samedi 13 mars 2010

Hey! Tonal, ce soir !























Après le très attendu et réussi concert de Skull Defekts et de Sheik Anorak de ce début de semaine au Sonic, voici le non moins attendu concert de Hey! Tonal ce soir au Grrrnd Zero de Gerland. La curiosité est réellement de mise : il y a Mitch Cheney (de Rumah Sakit et, sur la fin, de Sweep The Leg Johnny) qui joue dans ce groupe en compagnie de quatre autres gugusses qui ne sont pas là pour faire de la figuration. Le seul et unique album de Hey! Tonal paru à ce jour était l’une des anomalies majeures de l’année 2009 et je ne doute pas que ce concert peut remplir toutes ses promesses.

Des promesses, encore des promesses, toujours des promesses, d’autant plus qu’Ulrike Meinhof sera de la partie et que ce sera également le grand retour des pieds tordus d’Hallux Valgus (avec un nouveau disque dans les bagages du duo, on en reparle bientôt). En guise d’info de dernière minute j’apprends également que les Montpelliérains de Dure Mère ont été ajoutés au programme. See you there.

vendredi 12 mars 2010

Marvin / Hangover The Top


Chère Emilie, cher Fred, cher Greg, mes très chers Marvin. Cela fait presque trois ans maintenant que nous sommes plutôt bons amis* – du moins nous sommes amis* sur myspace, c’est déjà pas mal comme début, non ? – mais je vais quand même m’autoriser à parler de votre deuxième album, Hangover The Top, qui sortira bientôt sur Africantape, l’excellent label d’un de nos amis* communs rencontré sur facebook. Oui, j’en ai des sanglots d’émotion dans la voix, j’ai les doigts qui fourmillent de plaisir sur le clavier de mon ordi, j’en trique poutralement à m’en déformer le falzar et je me moque éperdument des critiques acerbes et jalouses qui m’accuseront de complaisance à votre égard. Mais moi aussi je vous aime*. Il n’y a aucune raison pour que je ne fasse pas profiter la terre entière de mon enthousiasme pour votre musique.
Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Il était pas mal ce premier album autoproduit et enregistré à l’arrache – pas comme le nouveau, dûment emballé par votre ami* Miguel Constantino dans son magnifique studio à St Cadou – mais il souffrait de trop de baisses de régime, sur la fin notamment. Donner des concerts formidables d’intensité et de bonne humeur, toujours faire monter la pression d’un cran supplémentaire alors que tout le monde est déjà sidéré, écrire des hits qui arrachent, ça vous savez parfaitement le faire, avec classe et précision oserais-je même affirmer, mais (si je puis me permettre cette petite critique mes amis*) il vous manquait tout de même un enregistrement cohérent, ambitieux et porteur. C’est désormais chose faite avec Hangover The Top, d’ores et déjà l’un des albums de l’année 2010, n’en déplaise à toutes celles et tous ceux qui ne vous aiment* pas.























Je ne reviendrai pas sur le magnifique artwork de ce disque. Et un rapide petit tour d’horizon des neuf titres de Hangover The Top sera le point final de cette déclaration d’amour*. Roquedur. Seuls les béotiens qui ne vous ont jamais vus en concert ignorent que vous repren(i)ez Immigrant Song de Led Zeppelin et que vous aimez* le hard rock. Ici les influences 70’s se mélangent parfaitement à celles des années 80 et 90, vous écrivez la musique du présent et vous entrez de pleins pieds dans l’avenir. Au 12. Un groove infernal, une cloche, un synthé qui bourdonne et une première leçon de six cordes : à quand un Guitar Hero spécial Marvin ? Dirty Taping. Le hit absolu et le grand retour du vocoder, votre marque de fabrique. Reste Bien Tranquille. Encore un titre avec une guitare explosive mes amis* ! Mélodicité, rapidité, efficacité, inventivité, c’est tout simplement parfait. Conan Le Bastard. Est-ce que le titre est un hommage ou un clin d’œil à vos amis* de Zëro qui reprennent le thème de Conan Le Barbare sur scène ? Excellent quoiqu’il en soit.
Good Radiations. Mélodie impeccable, crédo progressif mais pas trop, le retour du vocoder pour plaire aux amis* à nouveau en manque de kitchouneries et un break monstrueux pour conclure. Moustache 34. Je ne saurais dévoiler ici à qui fait référence le titre de cette composition mais s’il vous plait, la prochaine fois pensez aussi à vos amis* lyonnais, pourquoi pas un Moustache 69 (qui plus est sexuellement très explicite) pour le troisième album ? Fear. Un tourbillon neo prog aux accents chargés de suspense dangereux. Belle boule. Here Comes The Warm Jets. Pour finir, une reprise de Brian Eno (que je n’ai jamais aimé mais maintenant je me sens bien un peu obligé*). Un long morceau épique, emphatique et grandiose comme un chant de hooligans montpelliérains trop heureux de voir son équipe mettre une branlée historique à ces merdeux de l’Olympique Marseillais – le sport c’est l’effort commun, la solidarité, le bonheur partagé, la victoire pour tous, en un mot c’est l’amitié* des masses.
Voilà, je ne serai pas plus long sur Hangover The Top, un album qui tuera tous vos amis* comme tous vos ennemis mais pas pour les mêmes raisons. Je vous laisse mes amis*, vous souhaite tout plein de bonnes choses, plein d’articles et de chroniques dans tous les webzines du monde et pourquoi pas y compris dans la presse nationale et d’ailleurs. Je vous souhaite également une très bonne tournée, peut être aurai-je l’occasion de vous y croiser pour boire le verre de l’amitié*. Bisous !*

* au moins quinze entorses à la déontologie et à l’objectivité… c’est vrai quoi : à quoi servent les vrais amis si on ne peut pas compter sur eux ?

jeudi 11 mars 2010

Skull Defekts vs Cervikal Disorder























Deux semaines déjà que je reste à la maison, bloqué à rien foutre à cause de vertèbres cervicales récalcitrantes et donc deux semaines passées à bouquiner (entre autres choses deux livres édités par le Camion Blanc : le premier consacré à Cliff Burton, finalement nul alors que j’espérais le contraire, et le second au sujet de Slayer, un peu mieux), deux semaines à regarder des films stupides, à draguer sur internet, à me faire de nouveaux amis sur facebook, à twitter avec les mères de famille de l’école de mes filles, à mélanger de la bière avec des anti-inflammatoires, à me demander quel genre de job je pourrais bien faire pour justement ne rien faire moyennant une rémunération conséquemment confortable – les plaisirs de la vie moderne, le confort qui s’ignore, la merde au bout du chemin. Deux semaines à écouter de la musique.
Et je m’emmerde. Ce n’est absolument pas raisonnable mais je décide d’aller récupérer mon vélo momentanément archivé à la cave, d’enfiler une paire de gants bien chauds, de prendre mon appareil photo, d’ajuster autour de mon cou mon joli collier cervical de couleur bleu marine et d’aller au Sonic goûter un peu de musique en concert, assez curieux de ce que peuvent donner les suédois de Skull Defekts sur une scène. Pour ne rien gâcher c’est Sheik Anorak qui assure la première partie et par la même occasion son concert mensuel à Lyon – prochains rendez-vous : en trio avec Weasel Walter et Mario Rechtern le 14 avril et en première partie de Chevreuil le 11 juin.























Lorsque j’arrive je trouve que ça manque d’un van garé devant le Sonic… effectivement les suédois ont planté le leur à Milan où a eu lieu leur concert de la veille mais ils ont téléphoné en milieu d’après midi pour prévenir qu’ils en louaient un de dépannage et qu’ils seront donc très en retard. Ils débarquent aux alentours de 21 heures et expliquent qu’ils n’ont pris qu’une partie de leur matériel, que le reste est resté à Milan avec le van en carafe, qu’ils y retournent dès le lendemain pour récupérer leurs affaires et leur camion et continuer la tournée sur la date de Berlin le 11 mars en faisant donc sauter celle du 10 à Fribourg. Mais dites-moi les gars pourquoi n’être tout simplement pas restés tranquilles et peinards à Milan en attendant que votre van soit réparé ? Réponse : ben on tenait absolument à jouer au Sonic (sic).
Il y a déjà un public conséquent lorsque Sheik Anorak commence à jouer. Inutile de redire tout le bien que je pense de ce garçon et de sa musique. Je suis juste complètement frustré de rester planté devant la scène en essayant de ne pas trop bouger et trouvant que ce collier cervical me tient décidemment beaucoup trop chaud et m’empêche de trop bouger. Bien que désormais familier du répertoire de Sheik Anorak je préfère rester sagement en dehors du concert alors qu’autour de moi j’en vois qui s’agitent de plaisir. Les tubes de l’album Day 01 sont passés en revue et c’est surtout le morceau titre qui arrive enfin à me tirer de mon inconfort physique présent. Sheik Anorak termine on set au bout d’une demi heure je me dirige vers le comptoir pour commander une bière alors que je sais pertinemment que cela m’est formellement interdit.























Place à Altar Of Flies. Au début je pensais que ce one man band était en fait le side project de l’un des membres de Skull Defekts (lesquels ne se gênent pas pour régulièrement publier des enregistrements pas très intéressants de drone bruitiste effectués en formation réduite) mais non, il s’agit bien d’une cinquième personne qui a installé son petit matériel sur une table. J’aime bien le nom du groupe ceci dit, sonnant comme une parodie de nom de groupe black/death ce qui pour un type venant de Suède est assez croustillant.
On annonçait quelque chose ressemblant à du harsh mais le début du set fait plutôt penser à une énième caricature de drone ambient – genre dont je suis pourtant client pour ne pas dire friand – mais fort heureusement le son s’intensifie rapidement et radicalement, virant effectivement au harsh. Ce n’est jamais toujours très passionnant de regarder un gugusse pousser des boutons mais notre homme fait bien mieux que ça : il a branché un micro contact sur une cymbale qu’il brandit à bout de bras et avec laquelle il se tape sur la tête. Effet granguignolesque garanti mais effet sonore garanti également.
Altar Of Flies a également cette intelligence de s’arrêter rapidement, ne jouant qu’une vingtaine de minutes. Il évite ainsi l’écœurement trop souvent engendré par les terroristes du feedback et reste au niveau d’une performance éphémère qui n’aurait pas tenu sur la durée. Tant mieux : mes vertèbres n’ont même pas eu le temps de crier leur souffrance face à toutes ses mauvaises vibrations. Du coup Altar Of Flies s’avère être une bonne surprise et ce n’est finalement pas très étonnant si le nouveau disque de ce garçon est publié par le label Release The Bats, plutôt de qualité dans le genre.

















 Je m’affale sur une baquette comme un vieux pépère et je compte qu’il doit y avoir entre soixante et soixante dix personnes qui se sont déplacées ce soir. Les Skull Defekts mettent un certain temps à s’installer vu qu’ils sont arrivés très en retard et il leur manque donc une partie de leur installation – des congas en particulier, c’est dommage – mais on peut remarquer quelques trucs amusant comme les deux gros bidons de plastiques bardés d’autocollants (Ideal Recordings, entre autres) et servant de percussions au musicien le plus discret des quatre et qui s’occupera également de la bidouille. Le reste du line-up se compose d’un guitariste/chanteur chauve et barbu dont la tête me dit complètement quelque chose, d’un batteur très élégant (tous les membres de Skull Defekts sont fringués comme des boss, tout de noir vêtus et avec des pompes à bouts pointus) et d’un deuxième guitariste/chanteur également chargé d’un peu de bidouille et surtout chargé de faire rire avec des blagues à la con mais particulièrement drôles il est vrai.
Je ne m’en rappellerai qu’après le concert mais le guitariste de gauche, celui dont la tête me disait fortement quelque chose, est un ancien Kid Commando, un groupe croisé en concert aux alentours du début du nouveau millénaire et dont j’ai du coup ressorti l’album Holy Kid Commando (mais je n’ai pas ce foutu split single avec Arab On Radar, pressé par Ideal Recordings justement, pour la tournée commune des deux groupes). Et bien sur ce disque le son de guitare est reconnaissable entre mille, c’est aussi celui d’une des deux guitares de Skull Defekts. Pour l’instant le groupe attend dans le noir puis allume deux grosses lampes, signe que les choses sérieuses vont pouvoir commencer.























Le deuxième album rock’n’roll de Skull Defekts, le trop long et trop dispersé The Temple, avait finalement terminé sa course dans le décor, passant à la trappe au moment des bilans comptables et statistiques de fin d’année, victime de compositions ralentissant considérablement son rythme sans apporter grand-chose en compensation. Sur scène c’est autre chose, les Skull Defekts jouant volontairement avec des pauses grotesques de guitar hero alors que la musique du groupe est aride, sèche, très rythmique – le son qui claque du guitariste de gauche – et même lorsque l’autre guitariste se lance dans un solo de guitare halluciné on reste à la fois dans l’outrage et dans l’anti démonstration : il joue tour à tour aigrelet et même complètement faux, un peu comme si Jerry Garcia (mauvais exemple) se servait d’une guitare jouet piquée à Eugène Chadbourne, mais fort heureusement il ne joue jamais trop longtemps (qu’est ce que je disais déjà à propos de l’exemple de Jerry Garcia ?).
Le post punk de Skull Defekts reste éminemment tribal et dansant et pas seulement parce qu’il y a deux batteurs/percussionnistes dans le groupe. Il y a franchement de quoi s’amuser à ce concert sauf que mes vertèbres sont encore et toujours là les salopes, j’aurais un agent de contrôle du politburo derrière mon épaule droite m’interdisant tout débordement et toute manifestation de bonheur ou même de simple contentement que ce serait pareil : mon enthousiasme reste scotché derrière ma nuque à grands coups de médocs et d’attèle. La poisse surtout que juste à côté de moi une furie s’agite dans tous les sens, je m’écarte pour ne pas me prendre un coup de boule.
Quelques variations interviennent notamment lorsque le percussionniste/bidouilleur s’empare de la guitare, laissant le barbu sans cheveu faire son show de rock star théâtral. Encore quelques blagues foireuses, des rires – merde ça me fait mal aussi lorsque je ris trop fort – et c’est l’heure pour les Skull Defekts de jouer un dernier titre en guise de rappel parce qu’ils en ont encore le temps. Plusieurs personnes dans le public réclament Six Sixes, l’un des meilleurs si ce n’est le meilleur titre de The Temple mais le groupe ne peut pas le jouer, sûrement à cause de son matériel manquant. Dommage, et ce sera le seul point noir d’un bon concert qui se terminera comme il avait commencé c'est-à-dire dans l'obscurité complète.

mardi 9 mars 2010

Binaire / Idole


Normalement, une fois que j’aurais énuméré tous les (très) importants détails techniques concernant ce troisième album de Binaire, cette chronique sera terminée, il ne me restera plus assez de place pour en dire tout le bien que j’en pense – quoi ? internet est extensible à volonté ? tu es sûr ? internet est immortel aussi, pendant que tu y es. Commençons par la liste de tous les labels/personnes qui ont contribué à la sortie de Idole : Cryptophyte Prod, Et Mon Cul C'est Du Tofu ?, Human Project, Les Disques De Plomb, LUT Prod, Stepping Razor et, le meilleur pour la fin, Rock'n' Roll Masturbation (mille pardons à ceux pour lesquels je n’ai pas réussi à trouver de lien vers un site ou une page).
L’illustration fait un peu peur, dans le sens où ce monolithe taillé par un Kubrick diamantaire et atterrissant au milieu d’éclairs foudroyants et surtout au milieu d’un désert urbain post industriel – c’est une raffinerie de pétrole ? – a un je ne sais quoi de 70’s, c’est peut être la couleur rose qui veut ça. Remarquez également au passage le lettrage de Binaire qui tendrait à reprendre la typographie d’Iron Maiden mais avec les angles franchement arrondis, comme si Steve Harris avait troqué ses boule-burnes à rayures contre des pattes d’éléphants avec broderies à fleurs. Mais on s’en fout parce qu’il n’y a toujours pas de bassiste dans Binaire. Cette illustration a été réalisée par le grand Dave2000 (là je fais mon intéressant parce que je n’en ai jamais entendu parler), un illustrateur qui semble graviter autour du Dernier Cri, lesquels on assuré la sérigraphie de la pochette – la sérigraphie c’est ce qui explique que la couleur varie quelque peu selon les exemplaires, le mien est franchement rose tyrien.
Ce qui varie aussi c’est le rouge du vinyle, il devait rester un peu de noir dans la machine à presse donc ça et là quelques marbrures apparaissent selon l’angle et la lumière sous lesquelles on regarde la galette. Celle-ci est accompagnée comme pour les deux premiers disques de Binaire (Filth Abhors et Bête Noire) d’un CD reprenant exactement le même tracklisting. Pour les pauvres, les radins, les chômeurs, les anti hadopistes, les curieux et les robots l’intégralité de Idole est téléchargeable gratuitement en format wav (s’il vous plait). Internet a aussi quelques avantages, même celui de toper gratos un disque dont les auteurs refusent qu’il soit vendu trop cher – pay no more than 10 euros.
Pour finir cette petite présentation technique, précisons que Nicolas Dick, un vieil ami marseillais de Binaire, c’est occupé de l’enregistrement, de la production et du mixage de Idole, qu’il joue un peu de guitare sur un des titres et chante sur deux autres. Benjamin d’Overmars (not dead) joue de la batterie sur Ketamine Bonne Mine et Oreillette Blue Tooth. Un batteur avec Binaire, je crois bien que c’est une grande première.























Ketamine Bonne Mine est très précisément le court et vindicatif titre d’ouverture de cet album, un album qui pourtant marque un certain changement dans la musique du duo – Banjo Frami à gauche, Fuzzy Scotch à droite, l’imagination des vieux punks n’a pas de limites –, changement que certains jugeraient à tort trop radical et qui focalise Binaire encore plus sur son côté sombre/urbain et tend également à lui faire ralentir le rythme de manière significative, la new wave c’est comme le gras du bide, ça vous prend à partir d’un certain âge et après il est impossible de s’en débarrasser. Il n’y a donc pas de cavalcade à la Kasque A Pointe sur Idole, ce qui n’empêche pas la paire de guitaristes/chanteurs de faire toujours preuve d’un esprit punk as fuck fortement apprécié. Et les occasions de faire le punk sont finalement assez nombreuses, en particulier dès que l’un ou l’autre ouvre grand sa gueule pour brailler dans un anglais approximatif – tellement approximatif que tous les titres des neuf ou dix compositions sont en français mais fort heureusement pour les anglofuges les paroles (en anglais, elles) sont imprimées dans un insert très à l’ancienne – et avec un accent qui ferait même hurler de rire le traducteur de feu Yasser Arrafat. Pour ma part je n’avais pas autant rigolé depuis l’énormissime Am I Siiiiiiiiiick/Am I Weaaaaaaaaaaaak de Condense, sur le premier mini album des lyonnais en 1994, que c’est bon de rajeunir un peu parfois.
Blague à part, le groove mécanique qui exhale de Idole est foutrement irrésistible, impossible de ne pas remuer ses grosses fesses et celles de l’amour de sa vie sur des titres tels que BTP (à la fin pourtant avortée, comme si Binaire refusait la facilité du bpm twisté) ou le tubesque Men In The Middle Attack (tiens un titre de morceau en anglais). La boite à rythmes et les machines font ici des merveilles mais n’empêchent pas Binaire de toujours rester un groupe de guitares. Des vraies guitares, humaines, et pas celles, échantillonnées, séquencées et compressées, qui font se ressembler tous les groupes cyberpunk à tendance gothindus.
Binaire est bien en dehors de toute standardisation des genres, à la limite de l’anomalie (et de l’animal) et la mixture au départ improbable à base de cyber alterno, machines à bordel, guitares en rut, ambiances dark et voix d’écorchés vif fait des étincelles. Le meilleur de Idole reste tous les titres – ils ne sont pas en majorité mais presque – que soulignent une froide colère et une intensité caverneuse sur fond de mid tempo. C’est dans ces moments là que Binaire est le plus convaincant, que le duo semble avoir trouvé une voie bien à lui – J’ai Des Maghrébins Parmi Mes Meilleurs Amis, Marche! – et donne le vertige en vous assénant une très saine claque dans la gueule. Pour les amateurs du Binaire old school il reste un ou deux moments plus assaisonnés au turbocompresseur (Oreillette Blue Tooth Part 2, Ketamine Bonne Mine) et c’est presque logiquement que ce disque se termine – et nous achève en même temps – sur un Palpitations De Tendons au refrain poutralement fédérateur, aussi fédérateur d’une bonne vieille raclure de Sham 69, c’est dire donc si les deux Binaire sont bien ce groupe punk et sauvage qu’ils ne prétendent même pas être. La sincérité et le naturel ça ne s’invente pas plus que cela se simule.

lundi 8 mars 2010

Circle X / Dijon '79























Allez, je me lance : ce Dijon ’79 – vous ne trouvez pas que ça ne fait pas très sérieux comme titre ? – est à ce jour le seul enregistrement en concert officiel de Circle X, groupe à la trajectoire aussi improbable que tordue. Fractal records a eu la bonne idée de récupérer ces bandes et d’y ajouter deux ou trois inédits studio mais plutôt dispensables datant de la seconde vie du groupe, bien longtemps après (1994). En tout huit titres tenant sans problème sur les deux faces d’un 25 centimètres. Les concerts de Circle X ne duraient pas longtemps, genre vingt minutes, courtes déflagrations et jets de pierres en guise de structures d’une musique ignorant les termes de compromis, de facilité, de confort et d’abandon. Deux guitares complexes et ultra saturées, pas de basse, une batterie plus bestiale et tribale tu meurs et un chant constamment dans le cri. Se prendre une telle performance au travers de la gueule en 1979 devait avoir quelque chose de foncièrement déstabilisant. Et devrait l’être toujours aujourd’hui tant la musique de Circle X dégage encore à la réécoute une pureté brute et aiguisée que l’on ne rencontre pas à tous les coins de rue. Il n’y a qu’à réécouter le violentissime Look At The People pour s’en convaincre totalement.
Les cinq titres en concert – enregistrés très précisément le 26 novembre 1979 en première partie de Marquis De Sade à l’université de Dijon dans un amphithéâtre rempli d’étudiants – sont comme autant de grincements désagréables et dérangeants. Le son de l’enregistrement est assez aléatoire mais suffisamment bon pour perpétuer cette éternelle question : que foutait Circle X à Dijon en 1979 ? Pourquoi le groupe n’était il pas resté à New-York (Circle X s’y était installé après avoir quitté sa ville natale de Louisville, Kentucky) alors que la no wave y faisait rage ? L’histoire est connue, c’est le manageur du groupe, le français Bernard Zekri qui repère les quatre Circle X lors d’un concert au CBGB et les embarque pour Dijon où il les héberge dans l’appartement au dessus de sa librairie militante appelée Les Doigts Dans La Tête. Pendant les neuf mois que durera le séjour français de Circle X le groupe enregistrera un 45 tours (qui va bientôt être réédité) ainsi que le désormais légendaire maxi quatre titres uniquement marqué d’un cercle traversé d’une croix – c’est ce maxi qui a été réédité en CD en 1996 par Jim O’Rourke et David Grubbs sur leur label Dexter’s Cigar et qui vient tout juste d’être à nouveau réédité mais en vinyle cette fois ci par un label allemand totalement inconnu, Insolito records (mais on en reparlera).
Dijon ’79 ne dissipe aucunement le mystère Circle X – on laisse volontairement de côté Machine et Sweet Song, les deux inédits de 1994 qui n’ont qu’un intérêt limité et n’ont à vrai dire pas grand-chose à faire là – mais bien au contraire il l’épaissit durablement, rendant le groupe plus fascinant encore. Rik Letendre (guitare) ne cherche aucunement à dissiper ce mystère dans l’interview transcrite dans le numéro 81 de Revue & Corrigée, se contentant d’être factuel : […] il y avait beaucoup de réverbération dans la salle et je me rappelle Tony demandant à l’ingénieur du son encore plus de réverbération. J’étais jeune et délirant à cette époque, probablement à cause de la fatigue. Ou bien refusant toute théorisation de ce qu’a été la musique de Circle X : Ce n’est pas qu’on se prenne pour plus sérieux que nous sommes. Mais en y regardant de plus près, les gens veulent catégoriser et canaliser la culture. Il y a cette idée qui ne s’effacera jamais comme cette habitude merdique de vouloir classer la culture par périodes en cartographiant les trajectoires. Historique et essentiel, pourtant c’est comme ça qu’on dit.

dimanche 7 mars 2010

Robert Hampson / Vectors





















Après Loop et après avoir brièvement servi de sideman à Justin Broadrick au sein de Godflesh, Robert Hampson a monté Main en compagnie de son petit camarade Scott Dawson (ex Loop également), un projet visant à désacraliser – je cite de mémoire – l’importance de la guitare dans la musique moderne, à briser son statut iconique, vaste programme il faut bien l’avouer. Dans les faits la musique de Main était aquatique, cotonneuse, à base de boucles de guitares empilées bien sûr mais aussi parfois de basses lancinantes (pouvant lui conférer ainsi un vague côté dub) et beaucoup plus rarement de voix. La musique de Main était surtout d’une rare beauté – je pense notamment à la série de maxis intitulés Hz compilés après coup (1996) sous la forme d’un double CD par le label Beggar’s Banquet – et bien en avance sur toute la vague de one man drone qui a sévi dans le monde moderne à partir du début des années 2000 (et qui sévit encore aujourd’hui) sans jamais atteindre le niveau de pureté et d’élégance de ces maîtres anglais de la musique minimaliste. Minimaliste cela ne veut pas dire grand-chose mais cela a toujours plus de signification que le terme fourre-tout d’expérimentale. En 1996 Scott Dawson a quitté Main, laissant Robert Hampson tout seul aux commandes, lequel a peu à peu donné une nouvelle orientation au projet : les guitares, même loopées, même pitchées, même traficotées dans tous les sens, ont peu à peu disparu, laissant de plus en plus leur place aux fields recordings et aux sons concrets. Les dernières productions de Main, plus rares également, sont ainsi nettement moins passionnantes* parce qu’ayant perdu ce côté organique et chaud nécessaire à toute musique qui vous pousse du côté intraverti et cérébral de la force. Bienvenue dans le monde de la musique électroacoustique.
Vectors, le premier véritable album solo d’Hampson parce que publié uniquement sous son propre nom par le label anglais Touch records, regroupe trois pièces de longueurs égales, composées sur un laps de temps assez long (trois années) et surtout commissionnées par le GRM (le Groupe de Recherche Musicale fondé par Pierre Schaeffer en 1958) ou pour une diffusion en 7.1 au planétarium de Poitiers en 2007. C’est cette dernière (intitulée Ahead – Only The Stars) qui est finalement la plus passionnante des trois parce que jonglant avec les sons, délivrant des ribambelles de fréquences cristallines en hommage aux astronautes de la Nasa et surtout aux petites étoiles qui brillent dans le ciel et qui, me souffle t-on, ont servi de thématique à cette pièce. Bruits de sonar, passages de moteurs supersoniques à la vitesse du son, écoulements de fluides électroniques, bruits de salles des machines, Ahead – Only The Stars possède un beau dynamisme qui malheureusement fait trop défaut aux deux autres pièces (Umbra de 2006 et Dans Le Lointain de 2008), beaucoup plus engoncées et académiques. Du bel ouvrage certes, un effort d’imagination certain également, mais l’empreinte des tics formels de la musique électroacoustique vous plombe tout ce qui pouvait y avoir de poésie dans l’utilisation de sons collectés pourtant assez originaux. Surgissent toutefois ça et là de purs moments de grâce qui tentent de vous réconcilier avec un univers encore en plein éclosion et alors cela marcherait presque. On reste cependant trop souvent en deçà de l’immersion ou alors on se surprend à s’imaginer butinant ça et là dans Umbra et dans Dans Le Lointain pour en retirer uniquement ce qui nous intéresse et/ou nous émeut et construire avec tout autre chose : je crois que, malgré toutes les tentatives de Robert Hampson pour atteindre un idéal de beauté formelle, ces deux pièces finissent pas souffrir d’un singulier manque de souffle vital, trop souvent le gros problème de ce genre de travaux. Faudrait pas oublier que la musique c’est aussi de la vie**.

* je n’inclus pas l’album Decrease de 2006, qui est le dernier enregistrement officiel de Robert Hampson sous le nom de Main et que je n’ai jamais écouté, un album publié sur un label aujourd’hui malheureusement en stand-by, N-Rec
** par exemple j’ai toujours trouvé amusant que le Groupe des Musiques Vivantes de Lyon avait justement choisi ce nom alors que la plupart du temps les travaux qui en sortent traitent les sons comme une langue morte