samedi 16 avril 2011

Report : le Severage Tour au Sonic
























Pour quelques raisons aussi sombres qu’incompréhensibles et bassement matérialistes, le concert de ce jeudi soir a in extremis été déplacé du Rail Théâtre au Sonic. Sinon c’était l’annulation pure et simple. Première date du Sevrage Tour 2011, il s’agissait également et en quelque sorte de la soirée de lancement du festival Hallucinations Collectives, festival organisé par l’association Zone Bis qui auparavant proposait à Lyon l’Etrange Festival et ce depuis déjà trois années. Au programme de la musique mais surtout du cinéma hors sentiers battus et du cinéma déviant ou de série Z puissance 1000, des expositions, du graphisme et une compétition de courts métrages. En gros que des choses que l’on ne risque pas de trouver dans les musées d’art contemporain prêt à consommer ou dans la plupart des festivals de musiques de jeunes – bien qu’il existe évidemment quelques exceptions notoires. Le festival Hallucinations Collectives se déboule principalement au cinéma Comœdia de Lyon du 20 au 25 avril prochain.
C’était donc une très bonne idée que d’inclure le Sevrage Tour dans ce cadre là : on ne pouvait rêver mieux comme illustration sonore et musicale du festival Hallucinations Collectives qu’un concert regroupant Bex et Das Simple. Détail qui a son importance : le concert est gratuit et donc j’avais imaginé qu’il y aurait eu un peu plus de monde…
Pour l’occasion la péniche qui abrite le Sonic a été décorée d’affiches sérigraphiées du Dernier Cri ou de l’atelier de l’Embobineuse. Dans la salle je découvre également et non sans surprise Le Musée des Horreurs, sorte d’autel à la gloire de la putréfaction, des ordures ménagères et de notre décomposition sociale et humaine. Et qui dit Musée des Horreurs dit également Felix Fujikkkoon, dans son grand rôle de MC Loyal.















Lequel ne tarde pas à commencer sa présentation de la soirée, haranguant le public déjà présent et l’incitant à entrer dans la salle avec sa cloche à main. Le bonhomme possède un certain talent pour partir dans des délires impossibles au gré d’une logorrhée que rien ne semble pouvoir arrêter. Un performer digne de ce nom. L’absurdité règne en maître, accompagnée par une certaine poésie mais aussi une désespérance que les rires ne parviennent pas à cacher. D’ordinaire très peu client de ce genre de pratiques, je me laisse séduire par ce personnage repoussant (le visage couvert d’argile, il est habillé comme un Freddy Kruger ayant élu domicile au fond de la poubelle d’un bloc opératoire) et son discours toujours plus délirant. Felix Fujikkkoon mettra également un point d’honneur à présenter le moment venu tous les groupes de la soirée.






















Ce qu’il fait assez longuement au sujet de Bim Johnson, partant dans des circonvolutions historiques et génétiques à n’en plus finir. Bim Johnson – qui est tout seul, il s’agit d’un one man band – a donc tout loisir de s’installer derrière son laptop et ses machines. C’est une bonne surprise que ce garçon pour lequel le descriptif technique de la soirée nous parlait de « Calypso Noise ». Evidemment il ne sera jamais question de calypso et de noise pas vraiment non plus bien que Bim Johnson révèle un amour certain pour les sonorités qui vous picotent et vous taraudent tranquillement les méninges déjà bien mises à mal par le monsieur loyal de la soirée. Mais on reste tout de même plus dans le registre de l’ambient qu’autre chose.






















Retour de Felix Fujikkkoon mais cette fois-ci la présentation de Bex sera de courte durée. J’attendais le garçon avec impatience et fus vraiment étonné par sa prestation. Je pensais que nous allions récolter du lourd et du glauque – pour la petite histoire Benjamin Bex a intégré le line-up d’Overmars le temps d’une tournée parait-il très réussie et que le groupe a opérée fin mars/début avril entre le nord et l’est de l’Europe – et ceux qui comme moi ne connaissait de Bex que son deuxième disque (Spasmo paru chez Le Saut Du Tigre en 2008, déjà) ont été assez interloqués par les nouvelles directions et pistes empruntées.
Nettement plus calme et plus atmosphérique, la musique jouée par Bex ce soir semble également beaucoup plus sereine bien que l’on y découvre toujours une certaine noirceur. Finies les boucles de guitare saturée, finis les hurlements dans l’obscurité : Bex joue avec une guitare acoustique douze cordes qu’il fait vibrer à l’aide d’un e-bow et dont il manipule le son (ainsi que celui de sa voix) avec un laptop. Passée la surprise de ce renouveau musical, on est forcément séduit par ce garçon. S’il y avait une constante à trouver dans la musique de Bex, c’est qu’elle évolue constamment entre fragilité et violence. Seuls les moyens diffèrent.















Dernier tour de piste pour notre ami Felix Fujikkkoon qui en profitera, juste après sa présentation de Das Simple, pour arroser le plancher du Sonic d’alcool à bruler, plancher auquel il mettra bien évidemment le feu, au grand dam du homeboy du Sonic se précipitant alors de derrière sa console de son pour aller éteindre les flammes, craignant pour la sûreté de son matériel – on le comprend.
Das Simple
, de Marseille, a été l’une des meilleures surprises de l’année 2010 et le premier album du groupe a longtemps hanté notre machine à musique. Malheureusement le début du concert ne confirmera pas tout à fait tout le bien que l’on peut penser de Das Simple : l’un des deux guitaristes et le bassiste sont collés ensemble sur un des côtés de la scène, donnant une curieuse impression d’exiguïté et de promiscuité qui va longtemps desservir le groupe – je sais bien que la scène du Sonic est petite mais quand même, ce n’était pas la peine d’en rajouter. De l’autre côté, le deuxième guitariste, partageant le chant avec le bassiste, ne semble pas beaucoup plus à l’aise et de fait il avouera après le concert avoir mis du temps à rentrer dedans.
Das Simple tardera donc avant de trouver ses marques, à avoir un son qui se tient et qui vous tient, d’autant plus que la musique du groupe, partant dans différentes directions, doit être un animal fort difficile à dompter. Lorsque le groupe se (re)trouvera enfin, ce sera par contre une belle fête en l’honneur du bruit tordu. On regoûte alors avec bonheur aux délires déviants d’un groupe qui semble ne rien vouloir faire comme les autres. A la fin du concert, le bassiste et le batteur de Das Simple resteront seuls sur scène pour nous offrir un petit duo épicé et coriace – l’occasion, même si la blague a été trop longue, de comprendre que la basse justement manquait de présence pendant au moins tout le début du concert du groupe alors que l’on continue de penser qu’au contraire elle est l’épine dorsale de cette musique de malades.

[quelques photos qui font peur ici]