NOSE IN THE NOSE
n’est pas vraiment un tout nouveau groupe car le trio stéphanois a déjà publié
un mini album de six titres aux alentours de l’année 2006 mais avait un peu
disparu des écrans radar depuis 2007 ; c’est donc une bonne surprise de
voir Nose In The Nose revenir aux affaires et surtout revenir avec un premier
véritable album sous le bras, le bien nommé Crash.
Ce qui fait encore plus plaisir c’est de constater
à l’écoute de Crash que le noise rock
a assurément encore de beaux jours devant lui, n’en déplaise aux intégristes du
néo/neu/new qui privilégient n’importe quelle forme d’étron musical prouto-garage
ou post électro cheap à partir du moment où il travestit quelques vieilles
recettes bien gentiment anémiées sous une tonne de réverb ou un glacis digitalement
rebelle et forcément de bon goût – une façon fort hypocrite de décerner à
certains tout en refusant aux autres le prestigieux label-qualité de la modernité
vraie et les privilèges éphémères qui vont avec ; par contre, amateurs de
guitares qui font mal tout en ne délaissant pas les plaisirs de la caresse à
rebrousse-poil, ce disque est donc fait pour vous.
Et Nose In The Nose n’est pas loin d’exceller en
la matière tout en ne se contentant pas d’user ou d’abuser des éléments
habituellement constitutifs du genre : certes la basse en impose
méchamment, la batterie claque, la guitare cisaille et le chant se transforme
en hurlements à la lune or le trio aime aussi piocher ailleurs, lorgne du côté
du cambouis millésimé ou du post punk, brouille discrètement les cartes et les
déflagrations de sa musique s’en trouvent d’autant mises en valeur. Ce qui
frappe en premier c’est précisément ce chant qui sait se faire moins brutal et
moins frontal – tiens, il y a aussi un peu de réverb – et privilégie la
mélodie, jamais putassière la mélodie mais toujours dans le bon sens, celui de
l’accroche sans contrepartie démagogique.
Nose In The Nose n’est donc pas qu’un bloc de
béton armé lancé à la vitesse du son pour écraser nos pauvres petites
existences médiocres et insipides et le groupe revisite de sa façon bien à lui
les quelques fondamentaux de l’urgence perdue et du bruit à tous les étages. Le
groupe opère ainsi avec une modestie et presque avec ingénuité, comme lorsqu’il
joue avec le garage rock’n’roll avant de relancer la machine à déchirures (XYZ) ou lorsqu’il place en intro de Hungry Band un bon vieux riff tronqué de
hard rock pourri : l’effet aurait pu être désastreux parce que
ringardement passéiste, il est tout simplement jouissif et jubilatoire parce
que suintant et sale et sert de fort belle façon d’aller simple pour l’enfer et
pour la tornade noise qui suit immédiatement après.
Crash est publié à la
va-comme-je-te-pousse/D.I.Y. style ; le disque, enregistré aux studios PWL
à Lyon, démontre également une nouvelle fois que Christophe Chavanon, le
tenancier du lieu et ex The Good Damn, est un orfèvre en matière
d’enregistrement et de mixage