mercredi 7 mars 2012

Accordion Crimes / Songs To Drive Wives Away





Elle est amusante l’histoire de Cash Cow Productions : le label a commencé à publier des disques – uniquement des singles – en 1993 avant de brutalement arrêter toute activité en 1995. Puis le label a redémarré en 2009, sans que l’on sache trop pourquoi ni trop comment. En 2010 Cash Cow a ainsi publié un split réunissant Lion Sized et Accordion Crimes. De ce 7’ on a surtout retenu l’excellence noise d’Academy, le titre proposé par les seconds, une petite bombe aux effets toujours aussi évidents aujourd’hui.
Je n’ai jamais bien saisi toute l’ironie peut être contenue dans le nom d’Accordion Crimes – tout comme je ne comprends pas en quoi jouer de l’accordéon pourrait être considérer comme un crime – mais j’attendais la suite avec une certaine impatience et la suite c’est un LP du nom de Songs To Drive Wives Away, toujours publié chez Cash Cow. Un tout petit album (7 titres) pour une toute petite durée (25 minutes) mais on peut se consoler de deux façons : premièrement en se disant que le hit Academy n’a pas été remis sur le LP, il reste donc un inédit, ce qui rassurera et contentera tous les hipsters matérialistes et monomaniaque du vinyle ; deuxièmement Songs To Drive Wives Away est un excellent disque.
Abordons tout de suite la problématique de l’étiquette, du genre (ou je ne sais quoi) ainsi que celle de l’originalité. Au verso du disque il est écrit mastered by Bob Weston at Chicago Mastering Service et bien qu’Accordion Crime soit originaire de Denver, on peut déjà avoir une idée du style opéré par ces garçons. Il ne reste alors plus qu’un seul point à élucider : Accordion Crimes est-il plutôt Jesus Lizard ou plutôt Shellac ? Dans un premier temps on est à raison tenté de dire Shellac : Extractor vous tire effectivement de votre torpeur mais c’est surtout le très court et nerveux Tilt-A-Wheel puis Stray et Ouray qui rappelleront au monde entier combien Steve Albini a pu être un musicien inspiré et talentueux mais pourquoi les élèves ont depuis longtemps dépassé le maître.
En début de seconde face Forecast tente de tromper un peu son monde grâce à l’adjonction d’une intro au violoncelle (on entend également grincer les sièges des deux violoncellistes, un détail qui accentue tout le charme de la chose). Cette intro ne dure pas longtemps – comprendre : la noise shellac-quienne reprend rapidement ses droits – mais cela suffit amplement à mettre la puce à l’oreille. Et comme pour en remettre une couche Forecast se termine presque comme il avait débuté, par une nouvelle partie de violoncelle.
Et en effet cette face B est nettement plus calme et dévale la pente douce d’un post rock cette fois-ci d’inspiration slintienne et plus mélancolique. Pour les amateurs du genre le lien Shellac/Slint est souvent évident et on y trouve à la croisée des groupes tels que Rodan auquel Accordion Crimes peut également faire penser mais surgit également le fantôme d’A Minor Forest (deux albums quasiment incontournables et quelques brouettes bien remplies de singles). Super Soft Knife est une ballade magnifique de retenue et dont l’étirement en longueur provoque une douce sensation de torpeur… sauf que Super Soft Knife se termine sur une belle démonstration d’éclat. Speaker, placé en toute fin de disque, est bien le meilleur titre de Songs To Drive Wives Away avec ses couplets parlés/narratifs à la Brian McMahan et cette tension qui monte avec en arrière plan comme un petit goût doux-amer.
Alors on récapitule : Shellac, Slint, Rodan (mais pas beaucoup) et A Minor Forest. Donc pourquoi aimer ce disque ? Pourquoi aimer un LP qui reprend ce qui a déjà été fait ? La réponse est tout simplement dans l’écoute de celui-ci : elle vous enveloppe cette écoute, la musique vous parle au creux de l’oreille et si Accordion Crimes ne fait pas avancer la cause – perdue d’avance – de la musique du futur, au moins le groupe transpire la sincérité et ne s’embourbe pas dans la prétention d’une création « nouvelle » forcément trompeuse. L’évolution musicale c’est du passé (pour l’instant ?). Le reconnaitre n’empêche pas d’apprécier des groupes comme Accordion Crimes qui mettent toute leur âme dans ce qu’ils font. Sans musique la vie serait une erreur comme disait l’autre, on peut rajouter que faire de la musique ou en écouter avec son cœur et son ventre c’est vivre, précisément. Après tout est question de goût et de résonnance personnelle avec la musique en question. Ecoutez, toujours.

mardi 6 mars 2012

Report : Cult Of Occult - la malédiction de Karcavul


Cette histoire a commencé on ne peut plus simplement avec une voix surgissant de nulle part derrière moi et qui me demandait : hey tu fais quoi demain ? Voilà, j’étais devant le bar des Capucins, tranquillement en train de fumer une cigarette, de boire une bière et de raconter quelques conneries entre le concert bien torride de Tentaculos et celui non moins foutraque de La Pince et je ne pensais certainement pas à ce que j’allais faire dès le lendemain… Demain ? Demain je dors ou alors je profite d’une soirée en famille, je regarde Runaway Train en mangeant une pizza pleine de gras, j’écoute de la musique, je lis un bouquin, enfin je ne sais pas encore vraiment. Une main s’est jointe à la voix pour me tendre un flyer – ne déconne pas j’en ai tiré que 16, je n’ai pas eu le temps d’en faire plus, tu as de la chance, demain on joue avec Cult Of Occult, c’est dans un nouvel endroit. Alors tu viendras ?
J’avais un peu oublié ce concert de Cult Of Occult ou plutôt j’avais lâchement décidé de faire sans lui malgré tout le bien que je pense du groupe. La voix et la main ont insisté. Je redemande comment s’appelle l’autre groupe – le nom c’est Karcavul (oh putain…) – et je promets que le lendemain je serai à l’Hellektricity pour un concert qui, je ne le sais pas encore, va se révéler totalement improbable. Mais il faut assumer quand on prend les mauvaises décisions. Pourtant j’ai toujours cru que c’était une bonne nouvelle lorsqu’un nouveau lieu de concerts ouvre ses portes.



L’Hellektricity a donc ouvert la veille et se trouve complètement perdu quelque part dans Villeurbanne, dans le triangle maléfique constitué par le campus universitaire, le quartier du Tonkin et les voix ferrées qui remontent sur Paris. Un endroit où il n’y a rien si ce n’est des vieilles usines désaffectées, des bâtiments murés qui font de l’œil aux promoteurs immobiliers et un commissariat central à cinq minutes à peine.
L’immeuble dans lequel se trouve l’Hellektricity semble lui encore occupé par des entreprises et autres activités économiques. La salle de concerts proprement dite se trouve tout en haut, au dernier étage et sous une verrière. Les amateurs de vieilles pierres, de structures métalliques et de friches industrielles peuvent apprécier cet endroit qui ressemble à un squat qui se donne des airs.
La personne qui a monté le projet tenait auparavant un magasin de disques du côté du quartier Perrache, une tête croisée régulièrement bien que très rarement depuis de très nombreuses années, un vrai goth dark de chez dark, complètement dans son monde à lui. Lorsqu’on lui pose la question il assure que tout va bien se passer, que ça fait un an qu’il bosse sur le projet, qu’il a amélioré l’insonorisation du lieu mais je regarde en direction du plafond et sans trop y croire la verrière à peine protégée par des grands bouts de tissus renforcés par du carton.




C’est justement le groupe du patron qui commence la soirée. Je me rappelle qu’il y a des années il m’avait donné une cassette de son projet pour que je la diffuse lors d’une émission de radio. Je ne l’avais pas fait tout comme je n’assiste pas vraiment au concert de ce soir, le trip mystico-ambient-ésotérique m’ayant toujours insupporté. Par contre j’en profite pour écumer les bacs de disques installés dans la pièce à côté, des bacs qui souvent renferment des LPs que je n’ai pas croisés depuis plus de vingt ans et ce voyage à rebours dans le temps se révèle plutôt agréable. Il y a aussi quelques fringues assez improbables en vente dans un coin.
Pour des raisons que je ne comprendrai jamais c’est Cult Of Occult qui joue ensuite. Les quatre s’installent dans la pénombre, capuches sur la tête et entourés par deux masses d’amplis. Je remarque pour la première fois la déco placée devant la scène – en fait de scène il s’agit d’une large plateforme un rien bancale conçue avec des palettes de chantier et recouverte de tapis –, une déco qui tente de donner un arrière-goût morbide : des vieilles radiographies éclairées par derrière par des lumières de couleurs, comme au bon vieux temps.
Cult Of Occult joue vraiment très fort avec ce mélange assez curieux d’aplomb et de dédain supérieur qui passe très bien parce que la musique du groupe est violente et que le volume sonore vous scotche sur place. Le chanteur en fait quelques tonnes, le bassiste également et seul le guitariste reste en retrait, dans la pénombre et concentré sur son jeu.




Cult Of Occult joue son troisième titre et là je commence à vraiment bien rentrer dans le concert, à apprécier les vibrations qui m’assaillent de toutes parts. Sauf que le son et la lumière sautent brutalement. Un voisin a sûrement du téléphoner au commissariat d’à côté car il y a deux voitures de flics en bas. Je regarde une nouvelle fois cette verrière qui doit terriblement vibrer et amplifier plus qu’autre chose le son à l’extérieur.
Le concert de Cult Of Occult se termine ainsi prématurément, je ressens une grande frustration mais me console en achetant au groupe un exemplaire de son premier disque – par rapport à la démo/EP mis en ligne il y a un titre en plus, cela mériterait presque une nouvelle chronique. Pour l’instant la version CD de ce disque est disponible bien sûr auprès du groupe mais aussi chez Dethroned Productions via Throne records. Une version vinyle est prévue pour le mois de juin.

Les Cult Of Occult démontent leur matériel. Renseignements pris le maître des lieux estime que le concert peut malgré tout continuer : les deux autres groupes initialement prévus vont en théorie jouer beaucoup moins fort. Comme je tiens à voir et entendre Karcavul (non mais franchement les gars, ce nom, c’est une private joke ou alors un personnage de jeu de rôle, non ?) parce que c’est toujours intéressant de découvrir le groupe de personnes sympathiques dont on a fait la connaissance lors de quelques concerts et en tant que public, je reste sur place mais je dois me taper auparavant le troisième groupe, une sorte de rock calibré FM et d’une propreté indécente. C’est au moment où le guitariste/chanteur est en plein trip au beau milieu d’un solo de guitare abominable que les flics reviennent pour la deuxième fois – le son et les lumières sont à nouveau coupés. Le même voisin a du retéléphoner au commissariat. Ou un autre, qu’importe après tout.
Même si je regrette la stupidité des gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux, cette fin de soirée en sucette était malgré tout à prévoir : l’Hellektricity n’est pas un lieu propice à l’organisation de concerts ni pour faire du bruit. Et je ne suis pas certain que l’endroit puisse exister encore très longtemps. Logiquement toute la suite a été annulée et ce n’est donc pas encore cette fois que j’ai pu voir et entendre un concert de Karcavul. Un peu comme une malédiction.

lundi 5 mars 2012

Report : Gameboy Physical Destruction + Tentaculos + La Pince aux Capucins - 02/03/2012




Lyon, ville bénie des dieux de la musique. Jugez plutôt : Grrrnd Zero a toujours du mal à entrevoir ne serait-ce que le début d’un commencement de solution concernant son éventuel relogement et la pérennisation de ses activités – le plus beau dans tout ça est que le festival des Nuits Socialistes Sonores va investir pour son édition 2012 (et 2013 ?) les hangars juste à côté de Grrrnd Zero et ce à grands frais, avec un niveau de financement qui aurait sûrement permis au collectif de vivre décemment pendant toute la prochaine décennie ; de son côté le Sonic a des problèmes avec les commissions de sécurité et la classification de la péniche que l’abrite : du coup l’autorisation de fermeture tardive du lieu est tombée à l’eau, les soirées lucratives du week-end également et ainsi le modèle économique du Sonic (financer des concerts pointus avec l’argent des soirées) est lui aussi remis en cause.
Il est donc à craindre que d’ici la fin de l’année 2012 il n’y ait plus à Lyon intramuros de salles capables d’accueillir dans de bonnes conditions des concerts de musiques undergrounds et parallèles – dans de bonnes conditions cela veut dire des salles avec une jauge respectable, un système de sonorisation qui ne ressemble pas à une poubelle et surtout avec un prix des places n’excédant pas la capacité de financement du crevard moyen.

Il reste donc la solution des bars et de leurs caves. Quand ceux-ci ne ferment pas à leur tour, suite à des bagarres et des problèmes de voisinage : il y a une semaine de cela le festival de La Jeunesse de la Honte organisé au Tostaki en soutien à S’Etant Chaussée a été partiellement annulé parce qu’une poignée de crétins se sont pris pour des tough guys et ont transformé la soirée en baston générale avec à la clef descente de police et fermeture du bar, privant le public lyonnais de l’une des caves les plus agréables et spacieuses pour y organiser des petits concerts D.I.Y.




Ce vendredi c’est dans une autre cave, celle du bar des Capucins, une cave certes un peu trop petite mais toujours hospitalière, qu’Active Disorder a organisé une fois de plus un concert alléchant. A l’affiche Gameboy Physical Destruction, Tentaculos et La Pince, c'est-à-dire que des groupes qui auraient largement mérité de jouer dans de meilleures conditions et devant un public un peu plus nombreux. Précisément le genre de concerts qui pendant quelques années ont fait les beaux jours de Grrrnd Zero et où le public se rendait, attiré par la curiosité et la « franchise » Grrrnd Zero.
De Gameboy Physical Destruction je ne saurais dire grand-chose, étant guère friand du punk metal bontempi du duo lyonnais. Il y a parfois quelque chose de Binaire et d’Unlogistic chez ces garçons mais avec un côté alterno (dans le mauvais sens du terme) encore plus poussé. Je vois pour la première fois le groupe jouer sans ses masques de catcheurs et le guitariste/chanteur est plutôt mignon mais je préfère remonter à l’air libre non sans avoir quelques difficultés pour traverser une horde de gamins de quinze ans bloqués devant le groupe et qui par contre s’en donnent à cœur joie. Roulez jeunesse.




Mais je redescends dès que Tentaculos commence à s’installer. Je repère vite fait le guitariste (anciennement dans Monosourcil et amateur de kebab, si mes souvenirs sont exacts) parce que j’ai un message personnel à lui transmettre – cela me met dans une position assez inconfortable, inédite mais amusante : parler directement à un membre d’un groupe, moi qui suis pourtant d’une timidité maladive.
Tentaculos c’est donc quatre garçons : un chanteur torse nu, un guitariste barbu, un bassiste vraiment très grand et un batteur avec des rouflaquettes, une preuve essentielle et incontournable de bon goût s’il en est. Le groupe est résolument et immédiatement fou-furieux – avec un chanteur doté d’une voix rocailleuse et qui ne se retient surtout pas – alors je tombe immédiatement amoureux de ce groupe et de son noise punk à l’arrachée. La chaleur monte inexorablement dans la cave des Capucins, la bande des gamins de quinze ans est toujours là, je fais un peu mon vieux con en ricanant parce que l’un d’entre eux arbore un t-shirt Motörhead mais je me ravise parce qu’au même âge je faisais aussi pareil.
De temps à autre Tentaculos s’arrête de jouer, balance un sample ayant quelque chose à voir avec un capitaine de navire/explorateur français et réactionnaire, défenseur de la mer et des océans (allez, je vous aide un peu : il portait un bonnet de marin rouge) ou alors le groupe – batteur compris – se met carrément à danser parodiquement et ridiculement sur une musique qui n’a rien à voir. Il y a de la grosse déconne dans l’air mais aussi une bonne dose de hargne qui font du bien. Après le concert je récupérerai Vampirotheutis, le premier LP du groupe – un disque dont les Tentaculos viennent juste de recevoir leurs propres exemplaires alors qu’ils sont en toute fin de tournée, histoire banale des délais à rallonge avec les usines de pressage. Cela leur prend un certain temps pour en assembler quelques exemplaires parce que le disque est encore en pièces détachées (pochette d’un côté, insert et disque d’un autre) et lorsque je remarque des LP de Dolom qui trainent dans un sac j’apprends par là même que dans Tentaculos il y a trois anciens membres de ce groupe désormais défunt… ce qui m’étonne et me ravit à la fois, le post rock bizarroïde de Dolom n’ayant pas grand-chose à voir avec le punk tordu de Tentaculos. Merci pour ce concert.




C’était surtout pour La Pince que j’étais venu ce soir, la démo sans titre du groupe ayant fini par bien m’accrocher l’oreille. La Pince a le même line-up que Tentaculos (chant, guitare, basse et batterie) mais les premiers revisitent plutôt les territoires skingraftien et acides de la noise contemporaine. Si sur disque on avait pensé plus d’une fois à l’école Arab On Radar/Chinese Stars (surtout les seconds), cela devient carrément évident en concert sans pour autant se révéler gênant : un concert de rock’n’roll en général et de noise en particulier c’est fait pour tout exploser, les aiguilles bloquées dans le rouge et à ce niveau là La Pince n’a de leçon à recevoir de personne.
Les quatre membres du groupe portent la même chemise rouge et distillent donc une noise groovy et vicieuse qui donne envie de frétiller comme une anguille hameçonnée dans un caleçon devenu trop étroit. Le chanteur joue la confrontation guillerette en se plaçant avec son pied de micro très en avant, souvent carrément au milieu du public et de la bande des gamins qui sont toujours là – visiblement ils étaient déjà venus lors du premier passage de La Pince en septembre dernier et ils sont très fans du groupe.
L’ambiance est encore plus torride, le sol de la cave dégouline de transpiration et de bière et malgré quelques problèmes techniques – résultat des courses à la fin du concert : deux têtes d’ampli de grillées, argh ! – La Pince a tenu tout le monde en haleine dans un grand élan de foutraquerie et de bordel généralisé. Donc rien de tel qu’une bonne Pince pour vous arracher un sourire idiot de contentement post-concert.

[et voilà quand même l'un des flyers les plus chouettes que j'ai vus depuis bien longtemps – clic donc dessus pour l'admirer un petit peu]

dimanche 4 mars 2012

Y es-tu ? Que fais-tu ?






C’est dimanche et on s’emmerde.

Alors on écoute les nouveaux enregistrements de Loup mis en ligne sur le web label Audition records. Cela s’appelle The Opening et bénéficiera d’une sortie physique sur Gaffer records au mois de juin prochain. Que la photo de la « pochette » de cet enregistrement soit signée (ahem) Hazam Modoff ne signifie absolument pas que j’ai un quelconque intérêt dans cette parution (ce qui ne m’empêche pas d’être très content).

Et pendant que l’on y est et puisqu’il n’y a vraiment rien à faire aujourd’hui, autant aller également faire un petit tour dans le catalogue très fourni d’Audition records : on remarque entre autres un Live Archives 2000 - 2005 des suisses de Monno ainsi que des enregistrements du collectif lyonnais d’improvisation H.A.K., du batteur Paul Hession ou de Mat Pogo (que l’on connait pour son duo Pokemachine en compagnie d’Anders Hana de MoHa!).

De quoi passer une belle journée à découvrir des musiques que l’on ne connait pas ou alors très mal. Profitez-en bien.

vendredi 2 mars 2012

Jean-Luc Guionnet - Seijiro Murayama / Window Dressing




Seijiro Murayama est un subtil percussionniste japonais désormais confortablement installé – on ose l’espérer – en France depuis de nombreuses années et il a publié au cours de l’année 2011 deux enregistrements magnifiques et essentiels sur le label Potlatch dédié aux musiques improvisées et bien connu des amateurs du genre. Voici l’un de ces deux disques, Window Dressing, en duo avec l’altiste Jean-Luc Guionnet (encore tout récemment évoqué ici à propos de l’album Bird Dies de The Ames Room). Il ne faut absolument pas se fier à la photographie, d’ailleurs signée Jean-Luc Guionnet, servant d’illustration à ce disque délicat et exigent : si on pense y découvrir une scène de lutte assez âpre entre deux hommes, au contraire les quatre pièces de Window Dressing éradiquent d’emblée toute idée de violence physique voire même de confrontation. Le silence ou plutôt les silences sont placés au cœur d’un disque dont l’écoute ne nécessite qu’un seul petit effort, celui du recueillement.
Ainsi on n’entend que très rarement des notes sur Window Dressing, tout au plus y découvre-t-on des sons et encore ceux-ci sont loin de faire l’objet d’une quelconque construction apparente ou d’un réel agencement formel. Car tout se passe à l’échelle du ténu (et non pas tenu), du presque émis et donc de l’évènement imperceptiblement palpable et de la surprise lorsqu’un son ou une suite de sons dépassent la ligne de crête observée par tous les autres. Musique de l’effacement, de petits bruits et surtout musique abstraite, les dialogues micro-bruitistes de Jean-Luc Guionnet et de Seijiro Murayama ressemblent à ces vieilles maisons qui grincent sous le poids des ans, ces canalisations qui fuient, ces cornes de brume estompées par le brouillard d’un port baltique, ces toupies qui s’échouent sur le froid du carrelage, ces grincements de mécaniques invisibles mais omniprésentes ou ces bruits de pas qui s’effacent sur du gravier : une musique très urbaine car on aurait du mal à y retrouver une quelconque trace tangible de la nature terrestre mais en même temps une musique qui ne recourt pas prioritairement à l’électricité.
Sans directement évoquer quoi que ce soit de la nature en tant que telle, les quatre pièces de Window Dressing ont par contre un mode d’expression des plus naturels car les mécaniques détraquées mises en scène ici ne le sont que de manière impromptue, éphémère et accidentelle, des bribes de dialogues entre deux musiciens, comme si ceux-ci étaient plongé chacun de leur côté dans leurs propres pensées à propos d’un sujet commun et que, à chaque fois que leurs pensées se rejoindraient malgré eux, il en résultait cette force d’attraction ou ce cliquetis magnétique, en clair ce son ou ces sons que nous les auditeurs entendons, en dehors de toute signification rationnelle et préméditée. Window Dressing a ainsi tout de la rêverie.
La première pièce de Window Dressing est aussi la plus longue et a été enregistré pour une émission de radio slovène. Les trois suivantes ont été captées par Eric La Casa à l’aide d’un micro stéréo placé sur une perche : un enregistrement mobile et donc dynamique, jouant considérablement sur les sons. La dernière pièce ferait ainsi presque figure de musique électroacoustique tant les sons captés et donc diffusés semblent encore plus détachés des sources instrumentales qui les ont produits. On se plairait à assister à un concert déambulatoire du duo Seijiro Murayama - Jean-Luc Guionnet, avec les deux musiciens évoluant selon leurs désirs entre les personnes du public, tout doucement, leurs effleurements et leurs mouvements perturbants d’autant leur musique. Une vue de l’esprit, assurément.

jeudi 1 mars 2012

La Pince / Self titled





Cela fait plusieurs semaines – plusieurs mois ? – que ce disque traîne sur l’une des étagères à bordel/étal de boucher dans les bureaux high-tech de 666rpm. Un hasard tout ce qu’il y a de plus malencontreux a permis à cet enregistrement sans titre de La Pince de refaire surface (mais on y reviendra juste après parce que le hasard, c’est comme dieu ou l’honnêteté en politique, ça n’existe pas).
Il ne paye vraiment pas de mine ce CDr, mais j’aime bien sa pochette fabriquée avec je ne sais quel revêtement mural amianté et arraché de la déco ringarde d’une cafétéria de centre commercial, un bout de plastique recousu à la machine et repeint au pochoir dégueulasse. Devant uniquement le nom de groupe, LA PINCE, et derrière ce merveilleux outil dont se servent les tortionnaires avisés du monde entier pour arracher des aveux à des pauvres menteurs forcément coupables. Un symbole universel donc de l’état avancé et supérieur de nos civilisations dites développées.
A l’intérieur on trouve une photocopie avec des jolis croquis montrant des pinces à linge présentées dans toutes les positions dont la ménagère lambda rêve la nuit – précisons qu’une pince à linge est tout de même nettement moins pratique et efficace qu’une pince monseigneur pour faire obéir son épouse et lui faire recouvrer le chemin du bon sens et de la religion – mais par contre on ne trouve sur cette photocopie aucune indication quant à l’origine géographique de La Pince. Personnellement j’hésite entre l’est de la France et la Belgique, allez savoir pourquoi mais je n’ai pas osé aller le demander au groupe.




Le disque en lui-même ne comporte que huit titres (17 minutes de musique, c'est la dure loi des restrictions budgétaires propres au D.I.Y.) d’un punk très catchy et très noisy. On peut regretter que la voix soit autant mise en avant mais cette voix, très appuyée et aigue, a l’air de raconter trop de drôles de trucs, avec une façon de faire que pour résumer et pour faire très (très) vite on placerait volontiers entre l’arrogance d’un Jello Biafra encore très jeune et les éructations d’un Eric Paul (Arab On Radar/Chinese Stars/Doomsday Student) pas encore ventripotent.
Mais il n’y a vraiment pas d’hystérie trop radicalement foudroyante et encore moins de hardcore ici, plutôt une nervosité assez posée, chaotique certes mais jamais jusqu’à l’absurde ni l’illisibilité : le punk noise de La Pince est avant tout servi par de grosses lignes de basse et une batterie concassée sur lesquelles chant déraisonné et guitare acide viennent se greffer. Du bon petit boulot. Et je suis sûr que ces jeunes gens de La Pince sont finalement tout ce qu’il y a de plus fréquentables – à oui, tiens, j’allais oublier de placer dans cette chronique haut de gamme mon jeu de mot favori du jour : j’en pince déjà pour eux (merci de rire mais uniquement lorsqu’on vous le demande).



Ce disque a été entièrement réalisé et assemblé à la main (la supériorité notoire du D.I.Y. sur toutes les autres formes de production musicale) à seulement 157 exemplaires.
Le groupe est actuellement de retour d’une triomphale tournée européenne en compagnie des excellents Tentaculos. Ils s’arrêteront pour une date lyonnaise – le voilà donc ce fameux hasard ! – ce vendredi 2 mars au bar des Capucins, en bas des pentes de la Croix Rousse et juste à côté de l’Eglise de Scientologie, un chouette endroit donc. Ce même soir il y aura également Gameboy Physical Destruction au programme (clic sur l’image si tu veux tout savoir).