mercredi 16 novembre 2011

Report : Ulracoït, Membrane et Sofy Major au Raymond's Bar - 12/11/2011





Lorsque j’ai reçu ce mail (collectif le mail, ça fait toujours plaisir) de la tête pensante de Rejuvenation records suppliant presque à genoux ses correspondants étrangers de venir soutenir le moral des troupes sur l’une des dates de la tournée d’Ultracoït, c’est de la déception puis de la colère que j’ai alors ressenties : il n’y avait pas de date programmée à Lyon. Ce n’est pas la première fois ni la dernière qu’un groupe ne passe pas par ici mais l’une des raisons de cette absence lyonnaise était liée évidemment aux problèmes actuels de Grrrnd Zero… On ne va pas refaire le monde, quoique, allons-y encore une fois : il semblerait qu’avoir deux ou trois lieux accueillant des musiques en marge de la production mainstream ou bassement commerciale relève plus que jamais du luxe impensable pour une grande ville telle que Lyon.
Pour assister à un concert du Dirty & Hairy Tour d’Ultracoït il ne restait alors que deux solutions : Saint Etienne ou Clermont Ferrand. La première date avait le mérite de se dérouler, comme presque tout le reste de la tournée, en compagnie des excellents Washingtonians*. La seconde était dans le cadre de la release party du split Membrane/Sofy Major chez Bigoût records. Tant pis pour les Washingtonians repartis chez eux après le concert stéphanois de la veille et ne se retrouvant donc pas à l’affiche de celui de Clermont : puisque les Bigoût Boys m’acceptaient dans leur camion, je ne pouvais pas refuser l’invitation.
Je vous passe les quelques péripéties on ne peut plus tristement banales d’un voyage ennuyeux et austère effectué par six personnes raisonnables et impatientes de découvrir le Clermont Ferrand underground – heureusement que nous avions toute une provision de Snickers et un CD de Pearl Jam pour tenir le coup.




Le Raymond's Bar est un très chouette endroit, autogéré, accueillant et plein de gens sympathiques. Je repère dans la salle du bar les membres d’Ultracoït vautrés sur les canapés et en pleine séance d’échauffement psychique. La salle est encore un peu vide – merde ne me dîtes pas qu’à Clermont Ferrand cela se passe des fois comme à Bordeaux – mais se remplira on ne peut mieux, dépassant les 120 entrées payantes et garantissant le succès de la soirée (la moindre des choses pour une release party, non ?).
Spanked démarre la soirée. C’est un tout nouveau groupe originaire de Besançon – le batteur précisera qu’il s’agissait de leur deuxième concert – et Spanked a les défauts de sa jeunesse : manque de mise en place entre le guitariste et le batteur, chant à deux qui n’a pas encore tout à fait trouvé sa voie (sic) et guitariste qui a parfois du mal à se faire entendre lorsque son petit camarade de batteur envoie la sauce. Ce batteur est incroyable à regarder et à écouter mais il prend un peu trop de place sur son guitariste.
C’est dommage parce qu’il y a de bonnes idées chez Spanked et beaucoup d’originalité – l’utilisation des voix justement et le côté atypique des compositions par exemple – aussi, même si une bonne partie du public est repartie au bar ou n’en a carrément pas bougé depuis le début, quelques uns restent, intrigué par un groupe encore en devenir. A bientôt.



Suivent les Ultracoït, leurs cagoules, leurs slips moulants et leur noise plombée par une grosse basse vibromasseuse par devant et des guitares épaisses par derrière. Il y a du Unsane là dedans, du Cherubs pourquoi pas aussi et du Amphetamine Reptile ça c’est sûr. Avant de commencer à jouer les quatre encagoulés ont décidé de débarquer en petite tenue dans le bar pour rameuter le public, l’un d’eux se jette sur moi sauvagement (je l’ai reconnu malgré son déguisement) et je ne peux que le suivre docilement pour assister au concert, pieds et poings liés devant la scène.
De ce concert je ne regretterai qu’une seule chose : l’absence de Maîtresse Ruth, de sa robe rouge et ses airs goguenards de salope SM et qui faisait office de grande prêtresse de cérémonie lors du concert d’Ultracoït au Fuckfest #3. Malgré cette unique faute de goût à la limite de l’impardonnable – et preuve flagrante d’un manque de charité certain envers les esclaves idolâtres du groupe –, Ultracoït a délivré un excellent concert, bien dense, bien large, bien fort et bien profond et avec un entrain certain. La noise du groupe fonctionne parfaitement sur une scène – sur disque aussi, je vous rassure – et Ultracoït, a gagné de l’aisance (c’est le métier qui rentre) et développe une puissance de feu qui fait plaisir à entendre. Une reprise de Too Drunk Too Fuck vraiment excellente, un dernier coup de boutoir, un dernier orgasme et me voilà chaud comme la braise pour tout le reste de la soirée.



Le reste c’est tout d’abord Membrane que je n’ai encore jamais vu en concert. Le groupe de Vesoul est venu jusqu’à Clermont pour fêter la parution de son LP partagé avec les locaux de Sofy Major (on en reparle bientôt de ce disque). Après la fête du slip c’est donc la fête du split. Disons tout de suite que découvrir en concert un groupe tel que Membrane** ce n’est pas tous les jours que ça arrive mais lorsque ça vous arrive, vous vous prenez une décharge de noise rock carnassier et vindicatif au travers de la gueule : qu’il était bon ce concert ! Pour un peu je vous ressortirais direct le coup du miracle qui ne se produit qu’une fois toutes les 29 lunes mais non, pas besoin.
Pas besoin car Membrane c’est typiquement ce genre de groupe qui joue méchamment carré – et pour cause : leur batteur n’est autre que celui qui a joué avec Spanked auparavant et je suis bien content d’en remettre pour un second tour avec ce musicien psychopathe – et surtout un groupe qui maîtrise les règles inamovibles d’une noise méga lourde teintée de hard core. Membrane arrive largement à faire la différence dans un style aussi ultra référencé par la seule force de compositions imparables et une interprétation sans faille. Ne faîtes pas comme moi qui ait hésité devant le stand du groupe et en suis reparti sans rien, procurez-vous les disques de ces garçons (parus chez Basement Apes).



A tout seigneur, tout honneur. Sofy Major joue logiquement en dernier puisque le groupe est chez lui, au Raymond’s Bar, à Clermont. Le groupe a installé des stroboscopes autour de lui et passera le concert à jouer sous des éclairages épileptiques. Mais il n’avait pas besoin de ça : j’en connais que cela bloque de jouer à la maison devant les copains mais ce n’est pas vraiment le cas de Sofy Major qui va délivrer le concert parfait par excellence, passant en revue les meilleurs titres de son album Permission To Engage et jouant quelques extraits du petit nouveau.
Le sondier du groupe a bien fait son job, le son était équilibré, comprenez que l’on entendait tout et distinctement : la voix rocailleuse, la basse incroyablement énorme et les parties de batterie. Surtout, jamais auparavant je n’avais pu gouter autant à la guitare de Sofy Major, guitare tenue par un chevelu qui ne s’est absolument pas gêné pour profiter de sa supériorité capillaire et, fait nouveau, on pouvait déceler dans le son de la guitare comme un arrière-goût de stoner/70’s bien fort en bouche***, teinte que l’on trouve également sur les quatre titres du split, mais avec plus d’évidence encore.
La musique de Sofy Major a de la (grande) gueule et son mélange est jouissivement étonnant : plus vraiment noise, hard core toujours mais avec une couche de gras et un lustrage à l’huile de vidange et à la sueur qui là aussi fait toute la différence.

Une fois les concerts terminés, la soirée au Raymond’s Bar s’est terminée tranquillement et bien pépère entre gens raisonnables et bien élevés, autour de discussions d’esthètes. Rien en fait qui vaille la peine d’être rapporté ici malgré une bonne humeur générale et communicative entre convives unis par la force et l’amour commun pour la musique.
Précisons enfin que le match retour de cette release party clermontoise aura lieu le 19 novembre chez les Membrane à Besançon, point de départ d’un Drunk Driving Tour de quelques jours.

[on clique sur le flyer pour avoir le détail des dates de cette tournée]




* vous pouvez admirer les photos superbes – et bien d’autres encore – qu’a prises Nada de ce concert à Saint Etienne
** et non pas membre d’âne comme me l’affirmera la bave aux lèvres je ne sais plus quel Ultracoït
*** encore une remarque légèrement impertinente de la part de qui vous savez

mardi 15 novembre 2011

Report : Gods And Queens et Dÿse au bar des Capucins - 10/11/2011





Le mariage de la carpe et du lapin : Bigoût records qui s’associe à Active Disorder pour organiser un concert punk et noise au bar des Capucins ? J’en ai rêvé et ils l’ont fait. Comme quoi tout est possible en ce bas monde, y compris et même surtout s’entasser à cinquante dans une cave d’à peine 15 m² pour transpirer à grosses gouttes le houblon que l’on vient tout juste d’absorber à l’étage au dessus.
Il y a ainsi beaucoup de monde qui attend patiemment, attablé à la terrasse des Capucins, en cette veille de jour férié inutile – inutile non pas parce qu’il empêche les braves gens de travailler mais parce qu’il continue de commémorer fièrement la connerie humaine – et il y aura donc du monde pour le concert (d’ailleurs pas forcément toujours les mêmes têtes pour chaque groupe, une vraie tournante guinéenne) et surtout il y aura encore beaucoup de monde après, jusqu’à très tard. Merci la guerre.



Retour donc des Gods And Queens après un premier passage quasi inoubliable en février dernier à feu Grrrnd Zero. A peine descendus dans la cave, on remarque deux choses : Jamie, guitariste et chanteur du groupe est allongé de tout son long sur le carrelage pour une petite séance de relaxation pré-concert ; surtout on constate qu’il y a un nouveau batteur dans Gods And Queens – le premier était excellent, le nouveau s’apprête à jouer en slip et je me demande si on va réellement y gagner au change.
Comme la dernière fois Gods And Queens a l’intention d’envoyer son set le plus succinctement possible, sans tergiversation, en moins d’une demi-heure chrono, avec juste deux petites pauses pour réaccorder la guitare. Mais à quoi bon s’accorder les gars ? Le son de Gods And Queens dans cette cave est crade et indéchiffrable au possible et les trois musiciens jouent comme des chiens – comme des porcs diraient certains – tout en semblant complètement se foutre des conséquences. On reconnait difficilement les compositions du groupe, ah si, il y a cette célébrissime reprise de Quicksand qui surnage au milieu et que le trio joue toujours.
Mais les Gods And Queens sont à bloc, envoient méchamment, avec un enthousiasme qui force le respect et déclenche les sourires d’admiration. Malgré les conditions plutôt mauvaises et à cause de cette attitude punk as fuck – ou plutôt grâce à elle – le concert s’avère assez incroyable, électrisant et jouissif. Evènement assez étonnant Jamie nous fait un speach assez long pour expliquer qu’il y a un groupe qu’il aime particulièrement et qui représente pour lui ce qui signifie le mot musique. Ce groupe c’est Hüsker Dü dont Gods And Queens va nous gratifier non pas d’une mais de deux reprises : une version très extrémiste de New Day Rising puis l’habituel The Girl Who Lives on Heaven Hill. De manière encore plus surprenante Gods And Queens acceptera de jouer un dernier titre en guise de rappel, suite à l’insistance méritée du public.




Il parait que Dÿse a déjà joué dans le coin, notamment lors d’une première partie d’Unsane il y a deux ans. Je ne connais absolument pas ce groupe originaire d’Allemagne. Ils sont deux : un guitariste qui chante dans un vrai micro et un batteur qui braille sans micro et raconte des blagues. Les blagues c’est même près de 40 % d’un concert de Dÿse, comme celle où le groupe raconte que lors d’une discussion avec Bruce Dickinson celui-ci a conseillé au duo de composer un titre qui s’appellerait The Number Of The East – en fait Dÿse est originaire de l’ex R.D.A. On nous raconte également une rencontre « hilarante » avec Grandmaster Flash et je ne sais trop quoi encore.
Le groupe aime bien aussi faire des grimaces, le batteur mouline souvent inutilement dans les airs comme un basu, il y a de nombreuses parties chantées parodiques, etc. Dÿse c’est donc un peu les Ludwig Von 88 de la noise et sur la longueur – ou sur disque – j’imagine que cela ne le ferait absolument pas, toute cette débauche de guignolades et de branquignolades à faire passer X-Or pour un duo de chansonnettes expérimentales.
Mais lorsque le groupe joue pour de vrai, lorsqu’une vraie composition fait enfin son apparition, lorsque le guitariste tord sa guitare pour en sortir un son bien compact et que le rythme est perpétué au delà de cinq mesures et demie, Dÿse se révèle être un bon petit groupe de noise nerveuse, jouant certes de quelques facilités mais ultra efficace. Il y a ceux qui chez Dÿse apprécient le côté clowns/bière et punks/école du rire des années 80 et il y a ceux qui, tout en appréciant pour une fois de rire autrement qu’en surconsommant de l’alcool et de la drogue, préfèreraient un peu plus de concision et moins de cirque. Mais Dÿse reste un groupe à voir et entendre dans un cave pour un concert de tout et n’importe quoi.

lundi 14 novembre 2011

Report : Peter Kernel et Sheik Anorak au Sonic - 09/11/2011





Peter Kernel et Sheik Anorak au Sonic… belle affiche, hein ? Et bien le bruit court qu’il s’agirait là de la toute dernière programmation de l’association monozygote Maquillage & Crustacés avant un bon moment. Le principal intéressé a en effet annoncé qu’il souhaitait souffler un peu et ralentir question organisation d’évènements culturels de prestige à forte valeur ajoutée. Imaginez un peu le coup de semonce que cette annonce a provoqué dans le microcosme lyonnais : plus d’affiches réunissant une programmation improbable et bigarrée, plus de concerts à l’ambiance bon enfant et à l’esprit éternellement juvénile, plus de jeux de mots foireux dans les descriptifs des groupes apposés sur les flyers, plus d’affiches sérigraphiées à prix libre pour toutes celles et tous ceux qui voulaient ramener un souvenir à la maison, plus de distribution de parts de tarte à la praline aux premiers arrivés au concert, plus de jeunes filles acariâtres postées aux entrées pour faire régner l’ordre commercial… c’est une véritable institution qui menace ainsi de disparaitre, c’est tout un monde qui s’écroule. Merde.



Premier groupe de la soirée : Alligator. Alligator est un duo réunissant Elizabeth de Moms On Meth à la basse et Lisa de Réveille à la batterie – toutes deux se partageant le chant. Musicalement on est très proche de Réveille et pas du tout des terribles Moms On Meth – question de goût mais je décide avec moi-même de ne pas écouter le duo plus longtemps sitôt mes quelques photos prises. Je laisse Alligator entre les mains et les oreilles des gens ouverts d’esprit et tolérants et sors du Sonic au bout du troisième titre pour me nicotiner les poumons et m’oxygéner les trous de la cervelle.



Pas vu de concert de Sheik Anorak depuis celui – excellent – que ce garçon avait donné à l’Africantape fin avril/début mai. Pas de réelle surprise en début de set – le principe/mode opératoire de Sheik Anorak consiste toujours à créer une pop noise (noise poppy ?) en superposant boucles de guitare élaborées en direct et parties de batterie dynamiques – mais toujours le même plaisir d’écouter ou de réécouter les tubes de ce one man band, en particulier Day 01, dont la version studio figure sur l’album du même nom et autoproduit de Sheik Anorak.
Mais celui-ci nous réserve toujours une surprise à chaque concert et celle de ce soir sera de taille : Sheik Anorak va en effet jouer un nouveau titre chanté. Avec son riff simple mais diaboliquement efficace, son rythme soutenu et sa partie chantée accrocheuse, cette nouveauté a tout du hit interplanétaire – et c’était un véritable plaisir que de regarder Sheik Anorak s’éclater comme un petit fou tout en jouant et surtout ne faiblissant pas (et mention spéciale à ces montées en puissance et aux coups de tom placés tout en continuant de chanter).




Il ne faut jamais se faire trop d’idées (ni d’espoir) avant un concert… j’étais on ne peut plus content de découvrir Peter Kernel sur scène après avoir apprécié White Death & Black Heart, le deuxième album de ce trio suisse, paru cette année chez Africantape. Et ce n’est pas tous les jours que l’on a un groupe maniant élégance pop et péripéties noisy à se mettre sous la dent.
Mais je dois également ajouter que souvent les groupes trop pop me déçoivent en concert et ce malgré l’excellence de leur musique. Peter Kernel n’aura donc pas échappé à la règle, leurs hits me paraissaient un peu termes par rapport à l’emprunte qu’ils avaient laissée sur moi via l’album, la simplicité des compositions me paraissait trop bancale pour vraiment garder tout son charme et les jeux de voix (dans le groupe tout le monde chante, y compris le batteur) manquaient d’aplomb.
Il y a tout de même eu de très bons moment pendant ce concert, en particulier We’re Not Gonna Be The Same Again joué en toute fin de set juste avant le rappel – un titre qui reste l’un de mes préférés de White Death & Black Heart. L’ambiance du concert était bon enfant et malgré la présence dans le public de ronchons dans mon genre, les fans de Peter Kernel – les déjà convaincus comme les nouvellement convertis –  se sont montrés on ne peut plus enthousiastes et chaleureux. Les trois musiciens ont alors su gouter avec simplicité et sourire à ce succès (« thank for coming… and thank for staying » dira la guitariste).
De mon côté, en réécoutant White Death & Black Heart le lendemain à la maison, une fois la petite déception du concert passée et presque digérée, j’ai du me rendre à l’évidence que j’aimais toujours autant ce disque. Mademoiselle et messieurs de Peter Kernel je vous attends donc de pied ferme la prochaine fois que vous repasserez en concert par ici, j’ai encore un ou deux trucs à vérifier avec vous.

dimanche 13 novembre 2011

Fennesz / Seven stars





C’est dimanche et on s’emmerde. Alors, pour bien soigner comme il convient cette bonne vieille gueule de bois consécutive au sacro-saint concert du samedi soir* – ou suite à toute autre activité frénétique nécessitant à postériori un repos quasi total et impératif  de la tête comme des oreilles –, écoutons un peu monsieur Christian Fennesz et l’un de ses derniers disques en date, Seven Stars
Publié en septembre dernier par Touch records sous la forme d’un élégant 10 pouces, réédité cet automne en CD par le même label, Seven Stars est à la fois la énième confirmation du talent de Fennesz mais aussi le témoignage de la lassitude que le musicien autrichien engendre fatalement. Ce dernier a beau dire – « I wanted to make a record that has a certain lightness about it and at the same time explore new territory using drums on one track. This might be something I will continue with in the future. » on a bien du mal à trouver notre compte de frissons extatiques à l’écoute de ces quatre titres (plus un remix en téléchargement) typiques du style aqueux et éclairé du musicien.
Fennesz avait déjà montré quelques difficultés à convaincre il y a presque deux ans avec un Black Sea poussif et gentillet comme un aquarium tapissé de galets en verre de couleur pour faire toujours plus joli. Dans le même ordre d’idée, Liminal qui ouvre Seven Stars n’évite pas la catastrophe et laisse augurer d’un autre disque tout aussi gentillet et insipide. Fort heureusement July et Shift rattrape ce faux départ, éliminant non sans peine toute la mièvrerie mais n’échappant pas toujours à la fadeur. Mais on reconnait que Fennesz a nul autre pareil pour manipuler les sons d’une guitare avec un laptop et déverser son flot mélancolique dans nos oreilles.
Le dernier titre du disque, Seven Stars, représente donc selon les dires de son auteur l’une des nouvelles directions dans laquelle le musicien/compositeur souhaite s’engouffrer pour l’avenir : il y joue accompagné d’un batteur, les rythmes prodigués sont lointains et pas trop appuyés mais, nonobstant les traitements sonores de Fennesz qui ont souvent été imités mais restent assez uniques en leur genre, on retrouve sur ce Seven Stars de trop fortes réminiscence de ce que quelqu’un comme Aidan Baker fait parfois – sous son nom propre et non pas avec Nadja – depuis de nombreuses années… à ce titre on écoutera plutôt Green Figures, l’album que le canadien vient de publier en compagnie de Kevin Micka (un disque édité chez Basses Fréquences et dont on va reparler sans plus tarder).

* la release party du split Sofy Major - Membrane au Raymond Bar par exemple…

samedi 12 novembre 2011

Grrrnd Zero en gRRRand danger


Toujours menacé d’expulsion, le collectif Grrrnd Zero a mis à jour ses documents officiels d’information et de propagande, documents qu’on vous remet tels quels ci-dessous. Pour bien arriver à tout lire, cliquer sur l’image et elle s’agrandira – on appelle ça la magie d’internet.
Vous pouvez également recoller ces textes sur votre propre site/blog/espace perso en récupérant leur adressage dans la barre de votre navigateur (encore la magie d’internet). Vous pouvez même imprimer ce texte et le mettre dans la boite-aux-lettres de vos voisins ou l’afficher à l’entrée de l’école de vos enfants ou de vos petits frères et sœurs (le charme du Do It Yourself).





Enfin, n’oubliez pas que Grrrnd Zero continue tant bien que mal d’organiser des concerts hors les murs. Le détail de la programmation se trouve sur le site et vous pouvez également vous abonner à la newsletter pour obtenir régulièrement des informations de premier ordre sur les concerts et les nouveaux rebondissements de cette lamentable histoire d’expulsion.

vendredi 11 novembre 2011

Zëro / Hungry Dogs (In The Backyard)



Hungry Dogs (In The Backyard) est déjà le troisième album de Zëro et ses premières écoutes n’ont pas tout à fait été exemptes de quelques questionnements – ce n’est pas parce qu’on a été un fan inconditionnel de Deity Guns puis de Bästard et de Narcophony qu’il doit automatiquement en être de même pour Zëro. En même temps il est nécessaire de préciser, et c’est un compliment, qu’avec Hungry Dogs (In The Backyard) Zëro s’affranchit encore plus clairement et donc définitivement de ses prédécesseurs, comme pour affirmer que s’appesantir sur un passé certes glorieux mais révolu serait bien évidemment pure nostalgie. Nostalgiques, Eric Aldéa, Franck Laurino, François Cuilleron et Ivan Chiossone ne le sont donc apparemment pas et il conviendrait logiquement d’éliminer d’emblée toute réticence d’auditeur liée au fait que les quatre musiciens ne veulent pas répéter ce qu’ils ont fait auparavant avec leurs anciens groupes – on ose également penser qu’ils ont de toute façon tellement changé/évolué avec le temps qu’ils en seraient sans doute incapables.
Les quelques petits doutes à propos d’Hungry Dogs (In The Backyard) ne concernent donc que la musique de Zëro proprement dite. L’écoute des dix titres du disque ne nous apprend ainsi pas grand-chose de prime abord. Ou plus exactement on y distingue peut être trop bien tout ce que Zëro a commencé à mettre en place depuis son premier album Jokebox et qu’il n’a cessé de développer au cours des enregistrements suivants. On se surprend même à identifier quelques passages qui sembleraient directement tirés des anciens disques… Y a-t-il réellement redite pour autant ? Non, pas vraiment : on préfère plutôt penser que Zëro se moque de jouer sur l’effet de surprise. Et Zëro en est effectivement arrivé à un stade avancé où on reconnait immédiatement le groupe en lui-même, ces sons de synthétiseurs, ces guitares en apesanteur, ces rythmiques, ces constructions… Zëro fait du Zëro et uniquement du Zëro, certes de mieux en mieux, ce dont d’ailleurs on ne peut que se réjouir.




Alors où est le problème ? Peut-être n’y en a-t-il pas vraiment ou sans doute est-ce plutôt un faux problème, encore une fois sournoisement relié au passé : on pensait, on avait cette ivresse de trouver que Deity Guns comme Bästard avançaient à grands pas, franchissaient les barrières toujours plus vite et explosaient d’idées « nouvelles » à chaque coin de disque – peut être était-ce la jeunesse qui nous poussait à une telle vision, c’était même très certainement elle et elle seule. Or aujourd’hui, lorsqu’on réécoute ces disques qui nous ont accompagnés tant de fois, la distorsion du passé ne peut que nous empêcher de réentendre toutes ces musiques avec un quelconque recul (mais heureusement que l’affect existe dans notre rapport à la musique… sinon, à quoi bon ?). Aujourd’hui également, avec Zëro, les (presque) même musiciens avancent donc beaucoup plus lentement, prennent leur temps, ne prétendent à rien – si tant est qu’ils aient déjà prétendu à quelque chose – et leur musique évolue comme un artisan peaufine son ouvrage. Si on admet que l’impétuosité du passé n’a plus tout à fait cours ici, on finit par apprécier qu’elle ait été remplacée par quelque chose d’autre. On découvre – ou on redécouvre – que Zëro n’est sans doute pas un miracle fulgurant mais une pierre philosophale aux reflets multiples et contrastés.
Alors des redites en forme de sauts de puce il y en a sûrement sur Hungry Dogs (In The Backyard) mais il y a en même temps suffisamment d’autres choses – écoutez un peu ce dernier titre, Queen Of Pain, Zëro n’y a jamais aussi bien résumé en moins de 5 minutes tout ce qui fait à la fois la fougue et l’étrangeté de sa musique – pour que l’on soit in fine intimement persuadés que seule cette musique importe, plus que tout. Les détails et nuances apparaissent alors, effaçant toute comparaison possible, à l’image du chant encore plus marqué et toujours plus assumé qu’auparavant. Et Hungry Dogs (In The Backyard) est tout simplement un bel album, résolvant à la longue une équation arithmétique et affective aussi simple qu’incontournable – dix titres, dix moment de bonheur.

Hungry Dogs (In The Backyard) a en outre été superbement enregistré aux célèbres studios Supadope par Monsieur Chris R. L’illustration de la pochette a été conçue par Yoan Puisségur, plus connu pour être le responsable Communication Visuelle & Propagande Illustrée du label A Tant Rêver Du Roi. Mais c’est bien une nouvelle fois Ici D'Ailleurs qui publie Hungry Dogs (In The Backyard) en vinyle (vert) et en version CD. Le même label s’apprête également à rééditer The Acoustic Machine, l’anthologie/intégrale de Bästard, sous la forme de deux double LPs…