jeudi 22 janvier 2009

See You At Regis Debray


Quand on parle d’Alva Noto et de ses cliquetis électroniques, Ryoji Ikeda n’est jamais très loin (et inversement). L’actualité récente de notre électronicien minimaliste japonais favori consiste en un double CD publié à l’automne dernier et contenant la bande originale d’un film, See You At Regis Debray réalisé par un certain CS Leigh. Aucune info à donner sur cette pellicule ni sur son auteur -une seule quand même : il semble qu’il y soit fortement question d’Andreas Baader. La première écoute m’a semblée être la bonne pour un jugement expéditif et définitif : ce truc n’est pas un disque, ce qu’il y a dedans n’est pas de la musique, aucune envie d’aller plus loin, de savoir quel genre d’images on peut bien arriver à mettre sur un tel ramassis d’inepties, même pas du remplissage, juste du vide. Sur les deux disques (environ une heure et demi de sons) on peut entendre : des nappes sonores typiques du japonais, une sonnerie de téléphone, un briquet de l’on allume, des œufs sur le plat que l’on fait cuire, des notes de guitare égrainées et finissant par former un drone lugubre, le halètement d’un homme, un signal électronique façon morse ou téléscripteur (encore une marque de fabrique du japonais), des émissions de radio captées au hasard, des feuilles de papier que l’on déchire, encore de la guitare, répétitive, chargée d’écho et supposée angoissante, de la basse, l’obturateur d’un appareil photo, l’armement d’un flingue, des extraits musicaux divers et variés (Leonard Cohen, des discours politiques, des actualités…).























Tout ceci, juxtaposé et comme laissé à l’abandon, n’a rien de la poésie absurde d’un inventaire à la Prévert ou la force d’un paysage sonore rendu totalement abstrait par une prise de son frontale (la grande technique d’un Chris Watson par exemple). Ce disque je l’ai écouté pour la première fois et intégralement au casque, au beau milieu de la nuit ou peut être juste vers sa fin, à l’heure à laquelle tout le monde dort encore et qu’il n’y a rien d’autre à faire. Une impression désastreuse je l’ai déjà dit et c’est uniquement parce que l’écoute au casque est une expérience limitée et nombriliste -cela fait longtemps que je ne suis plus un foetus baignant dans du liquide amniotique- que par acquis de conscience ce disque s’est retrouvé une seconde fois dans la platine pour une diffusion grandeur nature et à l’air libre.
Après une deuxième tentative, certains passages sont toujours aussi irritants (en fait tout ce qui semble provenir de sources sonores directement tirées du film) surtout lorsqu’ils s’éternisent : les sons domestiques dans la cuisine, les halètements, etc. Mais le relief de cette bande son aveugle a été tout autre dès cette deuxième écoute et -mieux- ce montage sonore est devenu synonyme d’attente, de construction, d’élaboration, quelque part entre imagination et compréhension. Imaginer une histoire sur ce qui semble être (vue la longueur des deux disques) la totalité des pistes sonores d’un long métrage d’une durée standard devient alors un jeu de pistes dans lequel on peut si on le souhaite laisser quelques trous et approximations.
La deuxième partie de See You At Regis Debray (en gros le second CD) parait fade en comparaison de la première mais n’empêche pas ce curieux phénomène de personnalisation d’images inconnues de refaire surface. Le regret devient alors d’avoir eu connaissance, même vaguement, du sujet du film d’origine puisque au final le résultat est le même : ne pas l’avoir vu n’a aucune importance. Une certaine expérience de dématérialisation et de réappropriation en somme. Et une expérience à l’opposé de bien des bandes originales qui elles ne laissent aucune place à l’auditeur. Pour un peu on en souhaiterait même que ce film n’existe tout simplement pas. Décrit comme ça, See You At Regis Debray pourrait être une installation sonore dans une galerie d’art contemporain new-yorkaise (ou parisienne), il y a effectivement beaucoup de ça.

mercredi 21 janvier 2009

Fennesz / Black Sea






















Je devrais peut être essayer au moins une fois la chronique lapidaire, celle qui en une seule phrase fait un sort à un disque et qu’on en parle plus. Pour Black Sea, quatrième et dernier album en date de Christian Fennesz cela donnerait quelque chose comme : très beau disque mais très chiant aussi. Cette méthode expéditive a plusieurs avantages. Elle ferait enrager les fanatiques de l’autrichien tout en faisant s’esclaffer ses nombreux détracteurs, je deviendrai un béotien aveugle et sourd pour les uns, un héros malfaisant pour les autres. Surtout cette méthode, elle me laisserait davantage de temps libre pour réécouter pour la milliardième fois Speak English Or Die de Stormtroopers Of Death (le disque que j’ai le plus envie d’entendre en ce moment même). Non mais qu’est ce que j’attends ?
Les choses ne sont évidemment pas aussi simples -l’évidence c’est cette invention humaine, cousine de la vérité, qui permet d’affirmer des choses et de prétendre que l’on a raison souvent dans le seul but d’acquérir un peu plus de pouvoir. N’étant pas de ce genre là (je ne peux vraiment pas grand-chose), je fais uniquement semblant avec mes évidences et mes vérités, comme la plupart d’entre nous, ce qui au passage laisse le champ libre à celles et ceux qui sont visiblement intéressés par l’idée d’ascendance. Il y a donc deux sortes d’évidence : le mensonge et le pouvoir. Mais comme ici nous parlons musique, cela n’a aucune espèce d’importance.
























Cette vision quelque peu pessimiste de monde qui nous entoure est à l’extrême opposé de Black Sea. Un disque sombre, brumeux, abyssal, granuleux mais jamais désespéré. S’il fallait citer un album toutes catégories confondues illustrant le propos ci-dessus, on choisirait Drawings Of Patient O.T. d’Einsturzende Neubauten, Cop des Swans ou Bad Moon Rising de Sonic Youth, ce genre de disques dont la beauté vénéneuse naît de la révolte et de l’horreur moderne, une horreur laissant ses traces directement dans la chair -c’était flagrant à propos des swans. Mais ce sont des disques qui ont plus de vingt cinq ans, de nos jours on ne fait plus que des disques résignés ou nostalgiques des hurlements d’antan alors que le monde n’a pas changé, il est juste pire.
Ce qui frappe avec la pochette de Black Sea (je parle de la version CD) c’est cette étendue avec des bâtiments perdus dans la brune tout au fond et la perspective filante des rails -en fait non, ce n'en sont pas...- à demi effacés par le sable et les flaques d’eau. Un monde qui s’amenuise mais qui n’est remplacé par rien. Surtout cette photo me ferait presque penser à l’entrée d'Auschwitz ce qui est sûrement totalement involontaire, surtout lorsqu’on regarde la photo de la version LP du disque qui évoque plus que tout le naufrage du monde industriel et de ses usines devenues inutiles. Ces images sont tristes, la musique à l’intérieur aussi mais il n’y a aucune révolte là dedans, uniquement une espèce de renoncement fœtal (très agréable à l’écoute du disque) qui s’oublie dès que Black Sea se termine.
Plus formellement, si la musique de Fennesz est ennuyeuse -il faut également bien garder à l’esprit que lorsque le monsieur a commencé, des bidouilleurs armés d’une guitare et d’un laptop cela n’existait pas, aujourd’hui les imitateurs sont légions- c’est parce qu’il ne peut pas s’empêcher de temps à autres de prendre son synthétiseur et d’envoyer la sauce au chocolat, nappage sucré et écoeurant qui gâche les arrières plans dans lesquels Fennesz est depuis longtemps passé maître (accidents sonores, craquements, toute la panoplie quoi). Alors que paradoxalement je voue un certain culte à l’album précédent -Venice, paru en 2004- qui est de loin le travail le plus mélodique et imagé de l’autrichien, je trouve qu’ici l’abstraction sonore construite pas Fennesz est régulièrement amoindrie pour ne pas dire gâchée par ce ou ces synthétiseurs malvenus et distillant des mélodies d’une mièvrerie gênante. Une dernière chose : jusqu’ici le son Fennesz avait cette dualité un peu floue entre analogique et numérique qui lui donnait un caractère étrange venu d’ailleurs. Avec Black Sea j’entends surtout le ronflement du processeur et le grésillement des barrettes mémoire d’un ordinateur, même les cordes de guitare ne sonnent pas.

lundi 19 janvier 2009

Save the Sonic (part 2)


La barre est placée très (très) haute après le premier soir des concerts de soutien au Sonic. J’en ai encore plein la tête des débilités de Kabu Ki Buddah, des vibrations d’Agathe Max et du concert magistral de Savage Republic lorsque j’arrive au Rail Théâtre -le Grrrnd Zero s’est associé à ces concerts de soutien en accueillant l’affiche du deuxième soir. Je pense arriver un peu à la bourre -j’ai dormi cinq heures, j’ai eu du mal à cuver parce qu’il a fallu que je me transforme en infirmière familiale, c’est une expérience intéressante que de rentrer bourré à la maison à trois heures du matin pour y retrouver l’une de ses filles complètement malade en train de lutter contre une méchante gastro-entérite la tête dans une cuvette- et je suis un peu surpris du peu de monde. C’est mon côté pessimiste, 90 personnes arrivées à 9 heures du soir cela ne me parait pas assez, surtout après le carton plein de la veille au Sonic (190 entrées). C’est donc devant une audience clairsemée que commence le premier groupe.
























For The Chosen Few ne démérite certainement pas de jouer devant quelques dizaines de pélots qui dans le meilleur des cas écoutent le groupe d’un air poli. Il y a un bon no man’s land de quatre ou cinq mètres entre le devant de la scène et le premier gugusse le plus avancé (moi en l’occurrence) et je me dis que cela doit faire bizarre quand tu es sur une scène de sentir les gens aussi distant physiquement. For The Chosen Few n’a certes pas choisi la facilité puisque le groupe joue dans le registre post hard core : c’est très sombre, vraiment pas convivial, c’est donc tout le contraire des Kabu Ki Buddah et de leur punk à nez rouge.
Le groupe est composé de trois guitaristes (dont un chanteur, placé à l’extrême gauche de la scène ce qui est une bonne idée), d’un bassiste et d’une batteuse. Il y a plus de pédales d’effet sur la scène que d’années qu’il me reste à tirer dans la vie avant d’aller rejoindre moi aussi le royaume des vers de terre et des êtres élus. Pour compléter le tableau le chanteur/guitariste arbore un t-shirt Envy, groupe dont je suis au moins fan jusqu’à l’album All The Footprints You’ve Ever Left And The Fear Expecting Ahead.
For The Chosen Few s’en tire très bien dans son registre mais n’arrive pas à en sortir, restant dans les ornières trop balisées du post hardcore : la musique monte, s’épaissit, s’agrège et c’est l’explosion finale -de l’ultra classique somme toute. Ce qui me parait dommage c’est le manque de tension dans tout ça, il n’y a pas le côté fonceur et entêté (donc hardcore) d’un Amen Ra, il n’y a pas non plus l’effet stratosphérique plombé d’un Cult Of Luna, je cite ces deux groupes exprès parce qu’à bien y réfléchir ce sont là les seuls du genre que j’écoute à l’heure actuelle. La réaction du public est mitigée mais la bonne nouvelle c’est que ce public s’est justement étoffé.



















One Second Riot joue en second. Inutile de dire que j’en suis ravi bien que l’on m’ait fait remarquer -à juste titre- que si l’album du groupe figure en haut de mon top ten depuis maintenant sept mois je n’ai pas été foutu de le remettre dans mon classement définitif pour l’année 2008. En 2009 je change de comptable, promis.
En attendant notre duo lyonnais préféré déballe les hits de son album sans titre avec la prestance et l’efficacité qu’on lui connaît. La voix me semble un peu faiblarde de là où je suis et me rappelant ce vieil adage qui dit que si tu veux voir un bon concert va devant, si tu veux l’écouter va faire un tour derrière, je recule de quelques mètres où effectivement le son prend une toute autre ampleur. Parlons-en d’ailleurs du son, parce qu’il est déjà arrivé que ce soit un sérieux problème au Grrrnd Zero (la déception Wolf Eyes il y a un an et demi par exemple) mais ce soir du matériel supplémentaire a été loué, du bon matériel de surcroît, grâce à l’intervention généreuse d’une boite de sonorisation locale et surtout grâce à un tarif particulièrement avantageux. Ce soir le son a la puissance et le relief, la profondeur et les contours. Rien à dire.
La noise glaciale et énergique de One Second Riot en bénéficie largement. Ce n’est pas le meilleur concert du groupe auquel j’ai assisté, nos deux jeunes hommes sont toutefois suffisamment à l’aise pour assurer un bon set, quelques blagues fusent , la satisfaction visible d’être là et de jouer, le public se réchauffe enfin. Je constate non sans plaisir la présence du synthétiseur marqué d’un shit happens -le groupe n’a pas toujours la place pour l’emporter avec lui- et c’est le deuxième adage de la soirée qui dit que c’est quand même mieux de voir un groupe jouer avec de vrais instruments plutôt que de voir un type appuyer sur un bouton pour balancer un sample (comprenne qui pourra).



















Lorsque Ned débarque, la salle est bien pleine (mon pessimisme m’a encore donné tort) et surtout une masse de gens attendent impatiemment le groupe, j’avais déjà pu constater ce phénomène de groupies hystériques lors de la release party de Doppler en octobre dernier -tiens, au passage, Songs To Defy est aussi un album que j’ai oublié de mettre dans mon Top Of The Dope 2008, je vais aussi devoir changer de secrétaire. Justement lors de ce concert au Clacson les Ned avaient été particulièrement énervés et tarés, voilà un groupe que j’apprécie de plus en plus et même dont je me surprends à attendre un éventuel nouvel enregistrement (ils ne sont pas très pressés, faut dire…).
Le concert de ce vendredi était encore un cran de plus question folie, contre-pieds et lâchage de pauses rock'n'roll et de délires pseudo arty mon cul. Passages groove as fuck bien maîtrisés, nouvelles compositions en phase de test, vieux hits pas démodés, grincements de dents et riffs tout tordus. Le son de guitare me ravit les oreilles (ce qui n’avait encore jamais été réellement le cas avec Ned mais c’était toujours le genre de détail dont je me moquais éperdument) et je trouve le groupe toujours plus en place sans que cela ne soit préjudiciable à son côté je-m’en-foutiste -le pire c’est que je ne suis absolument pas sûr que ces trois là s’en rendent compte ni qu’ils le fassent sciemment, je veux dire : comment ces mecs pourraient ils bien arriver à nous faire croire qu’ils bossent pour ça ?
Cela s’agite fortement dans le public et lorsque le groupe annonce qu’il vient de jouer son dernier morceau les hurlements s’amplifient. Il n’y aura malheureusement pas de rab’, timing trop serré oblige.



















Zëro joue donc en dernier. Le groupe démarre magistralement avec une magnifique version de Cars, Buses, etc…, j’attends anxieusement les effets secondaires d’une telle musique mais je n’ai pas à entendre très longtemps, je sais que je vais l’avoir mon moment de bonheur. Au fond de la scène Frank Laurino trône derrière sa batterie, c’est lui qui porte le plus beau t-shirt de la soirée. Et il est la clef de voûte de l’édifice Zëro. A droite François Cuilleron est toujours aussi discret, il faut se tordre un peu le cou pour arriver à le voir jouer mais il est définitivement ce musicien impressionnant.
Après trois morceaux lents et ambiancés le groupe décide de lâcher un peu la sauce. Je reconnais immédiatement l’introduction et son riff si caractéristique, Zëro se lance dans une reprise du célébrissime Jocko Homo de Devo (groupe décidément bien revenu au goût du jour depuis quelques temps…) dans une version très réussie, caoutchouteuse et nerveuse comme par défaut. Les musiciens changent de places et d’instruments -Yvan Chiossome est le champion à ce petit jeu là- sans que cela ne porte préjudice à l’élan du groupe et à la bonne tenue du concert. Zëro semble avoir bien trouvé ses marques sur scène, le bon équilibre entre une instrumentation sophistiquée et l’énergie nécessaire à un concert de rock.
Bien que je doive faire abstraction de la bande de gamins juste derrière moi qui lancent de timides Deity Guns! entre chaque titre, je ne peux éviter un léger pincement au cœur lorsque Zëro revisite brièvement le répertoire de Bästard -le groupe a cependant le bon goût de ne pas s’y attarder. Mention spéciale tout de même à R’n’r Star plein de retenue et de tension. Dernière surprise, Eric Aldea annonce un très vieux morceaux, exultation dans les premiers rangs -exultation à laquelle Yvan Chiossone répond par un malicieux ah non c’est un morceau encore plus vieux que ça!... et d’enchaîner avec Helter Skelter, effectivement une chanson sans âge et qui ne doit pas être très loin du record mondial d’interprétations différentes. Finalement cette deuxième soirée a largement été aussi bonne que la première. En ce qui concerne l’avenir du Sonic et malgré le franc succès de l’opération, c’est encore une histoire à suivre.

dimanche 18 janvier 2009

Save the Sonic (part 1)


Un mois sans concerts dignes de ce nom, c’est vraiment très long surtout lorsque le mois en question est le dernier de l’année, celui de toutes les putasseries familiales, sociales, consuméristes, angéliques, religieuses -j’en passe et des meilleures, liste non exhaustive, on peut toujours essayer de rayer les mentions inutiles mais je n’y crois pas. Maintenant que tout le monde a digéré sa dinde, a baisé sa femme, a pourri ses gosses avant de les tarter parce qu’ils font trop de bruit et que ce n’est pas le bon jour, maintenant qu’on a taxé de la thune à papa-maman et qu’on s’est repenti d’avance pour l’année prochaine, les choses sérieuses peuvent enfin recommencer. Les choses sérieuses : bouffer des pâtes au riz pour pouvoir acheter plus de skeuds, baiser avec sa femme (ou son mec) sans arrières pensées, dilapider son épargne-retraite que l’on ne touchera de toutes façons jamais dans quelque passion aussi dévorante qu’inutile et se promettre qu’on ne va surtout pas s’arrêter là.
Un mois sans concerts si ce n’est celui, habituel, de grosses conneries et une pièce de choix pour commencer. Une pièce de choix qui fait à la fois plaisir et qui met en colère -le double concert de soutien au Sonic, la salle lyonnaise la plus poissarde de la décennie (quelques anciens du Pezner qui s’y connaissent très bien en la matière étaient d’ailleurs présents ce jeudi soir) mais dont l’utilité n’est plus à démontrer : on ne va pas refaire non plus l’inventaire des toutes les associations qui ont organisé des concerts dans cette salle et qui veulent encore pouvoir compter sur elle dans l’avenir. La poignée d’irréductibles qui ont mis la main à la pâte pour organiser les deux soirées ont très bien fait les choses, bonne programmation et organisation impeccable. Les fétichistes et les matérialistes n’ont pas été oubliés, le pass valable pour les deux soirs est un gros badge (format pedzouille) reprenant le visuel de l’affiche. Chouette.
























Agathe Max et son violon magique attaquent en premier alors que le Sonic se remplit doucement. This Silver String, son premier album sur Xeric/Table Of The Elements m’a accompagné pendant une bonne partie de l’automne et figure logiquement en bonne place dans mon top ten 2008. La violoniste a installé ses habituelles pédales d’effets sur la scène et se lance directement dans un mouvement aussi percutant qu’incroyable, long souffle chargé de virulence hypnotique et ascensionnelle. Cette fois Agathe Max joue encore plus sur les textures que sur les mélodies et surtout elle joue bien plus serré que lors des deux ou trois concerts précédents auxquels j’ai pu assister (malheureusement j’ai raté celui de Slashers, le nouveau projet qu’elle a monté avec Marion d’Overmars/Abronzius). Elle joue même avec une virulence renouvelée, comme d’habitude elle ne s’encombre pas d’artifices inutiles et le flot de boucles et de surimpressions qu’elle déverse prend lentement la forme d’une plainte à la fois effroyable et captivante. Sauvage et beau, animal et cérébral, une fois de plus je suis complètement abasourdi par cette musicienne qui avec un dispositif composé de trois fois rien et une optique musicale que l’on pourrait jugée usée jusqu’à la corde (pour faire simple celle de Tony Conrad et compagnie), arrive à créer une telle musique. Fascination.
La performance d’Agathe Max a duré une demi heure, lorsque je me retourne le Sonic s’est bien rempli, certains regrettant d’être arrivés en retard, les autres un peu trop allergiques au magma sonore et quasi bruitiste de la violoniste s’étant réfugiés vers le bar ou même dehors malgré le froid hivernal.
























Cela fait quelques années que je n’avais pas revu Kabu Ki Buddah en concert. J’avais même franchement laissé tomber, pas toujours très convaincu par le groupe et ça tombait bien puisque eux aussi s’étaient mis en stand-by. Un troisième album réussi (Life Is A Picnic) a relancé la machine et l’intérêt porté à ce groupe de déconneurs en survêtement, humour débile et blagues degré zéro garantis. Mais vous savez, les artistes ne sont jamais contents d’eux-mêmes -c’est comme ça qu’on les reconnaît- et ces branleurs de Kabu Ki Buddah n’échappent pas à la règle. Conversation d’après concert : ouais bon on ne devait pas jouer en janvier du coup on avait un peu laissé tombé les répètes, on n’est pas trop content de ce qu’on a fait ce soir, blah blah blah. La lose totale devrait on croire.
La réalité -objective, cela ne fait pas de mal de le répéter de temps à autres- est bien sûr toute autre. OK j’avais bien révisé mon petit Kabu Ki Buddah illustré donc j’étais parfaitement au courant des nouvelles chansons mais il n’y a rien à redire : le trio sait y faire pour torcher ses gags musicaux à forte richesse mélodique ajoutée. C’est drôle, cela ne se prend pas au sérieux (alors qu’il y a forcément du gros boulot derrière tout ça) et moi qui déteste tout ce qui ressemble de près ou de loin à du ska festif ou de la bourrée auvergnate je m’amuse avec ces trois grands enfants. Le travail sur les voix, complémentaires, mélangeant les registres à volonté, est précis, l’instrumentation tournante -basse, batterie, violoncelle, synthé, trombone : les Kabu Ki Buddah ne sont que trois, faites vos jeux- fonctionne bien elle aussi. Je reconnais quelques uns de mes titres préférés du dernier album (Life Is Shit, Self Destruction But With Style), je n’ai aucune raison de ne pas être content, hop une bière.























Si on m’avait dit que j’allais un jour voir deux fois Savage Republic à un an d’intervalle je ne l’aurais certainement pas cru -arrête de me raconter des conneries. Pourtant ils sont bien là, effectuant une nouvelle tournée européenne privilégiant cette fois la France et l’Italie. Greg Grunke n’est plus de la partie, le bassiste black (complètement stoned et ne servant d’ailleurs pas à grand-chose) non plus. Je constate avec plaisir qu’aux côtés des inamovibles Thom Furhmann et Ethan Port c’est toujours Alan Waddington qui tient la batterie. Et puis il y a un nouveau membre, Kerry Dowling, dont je ne connais absolument pas le pedigree mais qui parait il est un vieil ami de Savage Republic et un musicien activiste du côté de San Francisco (il est crédité comme coproducteur sur 1938, l’album de la résurrection publié par Neurot en 2007).
Le concert démarre sur les chapeaux de roues par le versant le plus guitares/surf/balkanique de Savage Republic. Le groupe s’amuse à jouer vite et fort quelques instrumentaux et compositions parmi leurs plus ethniques et ensoleillés. La basse est impeccable de puissance et forme avec la batterie un couple rythmique imparable (Alan Waddington joue à l’ancienne, il tient ses baguettes comme un jazzman mais tape comme un taré, le tout avec son éternel sourire de surfer). Comme Greg Grunke n’est pas là, Savage Republic joue souvent à une seule guitare -tenue alternativement par Dowling, Furhmann ou Port- ce qui donne un côté plus direct, encore plus rock à sa musique. Les titres s’enchaînent et le concert passe progressivement du surf sauce macédoine à un post punk plus méchant et taillé à l’énergie. Le groupe joue bien sûr Viva La Rock’n’Roll immédiatement suivi de The Hanging Garden dans une version monstrueuse de rage et de noirceur, confirmant que Savage Republic a très bien su gérer cette reprise de Cure (ce qui n’est pas vraiment le cas des autres groupes figurant sur la compilation Coal Fire, extrêmement décevante). Le bidon qui n’a fait son apparition qu’à partir du quatrième titre du set est utilisé avec plus de parcimonie que l’année dernière, Ethan Port (le petit tambour du groupe) étant souvent sollicité pour jouer de la guitare. Il s’y remettra une dernière fois, alors que Savage Republic invite Agathe Max et son violon à rejoindre le groupe sur scène pour une débauche noisy de stridences et de polyrythmie tribales qui explose tout. Savage Republic conclut avec un ultime 1938 qui bien qu’étant une de ses chansons les plus récentes sera la meilleure de tout le concert. Au passage Thom Furhmann ne peut pas s’empêcher de lâcher quelques mots d’insultes sur G.W. Bush et les fascistes du parti républicain américain balayés par la victoire présidentielle d’Obama. Ce n’est pourtant pas gagné pour le monde.

jeudi 15 janvier 2009

Save the Sonic !























C’est ce jeudi qu’a lieu le premier concert de soutien au Sonic avec une très belle affiche : Agathe max, Kabu Ki Buddah et Savage Republic dont c’est déjà le retour inespéré près d’un an après un premier passage. Cette première soirée à lieu au Sonic même.
Le lendemain -vendredi 16 janvier- le deuxième concert de soutien aura lieu au Grrrnd Zero. L’affiche fait encore plus que saliver avec For The Chosen Few, One Second Riot, Ned et Zëro. Le seul regret -s’il fallait en avoir un- c’est que les groupes des deux personnes qui se sont plus particulièrement investies dans l’organisation de ces deux soirs ne joueront pas, donc pas de SoCRaTeS et pas d’Overmars au programme. Et comme on le dit si bien dans ces cas là, TU VIENS OU TU CRAINS.

mercredi 14 janvier 2009

Top of the dope 2008


Lorsque on m’a gentiment proposé de participer à un vote de fin d’année sur l’activité musicale écoulée je me suis immédiatement revu presque trente ans en arrière en petit lecteur de Best ou Rock & Folk (il fallait bien commencer par quelque part) lisant non sans une certaine perplexité le résultat du référendum annuel. Alors pourquoi ne pas participer à celui de Dark Globe ?
Je précise tout de suite que j’ai triché. Par exemple la catégorie plus bel artwork m’a insidieusement permis de recaser un LP d’Oxbow quelque part. Pour la rubrique films de l’année je n’ai mis que des DVDs : je ne vais plus au cinéma depuis longtemps, j’y retournerai lorsque Murnau, Mizoguchi ou Cassavetes, auront ressuscité (oui je suis réactionnaire). Sinon tout est classé par ordre chronologique, il m’a juste fallu compiler les chroniques écrites ici ou , ce genre de travail de sédimentation de futurs souvenirs n’a vraiment rien de passionnant je le confirme.
Dark Globe a prévu de dévoiler les résultats rubrique par rubrique, moi je vous ai fait un package -certes indigeste. Vous trouverez donc les résultats concernant les albums, résultats dans lesquels je ne me retrouve absolument pas (mais c’est la règle du jeu -du je), il y a même dans cette liste des disques que je déteste particulièrement et d’autres que je n’ai pas écoutés voire même dont je n’ai jamais entendu parler.
























Albums

Rotten Sound - Cycles [Spinefarm records]
Ahleuchatistas - The Same And The Other [Tzadik]

Neptune
- Gong Lake [Table Of The Elements]
Deborah Kant - self titled [autoproduction]

Sun Plexus 2 - En Souvenir De L’Horreur [Ronda Label]
Thalia Zedek Band - Liars And Prayers [Thrill Jockey]
Heroin Sheiks - Journey To The End Of A Knife [Amphetamine Reptile records]
Evangelista - Hello, Voyageur [Constellation records]
Soilent Green - Inevitable Collapse In The Presence Of Conviction [Metal Blade records]
Grey Daturas - Return To Disruption [Neurot records]
Playing Enemy - My Life As The Villain [Hex records]
Harvey Milk - Life… The Best Game In Town [Hydra Head]
Pneu - Pince Monseigneur [Head records]
Racebannon - Acid Or Blood [Southern records]
Young Widows - Old Wounds [Temporary Residence]
Shub - The Snake, The Gooze And The Ladder [Goback records]
Aidan Baker - I Fall Into You [Basses Frequences]
Agathe Max - This Silver String [Table Of The Elements]
Black Elk - Always A Six, Never A Nine [Crucial Blast]
Ocean - Pantheon Of The Lesser [Important records]

Concerts

Overmars + Savage Republic @Sonic le 27 janvier 2008
Scorn @Sonic le 7 février 2008
Trumans Water @Sonic le 15 février 2008
Illusion Of Safety @Sonic le 23 février 2008
Hallux Valgus + Death To Pigs @Sonic le 24 février 2008
Moha! @Grrrnd Saloon le 2 avril 2008
Xiu Xiu @Grrrnd Zero le 12 mai 2008
Saviours + Black Cobra @Sonic le 25 mai 2008
Evangelista @Sonic le 31 mai 2008
Chewbacca + Melt Banana @Grrrnd Zero le 4 juin 2008
Marvin + Les Thugs @Grrrnd Zero le 3 juillet 2008
Enablers @Sonic le 17 septembre 2008
The Good Damn + Blurt @Sonic le 18 septembre 2008
Keiko Tsuda + Papier Tigre + Chapel 59 @Grrrnd Zero le 10 octobre 2008
37500 Yens + Ned + Doppler @Clacson le 18 octobre 2008
Chick Peas + Silent Front @Grrrnd Saloon le 31 octobre 2008
One Second Riot + A Place To Bury Strangers @CCO le 7 novembre 2008

Nadja @Sonic le 10 novembre 2008
Neptune @Sonic le 20 novembre 2008
Lightning Bolt @Grrrnd Zero le 28 novembre 2008

Titres/Chansons

The Achievement - Enablers [12’ version]
Charlotte
Sometimes - Abronzius
When I’m Loaded
- Lydia Lunch with Halo Of Flies
Clay Must & Dust
- One Second Riot
The Coming Out
- Doppler

Révélations

Moha!
Pneu
Silent Front
Papier Tigre
Kiruna

Artworks les plus beaux

Oxbow - The Narcotic Story 12’ [Hydra Head]
Enablers - Tundra 12’ [Lancashire And Somerset records]
Ned - The Message 7’ [Motive Sounds Recordings]

Artworks les plus moches

Iron Maiden - Somewhere Back In Time
Metallica - Death Magnetic

Genghis Tron - Board Up The House (et en ce qui me concerne le groupe le plus lamentable de l’année)

Films (DVD)

Takeshi Kitano - Hana-Bi [Arte video]
Coffret Jodorowsky - Fando Et Lis/El Topo/La Montagne Sacrée [Wild Side]
Paul Wegener - Le Golem [mk2]

The Monty Python - La Vie de Brian [Columbia]
Sergio Leone - Le Bon La Brute Et Le Truand [MGM]
Kenji Mizogushi - Les Contes De La Lune Vague Après La Pluie [Films Sans Frontières]
Trilogie Romero - Le Jour Des Morts Vivants/Zombie/La Nuit Des Morts Vivants [Opening]
Coffret John Casavetes - Shadows/Faces/Une Femme Sous Influence/Opening Night/Meutre D’un Bookmaler Chinois [Océan films]
Lars Von Triers - L’Hôpital Et Ses Fantômes (saison 1 et 2) [GCTHV]
Mishima - Yûkoku [Editions Montparnasse]

Déceptions

Three Second Kiss en concert
Lydia Lunch en concert
Cheer Accident en concert
Agoraphobic Nosebleed qui ralentit le bpm de sa boite à rythmes
King Buzzo n’a pas encore viré les ignobles Big Business des Melvins

Rubrique des chiens écrasés/on s’en fout
Les Beatles ne se sont toujours pas reformés
AC/DC devient le groupe qui a vendu le plus de disques au monde
Les post coreux se convertissent au rock progressif