent sur les doigts de la main). Du coup j’en viens même à regretter qu’il n’y ait pas plus de paroles en français sur le disque, tellement je trouve que cela va bien avec cette musique. Pylone est décidemment un groupe à part.

[Things That Are Better Left Unspoken est publié en LP + CDr** par Bruisson, Gabu Asso, Katatak et Nothing To The Table ; l’artwork est absolument superbe et est l’œuvre d’Eric Mahé]  

* Things That Are Better Left Unspoken a en fait été enregistré en décembre 2012 au studio de la Trappe, tout comme l’avait été le seul et unique album de Headwax
** le CDr fourni avec ma copie de Things That Are Better Left Unspoken est défectueux, il manque au moins la moitié de White Dress mais je m’en fous : Things That Are Better Left Unspoken est également fourni avec un coupon mp3 largement suffisant pour alimenter la machine à musique portative qui m’accompagne lorsque je veux m’isoler des bruits de la rue – mais rappelons que toute bonne musique se doit avant tout d’être écoutée sur un bon support et qu’en l’espèce rien ne remplacera le vinyle
*** en outre trois textes sont signés Henry Chinaski qui comme chacun le sait est un pseudonyme de Charles Bukowski

dimanche 14 juillet 2013

Comme à la télé : A Minor Forest




Après Bastro la semaine dernière, c’est au tour d’A MINOR FOREST de sortir des limbes d’internet pour quarante minutes de concert enregistrées en 1996 à Indianapolis.




Remarquez bien qu’il y avait à peine une vingtaine de personnes ce jour là pour applaudir A Minor Forest… Malheureusement la postérité réservera le même sort au trio, celui d’un oubli presque total sauf de la part de quelques fans. A Minor Forest était pourtant l’un des groupes les plus intrigants des années 90.

mardi 9 juillet 2013

Buildings - Made In Canada / split


Après avoir mis une déculottée fait jeu égal avec les Hawks d’Atlanta à l’occasion d’un précédent split single à se rouler par terre, les BUILDINGS refont déjà parler d’eux avec un autre split 7’. Cutting Off Your Good Hand est, disons le carrément tout de suite, ce que ce trio de Minneapolis a enregistré de mieux jusqu’ici. Le niveau avait déjà été placé très haut avec les deux LPGA et Mouthgift placés en face de Hawks mais ce nouveau titre confirme plus que jamais que les trois Buildings ont effectivement franchi un cap important, atteint un tout autre niveau et qu’il va définitivement falloir compter avec eux.
Cutting Off Your Good Hand est en effet un titre que l’on ne rechigne pas à qualifier de « parfait » si tant est que l’on aime le noise-rock. Oui, tout est ici parfait, depuis cette ligne de basse – pourtant simple comme une bonne fuckerie – qui vous attaque le cortex par la face nord tandis que la guitare déploie des riffs tout aussi basiques mais prodigieusement bien vus vous assaillant par la face sud. Déjà au sommet, le chant dirige toute la rage de Cutting Off Your Good Hand, un titre qui tourne, qui pulse et qui explose mais qui file tout droit, sans rien laisser au hasard mais avec toute la chaleur communicative qu’il faut pour que l’on soit persuadés d’écouter une vraie composition, écrite par un vrai bon groupe désormais capable de tout et surtout du meilleur. Le tube de ce début d’été.



Quand j’étais beaucoup plus jeune, qu’internet n’existait pas, qu’il fallait se taper des fanzines mal écrits, bourrés de fautes d’orthographe mais imprimés sur du vrai papier et plus que tout défricheurs, découvrir des nouveaux disques, des nouveaux groupes et des nouveaux labels n’était pas une chose tous les jours facile. Comme il y avait encore des magasins de disques à presque tous les coins de rue, l’une des meilleures façons de dénicher la perle rare consistait également à lire à la loupe les informations figurant sur les pochettes des disques. Des petits malins ont tôt eu fait de remarquer que certains des meilleurs labels américains des années 90 – Skingraft, Dischord, Alternative Tentacles, Amrep, Thrill Jockey et, surtout, Touch And Go – faisaient presser leurs disques au Canada, lesquels disques étaient affublés sur leur verso d’un autocollant portant la mention Made in Canada. Ces petits malins achetaient ou volaient donc tous les disques « Made in Canada » qu’ils trouvaient, quitte à se tromper et donc se faire avoir complètement sur la qualité supposée de la marhandise.
MADE IN CANADA c’est aussi maintenant le nom qu’a choisi un trio parisien. Cela n’étonnera personne, ces garçons (dont un ex Schoolbusdriver et toujours Desicobra à la guitare et au chant) jouent donc, avec tout l’aplomb que procure un amour immodéré pour un style musical particulier, le noise rock shellac-quien pour ne pas le (re)nommer, une musique d’un autre âge mais éternellement passionnante. Sortir son premier enregistrement officiel sur un split avec Buildings est quand même un sacré coup pour un petit groupe de losers frenchies et – bien que passer après la furie de Cutting Off Your Good Hand ressemble fort à une mission impossible – Made In Canada s’en sort avec tous les honneurs. The Water Cure rappellera aux amateurs du genre tout ce qu’ils aiment avec ce tempo qui hésite à être réellement rapide, à la limite du pataud mais en définitive vicieusement entêtant ; une basse qui prend beaucoup de place, un son concocté par Miguel « wizard ov zound » Constantino, une compo qui tire vers le haut (malgré le chant qui mériterait d’être un peu plus travaillé), une éjaculation finale qui se fait judicieusement attendre et un break du pauvre malgré tout bien torché, voilà ce que l’on appelle un bon départ.

[Cutting Off Your Good Hand b/w The Water Cure est publié en vinyle de couleur rouge sang par The Exit Music Recording Company. L’artwork est signé Rica, encore un auteur et un illustrateur de talent qui crève de faim]

lundi 8 juillet 2013

Throat / Manhole




Des finlandais de THROAT on connaissait déjà la participation du groupe à la série de splits initiée par Hell Comes Homes (avec Anal Paranoid Throat peut même se vanter d’avoir torché le meilleur titre de toute cette collection d’un niveau pourtant déjà très élevé) ainsi qu’un autre split publié en 2011 chez Cult Of Nihilow (avec les Fleshpress, encore des finlandais, comme voisins de pallier). Depuis 2010 Throat a ainsi publié pas moins de quatre 7’ et un 12’ de quatre titres… Des furieux qui ne débandent jamais et qui, pour parler un tout petit peu vulgairement, défoncent tout sur leur passage, ne sont pas là pour enculer que des auditeurs consentants et provoquent l’orgasme noise à coup sûr.
Le bien nommé Manhole – avec un clone de Syd Barret dans un rôle de travesti échappé de The Rocky Horror Picture Show sur le recto de la pochette – fait plus que confirmer tout le bien que l’on pensait déjà d’un groupe principalement occupé à nous faire peur et à nous écarteler les chairs coûte que coûte. Et Manhole est bien le genre de disque que l’on a d’ores et déjà décidé de hisser au rang des classiques du noise-rock éternel. Pas moins. On précisera à celles et ceux qui avaient précédemment décidé de complètement s’abandonner face à la furie d’Anal Paranoid que sur leur premier album les Throat font toutefois preuve d’un petit peu plus de finesse. Mais pas trop non plus : juste ce qu’il faut en fait pour que les effets de cette musique soient encore plus dévastateurs.
Le côté lourd et gras à la Unsane est donc toujours là mais il y a quelque chose de plus dans ces deux guitares qui aiguillonnent sans cesse, visent de mieux en mieux dès qu’il s’agit de placer un bon coup de fouet là où ça fait vraiment mal et ne taraudent plus à l’aveugle au travers des cloisons de sombres backrooms mais préfèrent se dresser toujours plus fièrement au grand jour, quitte à se lancer dans des digressions aussi inhabituelles que dévastatrices. Et d’une manière générale l’un des gros points forts de Throat c’est que toute la base de gras bien épais n’empêche pas non plus un souci constant de la précision et de la rigueur et que le mélange des deux débouche inexorablement sur une orgie über noise de premier ordre. L’autre point fort du groupe c’est – évidemment – sa force de frappe rythmique mais ce que l’on remarque plus que tout chez Throat c’est le chant : un chant épais et gras lui aussi, un chant qui bien que braillard reste définitivement expressif, avec son timbre étrangement rauque et cette façon de broyer les mots pour ensuite les faire gicler toujours plus loin.
Manhole s’impose sans discussion possible comme l’un des disques de noise rock de l’année et, mieux encore, Manhole démontre une nouvelle fois que l’on peut faire du neuf et du bon avec du vieux et du déjà connu – Throat rejoint ainsi les Joe 4, Hawks, Buildings et autre Baxter Stockman aux premiers rangs de la débauche sonique.

Manhole est publié en vinyle uniquement grâce à l’association de quatre labels partouzards, une sorte d’internationale de la noise et du cul avec l’écossais At War With False Noise, l’américain Made In Kansas, le finlandais Kaos Kontrol (c’est même le label de Jukka, chanteur et guitariste de Throat) et le frenchie Rejuvenation records ; à l’intérieur de la pochette on trouve un insert sur lequel sont imprimées les paroles du disque (paroles que je n’ai pas lues), lesquelles sont mélangées avec des petites annonces du type « Big guy seeks daddy », « Hispanic slave wanted » ou (ma préférée) « Leather uniform master », des annonces que j’ai bien sûr dévorées du début jusqu’à la fin. Il se murmure également que Throat viendrait envahir le reste de l’Europe en 2014, autant dire que l’on attend cela avec impatience.

dimanche 30 juin 2013

Comme à la radio : Melt Banana !




Et il s’agit même d’un double « comme à la radio » puisque ce qui suit est une session radio enregistré par MELT BANANA pour John Peel le 10 mars 2001.  C’est-à-dire à une époque où les japonais étaient encore au top de leur forme (l’album Cell Scape, très décevant, ne sortira qu’en 2003).



Une seule conclusion s'impose : voilà un enregistrement qui assurément mériterait une publication en dur et non pas une simple diffusion bâtarde via internet mais on peut toujours rêver.

[la photo du groupe a été prise le 18 septembre 2010 à feu Grrrnd Zero]

lundi 17 juin 2013

Staer / Daughters




Le grand retour de STAER. Un peu paresseusement, je m’apprêtais purement et simplement à renvoyer l’auditeur (et lecteur plus ou moins assidu de 666rpm/Heavy Mental) en direction de la chronique du premier album de ce trio norvégien. Mais cela aurait guère été généreux de ma part. Je concèderai peut-être qu’entre le premier album sans titre de Staer et le deuxième, mystérieusement nommé Daughters, il n’y a pas ce gouffre abyssal qui s’était ouvert sous nos pieds à la découverte du premier des deux, un gouffre insondable d’où s’échappaient des secousses telluriques et über-soniques comme on n’en avait plus entendues depuis trop longtemps, mais il serait injuste d’uniquement réduire Daughters, album marquant s’il en est, à l’aune de son déjà formidable prédécesseur.
Evidemment que dans le principe la musique de Staer n’a pas beaucoup changé – et c’est tant mieux. Mais on notera surtout que le groupe, tout en puisant dans ce qu’il a déjà magistralement accompli, est allé encore plus loin que précédemment. Comprenez bien que Daughters est un album encore plus fou, plus malade, plus tordu, plus bruyant et plus sismique que jamais ; mais il s’agit également d’un disque en apparence encore plus pensé, maîtrisé et – quelque part – de tout simplement démoniaque. S’il n’y a donc qu’un seul reproche à faire à Daughters, il est extrêmement infime : avec ce deuxième album l’auditeur marche en terrain connu. Mais pas pour très longtemps car ce terrain là est constellé de sables mouvants et de passages souterrains qui s’ouvrent sous ses pieds au fur et à mesure qu’il progresse au milieu d’une jungle sonore peuplée de grincements de machines infernales, de cris de monstres malades, de grondements de roches calcinées, de saturations métalliques et de plaintes innommables.
Car il ne se passe que peu de temps avant que l’on ne se rende compte que les trois Staer ont surtout accompli d’immenses progrès : le son de Daughters est encore meilleur (pourtant il s’agit toujours d’un enregistrement en prise directe), mélange de rudesse industrielle et de hurlements organiques ; puis le groupe nous enfonce des clous toujours plus loin dans le crâne et les constructions multi-sphériques de ses compositions atteignent des niveaux de complexité au départ insoupçonnés. La musique de Staer est en même temps extrêmement mouvante mais stable, changeante mais inexorable, globale – presque totalitaire – mais assoiffée de particularisme et  attaquant les sens de l’auditeur par l’intérieur comme par l’extérieur : avec Daughters vous vous retrouvez à la fois au cœur d’une musique qui vous enferme pour mieux vous emporter et à la fois complètement désarmé, comme foulé, laminé par une énorme grosse boule métallique changeant constamment de forme, de consistance voire de température et marquant de façons multiples et sans cesse renouvelées les chairs de ceux qui osent l’affronter.
On remarquera également les interventions à plusieurs moments clefs de Daughters du saxophoniste Kjetil Møster (Ultralyd), ce qui constitue une filiation assez claire et évidente entre Staer et la scène bruitiste/extrême – et non métalleuse – norvégienne (Ultralyd, donc, mais aussi Noxagt et MoHa!), scène dont Staer est actuellement l’ultime représentant et le dernier enfant légitime. Mais on citera également les groupes anglais qui ont secoué le monde durant les années 90 : des groupes tels que Ice/God – écoutez bien cette basse ! – mais aussi Terminal Cheesecake ou Skullflower pour le côté psychédélique maladif car déformé aux métaux lourds. Tout un tas de références qui inscrivent définitivement Staer parmi les grands groupes actuels en matière de musique apocalyptique d’autant plus, encore une fois, que Staer reste Staer c’est-à-dire un groupe qui en 2013 propose une musique aussi intransigeante que personnelle, insondable que magnétique, complètement  folle et littéralement mortelle.

[Daughters est publié en vinyle uniquement par Gaffer records – l’artwork du disque, des peintures signées Urd J. Pedersen, est absolument splendide avec une pochette transparente qui se superpose à la pochette cartonnée et donne également un effet mouvant fascinant]

vendredi 14 juin 2013

Mainliner / Revelation Space


Je me souviens d’un concert de MAINLINER, un concert un peu furtif et non prévu au départ : c’était dans le cadre d’un énième « japanese extreme music festival » (ou un truc dans ce genre là) au Pezner de villeurbanne ; l’affiche comportait entre autres High Rise, Musica Transonic, Kawabata Makoto (en solo), les Ruins, etc… l’idée d’un set de Mainliner réunissant Kawabata à la guitare, Asahito Nanjo (de High Rise mais aussi des géniaux Musica Transonic à la basse et au chant) ainsi que Tatsuya Yoshida (des Ruins) à la batterie, soit le line-up le plus fantastique possible de Mainliner*, a fait son chemin et s’est concrétisée devant un public qui pour la plupart ne connaissait pas le groupe mais n’en croyait pas ses oreilles. Je me rappelle très bien avoir demandé à l’un des gardiens du temple et piliers du Pezner qui était le groupe jouant sur scène, il m’avait répondu alors « mais c’est Mainliner ! ». Je connaissais pourtant déjà le groupe, puisque le label Riot Season avait publié – en 1996 – le génial Mellow Out.
Le concert dont je parle prenait la forme d’une longue jam psychédélique et dégueulant de saturation, Asahito Nanjo geignait à intervalles réguliers comme un possédé et Mainliner s’élevait lentement dans les airs, au milieu de perturbations ultrasoniques démentes. Malheureusement il y a eu une coupure générale de courant électrique et le set de Mainliner a été interrompu brutalement. Lorsque l’électricité est revenue le groupe a recommencé à jouer là où il s’était arrêté mais la magie s’était estompée, malgré tous les efforts des musiciens pour la réactiver, conne de vie**.




Kawabata Makoto a décidé de remettre Mainliner en activité. Mais les anciens membres du groupe – Asahito Nanjo  en tête – ne font pas partie de cette résurrection. Kawabata a recruté un nouveau bassiste/chanteur et un nouveau batteur, aussi cette nouvelle incarnation s’appelle-t-elle KAWABATA MAKOTO’S MAINLINER. De cette renaissance est né l’album Revelation Space dont il est ici question. Un très bon disque. Un disque violent, dur, électrique, psychédélique – au sens où l’entendent ces tarés de musiciens japonais*** – et une énorme bouffée de free form freak out aussi hallucinogène que grésillante. Et si ça grésille autant sur Revelation Space, c’est parce que la guitare de Kawabata Makoto est systématiquement dans le rouge, en mode totale auto-combustion, laissant échapper des torrents de riffs chauffés à blancs, de véritables bombes incendiaires. Mais il n’y a pas qu’elle : les cymbales et la caisse claire donnent mal au crâne et la basse se retrouve également régulièrement défoncée.
D’ailleurs, parlons des deux petits nouveaux. Kawabe Taigen s’occupe de la basse et du chant (et des paroles) tandis que Shimura Koji s’occupe de la batterie. Le premier est un inconnu – en tous les cas pour les services de renseignements de 666rpm – alors que le second a joué dans High Rise et dans diverses incarnations d’Acid Mothers Temple, autant dire qu’il était l’homme de la situation. Mais Kawabe Taigen l’est tout autant : ses lignes de basse possèdent ce groove mi aquatique mi radioactive nécessaire à l’envol de Mainliner ; son chant de sirène crucifiée sur une falaise balayée par un océan en furie répond lui parfaitement aux échos à la fois inquiétants et célestes qui ont toujours hanté la musique de Mainliner. A l’écoute de Revelation Space, disque aussi forcené que prodigieux, on ne peut que se dire que Kawabata Makoto, en 2013, n’aurait sans doute pas pu mieux s’entourer.

Revelation Space est publié en CD digipak et en vinyle par Riot Season ; le CD comporte un titre en plus (l’excellemment bruyant The Dispossessed, très loin d’être un bonus track au rabais) ; le vinyle existe en blanc et en vert dégueu alors qu’initialement la deuxième couleur aurait du être un beau doré mais, comme c’est étonnant, l’usine de pressage a fait n’importe quoi.

* line-up avec lequel Mainliner a enregistré les albums Psychedelic Heavy Speedfreak (1996), Psychedelic Polyhedron (1997) et Mainliner Sonic (1997)
** conne de vie : tout ceci n’est qu’un ramassis des souvenirs… il n’est donc pas impossible que ma mémoire me joue quelques tours et d’ailleurs on s’en fout
*** à ce propos il faut absolument (ré)écouter High Rise et Musica Transonic

jeudi 13 juin 2013

Report : Kouma et Radiation 10 au Toï Toï - 08/06/2013




Ce n’était absolument pas raisonnable. Le lendemain d’un concert aussi bruyant que mémorable et réunissant Nicoffeine et Degreaser, l’appel du ventre se faisait à nouveau ressentir. Et en ce samedi soir il y avait de quoi satisfaire les appétits les plus aiguisés avec au moins trois/quatre concerts intéressants sur Lyon : David Grubbs en formation trio et Kaumwald au Sonic, Abschaum et The Dreams au Kraspek ou bien Cougar Discipline et Deux Boules Vanille à la Triperie. Que demande le peuple ? Du (free) jazz bien sûr.
Mais pas n’importe  jazz quel non plus : celui, électrique, trépidant et infiniment noise de Kouma et celui, orchestral, nuancée et impérial de Radiation 10. Le tout se passait au Toï Toï de Villeurbanne et de là à dire que je me suis rendu à ce concert précis uniquement parce qu’il se déroulait à moins d’un quart d’heure du quartier général de 666rpm il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Non, j’avais juste complètement envie de quelque chose de différent de la veille alors tant pis pour tous les autres concerts, surtout pour celui du génial David Grubbs. Une autre fois, peut-être.




Quelque chose de différent mais de toujours très électrique. KOUMA c’est le mélange des genres plutôt parfait. C’est même le mélange des genres qui vous fait précisément oublier qu’il en est pourtant un, c’est dire s’il est donc extrêmement réussi. Et tout le monde n’y voit que du feu, dans tous les sens du terme : sans même crier gare Kouma assène avec une aisance et une puissance stupéfiantes une musique qui allie les trépidations saturées du noise rock, la complexité un rien cérébrale et alambiquée du math-rock et la furie organique du free jazz.
Et puis il y a ce son unique, propre à Kouma, un son à base d’un saxophone et d’une guitare barytons – des sonorités d’un gros grain grésillant et brûlant et des montagnes de tremblements, une tempête sonore qui ne serait rien sans la richesse effervescente et agitée de rythmiques endiablées et de structures de compositions toujours haletantes.
Ils savent vraiment ce qu’ils veulent les trois Kouma et ils sont vraiment au point. Le saxophoniste a sorti le marcel parce qu’il sait qu’au bout de cinq minutes il pourra participer au concours de t-shirt mouillés et, tout comme lui, personne ne se laisse aller dans le groupe, tout le monde est à fond malgré une audience très sage à laquelle il faut faire face ; car il n’y a pas beaucoup de monde et chacun reste confortablement assis sur sa chaise, plus ou moins trépignant sur place. Mais Kouma s’en fout éperdument, le groupe joue toujours et encore, escaladant puis dévalant les pentes, tutoyant les sommets, lacérant les airs et gardant toujours à l’esprit l’impérieuse préoccupation animale des musiques organiques que sont le (free) jazz et le (noise) rock.

Au moment où vous lirez peut-être ces lignes Kouma sera au milieu d’une petite tournée : ce soir jeudi 13 le trio joue à Pau au Localypso en compagnie de The Balladurians (une orga des irremplaçables A Tant Rêver du Roi), le vendredi 14 le trio est à Bayonne avec The Enterprise au Kixkil Ostatua (merci La Souche Rock) et le samedi 15 à Angoulème/Le Karma avec l’excellent Tom Bodlin ; les lyonnais qui ont raté le concert du 8 juin au Toï Toï pourront se rattraper le 21 pour un concert gratuit – évidemment… – et en plein air place de la République, Lyon 2ème, aux alentours de 19 heures…




Après Kouma, changement complet de décor. A tous les niveaux. RADIATION 10 est un groupe issu du collectif Coax et comme son nom l’indique le groupe comporte dix membres. Alors je compte : un, deux, trois, quatre… neuf. Je recommence, presque déçu : un saxophoniste, un violoniste, un contrebassiste, un vibraphoniste, un claviériste (il joue du Fender Rhodes), un batteur, un guitariste, un trompettiste et un tromboniste. Bon, tant pis. Cela fait donc bien que neuf musiciens et mis à part le batteur et surtout le guitariste – déjà croisé avec IRèNE, Q ou DDJ – je n’en connais aucun. Et cette histoire de « déception » n’est bien sûr qu’une bague.
Radiation 10 est ainsi une sorte de big band protéiforme et inventif ayant à sa disposition une palette de sonorités d’une richesse bienvenue : les mélanges de timbres, les mélodies qui se croisent et les entrelacs harmoniques sont au cœur de la musique du groupe. Sur le papier ce genre de formation me fait pourtant un peu peur, la peur sans doute du maniérisme orchestral adapté à une musique – pour faire vite : le jazz – que je préfère quasiment toujours en petite formation. Or Radiation 10 m’enlève rapidement tous mes doutes. Que ce soit lorsque les musiciens jouent tous ensemble ou que ce soit lorsque une poignée d’entre eux seulement se lance dans un aparté, Radiation 10 ne perd jamais le fil d’une narration musicale qui ne tombe ni dans l’illustratif ou l’imagier ni dans le pompeux et le démonstratif. Une sorte d’orchestre de musique moderne, c'est-à-dire un groupe collectiviste et bouillonnant d’idées qui puise son inspiration à l’aune de multiples sources historiques mais qui donc ne se prive d’aucune direction à explorer. Une vraie découverte.

Radiation 10 vient de publier un nouvel album dont on reparlera sans doute, bientôt.

[quelques photos de ce concert par ici]

mercredi 12 juin 2013

Report : Nicoffeine et Degreaser à Buffet Froid - 07/06/2013




Un dernier concert pour la route. Ce soir c’est en effet la toute dernière fois que le dénommé Bambino Versailles tentera de nous éplucher les oreilles de l’intérieur et de nous donner un mal de tête conséquent avec l’organisation d’un concert comme lui seul en a le secret : deux groupes – dont un de nationalité allemande – que personne ne connait, une cave froide et humide – celle de Buffet Froid – comme lieu d’accueil, un prix d’entrée dérisoirement bas mais quand même apparemment beaucoup trop cher et une promo à la limite de l’agression impérialiste. Résultat : seulement dix-sept personnes hystériques se sont précipitées pour assister à l’un des concerts de l’année 2013. Et environ une trentaine d’autres seront restées dehors, à parler de tout et surtout de rien, à boire des bières tièdes et acides sur le trottoir d’en face tout en profitant de la douceur nocturne d’un printemps enfin retrouvé.
Après cet enterrement de première classe, Bambino Versailles retournera là d’où il n’aurait jamais du partir, se fera à nouveau dorloter par maman qui l’attend depuis de trop longues années dans la ville-berceau de l’absolutisme monarchique puis terminera avec succès ses études en escroquerie organisée, parcourra les hautes sphères du business mondial et inventera un nouveau concept à la mode d’inutilité collective à base d’individualisme égoïste et d’exploitation de la crédulité des masses – quelque chose d’encore plus fort que FakeZook et U-Teube réunis. Bonne chance, gamin.




Vous ne connaissez pas NICOFFEINE ? Moi non plus. Ou alors à peine. Voilà un trio allemand originaire de Coblence, un endroit terriblement accueillant voire plutôt joli pour une ville située à la confluence du Rhin et de la Moselle : des vieilles pierres de partout, des arbres avec du vrai vert dedans et, donc, Nicoffeine, un groupe de vieux tarés qui aiment jouer plus fort que tout le monde. Le batteur s’active également dans un autre groupe d’apparence pourtant tranquille, portant le doux nom de Jealousy Mountain Duo et qui a déjà joué quelques semaines auparavant sur Lyon, faisant fuir parait-il 90% du public présent mais dommage je n’y étais pas, cette date tombant en plein pendant mon séjour annuel à Vittel-Plage pour y recevoir mes soins antirhumatismaux.
Mais revenons-en à Nicoffeine, soit des gens qui semble-t-il aiment mettre des femmes à poil sur les pochettes de leurs disques, un groupe composé d’un guitariste ressemblant à un vieux rocker en cuir – sans doute un fan de Johnny Thunder ou de Guitar Wolf –, d’un bassiste amateur de jolies barbes et de belles moustaches (et très attiré par mes rouflaquettes divines, cela fait au moins quinze ans que je n’avais pas fait une touche à un concert) et un batteur qui déborde dans tous les sens. Un groupe qui à première vue fait un peu peur mais rassure également : ces types ont l’air beaucoup plus vieux que moi et ça c’est toujours bon à prendre pour mon égo chancelant.
Après ce fut, comme on dit vulgairement, la grosse branlée. Un assaut noise rock accompagné de spacecakes hawkindiens donnant parfois un résultat pas très éloigné de ce que nos amis japonais désignent pas heavy psychedelism c'est-à-dire que ça sature dans tous les sens mais qu’en même temps ça pulse de la mort qui tue, la tête dans les nuages radioactifs frelatés et les pieds immobilisés par une boue dégueulasse de gras. La dernière partie du concert, plus aérienne voire complètement c(r)amée, n’empêche pas le maigre public devenu complètement hystérique de réclamer un rappel, lequel ne viendra pas – le bassiste lance même un « respect the other band, there’s a curfew here and they need time too for playing their gig ». OK, tant pis, au moins la soirée est déjà à moitié réussie et je suis presque sûr de rester sourd pour les quinze prochains jours.




L’autre groupe s’appelle donc DEGREASER. Et c’est lui que je suis venu voir ce soir. Tout ça parce qu’on y retrouve un membre de Woman (le bassiste me semble-t-il, alors qu’il joue de la guitare avec Woman). De Degreaser je ne connais que le premier album, l’effroyable et glauque Bottom Feeder, le genre de disque qui ne t’incite pas à sortir de ton trou, qui ne laisse jamais passer la lumière et qui t’empoisonne à petit feu.
Je passe les détails sur les problèmes de son et de réglages de l’ampli guitare – Degreaser utilise le matériel de Niccoffeine mais le groupe annonce qu’il va jouer moins fort parce qu’il veut que tout le monde entende tous les détails de sa musique (!) – ni sur mon expectative en constatant que le batteur frappe sur une batterie minimale comme une paye d’ouvrier textile au Bengladesh. Par contre je ne saurais passer sous silence le côté nettement plus garage – mais faussement enjoué – des titres joués par Degreaser ce soir là. L’explication est pourtant simple : le trio de Brooklyn a principalement interprété de nouvelles compositions qui figureront sur le troisième album du groupe à paraitre courant 2013 et dont pour l’instant on ne peut découvrir que quelques extraits via la page bandcamp de Degreaser.
Du boogie-blues bien garage et qui pue mais du boogie quand même, pas très éloigné de ce que peut faire maintenant un Shield Your Eyes en Angleterre mais sans le côté grande communion psychédélique et rayonnante avec option l’option lutins stellaires, non Degreaser garde malgré tout son côté sombre, raclé jusqu’à l’os, maladif, profondément drogué, malsain et vicieux. Et si le groupe a mis un peu de temps à décoller, il finira complètement dans le rouge, faisant fondre les lampes des amplis, acceptant de jouer non pas un mais trois titres supplémentaires (genre I don’t give a fuck with that curfew) et voilà tout le monde – on est toujours qu’une quinzaine dans la cave de Buffet Froid –, qui se retrouve à genoux. L’oubli, le noir, la mort.

[les photos de cette mémorable soirée de losers sont ici]