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mardi 30 juillet 2013

Dethscalator / Racial Golf Course, No Bitches




Le premier contact avec Dethscalator a été établi grâce à un split album partagé avec les ignobles génies de Hey Colossus. Sur ce disque, il faut tout de même bien admettre que les Hey Colossus, encore en pleine mutation sensorielle/trip sous acide/marasme psyché, avaient été dépassés par les jeunes Dethscalator. Un groupe encore un peu vert et morveleux et pas génialement original mais un groupe balançant dans la fosse à purin un hybride de noise-rock suffisamment bien torché pour que l’on s’en mette jusque là, c’est-à-dire bien profondément.
Racial Golf Course, No Bitches est le premier véritable album de DETHSCALATOR et voilà là un disque étonnant, épatant même, et ce dans le premier sens du terme : on ne s’attendait pas non plus à un truc à la fois aussi chaud-bouillant qu’épais et gras. Un peu comme si Dethscalator avait à la fois décidé de lorgner du côté d’un Motörhead enflammé et névrotique (Black Percy) ou de quelques groupes U.S. spécialistes dans la boue, le visqueux et la fange (Aids Atlas). Beaucoup plus compacte et beaucoup plus lourde mais toujours complètement irriguée par un esprit rock’n’roll aussi éternel qu’universel (Midnight Feast), la musique de Dethscalator laisse désormais entendre et apprécier un groupe qui joue frontalement la carte du mammouth défoncé et courant au pas de charge derrière des mirages psychédéliques.
Dethscalator y gagne d’autant plus en originalité et en identité. Shit Village et It’s What They Call The Cluhouse, Arsehole sont les cas typiques de deux compositions sur lesquelles Dethscalator refuse à la fois toute concession et s’apparente à une sale maladie mentale qui vous ronge doucement. Internet Explorer & Friends puis Pine Pot ferment la marche sur Racial Golf Course, No Bitches, confirmant que c’est lorsque Dethscalator joue le plus lentement possible qu’il devient réellement fou parce que complètement dérangé, complètement psychotique et définitivement acharné. C’est dans ces moments là que l’on comprend aussi pourquoi le groupe aime citer Drunks With Guns parmi ses éventuelles influences : les titres de Dethscalator sont composés de deux riffs maximums, des riffs qui tournent en boucle de manière viscérale et insistante et balayent toute forme de structure classique couplet/refrain. Une composition de Dethscalator se termine donc comme elle a commencé, sur la même note, dans le même marasme et dégageant le même bordel.
Le côté impitoyablement simple mais diablement efficace de la musique de Dethscalator est pourtant à prendre avec précautions : les guitares tronçonnent sans faiblir et le vomi tamisé au mégaphone qui sert de chant a plus à voir avec des incantations malsaines et des incitations à la débauche. Et si la face A de Racial Golf Course No Bitches est globalement plus rapide que la face B, on l’aime tout autant et malgré, répétons-le, une nette préférence pour le côté gluant et collant de Dethscalator. Encore un groupe anglais avec lequel il va falloir désormais compter.

[Racial Golf Course, No Bitches est publié en LP uniquement – le vinyle est rose pale – par Riot Season ; la pochette du disque est aussi incompréhensible que le titre de l’album et les premières copies ont été livrées avec un tee de golf marqué du nom du groupe et de l’album… définitivement une drôle d’idée]

mardi 2 avril 2013

Report : Morse et Divorce au Sonic - 28/03/2013




Il pleut et il fait froid, ça caille même vraiment, c’est encore l’hiver et j’ai des rhumatismes : ce live report directement placé sous le signe de la complainte gériatrique commence très mal, non ? Pourtant voilà le genre de considérations météorologiques et autres que j’échange paisiblement sur le pont du Sonic avec l’homme de S’Etant Chaussée, organisateur du concert du jour, tout en guettant dans le ciel les signes avant-coureurs d’une éventuelle éclaircie et de la fin d’une pluie aussi serrée que merdique. Un temps dégueulasse qui incite les plus frileux et les plus feignants à rester bien au chaud à la maison au lieu de sortir pour voir des groupes et écouter de la musique et donc un temps à vous plomber un concert…
… Mais les absents ont toujours tort : même si cette expression horriblement sentencieuse et (à moins de savoir manier le second degré) digne d’un imprécateur expert en ostracisme me défrise toujours autant – parce qu’après tout les gens font bien ce qu’ils veulent de leur vie –, il faut tout de même avouer qu’il ne fallait pas rater ce concert réunissant MORSE et DIVORCE. Une belle affiche et, disons-le tout de suite, un vrai bon concert, du genre qui fait terriblement du bien par où il passe.




Certains attendaient DIVORCE de pied ferme, surtout après la belle succession de singles et de splits et surtout après le premier album* sans aucun faux pas que les écossais ont publiés en quelques années seulement. Divorce c’est du noise-rock version à la punk c'est-à-dire d’une sauvagerie totalement décomplexée. Un groupe à l’exact opposé d’Uzeda revu en concert moins d’une semaine auparavant : les siciliens préfèrent opter pour la transcendance de leur bruit vers toujours plus d’émotion brute et de beauté contrastée ; avec les écossais de Divorce on est du côté du défouloir voire du dépotoir, faut que sorte, même si ça fait mal.
Ce qui ne signifie pas que chez Divorce on joue n’importe quoi et n’importe comment. Bien au contraire : je pensais que la chanteuse et la guitariste allaient monopoliser toute l’attention et tous les regards mais les écossais possèdent aussi et surtout une sacrée bonne paire rythmique, un couple basse/batterie** sans lequel Divorce, tout en gardant son côté vide-ordures/exutoire punk, ne serait pas aussi génialement efficace en concert – il fallait même voir la bassiste assurer une ligne de basse lourde de chez lourde juste en tapotant sur le manche de sa basse, son autre main attendant fébrilement le top départ pour enfin labourer les cordes au médiator.




Sinon Divorce c’est presque uniquement que du basique et que du classique : la guitariste déborde de bonnes idées pour mettre le feu aux poudres et elle n’utilise qu’une Big Muff et une fuzz box, le son de sa guitare est aussi cru et brut que déchirant et taillé à la hache (avec parfois l’utilisation judicieuse d’un bottleneck). Quant à la chanteuse elle a pris soin d’enfiler son pijama Winnie L’Ourson (?) et a passé les dernières minutes avant le début du concert à se préparer bien comme il faut en descendant une bouteille de whisky salement frelaté. Elle chante donc presque complètement bourrée et au passage se vautre joyeusement au milieu du public – Divorce joue au sol, devant la scène et dans la pénombre, une configuration idéale pour ce genre de musique*** –, se faisant mal de chez mal mais assurant pleinement le spectacle alors que les trois autres continuent sans sourciller de balancer leur noise-rock vraiment sale et follement méchant.
Et puis il y a ces nombreux moments où les quatre Divorce jouent complètement ensemble, boule de feu et d’énergie qui emporte tout sur son passage, fait chavirer et bouscule le public scotché au et par le groupe, débauche de sueur, de cris et d’électricité. Divorce enlève alors toute retenue, allons-y pour le meilleur comme pour le pire, tout ça ne durera qu’un seul instant et on l’accepte comme tel. Pas le groupe le plus génial du moment mais un groupe qui a tout compris à ce que devrait toujours être l’instant (barré) d’un concert, comme une dose de folie irrécupérable que l’on s’injecte pour un bon shoot.




En première partie MORSE a fait plus qu’assurer son rôle de passe-plat et/ou de chauffe-ambiance : quelques-uns sont venus exprès pour eux et ils ont bien eu raison. Je me surprends à reconnaitre les titres joués – Muted est en seconde position de la setlist – alors que je n’ai vu le groupe qu’une seule fois en concert auparavant (OK : j’ai un peu triché en révisant à l’écoute de la cassette de ces jeunes gens).
Il n’empêche que revoir Morse si peu de temps après est un vrai plaisir, je trouve même le groupe encore meilleur, non ce n’est pas déjà la force de l’habitude, genre ça joue bien  et, encore une fois, ça joue racé... En milieu de set Morse se lance dans une toute nouvelle compo et je me dis que si le groupe pouvait encore étoffer son répertoire pour assurer des concerts un peu plus longs ça serait réellement parfait.

* pour les acharnés du disque et autres collectionneurs compulsifs : sur sa table de merch Divorce proposait une tour edition de son album sous la forme d’un double CD, le deuxième disque incluant des inédits et des titres que le groupe a déjà publiés sur certains de ses singles et splits précédents – j’en connais qui prétendent que ces titres, enregistrés au cours de l’année 2011, sont même meilleurs que ceux de l’album (il est vrai que Whiskey Shoes est un pur chef-d’œuvre)
** le batteur a un chouette tatoo des Flying Luttenbacher sur le bras, assurément une preuve de bon goût
*** configuration peut-être idéale pour profiter du concert mais pas pour prendre quelques photos un tant soit peu potables

jeudi 14 mars 2013

Gay Witch Abortion / Opportunistic Smokescreen Behaviour




GAY WITCH ABORTION, le retour. A tout bien y réfléchir mais pas trop longtemps non plus, le duo de Minneapolis aura surtout effectué de beaux débuts fracassants (dans une certaine mesure le tout premier album Maverick* et surtout, par dessus tout même, le 10’ Halo Of Flies Sessions enregistré en formation trio avec Tom ‘Amphetamine Reptile’ Hazelmeyer à la basse) pour se vautrer ensuite plus ou moins lamentablement dans l’arty (le livre-disque cosigné Gay Witch Abortion with Junko Mizuno) ou le pathétique (les deux titres présents sur la compilation A Butcher's Waltz). Mais ce n’est peut-être pas une raison suffisante pour tirer un trait sur un groupe dont la musique part presque toujours de bonnes intentions mais dont le résultat final peut dangereusement flirter avec la maladresse voire l’inconsistance.
Gay Witch Abortion a publié fin 2012 un nouvel album intitulé Opportunistic Smokescreen Behaviour, oui un véritable album avec un titre incompréhensible et cette fois le groupe est à nouveau un duo : uniquement le guitariste/chanteur et le batteur, Shawn Walker et Jesse Bottomley… Pas la moindre trace ici d’un quelconque Tom Hazelmeyer si ce n’est que le vilain barbu a quelque chose à voir avec l’artwork assez génial du disque (mais ça, on s’en serait douté). Retour donc à la même formule que celle de Maverick qui était un album un peu bancal, avec des vrais moments de bravoure déraisonnable et des moments un peu en creux.
Bancal, Opportunistic Smokescreen Behaviour l’est également mais ce nouvel album est pas très loin d’être ce que Gay Witch Abortion a enregistré de mieux tout au long de sa courte carrière – et en fait on a fini par estimer que Halo Of Flies Sessions, hommage vibrant, crasseux et efficace aux 90’s noise, ne comptait pas vraiment, hors catégorie en quelque sorte. Là où le groupe peut désarçonner l’amateur moyen de déflagrations musicales c’est précisément en ne choisissant pas systématiquement l’option du rentre dedans et du bourre-pif. Parfois même Gay Witch Abortion semble s’égarer un peu, trop de drogues peut-être, mais, en dépit de légers froncements de sourcil, on ne peut pas dire non plus que l’on s’ennuie. Non. Disons plutôt que l’on attend, un rien amusé, la ruade suivante, le plan rockab’ pétomane ou psyché-noise qui fera bien rigoler, la cavalcade matheuse en mode dérapage incontrôlé – toutes choses qui finissent forcément par arriver mais pas forcément de la façon ni au moment que l’on croit.
En clair Opportunistic Smokescreen Behaviour est un disque du genre imprévisible, brouillon mais bruyant, et qui emporte l’adhésion parce Gay Witch Abortion – et c’est devenu très rare pour un groupe qui fait un peu de bruit avec des guitares, appelez cela de la noise si vous le voulez – se fout bien des genres, ne se conforme pas à la réglementation et aux codes en vigueur et dégage un sentiment de liberté assez peu commun. Jouer une musique qui en théorie dépend de tellement d’histoire musicale et d’un héritage que d’autres considéreraient trop lourd à porter mais au final s’en foutre et jouer quand même, comme des punks.
Seule réserve, encore une fois, le chant qui est un peu faiblard ; mais cette fois-ci le préposé au micro a semble-t-il pris conscience de ses faiblesses puisqu’il en joue aisément et avec beaucoup d’humour (par exemple lorsqu’il prend des airs de vieux rocker noyé sous une tonne de réverb) et, de toute façon, le chant n’est pas majoritaire sur Opportunistic Smokescreen Behaviour, loin de là même. Et il n’empêche que malgré ces défauts on aime de plus en plus ce disque – mieux : on finit par l’aimer aussi pour ses défauts tout simplement parce qu’ils sont la marque d’un groupe à la sincérité évidente. Et ça, ça fait vraiment du bien.

[Opportunistic Smokescreen Behaviour est publié en vinyle – pochette gatefold, vinyle orange et coupon mp3 pour les branleurs – par Learning Curve records]

* on peut écouter Maverick sur la page bandcamp de Gay Witch Abortion mais pour l’instant Opportunistic Smokescreen Behaviour lui n’y est pas

mardi 29 janvier 2013

Headwar / 12 - 03 - 11 Miami




On pourrait croire qu’il s’agit d’une bonne grosse blague mais non : HEADWAR est bien parti en mars 2011 pour les Etats-Unis où le groupe a effectué une tournée triomphale d’un mois en compagnie des copains de John Makaye. La belle équipe. Ce LP, demi-frère de l’album Touche Pas L’Enfant (il y a des compositions en commun aux deux disques et cette fois-ci on a les titres), est ainsi le témoignage d’un concert donné à Miami ; six titres, même pas une demi-heure de musique et un public clairsemé que l’on entend ici ou là applaudir et crier tandis que Romain, tatoué en chef, guitariste, bassiste etc., lance parfois des annonces incompréhensibles entre les morceaux.
Première bonne nouvelle, le son de ce live est plutôt pas trop pourri, c'est-à-dire pas enregistré du fond des chiottes et qu’il donne à entendre assez distinctement la musique d’Headwar – on regrettera seulement que les guitares soient trop au second plan et que les voix vous sautent trop à la gueule lorsqu’elles apparaissent. Deuxième bonne nouvelle et sorte de suite logique de la première, le son du disque est quand même un peu limité (ou comment s’accommoder de ses propres contradictions d’auditeur) et dégage également quelque chose de joyeusement roots – le micro qui capte le concert se prend régulièrement des pains, on pourrait croire que c’est le vinyle qui saute mais non, tout ceci est 100 % naturel – un son qui, on le répète, ne rend pas par contre intégralement justice au bordel scénique et psychotique d’Headwar mais qui malgré tout peut donner un début d’idée de ce qu’est le groupe en concert.
Lequel avait visiblement l’air d’être bien chaud ce soir là à Miami, martyrisant à souhait sa noise tribale et dissonante, se roulant par terre la bave aux lèvres (j’imagine) et foutant tout en l’air en fin de set (j’imagine encore). Il ne manquerait que les images, celle par exemple où le batteur ferait le poirier sur sa grosse caisse renversée ou cette autre où l’un des guitaristes finirait collé au plafond par une armée de bras et de corps envahissants. On l’écoute donc avec plaisir ce live, on rigole lorsqu’à la fin une musique débile apparait, que les gens d’Headwar apostrophe le public (« hey ! say some bullshit ! » – il y en a qui répondent, confirmant d’un bel accent que ce live a bien été enregistré aux U.S.) et que tout semble se terminer par un invitation à aller boire une bière – quoi d’autre ?

12 - 03 - 11 Miami est publié en LP uniquement par Aredje, Attila Tralala, Et Mon Cul C’est Du Tofu ?, Label Brique et Pouet Schallplatten ; le disque est également intégralement et gratuitement téléchargeable sur internet mais ne soyez pas cons, donnez des sous à Headwar pour qu’ils repartent un jour en voyage.

jeudi 17 janvier 2013

Lamps / Under The Water Under The Ground




Under The Water Under The Ground est le troisième album de LAMPS, un groupe de Los Angeles plutôt du genre tâcherons à lunettes, correctement efficaces et œuvrant dans le pur garage punk rock’n’roll de base. Des types qui ne s’en font pas trop et qui sortent leurs disques presque à la petite semaine*, comme une bonne giclette de punk dans ta face – et la mienne aussi – de boutonneux toujours en mal de décharges électriques et sans lendemain. Vas-y fais moi mal.
Seulement, avec Under The Water Under The Ground, Lamps passe radicalement à la vitesse supérieure et ne débande pas une seconde. Papy aura beau boucher avec ses petits doigts crochus et fatigués les oreilles de mamie et il aura beau également serrer les dents et les fesses de consternation et d’agacement, ce troisième album dépassera inévitablement, malgré toutes les précautions hygiénistes, la barre de l’anecdotique bruyant et le niveau honorable d’une petite séance de fuckerie électrique entre punkers abreuvés.
Parce que ce disque est vraiment sale, méchant presque, et déborde de cette sombritude des anti-héros qui feront toujours peur à ta pauvre mère** ; onze titres d’un garage punk raclant du côté du noise-rock mais aussi du post punk (beaucoup plus légèrement) et qui mériterait de déboucher – débaucher ? – toutes les raclures prétendantes au gai savoir électrique, y compris les plus mal disposés à sortir du schéma parfois un peu trop pépère et gentiment prévisible du garage d’inspiration sixties et/ou psychédélique.
Pourtant il n’y a pas de miracle à signaler, pas de progrès remarquables à l’horizon : Lamps ressemble toujours à Lamps mais ce qui fait la différence c’est ce son de détraqué mental qui illumine littéralement Under The Water Under The Ground ; dans le cas de ce disque – dont toutes les compositions se ressemblent pourtant et sont sorties du même moule – ce sur-boostage question enregistrement studio et production***, particulièrement efficace en ce qui concerne les lignes de basse, est le plus qui manquait sûrement à Lamps jusqu’à maintenant. Le trio n’a pas beaucoup d’idées à proposer mais chacune d’elles est superbement mise en avant et donc chaque idée semble être la bonne et suffit à notre bonheur. Se faire débourrer le poireau et c’est quand même bien plus agréable que de se faire prendre la tête, non ?

Under The Water Under The Ground inaugure en quelque sorte la longue série de disques que l’on aurait bien aimés découvrir un peu plus tôt et surtout faire figurer au palmarès d’une année 2012 musicalement déjà bien chargée ; un disque publié en vinyle (couleur vomi tarama/courgettes, merveilleux) et en CD pas beau par In The Red records.  

* trois albums en huit ans mais quand même une petite dizaine de singles ou de splits
** ta mère elle préférait d’ailleurs quand tu écoutais Iron Maiden parce qu’« au moins il y a de la mélodie chez ces anglais »
*** Chris Woodhouse est crédité à l’enregistrement et rappelons que le curriculum vitae du monsieur en question comprend la participation aux excellents Karate Party ou la prise en charge des enregistrements des inestimables A-Frames (les trois albums du groupe)

lundi 14 janvier 2013

Le Chômage / self titled




Tout le monde le sait : 2013 sera l’année du chômage ; 2012 l’était déjà, 2014 le sera sûrement aussi mais LE CHOMAGE dont on vous parle là tout de suite et maintenant est membre de La Grande Triple Alliance Internationale De L’Est, fait (donc) de la musique (?) et – si j’ai bien tout compris – comporte ou a eu dans ses rangs des (ex) membres de Squeletor Papa*, d’A.H. Kraken**, de Crash Normal***, de The Feeling Of Love****… un line-up qui attirera forcément l’attention de celles et ceux qui ont déjà écouté tous ces excellents groupes. Mais les cartes de visites, les pedigrees, les légions d’honneur et les médailles du mérite il faut aussi savoir s’en foutre et les oublier.
Et cet album sans titre a beau reprendre quelques vieux trucs déjà publiés sur CDr, il vous claque à la gueule et vous déraisonne les boyaux de la tête en seulement onze titres : l’ambiance générale est au post punk cradingue et vérolé, entre décharges instantanées – et même ultra brèves pour certaines – et hymnes à la boue rampants et irrésistibles. Il y a surtout énormément d’accroches dans les compositions du Chômage, une façon de vous entourlouper sans vous trahir et ce quel que soit le registre emprunté par le groupe. Sur la première face du disque on pense parfois à un Wire vicié, le Wire des trois premiers albums, pour cette façon de manier l’instantanéité, l’urgence, la gravité, la profondeur et la mélodie (Moche). On pourra aussi trouver d’autres noms à balancer dans les airs à propos de la musique du Chômage (par exemple il y a un peu de Spacemen 3 dans ce Dorniek dopé à l’orgue) mais ce que l’on relève surtout c’est cette faculté à transformer le mal et la crasse en éclairs fulgurants de violence froide.
Le Chômage est typiquement un groupe de La Grand Triple Alliance Internationale De L’Est en ce sens que ces garçons, comme tous leurs petits camarades issus de cette secte étrange, n’ont pas leur pareil pour récupérer les déjections de styles musicaux d’avant – post punk, noise, garage – et d’y insuffler tout le vice et toute la pourriture non feinte qui leur donnent ce caractère d’actualité nécessaire à la vitalité de toute musique qui ne privilégie pas l’hommage imbécile (et tellement cool…).
Alors non, Le Chômage n’a rien d’un groupe cool et confortablement nostalgique : le chômage est un groupe de maintenant qui (sur la deuxième face du disque) renoue avec quelques vieux démons obsessionnels – l’épuisant Amour Légionelle – et qui se fout bien du reste. Que ces garçons aient pris comme nom ce qui pour beaucoup est un mal endémique alors que le seul mal endémique c’est d’être contraint de travailler pour sur sous-vivre au quotidien et au sein d’une société qui ne respecte que les lois violentes de la spoliation économique et de l’accumulation est également une bonne façon de rappeler que tout ceci ne sert strictement à rien. Non, à rien du tout.

[cet album sans titre du Chômage est publié en vinyle uniquement par 24h Sur Jamais, Animal Biscuit, Label Brique et Pouêt! Schallpatten]

* une chronique de la cassette posthume de Squeletor Papa
** une chronique du Tatiana d’A.H. Kraken
*** rien sur Crash Normal ici, erreur qui sera peut-être un jour enfin réparée
**** en ce qui concerne The Feeling Of Love ce n’est pas le choix qui manque alors démerde-toi

vendredi 21 décembre 2012

La Pince / La Simple




Après une bonne démo CDr et surtout après un excellent concert en mars 2012 aux Capucins de Lyon, un concert chaud et humide comme on les aime ici, on peut enfin écouter le premier véritable album de LA PINCE ; bien sûr on mentirait effrontément en affirmant que La Simple était extrêmement attendu par toute l’équipe rédactionnelle de 666rpm mais ce disque il faut bien admettre qu’il fait un bien fou et qu’il provoque chez l’auditeur (très) moyen moult palpitations incontrôlables et largement autant de sueurs acides qui vous retournent les tripes et vous portent les synapses en ébullition en un rien de temps.
La Pince c’est avant toutes choses un (post) punk direct et frontal, tendu et sec, aiguisé et hargneux, dansant et jouissif. Punk as fuck comme le disent les esthètes urinophiles et autres amateurs de sensations fortes. La Pince s’embarrasse de pas grand-chose et sûrement pas de ce maniérisme qui pourrit trop souvent les groupes qui veulent jouer de la musique à la manière de ; on ne dit pas que La Pince c’est de l’originalité à tous les étages ni la révolution mais c’est quand même la secousse permanente dans cette façon qu’à le groupe de te balancer son noise punk dans le lard – pas de tergiversations ou d’hésitations, pas de compromis et surtout pas d’embellissements inutiles : il faut que ça (se) sente, il faut que ça sue et que ça pue un minimum sinon ce n’est assurément pas de la musique.
On retrouve tous les titres de la démo précitée sur La Simple mais ce que l’on remarque plus que tout c’est que La Pince a mis les bouchées doubles, a du bouffer du speed avant d’enregistrer ce premier album et que le groupe a su trouver ces quelques trucs tout simples qui sur bandes rendent sa musique encore plus âpre et plus nerveuse. Le chant suit parfaitement ce mouvement et sort du terrain de jeu balisé d’un côté par Rotten/Lydon et de l’autre par Biafra, il gagne en hargne, les glaviots pleuvent toujours autant mais désormais ils ont une couleur encore plus dégueulasse. On apprendrait aussi que La Simple a été enregistré au milieu de nulle part et surtout au milieu d’une pièce avec un musicien du groupe dans chaque coin et un micro au milieu que l’on n’en serait pas plus étonné que cela tellement ce disque, encore une fois, transpire.
Enfin, et tout cela aurait sinon servi à rien, La Pince sait foutrement bien bazarder ses compositions ; quatorze titres qui torpillent dru et lardent sèchement, des mélodies simples mais à se damner, avec des lignes de basse tentaculaires et une guitare en mode limaille de fer incandescente, comme si elle nous infligeait une multitude de petites brûlures, bien profondes et bien nettes. On pense également avoir décelé une petite coquetterie et pas des moindres : sur Môa Je Pêche Là (tous les titres des compositions sont en franzouziche vosgien mais tous les textes eux parlent langliche bruxellois), le guitariste tombe en partie son instrument pour se concentrer sur une drôle de petite meuchine qui tiendrait presque du chargeur de batteries de voiture si elle ne générait pas des stridences et autres bourdonnements délicieusement brulants eux aussi. Une gégène pour danser, quoi.

[La Simple est publié en vinyle (accompagné d’un CDr et d’un insert avec les paroles) par Attila Tralala, Boom Boom Rikordz et Katatak records]

vendredi 7 décembre 2012

Jubilé / Songs Of The Cold North




Songs Of The Cold North est le nouvel (le deuxième ?*) album de JUBILÉ et il tient toutes ses promesses ; c’est que l’on a attendu un peu trop longtemps depuis On mo nO, du nom de la face d’un split 12’ que le duo stéphanois (guitares, batterie et voix) avait publié en 2010 aux côtés de Ntwin – ainsi Songs Of The Cold North marque à la fois le retour en grande forme de Jubilé mais aussi le retour aux affaires de Boom Boom Rikordz**, le propre label de ces deux jeunes gens.
Le disque en lui-même vaut le détour : un LP en vinyle transparent emballé dans une pochette transparente elle aussi, tout comme l’insert. Sur cet insert est imprimé un texte et non pas les paroles de l’album, un texte signé Aaron Cometbus, tiré du recueil En Dépit De Tout et traduit pas Stef Radparty (qui en parle mieux que quiconque). Si jamais un exemplaire de Songs Of The Cold North vous passe entre les mains, lisez ce texte ; il n’est pas là pour faire encore plus joli ni pour faire bien. Ça, c’était la partie purement matérialiste et descriptive de cette chronique.



Le plus important reste la musique et question mise en œuvre Jubilé n’a pas beaucoup bougé par rapport à On mo nO : l’enregistrement de Songs Of The Cold North n’a pas du prendre plus de trois jours au duo, hop, emballé c’est pesé. On ne sera donc pas surpris d’écouter un disque cru, presque dru, sans fioritures ni chichis. Jubilé ne se permet aucune facilité, en tous les cas pas celles de l’enjolivement de sa musique en studio, et c’est ce qui séduit aussi chez le groupe, cette honnêteté et l’absence de compromis. Principale conséquence, la musique de Jubilé apparait d’autant plus comme une aubaine ; une aubaine du genre inclassable (les compositions pourraient être un croisement entre le rigorisme explosif d’un DNA/Mars et l’ascétisme emo d’un Fugazi, curieuse association s’il en est, en tous les cas Jubilé est un vrai groupe punk) et surtout Songs Of The Cold North est une bonne décharge de courant électrique, également un vrai courant d’air frais au milieu de toutes ses productions, grosses mais flasques, qui ne connaissent que les joies de la surcompression comme méthode d’expression.
Certains regretteront peut-être que les guitares n’aient pas été mise plus en avant au profit du chant qui lui occupe souvent le premier plan et qui, comme d’habitude chez Jubilé, s’égosille et défouraille sans aucun complexe ni aucune posture – comme la musique du groupe, ce chant pourrait avoir le cul entre deux chaises mais il a surtout la vérité pour lui. Enfin un chanteur et un groupe qui n'ont pas peur de leur singularité.

Songs of the Cold North a été publié par un cartel de label D.I.Y. comprenant l’Assos'y'song, Boom Boom Rikordz, Et Mon Cul C'est Du Tofu ?, Katatak, et les losers de Rock'n'Roll Masturbation ; le disque est en outre en écoute intégrale et même téléchargeable gratuitement – ce qui ne constitue absolument pas une excuse valable pour ne pas vous le procurer auprès des labels mentionnés ci-avant.

* Jubilé a en fait publié deux disques et demi : le très primitif Grezi I Disgusto en 2007, On mo nO en 2010 et ce Songs Of The Cold North
** ce qui n’est pas tout à fait vrai : depuis sa sortie d’hibernation Boom Boom Rikordz a publié le disque de Tonnerre Mécanique ; la prochaine production du label est également déjà dans les bacs, il s’agit de Terminal Rail/Route de Deborah Kant, un disque dont on parlera très bientôt

jeudi 29 novembre 2012

Quartier Rouge / Nouvelle Vague




Enfin des nouvelles discographiques de QUARTIER ROUGE. C’est que Les Années Lumières, le premier album de ce groupe parisien et malgré des qualités certaines, ne rendait que partiellement compte de la violence jubilatoire et de la folie furieuse de Quartier Rouge en concert ; on peut même dire que Les Années Lumières offrait dès sa parution un visage du passé parce que le disque avait été enregistré avec un line-up incluant un bassiste or ce bassiste était déjà parti voir ailleurs si l’herbe était plus fraiche et qu’un olibrius en bas résilles et facétieux joueur de Moog lui avait succédé depuis quelques temps.
Nouvelle Vague remet donc les pendules à l’heure puisque dessus on retrouve la formation chant de psychopathe exhibitionniste/guitare tronçonneuse et sans pitié/batterie en mode orgue de Staline/Moog intersidéral ; l’avantage également est que sur Nouvelle Vague Quartier Rouge ne perd absolument rien de sa niaque – comprenez : l’absence de basse ne se fait pas ressentir et c’est essentiellement du à la guitare qui occupe parfaitement tout le terrain – tout en gagnant ce supplément de foutraquerie psychotique et dérangée. Le groupe se trouve toujours à la croisée de plusieurs chemins, l’un d’eux mène au noise hardcore, un autre est vicieusement rock’n’roll déviant – avec un chanteur qui croonise et croasse (en français mais pas seulement) comme un cadavre de teddy boy décérébré et ressuscité aux amphètes – et le dernier a quelque chose à voir avec l’option téléportation aux pays des cauchemars essentiels grâce à l’utilisation du synthétiseur déjà mentionné, un instrument que l’on ne croise pratiquement jamais du côté des musiques ultra énervées et bruyantes.
Vingt minutes plus tard Quartier Rouge a démontré avec Nouvelle Vague que le groupe en a autant dans la culotte que ce que la profusion d’idées du disque, entre combustion instantanée, ruades insensées et ball-trap de cervelles éclatées, voulait bien nous laisser croire. Alors maintenant il ne s’agit plus seulement de croire mais de se soumettre.

[Nouvelle Vague est publié en CD uniquement (pour l’instant ?) par Rat Romance label, auprès de qui il est disponible pour 6 €uros port compris – une seule solution pour atteindre le bonheur : ratromance[arobase]gmail[point]com]

samedi 13 octobre 2012

FNU Ronnies / Saddle Up




Load records est un label irremplaçable et on aurait tort de simplement le cantonner dans le rubrique « label qui a publié tous les disques de Lightning Bolt depuis le début ». Le catalogue de cette émérite maison de disques basée à Providence (apparemment un parfait endroit pour les fous et les démeurés) est spectaculaire entre tous : Landed, Pink And Brown, The Hospitals, Six Finger Satellite, Vaz, Brainbombs, Noxagt, Hair Police, Sightings, Burmese, White Mice, Shit And Shine, Clockcleaner, Harry Pussy, Tinsel Teeth, Drunkdriver, Skoal Kodiak, Homostupids, Sex Church… cette liste – non-exhaustive – parle d’elle-même, non ?
On admettra donc que jeter son dû sur un disque estampillé Load records c’est un peu, lorsque on a la malchance d’habiter à Lyon, comme allez faire ses courses au chinese supermarket de la place du Pont : tu as toujours envie d’acheter plein de trucs, tu ne sais pas à l’avance quel goût tout ça peut bien avoir mais tu en baves déjà, tu sais que tu ne seras pas déçu (juste peut-être un peu dégouté) et donc tu vas te laisser tenter.
Aujourd’hui le rouleau de printemps est donc fourré au FNU RONNIES. Un trio de Philadelphie qui aime beaucoup tremper son punk rock mutin et robotique dans un bain d’acide turbulent. Pas l’acide qui ronge le metal à guitares – quoi que – mais celui qui fait des trous dans la tête sans pour autant permettre d’y voir plus clair à l’intérieur. Le chant est consciencieusement daubé sous une tonne d’effets marinés au psychédélisme et écouter Saddle Up, premier LP du groupe après une poignée de singles, c’est contempler un hybride joyeux et bordélique de Dee Ramone et d’Helios Creed/Damon Edge/Chrome sous le haut patronage de Roky Erickson et de Gibby Haines.
Le disque tourne en 45 tours et ne comporte que huit titres donc tout va forcément très vite sur Saddle Up, par contre on ne risque pas d’en perdre une miette tant ce post punk sauce piquante laisse des traces durables au fond des culottes. Dans un tout autre genre cela me fait penser aux ridicules (mais assumés comme tels) Fuckemos qui pratiquaient à merveille le contrepoint entre une musique vicieusement lourde et un chant de nain de jardin sous hélium transgénique. Avec FNU Ronnies on reste plus basiquement au niveau des pâquerettes et des bouses de vaches mais l’herbe y gagne ce goût diaboliquement psychotique et délirant. De la musique de malades.

samedi 28 juillet 2012

Volx / self titled




J’étais reparti d’un concert de Volx – le premier jamais vu de ce duo et pour l’instant le seul mais je l’espère pas le dernier – en oubliant d’embarquer la cassette DIY que le groupe proposait pour une somme dérisoire. Je m’en suis bien mordu les doigts mais la nouvelle apprise quelque temps plus tard de l’éventuelle parution d’un 45 tours de Volx sur l’excellent label marseillais Katatak m’avait quelque peu consolé. Et puis plus rien. Plus rien du tout jusqu’à ce qu’atterrisse ce CDr accompagnant l’envoi de l’album sans titre de Looks Like Miaou (les deux groupes partagent le même guitariste). Un CDr publié par Cabal records (?) et comportant des enregistrements live effectués à la maison ou presque c'est-à-dire au Garage de Forcalquier et à l’Enthropy de Marseille au début de l’année 2012. Donc quelque chose de vraiment pas très éloigné de ce concert de septembre 2011 et qui m’avait bien emballé.
OK la prise de son est souvent limite – pour ne pas dire crade – mais ce disque donne une bonne petite idée de VOLX en train de transpirer en concert et de la noise foutraque, démantibulée et imprévisible du duo. Dissonances de guitare, accélérations stupides, danse du crabe pour paraplégiques, hurlements canins du batteur (parce que c’est lui qui chante) et douze déflagrations en une demi-heure chrono : le précieux label punk as funk est obtenu haut la main par Volx qui revisite avec une aisance certaine les absurdités homologuées des groupes skingraftien d’antan. Bien bien bien, la stupidité conquérante et jouissive ce n’est pas à la portée de tout le monde.
En même temps ce disque a quelque chose de terriblement frustrant : c’est vrai qu’il ravive de bons souvenirs du groupe, il ravive également certaines envies mais il ne les comble pas tout à fait non plus. Tenir le rôle de la madeleine proustienne c’est bien mais personnellement j’ai toujours préféré et de très loin la junk food (le cassoulet Lidl-vache qui rit-harissa par exemple, vous m’en direz des nouvelles, hein) alors maintenant je me le demande vraiment : ce fameux 45 tours de Volx verra-t-il réellement le jour ? Un véritable album peut-être ? J’espère bien que oui. A bientôt, donc…

lundi 18 juin 2012

Veuve SS / Viscères EP





On avait déjà bien apprécié Veuve SS et sa cassette Schlass chroniquée ici même il y a un an. On était depuis sans beaucoup de nouvelles de ce groupe lyonnais et on aurait voulu mettre un soin tout particulier à rater chacun de ses concerts que l’on ne s’y serait pas pris autrement. Pourtant il y a du beau monde dans Veuve SS : un batteur de 12XU au chant, un guitariste de Moms On Meth à la guitare, un ancien batteur d’Overmars à la basse et un batteur qui joue dans beaucoup trop de groupes pour les énumérer ici – d’ailleurs le pedigree des musiciens ce n’est pas ce qu’il y a de plus passionnant non plus.
Non, ce qu’il y a de vraiment intéressant, c’est la façon dont VEUVE SS – au passage l’un des plus chouettes noms de groupe qu’il m’ait été donné de croiser ces derniers temps – apporte un soin tout particulier pour présenter une musique frustre et rude au possible. Viscères est ainsi un EP sous la forme d’un 12’ gravé uniquement sur sa première face, la seconde étant sérigraphiée noir sur noir du logo du groupe – une façon de faire qui rappelle la présentation de la cassette mentionnée un peu plus haut. La pochette n’en est pas vraiment une, elle indique juste les quelques détails techniques qui intéressent d’ordinaire personne et surtout elle permet aux plus faignants d’entre nous de ne pas passer à côté des paroles, des paroles en français. Et malgré un certain simplisme ces paroles frappent juste : C’est toujours plus facile de croire en rien/Pas prendre de risque, jamais/Tout est permis, tout se vaut/Rien à prouver, rien à foutre/Rien à choisir, rien à branler/C’est bien plus facile d’avancer comme ça/Crevard !
Veuve SS a l’air d’un groupe bien austère et bien sérieux comme ça mais en fait je crois que ce sont aussi des petits rigolos : Viscères EP débute par une bonne blague c'est-à-dire un sillon fermé rempli d’un larsen. Une fois que l’on a compris le truc il n’y a plus qu’à relever son gros cul parce que la musique ça se mérite et il faut faire sauter le bras de la platine au début de la plage suivante pour se prendre au travers de la tronche un Au Fond ultrarapide et ultrabeuglard – le ton est donné. Juste après, le début très fast core de Cathédrales frise le black metal le plus roots. Or là où Veuve SS surprend et interpelle le plus c’est avec des titres tels que Comme Les Vers et surtout Viscères, des titres plus lents, longs, bruyants, torturés et glauques. Une certaine façon de remuer le couteau (les doigts ?) dans la plaie pour faire le plus mal possible mais surtout pour que cela serve à quelque chose.
Veuve SS s’éloigne ainsi de plus en plus de la violence du hard core/crust et gagne toujours plus en cradeur et en noirceur. Crevard – au cas où personne ne l’aurait compris c’est mon titre préféré du disque – s’achève dans une nouvelle agonie au ralenti. Le son de la guitare et de la basse vous égorge lentement mais sûrement, Veuve SS joue bien une musique à en crever.




Viscères EP est une sortie commune entre Flower Of Carnage, un label basé au Japon mais semble-t-il tenu par un frenchy et Echo Canyon records, le label lyonnais d’un des guitaristes de Daïtro/Baton Rouge/12XU, ce qui techniquement est beaucoup plus facile pour se procurer ce disque alors n’hésitez surtout pas.
Et sinon pour les lyonnais Veuve SS fêtera officiellement la sortie de Viscères le vendredi 22 juin en compagnie des excellents Moms On Meth, de Pizza OD et de Gorilla Gripping (qui eux aussi ont des nouveaux disques) – en cliquant sur le flyer ci-dessus on peut récupérer l’adresse mail à contacter pour obtenir tous les renseignements qui vont bien concernant ce concert.

vendredi 25 mai 2012

Café Flesh / Lions Will No Longer Be kings





Si je voulais jouer la carte de la provocation et du pugilat avec une volonté certaine et ferme de botter les culs de tous les pisse-froids qui avaient trouvé le troisième album de Café Flesh – le pourtant excellent I Dumped My Wife, I Killed My Dog – banalement rock’n’roll et poussivement beuglard, je rajouterais avec plaisir une bonne couche dans l’exagération à propos de ce nouvel enregistrement du groupe. Or le fait est que Lions Will No Longer Be Kings, l’enregistrement en question, ne saurait se passer de louanges autrement exaltées mais effectivement sincères. A l’attention de celles et ceux qui n’aimaient pas Café Flesh avant on concédera uniquement qu’effectivement Lions Will No Longer Be Kings est le meilleur disque du groupe à ce jour.
On l’a déjà dit plus d’une fois mais on le répète à nouveau, avec encore plus de force si nécessaire : CAFE FLESH est également l’un des meilleurs groupes de noise punk du coin. Comprenez que si ces quatre garçons n’étaient pas banalement moustachus et charentais mais magnifiquement tatoués et originaires de Minneapolis (Etats Unis d’Amérique) ou même d’Atlanta (idem), on parlerait sûrement un peu plus de Café Flesh et de ce superbe Lions Will No Longer Be Kings.
Bien sûr je les entends déjà les frileux qui rétorqueront que sans les groupes du label Amrep ayant sévi pendant les glorieuses – pour certains – années 90, Café Flesh ne serait pas grand-chose voire même rien du tout. Et oui, cela est sûrement très vrai. Ecoutez-moi donc ce bon gros son de basse (Lions Will No Longer Be Kings a été enregistré par Miguel Constantino et la qualité est au rendez-vous), un son bien épais et bien gras au service de lignes qui placent efficacement les dix compositions en position d’attaque.
Lions Will No Longer Be Kings est ainsi un vrai bonheur, un parfait moment de jouissance rock’n’roll et déjantée servi par un groupe au mieux de sa forme. On a parlé du bassiste qui c’est vrai prend beaucoup de place mais qui ne saurait pourtant faire ombrage au guitariste – tout seul à ce poste depuis deux albums – et chez qui les idées fusent, ni à ce batteur intraitable qui frappe fort. Mais celui qui en quelque sorte se taille la part du lion c’est le chanteur. Egalement saxophoniste (et auteur d’un magnifique et très sensible album solo intitulé Palais Des Enfants), ce garçon a trouvé le moyen de passer la vitesse supérieure – apparemment et contre toute attente il en restait encore une – et de s’époumoner toujours plus comme un beau diable.
Il est également responsable de la coloration particulière de la musique de Café Flesh puisqu’il ne cesse de la pimenter de ses judicieuses interventions au saxophone (baryton, alto ou soprano) et offre ainsi un solide pendant à la crasse naturelle et humide du groupe. On retiendra de Lions Will No Longer Be Kings des titres tels que ce Black Crow qui démarre comme une valse puis se paie le luxe d’attendre un peu, de sous-entendre l’accélération et le durcissement avant de foncer effectivement dans le tas – voilà un bel exemple, finalement, d’un effort de composition certain. Plutôt à part Zoo Went Crazy est lui un titre plutôt calme, très roots, jazzy, baloche et enfumé mais qui délivre peut-être le secret du noise punk sauce Café Flesh : quoiqu’il arrive le groupe ne se relâche jamais du côté du blues, du boogie et de la tradition mais sans volonté réactionnaire ni obscurantiste. Café Flesh c’est à la fois de l’élixir d’éternelle jeunesse et de l’eau de feu et le groupe en a trouvé le dosage parfait – c’est du 50/50, évidemment.

Lions Will No Longer Be Kings est publié sous la forme d’un beau LP (accompagné d’un CD au livret rachitique) par les labels Head records, Furne records et Smalltones records.

mardi 22 mai 2012

Homostupids/ Strawberry Orange Peach Banana





Le retour d’un groupe doté d’un des noms les plus géniaux et les plus excitants que je connaisse : les Homostupids. Sauf qu’à nouveau j’ai encore et toujours un avion train de retard au sujet de ce groupe de Cleveland puisque Strawberry Orange Peach Banana a été publié il y a déjà une bonne année maintenant sur Fashionable Idiots.
Digne successeur de The Load publié lui en 2009 chez Load records (cela ne s’invente pas), Strawberry Orange Peach Banana n’est qu’un mini album de neuf titres. Une courte démonstration du punk lo-fi et arty des Homostupids, lesquels se donnent vraiment du mal pour avoir l’air de vrais branleurs – mais la posture n’est en rien agaçante, elle est juste joyeusement inutile. Ah oui, j’en vois des sceptiques ou même des jaloux qui rigolent et bavardent dans le fond mais tout ça est pourtant bien vrai : les Homostupids déploient des trésors d’intelligence pour pouvoir être pris pour des imbéciles et ça marche très bien. Mine de rien ce n’est pas donné à tout le monde.
Les titres ne dépassent presque jamais les deux minutes et on tourne même très souvent autour de la minute nécessaire et suffisante pour dire tout ce qu’on a à dire (c'est-à-dire rien du tout du tout). L’anti prog et l’anti démonstration par excellence. La touche arty réglementaire mais pas rédhibitoire est elle assurée par un discret violoncelle sur Wildman ou les voix d’enfants sur Sea Wolfmann – oui, moi aussi j’ai remarqué que ces neuf plages ont toutes des titres en quelque chose-man. Sûrement un concept débile que je ne comprendrai jamais. Tant pis pour moi.
Pour le reste on a affaire à du punk terriblement mal enregistré (les voix saturent quasiment systématiquement) mais bien plus finaud qu’il n’en a l’air au départ, telle cette intro très new-yorkaise et la guitare noisy de Noseman. Mais le meilleur titre de Strawberry Orange Peach Banana est bien le génial Cannon Foddermann qui clôture la première face de ce disque : en ouverture un riff de guitare chargée d’une nonchalance qui fait terriblement penser à The Fall via les sursauts déséquilibrés des défunts Country Teasers. Je ne pouvais pas trouver plus grand compliment pour ces jeunes gens qui s’en foutent très certainement par ailleurs.

Strawberry Orange Peach Banana a été enregistré fin 2010 et publié en 2011 par Fashionable Idiots. Aux dernières nouvelles ce vinyle 12’ est encore très largement disponible. Et on ne parlera pas du nouveau EP des Homostupids publié lui en 2012 avant l’année 2013 (si tout ce passe comme prévu).

samedi 12 mai 2012

The Electric Roberts / self titled




The Electric Roberts c’est ce duo découvert par hasard lors d’un concert lyonnais en première partie de The Royal McBee Corporation au mois d’avril. Un duo qui vient de Macon et comprenant un bassiste/chanteur et un batteur. Bon le hasard n’est pas si étonnant que ça puisque The Electric Roberts trantrouille autour de Flying Oyster Digital Industries qui précisément avait publié en 2010 un split entre Gameboy Physical Destruction et Royal McBee Corporation en coproduction avec Swarm records (le label du bassiste/chanteur de ses derniers). Est-ce que tout le monde suit ? Ce n’est pas grave. Retenez seulement qu’en concert The Electric Roberts est un groupe sale et méchant, violent et punk, braillard et disloqué.
Et bien sur disque c’est presque la même. Le disque en question est une première démo de trois titres gravée sur un CDr avec une photocopie toute cheapos en guise de pochette. Le genre d’objet qui ne paie pas de mine mais qui attire immédiatement la sympathie – la supériorité inéluctable de la débrouillardise et du savoir-faire D.I.Y. sur les objets discographiques formatés par les services marketings des maisons de disques en manque d’imagination (et de trésorerie).
Plaisir d’offrir et joie de recevoir : cette démo de The Electric Roberts bien que datant déjà de plus d’une année tient la plupart de ses promesses. Du punk noise concassé et finalement assez technique – plein de notes jouées en même temps à la basse et plein de roulements de grosse caisse voire même des blasts – mais avec suffisamment de saleté dans les replis et les coins pour que justement le côté punk dépasse toujours le côté démonstratif. Bon, en vieux bouquetin blasé et à moitié sourd que je suis j’aurais sûrement apprécié un peu plus de distorsion ça et là sur la basse mais le côté Steve Harris meets Belly Button obtenu est finalement vraiment pas mal.
Et puis The Electric Robert n’est jamais aussi bon que lorsque le duo évite toute linéarité et à ce titre les trois minutes de You Want Pay For Shit sont ce qu’il y a de mieux sur ce disque : à la fois de la hargne et du compliqué (enfin du compliqué pour les gens comme moi qui n’y connaissent rien à la musique). Vivement la suite parce que les nouveaux titres qu’Electric Roberts a joué ce fameux soir lors d’un concert à cinq entrées payantes avaient l’air encore mieux.

jeudi 3 mai 2012

Divorce Party / Astrocongertion Oporium





Des nouvelles de Boom Boom Rikordz on n’en avait plus vraiment depuis un peu trop longtemps. Tout juste avait-on vaguement entendu parler de parutions futures mais hélas hypothétiques d’Action Beat ou de Deborah Kant. Heureusement le label stéphanois est enfin sorti de son hibernation prolongée et – sûrement histoire de se faire remarquer, comme dans le showbiz – la première publication de Boom Rikordz après ces longs mois de désert ensommeillé est un disque bien barré de Divorce Party et répondant au doux nom d’Astrocongertion Oporium.
Divorce Party c’est le groupe foutraque et complètement malade par excellence. Mais qui ne vous casse pas les pieds ni la tête et de toute façon cinq titres seulement en un peu plus de dix minutes c’est du facile à s’enfiler, même lorsque la musique en question ressemble plus à une banane flambée qu’à un suppo à la glycérine – oui je sais : la glycérine ça brûle très bien aussi et c’est vrai que dans ce cas là ça change tout. On admire l’effort et on se demande où Boom Boom Rikordz est allé pécher ce groupe du Michigan – Ypsilanti pour être plus précis, un bled coincé entre Ann Arbor et Detroit –, un groupe de quatre jeunes gars et que l’on aurait bien vu figurer au catalogue d’un label arty pounque/post moderne tel que Skin Graft.
Si vous aimez les guitares aigrelettes qui soudain partent en fusée ou en version surf intersidéral ce disque est fait pour vous. Si vous aimez les lignes de basse entre efficacité atomique et danse du crabe ce disque est également fait pour vous. Si vous aimer les accélérations du genre la batterie qui passe d’un plan ternaire à du blast beat, aussi. Enfin, si vous aimez les chanteurs qui n’en sont pas, qui préfèrent éructer comme un hamster encapsulé dans sa roue en mode mouvement perpétuel et si surtout vous aimez les manipulations sonores à base de voix – un peu comme celles que pratiquait Gibby Haynes des Butthole Surfers du temps de sa splendeur névropathe – et bien, définitivement, Astrocongertion Oporium est réellement fait pour vous. Divorce Party c’est un peu de la no wave spatialisée à l’acide et on sent bien que ces petits gars sont à peu près prêts à tout pour se réchauffer. Ça tombe bien, nous aussi.

Astrocongertion Oporium a été publié conjointement par Boom Boom Rikordz (donc) mais aussi par Aphonia recordings. Il existe en CD digipak et en 12’ monoface limité à 314 exemplaires. La face non gravée a été peinte d’une sorte de postillon stellaire du meilleur effet. Sur le rond central de cette même face a été écrit à la main le numéro porté par chaque exemplaire.
D’autre part Boom Boom Rikordz annonce à nouveau la parution d’un LP d’Action Beat mais également un nouvel album de Jubilé…

vendredi 23 mars 2012

Adolf Butler / Holland




De la provocation certes un peu trop facile mais foutrement efficace. Avec une pochette reprenant les couleurs du drapeau des Pays-Bas, un vinyle couleur orange mimolette radioactive, un nom d’album on ne peut plus explicite (plus verso de pochette expliquant aux béotiens ce qu’est précisément la Hollande) et un nom de groupe qui fait fureur, Adolf Butler a tout pour plaire. Pour un peu, si d’aventures on croyait encore un tant soit peu en l’efficacité du simulacre démocratique qui sévit toujours au sein de nos vieilles civilisations occidentales avancées et supérieures, on irait de bon cœur voter pour cette petite bite d’Adolf. Mais Adolf ne se présente pas aux élections. Adolf en a rien à foutre. Adolf préfère le bordel, le chaos, l’anarchie, la dévastation, la bière, la défonce, l’automutilation, l’inutile et le bruit. Préparez les longs couteaux, baissez vos frocs et attendez-vous au grand n’importe quoi.
Le crédo d’Adolf Butler sur Holland est très simple : Heil Flipper ! Heil Butthole Surfers ! Heil Drunk With Guns ! Heil Brainbombs ! Heil Clockcleaner ! Adolf Butler s’inscrit dans cette longue lignée de groupes plus ou moins maudits ou frappadingues et à l’amateurisme triomphant érigeant la gangrène du bruit comme principe fondamental de leur hardcore punk et noise. De l’approximation il y en a souvent, des impasses également mais des coups de mou et du ventre plat, ça jamais. Ou comment en prendre vraiment plein la gueule, faire le plein pour la journée (ou la semaine ou le mois, tout dépend du niveau de névrose de l’auditeur) de violence musicale, crade et un rien malsaine. La fête du slip mais uniquement si celui-ci a déjà servi plusieurs jours d’affilée.
Alors que les petits gars d’Adolf Butler fassent semblant ou pas, on s’en fout un peu, beaucoup. S’ils le font effectivement, ils ne seraient pas les premiers simulateurs de l’histoire du rock’n’roll, ils seraient même un excellent groupe arty de plus, à l’image de tous ceux qui pullulent du côté de Brooklyn comme autant de pustules sur le cul nécrosé d’une actrice porno vintage enfin à la retraite – actrice à qui il n’est jamais venu non plus à l’esprit de quiconque de reprocher qu’elle était également simulatrice. S’ils sont aussi débiles et attardés (dans le village des mes ancêtres on disait « finis à l’urine ») qu’ils le prétendent et bien on ira un jour avec grand bonheur cracher sur leurs tombes en guise de reconnaissance éternelle. En attendant on se prend les douze titres de Holland en intraveineuse plusieurs fois par jour. Amusons nous en attendant la mort.

[Holland a été publié par Motorwolf en 2011 en vinyle orange (100 copies) et en vinyle noir (200 copies) – comme Adolf Butler est un vrai groupe de losers, ils ont encore plein d’exemplaires orange en stock… alors faites-vous plaisir]

lundi 19 mars 2012

Death To Pigs / Live At Karachi





Enfant attardé, jeune adolescent et même plus tard à l’âge adulte (mais refusant toujours de grandir), je croyais fermement que lorsque un membre important d’un groupe décidait de quitter le navire ou venait à disparaître plus ou moins tragiquement, le groupe en question  devenait forcément moins bon, moins estimable et donc moins digne d’intérêt et de vénération. A la poubelle pour ainsi dire.
Quelques sociologues experts en musique et en comportements fanatiques auraient sûrement désigné cette façon de penser du nom de syndrome de Bon Scott tant il est vrai que la mort de Ronald Belford Scott en 1980 a très nettement coupé en deux la carrière d’AC/DC. Mais j’ai d’autres exemples, pas toujours très reluisants il est vrai : Paul Di Anno expulsé d’Iron Maiden par le bassiste plénipotentiaire Steve Harris fin 1981 en raison de son alcoolisme forcené, John McGeoch qui se fait virer des Banshees en octobre 1982 (et pour les mêmes raison que Paul Di Anno), Simon Gallup lui aussi viré des Cure en 1982 après l’enregistrement et la tournée consécutive à Pornography, Ben Gunn remplacé par Wayne Hussey en 1983 au sein des Sisters Of Mercy, Rozz Williams qui disparait de Christian Death en 1985, Cliff Burton qui meurt dans un accident de tour bus le 26 septembre 1986, Fabrice Barthelon qui quitte les Ludwig Von 88 en 1987, Mac McNelly qui abandonne The Jesus Lizard en 1997, Xavier Keiser Théret qui se fait balourder d’Overmars pendant l’été 2009, etc. Et puis il y a également quelques solides contre-exemples : qui en a encore quelque chose à foutre en 2012 que dans Napalm Death il n’y ait plus aucun des membres d’origine et ce depuis plus de vingt ans ? Personne.
Lorsque est parvenue la nouvelle du départ du guitariste de Death To Pigs – qui se consacre désormais pleinement à La Race, à Judas Donneger et sûrement à deux ou trois autre trucs dont je n’ai même pas idée – j’ai donc logiquement pensé que s’en était fini de Death To Pigs. Ce qui était, disons le tout de suite, une profonde erreur de jugement. D’abord, que je sache, le guitariste en partance, quelle qu’ait été son importance et sa longévité au sein du groupe, n’était pas le premier à occuper ce poste. Ensuite son remplaçant n’est pas n’importe qui – ce qui encore une fois n’enlève rien à personne. Et c’est exactement là que tout se joue. Fatalement.
Live At Karachi démontre brillamment que Death To Pigs n’est décidemment pas non plus n’importe quel groupe mais peut être bien l’une des meilleures formations punk noise et post punk du moment. Car, et c’est passionnant, la musique et le son du groupe ont logiquement évolué vers quelque chose de plus touffu voire d’un peu plus lourd (les rythmiques se sont souvent ralenties et alourdies elles aussi, la basse est parfois devenue irrésistiblement groovy – l’influence des premiers PiL est plus que palpable à de nombreux moments), tout cela ayant pour résultat de faire doucement mais sûrement muter Death To Pigs en un monstre tentaculaire et insidieux ; d’un autre côté on reconnait encore et toujours le groupe et sa musique – en d’autres termes, s’il fallait parler d’évolution on dirait que celle-ci s’inscrit dans une certaine continuité, une formulation qui je l’avoue ressemble horriblement à un programme politique lénifiant qui inciterait plutôt à la désobéissance civile et aux émeutes qu’autre chose.
Sauf que là on parle de Death To Pigs : l’émeute, l’urgence, la colère, le délire, le cauchemar et la psychose sont précisément dans la musique. Alors retrouver le groupe en aussi bonne forme et aussi inspiré tout en constatant qu’il a eu l’envie, l’intelligence et les possibilités d’aller voir ailleurs est pour l’instant la meilleure et seule bonne nouvelle de cette toute dernière année d’existence d’une humanité en sursis. Live At Karachi a donc à la fois un caractère obsessionnel et fulgurant, hystérique et hypnotique, malade et revigorant. Et Death To Pigs signe là son meilleur enregistrement. Tout simplement.

Live At Karachi a été édité à 300 exemplaires en format LP + CD (une première pour le groupe) sur 213 records, le propre label du guitariste nouveau venu qui est par ailleurs l’âme damnée de The Austrasian Goat.

jeudi 27 octobre 2011

Pre / Third Album







Après l’album tassé sur un 12’ qui tourne en 45rpm, voici l’album qui tiendrait miraculeusement sur une rondelle de 7 pouces… comme son nom ne l’indique pas, ce nouveau disque de Pre est en fait un EP de cinq titres seulement. Et, pour faire court, il n’y a strictement rien de nouveau ici. Pre excellait dans l’imitation – en plus rock’n’roll – de Melt Banana et c’est toujours le cas. Ces anglais et leur chanteuse japonaise en petite culotte ont tout carotté à leurs illustres ancêtres nippons, à commencer par le chant féminin ultra aigu et ultra hystérique, les rythmiques au taquet, les guitares qui cisaillent (et dans lesquelles on trouve parfois une autre influence antédiluvienne : Arab On radar). Skingraft est toujours le label grâce auquel Pre a encore une fois obtenu l’immense privilège et le droit de publier ses enregistrements et il faut bien admettre que cette ex maison de prestige n’est plus bonne qu’à ça : produire – rarement – des disques qui ressassent de façon honorablement conforme mais sans génie ni aucun frisson toute une partie de son passé révolu.
Les cinq titres de Third Album, sans se départir totalement du côté poppy-pute habituel de Pre, délivre toutefois une musique bien plus tendue et agressive que celle du précédent Hope Freaks. Presque taillée au cordeau, même. Pas trop de chœurs fédérateurs mais toujours du peepshow à la limite du grand-guignol et de la bienséance arty – oui parce qu’avoir l’air dépravé et complètement branque tout en restant propre sur soi est un art à part entière et les cinq Pre y excellent toujours autant. Mais là, il y a quelque chose de plus… une nervosité autrement plus directe et plus resserrée que l’élastique des petites culottes de la chanteuse. White Castle avec ses enchainements à la batterie bien frappadingues de même que ses trois demi-frères Dweller, Cold et Love Peace & Hair Grease sont à compter parmi les toutes meilleures compositions de Pre. Voilà, c’est dit, Pre a correctement assuré son service minimum avec au moins (mais cette fois-ci un peu plus) un bon titre par disque. Pour finir, et pour faire plaisir aux gens qui ne peuvent pas faire autrement que de porter des lunettes, signalons que c’est leur maître à tous, Steve Albini, qui a enregistré Third Album, chez lui à Chicago.

[…]

Mais attends… en fait ce disque n’est pas tout à fait fini. Mark Fischer et Skingraft nous avaient déjà fait le coup pour le  Dustin’ Off The Sphynx de Aids Wolf : sur la version CD de Third Album il y a huit titres en plus – le label vend même une version 7’ + CD du disque pour satisfaire à la fois les fétichistes et les complétistes. Et ces huit titres, portant la longueur de Third Album à 23 minutes, sont très loin d’être des fonds de tiroir affublés d’un son innommable (même si la plupart d'entre eux étaient déjà disponibles sur des vieux singles et autres splits de Pre, je laisse aux archéologues le soin de déterminer quel titre figurait sur tel ou tel disque). Un certain Westminster Brown – en fait c’est lui qui avait déjà enregistré Epic Fits, le premier album de Pre – est le responsable de ces sessions supplémentaires et donc de la qualité de l’enregistrement… et il écrase le morveux de Chicago en un tour de main : jamais Pre n’avait aussi bien sonné, méchamment et durement.
Et puis – magie de l’enregistrement ? – le côté fun disparait presque complètement et Pre signe là et pour la seconde fois sur ce disque quelques-unes de ses meilleures compositions : Dead Peny (sur lequel on n’aura pas manqué de remarquer la présence d’un orgue et des plans de guitare plus étoffés et donc inhabituels pour Pre), Swollen, Silver Skull, Loughing ou Big Dique – un clin d’œil à Aids Wolf ? – et sa fausse fin. Même Treasure Trail, Duncan Banus et Goof, que l’on pourrait tous qualifier de basiquement typiques de Pre, attirent l’attention. On se demande pourquoi ces huit titres n’ont pas bénéficié d’une vraie sortie à part entière, genre une compilation de singles en bonne et due forme, ils auraient pu constituer un chouette 12’ et on doit bien admettre que grâce à eux Third Album n’est pas que le meilleur disque de Pre, il est aussi un bon disque, tout court.