mardi 9 mars 2010

Binaire / Idole


Normalement, une fois que j’aurais énuméré tous les (très) importants détails techniques concernant ce troisième album de Binaire, cette chronique sera terminée, il ne me restera plus assez de place pour en dire tout le bien que j’en pense – quoi ? internet est extensible à volonté ? tu es sûr ? internet est immortel aussi, pendant que tu y es. Commençons par la liste de tous les labels/personnes qui ont contribué à la sortie de Idole : Cryptophyte Prod, Et Mon Cul C'est Du Tofu ?, Human Project, Les Disques De Plomb, LUT Prod, Stepping Razor et, le meilleur pour la fin, Rock'n' Roll Masturbation (mille pardons à ceux pour lesquels je n’ai pas réussi à trouver de lien vers un site ou une page).
L’illustration fait un peu peur, dans le sens où ce monolithe taillé par un Kubrick diamantaire et atterrissant au milieu d’éclairs foudroyants et surtout au milieu d’un désert urbain post industriel – c’est une raffinerie de pétrole ? – a un je ne sais quoi de 70’s, c’est peut être la couleur rose qui veut ça. Remarquez également au passage le lettrage de Binaire qui tendrait à reprendre la typographie d’Iron Maiden mais avec les angles franchement arrondis, comme si Steve Harris avait troqué ses boule-burnes à rayures contre des pattes d’éléphants avec broderies à fleurs. Mais on s’en fout parce qu’il n’y a toujours pas de bassiste dans Binaire. Cette illustration a été réalisée par le grand Dave2000 (là je fais mon intéressant parce que je n’en ai jamais entendu parler), un illustrateur qui semble graviter autour du Dernier Cri, lesquels on assuré la sérigraphie de la pochette – la sérigraphie c’est ce qui explique que la couleur varie quelque peu selon les exemplaires, le mien est franchement rose tyrien.
Ce qui varie aussi c’est le rouge du vinyle, il devait rester un peu de noir dans la machine à presse donc ça et là quelques marbrures apparaissent selon l’angle et la lumière sous lesquelles on regarde la galette. Celle-ci est accompagnée comme pour les deux premiers disques de Binaire (Filth Abhors et Bête Noire) d’un CD reprenant exactement le même tracklisting. Pour les pauvres, les radins, les chômeurs, les anti hadopistes, les curieux et les robots l’intégralité de Idole est téléchargeable gratuitement en format wav (s’il vous plait). Internet a aussi quelques avantages, même celui de toper gratos un disque dont les auteurs refusent qu’il soit vendu trop cher – pay no more than 10 euros.
Pour finir cette petite présentation technique, précisons que Nicolas Dick, un vieil ami marseillais de Binaire, c’est occupé de l’enregistrement, de la production et du mixage de Idole, qu’il joue un peu de guitare sur un des titres et chante sur deux autres. Benjamin d’Overmars (not dead) joue de la batterie sur Ketamine Bonne Mine et Oreillette Blue Tooth. Un batteur avec Binaire, je crois bien que c’est une grande première.























Ketamine Bonne Mine est très précisément le court et vindicatif titre d’ouverture de cet album, un album qui pourtant marque un certain changement dans la musique du duo – Banjo Frami à gauche, Fuzzy Scotch à droite, l’imagination des vieux punks n’a pas de limites –, changement que certains jugeraient à tort trop radical et qui focalise Binaire encore plus sur son côté sombre/urbain et tend également à lui faire ralentir le rythme de manière significative, la new wave c’est comme le gras du bide, ça vous prend à partir d’un certain âge et après il est impossible de s’en débarrasser. Il n’y a donc pas de cavalcade à la Kasque A Pointe sur Idole, ce qui n’empêche pas la paire de guitaristes/chanteurs de faire toujours preuve d’un esprit punk as fuck fortement apprécié. Et les occasions de faire le punk sont finalement assez nombreuses, en particulier dès que l’un ou l’autre ouvre grand sa gueule pour brailler dans un anglais approximatif – tellement approximatif que tous les titres des neuf ou dix compositions sont en français mais fort heureusement pour les anglofuges les paroles (en anglais, elles) sont imprimées dans un insert très à l’ancienne – et avec un accent qui ferait même hurler de rire le traducteur de feu Yasser Arrafat. Pour ma part je n’avais pas autant rigolé depuis l’énormissime Am I Siiiiiiiiiick/Am I Weaaaaaaaaaaaak de Condense, sur le premier mini album des lyonnais en 1994, que c’est bon de rajeunir un peu parfois.
Blague à part, le groove mécanique qui exhale de Idole est foutrement irrésistible, impossible de ne pas remuer ses grosses fesses et celles de l’amour de sa vie sur des titres tels que BTP (à la fin pourtant avortée, comme si Binaire refusait la facilité du bpm twisté) ou le tubesque Men In The Middle Attack (tiens un titre de morceau en anglais). La boite à rythmes et les machines font ici des merveilles mais n’empêchent pas Binaire de toujours rester un groupe de guitares. Des vraies guitares, humaines, et pas celles, échantillonnées, séquencées et compressées, qui font se ressembler tous les groupes cyberpunk à tendance gothindus.
Binaire est bien en dehors de toute standardisation des genres, à la limite de l’anomalie (et de l’animal) et la mixture au départ improbable à base de cyber alterno, machines à bordel, guitares en rut, ambiances dark et voix d’écorchés vif fait des étincelles. Le meilleur de Idole reste tous les titres – ils ne sont pas en majorité mais presque – que soulignent une froide colère et une intensité caverneuse sur fond de mid tempo. C’est dans ces moments là que Binaire est le plus convaincant, que le duo semble avoir trouvé une voie bien à lui – J’ai Des Maghrébins Parmi Mes Meilleurs Amis, Marche! – et donne le vertige en vous assénant une très saine claque dans la gueule. Pour les amateurs du Binaire old school il reste un ou deux moments plus assaisonnés au turbocompresseur (Oreillette Blue Tooth Part 2, Ketamine Bonne Mine) et c’est presque logiquement que ce disque se termine – et nous achève en même temps – sur un Palpitations De Tendons au refrain poutralement fédérateur, aussi fédérateur d’une bonne vieille raclure de Sham 69, c’est dire donc si les deux Binaire sont bien ce groupe punk et sauvage qu’ils ne prétendent même pas être. La sincérité et le naturel ça ne s’invente pas plus que cela se simule.