vendredi 6 novembre 2009

Jello Biafra And The Guantanamo School Of Medicine / The Audacity Of Hype (merci papy)























J’en suis encore à me demander pourquoi à la fin de l’été je ne me suis pas bougé pour assister à l’un des deux concerts de Jello Biafra & The Guantanamo School Of Medicine qui pourtant se déroulait pas très loin d’ici… enfin si, je sais pertinemment où je me trouvais à ce moment précis, en ce 30 août 2009. Et ça m’énerve d’autant plus que depuis je n’arrête pas de croiser des vieux punks plus que trentenaires et parfois même quarantenaires bien tassés qui exhibent des t-shirts Alternative Tentacles estampillés de la célébrissime chauve-souris dès que l’occasion d’un nouveau concert et donc de se montrer se présente. Avoir un t-shirt Alternative Tentacles acheté tout spécialement à un concert de Jello Biafra et de ses boys, voilà un exploit vestimentaire que j’aurais bien voulu réaliser (j’ai l’ambition petite et modeste). Et surtout voir un Biafra cinquantenaire et bedonnant cracher tout son fiel ironique à l’aide d’un backing band composé entre autres d’un guitariste complètement barge, Ralph Spight. Oui celui des inestimables Victims Family, un groupe qui lui aussi va très bientôt se reformer mais qui l’a déjà fait un nombre incalculable de fois dans le passé, y compris sous de nouvelles appellations (Saturn Flea Collars et Hellworms).
The Audacity Of Hype est le nom du premier album de Jello Biafra & The Guantanamo School Of Medicine, neuf titres d’un punk rock basique post Dead Kennedys - mais du Dead Kennedys un peu fatigué c'est-à-dire plutôt celui de Frankenchrist - assez proche de celui joué sur les deux disques enregistrés par Biafra avec les Melvins quoiqu’en moins réussi avec des titres parfois trop longs et trop bavards (les textes à rallonge de Biafra) et donc bien produit, gros son et tout. The Audacity Of Hype ne parle pas vraiment de l’opportunité de porter ou non un t-shirt Alternative Tentacles - quoique… - mais est une référence décalée et vitriolée à The Audacity Of Hope, un bouquin préélectoral écrit par Barack Obama et dans lequel celui-ci exposait tout son programme politique à venir. Au lendemain de la victoire du nouveau président américain, Biafra lui avait envoyé cette longue lettre ouverte et on peut préciser que le chanteur n’a pas voté pour l’ancien sénateur de Chicago (il a régulièrement soutenu Ralph Nader dans le passé) même s’il estime qu’il faut se réjouir de la défaite de John McCain et de son pitbull d’Alaska.
Pour en revenir au disque, The Audacity Of Hype contient au moins une chanson qui aurait largement pu figurer sur un vieil album des Dead Kennedys : à la fin de la première face on peut entendre un Electronic Plantations qui de sa ligne de basse à ses arpèges de guitare très East Bay Ray rappelle le meilleur de l’ancien groupe de Biafra. Le reste va du bon à l’ennuyeux (I Won’t Give Up mollasson et bien trop long) avec une deuxième face nettement moins réussie que la première. Vous me direz que c’est déjà pas si mal, une moitié de disque acceptable… et bien soit. La bonne nouvelle reste qu’à l’image de Jello Biafra les vieux punks peuvent garder toute leur hargne et prouvent qu’ils (f)ont définitivement de la résistance.

jeudi 5 novembre 2009

Appollonia / Blank Solstice























Ecoutons voir. Ce nouvel album d’Appollonia parait sur un label tout nouveau tout beau tout neuf, Maximum Douglas records, dont c’est seulement la deuxième référence. Blank Soltice est également le deuxième enregistrement long format du groupe bordelais, dans les bacs et dans les bonnes distros depuis le 03 novembre sous la forme d’un pack LP + CD. Je me contenterai du CD promo qui m’a été gentiment envoyé par un service de presse clairvoyant et de mon goût. Mais quel bon petit disque mes enfants ! Je me fous complètement de l’avoir dans cette version économique : il passe quand même régulièrement dans la boite à musique familiale.
Je ne cacherai nullement que la première écoute a été pour le moins dubitative (et expéditive), réaction typique et épidermique de rejet consistant en un lapidaire et caricatural encore du post hard core ! Pourtant caricaturale la musique d’Appollonia ne l’est pas, à quelques exceptions près. Empruntant comme leurs collègues valentinois de Geneva - excellent groupe dont nous reparlerons très bientôt - des chemins de traverses inusités dans le genre, c'est-à-dire autres que l’éternel recours à l’émotion frigidaire avec bac congélation trois étoiles et autres que la cold wave mal digérée et métallisée, Appollonia déverse en huit titres d’intensités variées (le groupe se paie même le luxe d’une ballade folkeuse et presque smoguesque avec Chalk Outlines, dommage d’y avoir ajouté un son de la pluie trop prévisible) des compositions aux structures pas évidentes, sachant ménager l’alpha pop mélodique et l’oméga massif, alignant des riffs ogresques et des passages incroyables de puissance dévastatrice avant de se payer une bonne tranche d’accalmie et de sérénité tubesque.
Ce subtil dosage, progressif, jamais préjudiciable à la débauche d’énergie, efficace sur un titre comme Gospel Of The Dead Earth ou Iota et son riff presque stoner montre par contre plus ses limites sur A Landscape Of Its Own, trop alambiqué. Le titre le plus étonnant (et le plus entraînant) reste My Closest Foe, metal pop mélodique un brin grandiloquent et clinquant. Mention spéciale aussi au batteur qui m’a tout l’air d’avoir obtenu son CAP tourneur/fraiseur du premier coup les baguettes dans le nez et qui sait utiliser son double pédalier avec à-propos et parcimonie.
L’une des limites de Blank Soltice est comme chez 95 % des groupes de post hardcore celles d’un chant braillard déjà entendu mille fois et d’autant plus grotesque lorsqu’on le compare aux nombreuses parties en chant clair, plutôt osées. Cela peut très bien passer comme sur Acrobat, l’un des meilleurs titres du disque, l’un des plus lourds également malgré un final presque indie pop très réussi. Mais à d’autres moments on est au bord de la monotonie et de la caricature - rangez moi donc ce gros organe qui prend toute la place (je suppose encore et toujours que c’est le genre qui veut ça, comme les voix de sorcières prépubères sodomisées par le grand cornu chez les groupes de black metal). Thirsty Cents Judas offre lui aussi une alternative bancale à ce dilemme vocal : l’alternance des chants n’y est pas des plus convaincantes et c’est bien dommage car trop préjudiciable à la dynamique d’un titre qui aurait pu être autrement plus réussi.

mercredi 4 novembre 2009

Brutal Truth / For The Ugly And The Unwanted This Is Grindcore


Il faut être complètement malade pour s’enquiller d’affilée les cinq concerts (et près de quatre heures) de Brutal Truth que propose ce DVD. For The Ugly And The Unwanted This Is Grind Core a été compilé grâce aux bons soins du label marseillais Season Of Mist qui sur ce coup là ne s’est pas foutu de la gueule du chaland. Il faut être complètement malade mais qu’est ce que c’est bon. Et je me contrefous de cette théorie - que je défends d’ordinaire - digne des pires blasés du bulbe et qui stipule qu’un concert à la maison, confortablement calé dans le canapé entre le pack de binouses et le paquet de cacahouètes, c’est aussi bon et fort qu’une photo de mariage prise à Eurodisney devant le galion de Pirates Des Caraïbes ou le château de La Belle Au Bois Dormant.
Il y a deux parties dans ce DVD. La première est un concert intégral tourné lors de l’édition 2007 du Obscene Extreme Festival, haut lieu de la grinderie mondiale et du metal de barges qui se tient tout les ans en République Tchèque. Brutal Truth venait alors de se reformer, incluant dans ses rangs un nouveau guitariste, Erik Burke. La seconde est constituée d’archives datant de 1997 et 1998 donc pendant la tournée consécutive à l’album Sounds Of The Animal Kingdom et avec Brent McCarthy à la guitare.























La prestation de Brutal Truth sur le concert tchèque est en tous points parfaite. Dan Lilker (à qui on a prêté une basse, pour l’occasion il joue sur une Rickenbacker) mène la danse avec la complicité de Rich Hoak, le batteur le plus rapide du monde et doté d’une frénésie du poignet droit qui doit le rendre imbattable à n’importe quel jeu de fight sur console et lui permet de faire des blasts rarement égalés. Kevin Sharp est sans chapeau mais pieds nus, il est toujours ce hurleur délirant désormais doté d’un ventre de buveur de bière qui commence à être conséquent. Erik Burke, le petit nouveau, est un bon guitariste, consciencieux mais efficace. Or, malgré toutes ses qualités, ce concert finit par devenir lassant : Brutal Truth y ressemble plus à une machine de guerre implacable qu’à un groupe de grind foutraque et punk a fuck. Non on ne va pas bouder notre plaisir mais reconnaissons que cela sent fort le lubrifiant et la salle de sport. Un manque de spontanéité peut être du au fait que le groupe venait juste de se retrouver.
Il n’en est pas de même avec le concert enregistré au Iron Duke de Sidney en 1998. La prise de son est moins bonne, il n’y a qu’une seule caméra (contre cinq ou six pour la Tchéquie) mais Brutal Truth y est au sommet de sa folie dévastatrice et auto destructrice. Kevin Sharp est un super héro destroy et bondissant et surtout Brent McCarthy est exceptionnel, sortant des riffs tordus et complètement malades de sa guitare, écrasant d’un seul accord létal tout l’art appliqué d’un Erik Burke. Un moment de violence viscéralement hypnotique et désaxé.
Les trois autres concerts (Cartoons à Adelaide en 1998, Berkeley Square en 1997 et le Vatican de Houston en 1998) sont d’une intensité moindre, sans compter que le son est parfois très mauvais - il faut vraiment tendre l’oreille pour deviner que le concert à Berkeley démarre par Choice Of A New Generation. Mais rien que pour celui de Sidney For The Ugly And The Unwanted This Is Grind Core est à visionner d’urgence, quitte à tomber en rade de bières parce que l’on a laissé passer l’heure du ravitaillement.

mardi 3 novembre 2009

Un roi sans divertissement























Changement de décor et d’humeur. Après le disco au Sonic, le caveau du Grrrnd Zero. Après la folie noisy groove d’Electric Electric, la lourdeur pesante et cérémoniale de Monarch!. Deux concerts de suite est ce que c’est bien raisonnable ? Absolument pas, mais c’est encore meilleur. Et tant pis pour Carla Bozulich/Evangelista et les punks festifs d’Action Beat (qui finalement ne joueront pas, remplacés à la dernière minute par le héro local Sheik Anorak), une belle affiche prévue pour le lendemain au même endroit à laquelle je n’assisterai donc pas. Pour savoir ce qui s’est réellement passé au Grrrnd Zero de Gerland en ce samedi 31 octobre, il n’y a qu’une seule solution.
C’est dans une salle encore déserte et froide que j’entre. Dans un coin quelques distros se battent en duel et je m’affale sur l’un des canapés défoncés pour attendre que cela veuille bien commencer. Energie et volonté de bulot. Je sens que je vais garder mon écharpe toute la soirée et que boire une seule bière tiendra de l’exploit définitif. En attendant je compte les trous dans les vieilles dalles pourries du plafond et je ne suis pas loin de me demander ce que je fous là. Je voudrais me mettre en condition pour assister à un concert made in Golgothie que je ne m’y prendrais pas autrement. Quelques affiches avec pentagramme ou crucifix à l’envers et slogan affirmant Satan Ne Veut Pas Que Tu Fumes me font sourire.























Lorsque Carne s’installe je m’approche enfin de la scène… enfin de la scène c’est vite dit, ce soir tous les groupes vont jouer au sol (comme souvent au Grrrnd), que l’on aime ou que l’on aime pas, c’est comme ça, trip hippie-punk et ambiance de squat pour porteurs d’anoraks. Carne, donc. C’est peut être la quatrième fois que je vois ces deux garçons en concert et à chaque fois les progrès ont été patents. Le set de ce soir n’échappera pas à la règle. Je reconnais sans peine quelques compositions déjà entendues précédemment, je dodeline mollement de la tête au son des intros servies par des gros riffs sludge bien gras (avec quelques réminiscences black metal) et une batterie qui joue la plupart du temps du côté du mid tempo.
Rien de particulièrement nouveau dans le réfrigérateur, Carne s’éloigne définitivement de la daube et s’y prend de mieux en mieux pour réchauffer la viande d’un public qui malheureusement restera maigrichon. Que le groupe se soit acharné à répéter et à peaufiner ses compositions cela ne fait aucun doute. Le principal progrès réside dans le son de la guitare, doublé comme s’il y avait une basse ou plutôt une deuxième guitare derrière la première. L’effet est immédiat et garanti, Carne suinte, Carne déchire, Carne pue de la gueule et c’est bon. Seule la voix parait encore un peu faiblarde mais rien de grave (ou plutôt si, mais dans le bon sens), encore quelques kilos de weed en mode inhalatoire spontané et on n'en parle plus.

















L’installation de Gallagher a au moins le mérite de faire rigoler : trois vieux amplis (type la chaîne Pioneer ou Technics couleur gris métal de ton père) empilés et posés sur un skateboard, deux sources sonores permettant de croiser les sons, quelques pédales ou je ne sais quoi et l’habituel micro. Notre terroriste s’apprête à jouer dans le noir ou presque - seule une loupiote rouge placée sous le skateboard l’éclaire à peine - et en chaussettes.
Gallagher
c’est le nom sous lequel officie en ce moment I’m A Grizzly, adepte d’un harsh noise lorgnant sans originalité spéciale du côté des grands noms du genre, Merzbow, etc. Le principal vu le genre pratiqué n’est pas de s’essayer à être différent des autres mais plutôt de produire un maximum d’effets et c’est précisément le problème du concert de Gallagher de ce soir, concert qui peine à décoller, à donner à entendre autre chose que des grésillements plus ou moins forts mais n’allant nulle part. Seul le final se révèle convaincant avec ses sons plus tenus et nerveux, désépaissis et lointains, entrelacs sonores jouant avec quelques illusions auditives. Une conclusion qui sauvera donc le concert et à la fin duquel il me semble entendre Gallagher grommeler à un de ses petits camarades qu’il n’est pas très content de ce qu’il a joué aujourd’hui… dont acte.






















Je rigole à nouveau lorsque je vois arriver les musiciens de Monarch! : guitariste, bassiste et batteur exhibent de magnifiques moustaches, un détail qui comme chacun sait vous change un homme. La palme du retrofuturisme capillaire et vestimentaire revient à Shiran (guitare) qui porte également un pantalon doté de pattes d’éléphant, avec ses cheveux toujours aussi longs et grâce à une faille spacio temporelle on le jurerait échappé d’une vieille photo de Black Sabbath, célèbre groupe de moustachus seventies s’il en est.
J’avais vaguement espéré que Monarch! jouerait ce soir avec une formation à cinq comprenant un deuxième batteur - puisque Robert MacManus des Grey Daturas a semble t-il rejoint les bayonnais bien qu’il n’ait pas encore quitté son Australie natale - mais les empereurs du doom cathartique ne sont que quatre… dommage. Vu le concert époustouflant donné par les australiens en mai dernier au Sonic, le résultat aurait promis d’être bien plus qu’intéressant grâce à l’adjonction de cet éminent invité de marque.
Guitariste et bassiste de Monarch! tardent un peu à s’accorder, s’excusent (alors qu’il n’y a vraiment pas de quoi) et le groupe démarre lentement un long titre gorgé de riffs pachydermiques et de feedback vicieux.






















L’allure générale du groupe semble plus vive que d’habitude, sans se départir de sa légendaire pesanteur Monarch! joue légèrement en accéléré, un comble, mais ça leur va bien, moins de théâtralité et de pauses, plus de nervosité et de contorsions, surtout du côté du bassiste, à la limite du moshing paraplégique.
Alors que le groupe a atteint sa vitesse de croisière (un coup de caisse claire en dessous de toutes les trente secondes) il apparaît clairement que la chanteuse a de sérieux problèmes de son : sa voix ne passe pas dans la sono du Grrrnd Zero. Je ne sais pas si ce problème technique était du à une déficience notable du matériel local ou si les branchements micro/effets/sampler sur la petite table n’avaient pas été suffisamment checkés avant le concert mais le résultat est le même : pendant la moitié du set il a été impossible d’entendre la chanteuse de Monarch!, phénomène d’autant plus irritant que les trois autres derrière s’en donnaient à cœur joie.
Finalement, alors que tout question son est bon gré mal gré revenu dans l’ordre (magie de l’électricité) et alors que le chant est enfin rendu à peu près audible, le concert se termine déjà, laissant une impression désagréable d’inachevé. Même pas le temps de rentrer dans le trip et de secouer plus de deux ou trois fois la tête comme un pantin désarticulé. Le public réclame malgré tout un rappel, une reprise de Discharge par exemple, mais c’est définitivement fini. Très frustrant et décevant. L’impression d’avoir assisté à un demi concert. Sûrement que les membres du groupe devaient eux aussi se sentir déçus.

[En partant je remarque sur le stand de Monarch! que le groupe propose une version CDr de son dernier album, Mer Morte, emballé dans une jolie pochette noire toute simple avec mini insert comprenant les paroles et un sceau à la cire rouge du meilleur effet pour maintenir le tout. Prix de vente fixé à 6.66 euros… j’imagine que la version LP chez Throne records est épuisée depuis longtemps et que le groupe fait ça parce que la version CD chez Crucial Blast tarde à venir.]

samedi 31 octobre 2009

High Voltage
























Les temps sont durs, c’est la crise économique, bientôt la guerre civile et on va tous crever de faim ou dans d’atroces souffrances. Depuis la rentrée de septembre les gens du Sonic font imprimer des tracts communs pour plusieurs concerts. Comme celui-ci, là, juste au dessus, une sorte de mini programme pour la semaine écoulée. C’est sans doute pour faire des économies. Du moment qu’ils ne mettent pas de la flotte pour couper la bière et que la vodka reste fraîche.
Dans cette liste de trois concerts, je n’ai assisté qu’au dernier, obnubilé par la venue d’Electric Electric et après écoutes répétées et intensives de Sad Cities Handclappers - pour l’instant unique album de ce trio de Strasbourg mais quel album ! Pour les curieux et même pour les autres un camarade d’internet a lui assisté aux deux premières soirées, il raconte ici toute sa déception et son amertume à propos du concert de Swell (ou de Be My Weapon, je ne sais vraiment plus comment il faut désormais appeler ce groupe) et il me ferait presque regretter de ne pas m’être déplacé pour celui de Crocodiles - ça se lit .
Mais maintenant nous sommes le jeudi 29 octobre. J’ai rendez-vous avec un ami qui ne viendra pas, pourtant je croyais bien l’avoir convaincu que la noise disco d’Electric Electric pouvait lui permettre de perdre quelques kilos superflus et j’étais trop désireux d’avoir un solide compagnon de houblonerie pour toute la soirée (le gars en question a une solide réputation, non usurpée). 























Comme d’habitude j’arrive à l’heure indiquée c'est-à-dire en avance et comme d’habitude j’écarquille les yeux parce qu’il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans la salle lorsque le premier groupe commence à jouer. J’espère que tout le monde ne va pas avoir le même comportement que mon lâcheur de la soirée et que le Sonic va un peu se remplir.
En fait de premier groupe, il s’agît d’un one man band. Hyacinth Days c’est le nom que s’est choisi un garçon que je croise assez souvent à des concerts, de préférence des concerts avec des guitares qui font mal ou qui assassinent. Il joue de la basse assis, c’est peut être un détail pour vous, devant lui se trouve une petite table sur laquelle est posé un laptop dont il se sert pour envoyer des boucles rythmiques hyper basiques. Il dispose également d’un micro dont il ne se servira que trop peu à mon goût. Son installation est d’un cheap et d’un lo-fi qui font plaisir. Il démarre ses rythmes et les arrête tout aussi brutalement avec une souris, à la punk.
Musicalement, notre garçon joue très technique, expert du point de croix à l’envers, à l’endroit voire même les deux en même temps. Il a surtout un sens mélodique évident et un magnifique son de basse. L’impression de regarder ton meilleur pote en train de jouer pour toi tout seul dans ta chambre s’estompe très rapidement ou alors ton meilleur ami s’appelle Peter Hook et joue comme Pat Morris en pensant à Martin Rev. Vraiment une bonne surprise, avec donc cette réserve qu’un peu plus de chant aurait été le bienvenu pour varier les plaisirs. Et puis l’avant dernier titre joué était tout simplement énorme.























Hyacinth Days ne figurait pas sur le flyer du concert. Par contre Keiko Tsuda oui. On ne présente plus ce duo de rock noise et mathématique mâtiné de schmurtz synthétiques. Les deux premiers enregistrements du groupe sont toujours disponibles sur le site - un et deux - et depuis peu Keiko Tsuda propose également sur son monospace un enregistrement en concert effectué au Clacson. Enjoy.
J’ai toujours été convaincu par les prestations dynamiques et rafraîchissantes du groupe : batteur octopussien, utilisation intelligente des boucles, guitariste plein d’idées, bonne complémentarité entre les deux musiciens (ces deux là quand ils étaient gosses devaient être trop forts dans les cours de récréation à je te tiens par la barbichette) et compositions gorgées d’accroches saisissantes.
Ce soir Keiko Tsuda semble avoir enclenché la vitesse supérieure question énergie et rentre-dedans. Pas de temps morts, des enchaînements haletants, des parties catchy, des breaks impossibles, des cavalcades rythmiques à vous luxer les cervicales. Le batteur qui n’était pourtant pas un feignant en rajoute question force de frappe et exubérance d’enclume. Le guitariste semble également moins se reposer sur ses machines à boucles, gratouille sa guitare plus volontiers et je note un certain durcissement général du son. La musique de Keiko Tsuda que l’on pouvait trouver trop policée et trop pensée - en tout cas sur les enregistrements - a gagné quelques galons supplémentaires dans la catégorie topset et remonté d’organes. Fin du concert et entre temps le Sonic s’est rempli : c’est presque une centaine de personnes qui applaudissent à la fin de la prestation du duo.























Les trois Electric Electric ont installé un bordel pas croyable sur la scène. Trois synthétiseurs, une guitare, une basse, les amplis qui vont avec, des percussions additionnelles et - trônant au beau milieu - la batterie. Encore un groupe qui se prend pour Shellac avec un batteur qui se prend pour Todd Trainer ? Chez ce trio de strasbourgeois la rythmique est effectivement reine, pute juste ce qu’il faut, avec un groove irrésistible (difficile de ne pas danser ou, si on ne sait pas danser comme moi, de ne pas se trémousser stupidement et frénétiquement). Donc un groove allié à une puissance pas loin de faire mal aux oreilles.
Et ce batteur est non seulement doté d’une frappe monstrueuse mais il est également d’une endurance surprenante. Il ne tardera pas à ruisseler de sueur mais gardera toujours ce sourire mi amusé mi surpris de la personne qui a trouvé la bonne formule pour faire danser filles et garçons. Sourire qu’il partage avec son camarade guitariste. Le tout sera à l’avenir de ne pas abuser de cette formule. En attendant les groupes écossais nostalgiques du deuxième reich peuvent aller se rhabiller ou aller s’immoler sur la grande place de Sarajevo en chantant La Dynamite de Martenot. 


















Reconnaissons toutefois que dans la musique d’Electric Electric il n’y a guère de finesses mélodiques, que les titres suivent tous le même schéma et la même tendance, celle, frénétique et turbinée, imposée par une batterie qui jamais ne lâchera l’affaire et que donc faire du beau et du gracieux n’est guère le propos d’un groupe qui a décidé que sur scène rien ne pouvait décidément l’arrêter.
Ainsi lorsque le guitariste pète une corde (la deuxième en partant du bas, le si), il décide de ne pas la changer et de réaccorder autrement sa guitare pour pouvoir poursuivre le concert immédiatement. Immédiatement cela signifie que le set d’Electric Electric n’est qu’une suite de hits qui se télescopent, tous plus affolant les uns que les autres. Des hits il y en avait déjà plein sur Sad Cities Handclappers - comme ce terrible Hydraviolet que le groupe a joué en début de set - mais sur scène l’intégralité de l’album se transforme en grosse machine à danser et à broyer les hésitations, même un titre plutôt bruitiste tel que Electric Electric! est imparable, la faute à cette maudite batterie (je me répète), tenace et explosive. Le concert se termine sur un plan tribal avec les trois membres du groupe qui martèlent en rythme et malgré toute l’insistance d’un public très remonté Electric Electric ne jouera pas de rappel - cette fois ci le batteur semble quand même être au bout du rouleau et il est temps pour moi de remplacer (avantageusement) mon partenaire de crime qui ce soir m’a fait honteusement défaut. Les absents ont vraiment eu tort… à la tienne, mec.

vendredi 30 octobre 2009

Soirée doom et végétarisme / les oreilles en chou-fleur























En attendant que le compte-rendu sur le concert d’Electric Electric et de Keiko Tsuda hier au soir au Sonic sorte tout seul on peut d’ores et déjà en remettre une couche mais cette fois ci dans l’anti festif et le sacrifice de biquettes noires avec les maîtres bayonnais et incontestés du mega doom mondial, j’ai nommé les insurpassables Monarch!.
Pour chauffer la salle du Grrrnd Gerland toujours un peu frisquette à cette saison et pour échauffer les esprits, c’est Carne qui servira de hors d’œuvre, pour amateurs de végétaux et de sludge uniquement. Enfin, afin de s’assurer que tout le monde ressortira complètement sourd de là, Gallagher assurera l’intermède. Une soirée proposée par l’amicale des gens qui n’ont plus rien à perdre (et surtout pas l’audition).