vendredi 13 novembre 2009

Microfilm / The Bay Of Future Passed


The Bay Of Future Passed est déjà le troisième album de Microfilm, le meilleur groupe français de rock instrumental du monde, après un Stereodrama qui avait marqué les esprits et les mirettes grâce à des vidéos 3D vintage (c'est-à-dire à visionner avec des lunettes comprenant un filtre bleu à droite et un filtre rouge à gauche). Je fais exprès de parler de rock instrumental et non pas de post rock tout simplement parce que Microfilm est l’un des très rares groupes du genre à savoir insuffler une réelle énergie dans sa musique, vous coller de la trépidation entre les oreilles (et dans les yeux) sans avoir recours aux structures trop compliquées ni aux arpèges putassiers utilisés comme cache misère par les types qui s’écoutent incessamment jouer tellement ils n’ont rien à dire - c’est même pour ça qu’ils ne chantent pas ces abrutis - et nous font perdre notre temps et notre patience, pas très grande c’est vrai. Head records s’est chargé de la version CD de The Bay Of Future Passed et pour les ayatollahs accrocs au plastoc Rejuvenation, Theatre records, Migouri et Impure Musik se chargeront de la version LP, forcément beaucoup plus belle mais aussi plus chère et qui viendra plus tard lorsque tout ce beau monde aura fini de régler ses comptes et de payer l’usine de pressage. On se contentera donc pour l’instant de la version de douze centimètres qui en jette quand même pas mal.
C’est que visuellement The Bay Of Future Passed est une réussite avec son illustration rappelant un film des années 50 - Alfred Hitchcock ? Otto Preminger ? Rear Window ? Anatomy Of Murder ? non, aucun de ceux là : l’extrait de film utilisé sur Blood Sample est terriblement parlant (sic) et semble directement relié au visuel du disque sauf que je suis absolument incapable de mettre un nom sur le film dont il est effectivement tiré. Pour en revenir à la présentation même de l’objet, on remarquera aussi le petit trou dans le carton à l’endroit où la balle a traversé le corps et en bas à gauche se trouve la lettre G entouré d’un carré et de la mention suggested for all audience façon visa de censure américaine des films.























Extraits de dialogues, références incessantes au cinéma : le principe de la musique de Microfilm n’a donc changé en rien depuis A Journey To The 75th (2004) et Stereodrama (2007). L’accroche est peut être un peu moins évidente car la vitesse de croisière des sept titres est un peu plus lente qu’auparavant et que le disque ne démarre pas sur un titre aussi flamboyant que Dpt 1, l’ouverture exaltante de Stereodrama. Brute Force se révèle être quand même un sacré moment de suspens musical, tout comme le passionnant Blood Sample déjà mentionné : si le rythme général est moins vivace, les ambiances plus froides, Microfilm arrive tout autant à vous harponner avec sa simplicité évidente (évidente simplicité ?) et réussit donc son pari de faire évoluer sa musique sans perdre l’auditeur en route, comme si on se retrouvait soudain en plein milieu d’un polar introspectif et futuriste - Alphaville ? non plus : la teneur du morceau titre The Bay Of Future Passed très indie pop évoquerait plutôt une sociologie sentimentale façon The Unbelievable Truth ou Trust Me. Mon seul regret concerne la deuxième version de Blood Sample fort heureusement placée en fin de disque, une version entièrement jouée au piano et rappelant les errements mièvreux d’un groupe instrumental écossais que je déteste tellement que je ne saurais le nommer ici.
Et pour celles et ceux qui ont toujours été gêné(e)s par l’utilisation des samples mixés en avant par rapport à la musique, sachez que de ce côté-là rien n’a changé : on les entend toujours aussi bien mais le film parcellaire qu’ils évoquent se fond complètement dans le paysage musical du groupe et inversement - le plus fort c’est qu’en concert cela fonctionne aussi parfaitement.

jeudi 12 novembre 2009

Blackthread / self titled


Qui n’a encore jamais vu (et entendu) Blackthread en concert serait assez surpris de la teneur générale de ce nouveau projet solo emmené par Pierre, ancien bassiste et chanteur de One Second Riot – il semble en effet que le duo ait cessé toute activité, ce qui est fort dommage, ici on était franchement fan de la musique de ces deux garçons et décidemment l’été 2009 a été singulièrement fatal aux groupes lyonnais.
A base de boucles, d’un peu de basse, de synthétiseur, d’une boite à rythmes minimale, de quelques effets cheap et de chant, Blackthread construit une musique fragile, presque flottante, à l’armature légère et aux ambiances plutôt tristes, émouvantes pour le moins. Pas vraiment chantées, presque en mode spoken words, les compositions de Blackthread explorent plus en avant une piste déjà partiellement empruntée par One Second Riot sur Brautigan, un titre très narratif du seul et unique album du duo. Après une petite année de bricolage en appartement et d’essais dans son salon, Blackthread a enchaîné sur une dizaine de concerts – essentiellement entre Paris et Lyon – puis sur un premier enregistrement entièrement autoproduit. Illustration signée Amandine Urruty, sérigraphie par Madame Lapin, lettrage enfantin, ce premier mini album de neuf titres est emballé dans un cartonnage recyclé. Un beau petit objet qui derrière ses allures propres et soignées recèle une personnalité musicale affirmée, une tension latente et quelques bonnes surprises.

















Très loin de toute rhétorique noise et de toute explosion hardcore, Blackthread pratique ce qu’il est bien convenu d’appeler de la chanson. Textes (uniquement) en anglais, voix en avant, arrangements minimaux ainsi que mixage soulignant toujours la primauté vocale et durée des compositions assez courte, comme autant de vignettes sonores s’arrêtant dès que les derniers mots finissent eux aussi de résonner. La séduction opère immédiatement malgré (grâce à ?) une absence totale de joliesse et d’enjouement. Ici c’est le recueillement, le recroquevillement voire la prostration qui priment et en écoutant Blackthread on a l’impression d’assister à la naissance maladroite d’un petit animal, à l’éclosion d’une fleur encore toute froissée, à la mue d’un insecte tout étourdi par une nouvelle vie inconnue.
C’est que cette musique chétive, presque instantanée tellement les titres ont du mal à atteindre les 2 minutes 30, a tout du passage, du franchissement : celui d’une porte entre deux pièces ou de l’ombre d’un mur à la lumière d’un lampadaire, du sommeil à l’état de veille. Pourtant les éléments de la musique de Blackthread semblent avoir été tous précisément placés, agencés avec une minutie maniaque et subtile et un sens mélodique très à-propos (bonne utilisation du synthétiseur). Les détails ont tous de l’importance, un sample d’un célèbre titre de jazz par ici, des notes de piano par là ou des percussions aux sonorités chaudes. La petite poésie – petite mais immanquable – qui se dégage de ces neuf titres est émouvante et vous gratouille les sens, lancinante mais gênante ce qu’il faut, interpellante donc. Un très bon début.

mercredi 11 novembre 2009

Slayer / World Painted Blood























S’il y a un groupe de metal dont je continue malgré tout - tout y compris les racontars, les mauvais échos et la lassitude - de me procurer les enregistrements c’est bien Slayer. Il y a Napalm Death aussi et puis Motörhead (au passage Lemmy a annoncé que le trio rentrera en studio en février prochain pour enregistrer un énième album de boogie metal gériatrique, parution comme d’habitude à la rentrée de septembre 2010) mais Motörhead est devenu un groupe hors catégories avec le temps, presque un souvenir d’enfance.
World Painted Blood
est le onzième album studio de Slayer en vingt six années de carrière discographique (j’ai tout recompté et j’y inclus l’album de reprises Undisputed Attitude), c’est une moyenne honorable. World Painted Blood c’est aussi le deuxième album de Slayer depuis le retour au bercail du batteur originel, Dave Lombardo. D’ailleurs si j’avais réellement un vide à combler à propos de ces californiens ce serait de les voir enfin en concert avec ce gars là derrière les fûts - oui j’ai vu Slayer sur scène avec Paul Bostaph qui s’en sortait très bien mais quand même… Dave Lombardo ! Là aussi cela relève du mythe fondateur. La seule et unique date française de Slayer sera le 13 décembre à Paris au Bataclan.
World Painted Blood sort dans un beau digipak et en grandes pompes chez Sony Music, lequel label a également réédité l’avant dernier album Christ Illusion il y a un an et demi et vient de ressortir le classique intemporel Reign In Blood dans un boîtier en ferraille (tous les autres albums de Slayer de la période Def Jam/Universal devraient suivre). Outre l’album et ses onze titres inédits on a droit à un DVD, pas regardé malgré la présence annoncée dessus d’un titre supplémentaire : Atrocity Vendor. Le public français peut même bénéficier d’un troisième disque, un CD intitulé La Story De L’Extrême qui raconte en vingt minutes et à grand renfort de voix de speaker aseptisée et de commentaires stupides sur fond sonore décalé (les titres dont on parle ne sont pas forcément ceux que l’on entend derrière) comment Slayer est devenu le plus grand groupe de metal du monde. On s’en serait douté et c’est l’occasion de rire au moins une fois à propos de Slayer tellement ce CD bonus, qui fait presque l’impasse sur la période Bostaph, allie stupidité, angélisme - un comble - et consumérisme. Merci à la maison de disques pour ce cadeau d’avant Noël.
World Painted Blood
. Le vieux fan sera-t-il déçu par ce nouvel album ? Assurément non, tant chaque riff, chaque break, chaque ligne de basse, chaque ligne de chant ont déjà maintes et maintes fois été entendus sur tout les albums précédents de Slayer. Il n’y a pas un moment de World Painted Blood pendant lequel on ne se surprend pas en train de se dire tiens j’ai déjà entendu ce passage sur (là tu mets n’importe quel titre tiré d’un vieil album des californiens). Et puis on finit par oublier : ce disque est tout simplement très bon, imparable et jouissif comme une bonne bourrade de bière tiédasse entre potes boutonneux un après-midi d’ennui au fond du garage parental. Rien de nouveau, rien de révolutionnaire (Chemical Warfare appartient à l’histoire) et rien de novateur et c’est franchement tant mieux.
Le seul point à éclaircir - puisque Slayer fait du Slayer - vise à déterminer quel est le niveau de forme de nos thrashers préférés. La réponse ne se fait guère attendre : Tom Araya, Kerry King, Jeff Hanneman et Dave Lombardo pètent le feu, littéralement, et vous envoient onze déflagrations avec tout autant de conviction qu’à la grande époque. Ni déçu, ni surpris, l’amateur de Slayer le restera donc au moins jusqu’au prochain album du groupe, celui qui paraîtra dans à peu près quatre années, si tout va bien au royaume du metal - Tom Araya a quand même déclaré qu’il ne se voyait pas continuer à produire les mêmes thrasheries pendant encore longtemps et que l’avenir de Slayer devrait bientôt être discuté.

mardi 10 novembre 2009

Converge / Axe To Fall























Allez, c’est au tour de Axe To Fall, le nouvel album de Converge. Les quatre de Boston nous reviennent comme tous les trois ans, avec une régularité sans failles. Des horlogers, des maîtres d’œuvre perfectionnistes, calculateurs peut être, décidés sûrement et clairement ambitieux. Les adorateurs de la sainte trinité Petitioning The Empty Sky/When Forever Comes Crashing/Jane Doe, de ses méandres torturés et de sa folie rampante et contagieuse vont encore râler. Converge n’est plus le groupe le plus innovant de la planète hardcore mais, avec un album pareil, nos quatre tatoués risquent bien de devenir, si ce n’est déjà le cas, le plus gros groupe actuel de hardcore tout court. C’est tout le mal que je leur souhaite. Quelle bienveillance me direz-vous, il est vrai que ce n’est pas le style de la maison et non ça ne me perdra pas.
No Heroes
, l’album précédent et pas si différent que ça de Axe To Fall, n’avait pas laissé un souvenir impérissable, disons qu’il ronronnait et recyclait passablement efficacement les recettes méthodiquement mises en place depuis Jane Doe. Et bien Axe To Fall fait exactement la même chose mais au centuple. Converge y accentue tous ses traits de caractères, les plus violents et directs (la salve prévisible et attendue des quatre premiers titres joués à fond les ballons, vertigineuse et jouissive) comme les plus pathétiques et dégoulinants (le final Cruel Bloom/Wretched World).
La production - signée comme il se doit et comme d’habitude par Kurt Ballou - est d’une clarté et d’une lisibilité hallucinantes, avec un relief et une définition des concours des différents instruments qui réussissent à ne pas trop tomber dans le clinique et l’aseptisé. On est très loin de la cradeur et de la noirceur de When Forever Comes Crashing mais le son de Axe To Fall est parfaitement équilibré - une écoute répétée au casque ne donne pas mal aux oreilles, tout va bien monsieur l’oto-rhino. Sur ce tapis technique Converge place donc tous les éléments déjà connus de sa musique de dingues : rythmiques effrénées, rasades de double pédale, turbobasse, guitare-roquette, chœurs de guerriers en rut et le chant toujours aussi limité de Jacob Bannon. On a droit également aux quelques ralentissements reptiliens imposés par le cahier des charges (aération du disque et, pour les futurs concerts, repos des musiciens avant la prochaine cavalcade) et on trouve de-ci de-là des soli de guitare parfois très drôles avec plein de notes sur fond de D-beat, effet à haute teneur métallurgique garantie – par exemple les parties de guitare de Steven Brodsky de Cave In (et ancien membre de Converge) sur Effigy.
Oui, Steve Brodsky puisque Converge a surtout et comme à son habitude invité plein de musiciens extérieurs et amis à participer à l’enregistrement de Axe To Fall. Sauf que là aussi la surenchère est de mise, la liste de ce who’s who hardcore et metal est beaucoup trop longue pour en faire un tour d’horizon exhaustif. Citons tout de même Steve Von Till de Neurosis toujours aussi impérial au chant. Le problème de ces featurings est que les invités peuvent tellement bien s’approprier le titre sur lequel ils jouent (et qu’ils ont composé en commun avec Converge) que l’on en vient à se demander si c’est toujours du Converge que l’on écoute. Remarque particulièrement évidente à propos de Wretched World, chanson sur laquelle on retrouve l’intégralité du line-up de Genghis Tron. Mais que l’on se rassure tout de suite : Wretched World ne ressemble pas non plus à la diarrhée prog metal habituelle du trio new-yorkais, disons que l’on écoute un hybride mélodramatiquement ralenti et sucré de Converge associé au kitsch insupportable de Genghis Tron… On ne peut pas non plus nier que tous ces invités sont également là pour cacher les limites (admises et reconnues) du chant de Jacob Bannon, donnant un peu de relief vocal à Axe To Fall.
Un dernier mot sur l’artwork très symptomatique - signé Jacob Bannon - qui passe limite sur le recto mais qui se révèle terriblement affreux et répétitif dans les pages du livret (au passage beaucoup trop épais pour des textes aussi basiquement hardcore) : cet artwork est une énième resucée de ce que le groupe de Boston nous a déjà proposé dans le passé, on y reconnaît même des bouts de celui de Jane Doe, là aussi l’imagination est en berne. Converge saura t-il éviter encore longtemps l’écueil du mauvais goût ? Le groupe trouvera t-il un jour de nouvelles sources d’inspirations ? Non, je ne pense pas mais en attendant Axe To Fall réussit son pari d’un hardcore violent mais accessible.

lundi 9 novembre 2009

Un hiver éternel
















Samedi soir. Puisque madame a décidé qu’elle irait voir dans la semaine une pièce de théâtre orchestrée par une metteuse en scène généreuse et innovante au sujet des travaux d’un photographe caladois naturaliste et obsédé par les paysans arriérés, je décide moi aussi d’y aller de ma petite sortie culturelle. Pas de hard core, pas de grind core, pas de doom, pas de noise rock ou de pimpo bimbo bruitiste ce soir. Non, ce soir je vais au Sonic assister à un concert estampillé Télérama (pourtant à ma connaissance il n’y avait qu’un seul instituteur dans le public), Libération (qui lit encore ce torchon de/pour social-traites ?) et Les Inrockuptibles (le journal des futurs lecteurs de Telerama). J’ai l’air de me moquer comme ça mais Winter Family a effectivement bénéficié d’une couverture médiatique dans tous ces canards culturellement bien pensants aussi je suis extrêmement surpris du faible nombre d’entrées - on va dire une cinquantaine - pour une soirée qui promettait pourtant à tout un chacun de s’enrichir les neurones dans la finesse et le bon goût. J’en connais quelques uns également qui avaient promis qu’ils viendraient et qui ont sûrement dû être empêchés de se déplacer à cause d’une avalanche imprévue de houblon dans un rade croix-roussien interlope. Et une fois de plus les absents ont eu tort, terriblement tort (fin des messages personnels).























Je m’apprête ainsi à bien occuper ma dernière soirée du week-end… Quelle idée aussi de rattaquer le boulot le dimanche en fin d’après midi, ce qui au passage va me faire rater Hair Police et The Feeling Of Love à Grrrnd Zero - OK, j’arrête immédiatement de pester contre les branleurs qui ne vont pas aux concerts et je ferme ma gueule*. Donc ça commence avec Perrine En Morceaux, une jeune fille qui chante toute seule (la plupart du temps en anglais) et qui tient un combi sampleur/pad/pédales d’effet en bandoulière. Je m’approche un peu plus près pour écouter/voir/apprécier - rayer la mention inutile, la réponse n’est pas très dure à trouver. Et je vais faire vite parce que là je me sens terriblement hors sujet : Perrine En Morceaux c’est de la chanson légèrement expérimentale sur fond de bidouille électronique et minimale. Elle chante très (très) bien, double, triple, quadruple sa voix grâce à son installation, c’est rigolo deux secondes et d’ailleurs deux secondes c’est le temps qu’elle chante avant de s’arrêter net et de protester officiellement auprès du sondier parce qu’il y a un buzz dans les enceintes qui lui tortille désagréablement les oreilles.
Les chansons de Perrine s’adressent aux fans de Bjork, Camille (et qui d’autre encore ? j’en sais foutrement rien) et lorsque j’en ai vraiment marre de me dire qu’avec la nature de cheveux épais et bouclés qu’elle a elle pourrait sans problème se faire une mise en plis à la Farah Fawcett - l’une de mes idoles sexuelles de jeune garçon seventies - je quitte le devant de la scène pour aller m’accrocher au bar et siphonner quelques bières, juste à côté de l’un des co-organisateur du concert qui a envie de se pendre parce qu’il a déjà compris que ce soir il ne va pas engranger son taf d’entrées pour équilibrer ses comptes. Un chouette début de soirée de merde.























Arrive Agathe Max, l’une des deux principales raisons de ma venue ce soir. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu la jeune femme en concert, seule sur scène avec son violon, ses pédales d’effet et son gros ampli. Je ne compte plus non plus le nombre de fois que j’ai écouté This Silver String, son premier et unique album paru à ce jour, chez Xeric/Table Of The Elements. Et je ne comprends toujours pas les commentaires qui parlent de joliesse (voire de petitesse) et de confort agréable à propos de la musique d’Agathe Max - les gars, réécoutez donc This Silver Strings et retournez la voir en concert la prochaine fois qu’elle passe vers chez vous. Parce que cette musique, placée sous la haute influence de Tony Conrad, est tout sauf jolie et confortable. On peut même dire qu’elle peut faire mal (utilisation des stridences et de la saturation), qu’elle incommode, qu’elle déstabilise aussi parfois, avant de vous ouvrir les oreilles (multiplication des harmoniques du violon amplifié, dissonances et décalages des sons) puis de littéralement vous ensevelir.
Fidèle à elle-même, Agathe Max n’a pas déçu en ce samedi soir, nous offrant une longue pièce avec passages inédits et d’autres où l’on croit reconnaître quelques bribes. Une longue pièce pendant laquelle Agathe Max, majestueuse et aérienne, a imposé sa vision unique, claire et personnelle de la musique, entraînant très très loin le public dans son sillage. Devant tant de rareté je ferme les yeux et me laisse bercer par toute cette beauté fulgurante.























Entre temps les Winter Family sont arrivés au Sonic (ils ont de la famille dans le coin et ont donc raté le début de la soirée). On m’explique que le duo a pris son temps pour faire ses balances et - oh bonheur - qu’ils ont emmené un paquet de matériel avec eux : un harmonium, un orgue, un célesta, des percussions et une platine cassette. Autant Xavier Klaine (l’homme de toutes les musiques) a l’air taciturne et imposant autant Ruth Rosenthal (voix, textes et percussions) est fluette et effacée. La mise en place est un peu difficile sur les deux premiers titres joués par le groupe - orgue trop en avant et donc voix pas assez audible - mais cela va très rapidement aller en s’arrangeant.
C’est peu dire que Ruth Rosenthal est en fait une très grande dame. Une présence saisissante, bouleversante et une voix envoûtante - à la fois monocorde et habitée, comme par un étrange phénomène de distanciation - une voix plutôt dans le registre du récitatif/spoken words avec quelques incartades d’un lyrisme froid et retenu. Les textes sont en anglais (mais assez difficiles à suivre) et en hébreu, langue magnifique s’il en est, intonations rocailleuse et sonorités magiques. Si au contraire du concert d’Agathe Max je ne ferme pas les yeux c’est parce que je suis littéralement hypnotisé par cette petite femme aux si grands retentissements.


















L’émotion est à son comble lorsque le lecteur de cassettes diffuse un vieux discours politique, quand Ruth Rosenthal entonne Auschwitz ou imite le tir des mitraillettes et l’explosion des bombes sur Omaha. Ses textes parlent de toutes les souffrances, pas seulement du problème israélo-palestinien (loin de là), de l’impudence des hommes face à leur soif de destruction, de leur impudeur de pouvoir et de domination. Il n’y a pas de message, juste un effroyable constat sur les souffrances accumulées, le point de non-retour se rapprochant dangereusement et l’espoir ténu d’une nécessaire rédemption. Certainement l’un des plus beaux concerts de toute cette année 2009, une ambiance proche du recueillement - mais absolument pas mortifère malgré les thèmes abordés. Un mélange d’apaisement et de tristesse insondable, d’espoir et de résignation.
Question discographie, le seul et unique album - un double CD - de Winter Family publié par Sub Rosa est épuisé depuis longtemps aussi le duo propose lors de ses concerts des versions CDr de ce disque magnifique. Mais il y a beaucoup mieux : huit des quatorze titres ont été compilés sur un vinyle publié par Marienbad records, intitulé Where Did You Go My Boy ? et dont l’artwork représente la carte d’un pays morcelé et divisé. Une trop vieille histoire. Est également inclus un DVD comprenant notamment le magnifique République, images que je vous invite également à découvrir ici.

* à propos de ce concert raté au Grrrnd, voici les délicieux commentaires qui m’ont été dits et qui me font encore plus râler : Feeling Of Love ça valait pas un kopek mais alors Hair Police, houlala Khanate vs Wolf Eyes qui font en choeur l'apologie de la défonce, ouh mon dieu je suis pas prêt d'oublier! (sic)

samedi 7 novembre 2009

300 Images Sauvages























Pour une fois parlons d’un livre mais attention, pas d’un livre qui se lit pour de vrai avec des mots dedans (une activité dangereuse qui la plupart du temps empêche d’écouter correctement de la musique en même temps) mais parlons d’un livre d’illustrations et pas de n’importe quelles illustrations : 300 Images Sauvages a été édité grâce aux efforts de Barbe A Pop, association on ne peut plus active sur Lyon dans le domaine de l’organisation de concerts et la défense des cultures underground de tous poils et dont on a encore récemment parlé à propos d’un jugement hallucinant dans le procès intenté contre l’affichage libre dans cette ville de lumière et de culture.
Le projet de 300 Images Sauvages est à la fois très simple et ambitieux. Le livre collecte autant de reproductions d’affiches crées à l’occasion de l’organisation de concerts entre les années 2004 et 2009. Un édito souligne qu’il s’agit d’une période charnière à Lyon, consécutive à la fermeture du Pezner, du [kafé myzik] mais avec la naissance de Grrrnd Zero puis du Sonic, mouvement de réorganisation des musiques undeground voyant dans un même temps l’activation de nombreuses associations pour certaines extrêmement dynamiques et imaginatives.
On feuillette donc ce livre dont les illustrations sont plus ou moins classées par concepteur puis par ordre chronologique. Quelques dessinateurs ou bidouilleurs d’affiches attirent l’œil et notre préférence : les collages tellement bien léchés de Nabil, les personnages grotesques et/ou mutants du commissaire et surtout les images de Jüül, certes parfois complètement illisibles mais tellement belles (c’est mon côté gothique qui me fait dire ça). Et puis il y a toutes les autres affiches, celles que l’on n’aime pas, celles que l’on trouve carrément moches… mais qu’importe ? Elles permettent de se rappeler de certains concerts, on regrette de ne pas s’être déplacé à d’autres et éventuellement on découvre des affiches et des soirées dont on n’avait même pas eu connaissance alors. A la fois boite de Pandore et catalogue militant, 300 Images Sauvages est la preuve éclatante de l’hyper activité lyonnaise en matière de musiques souterraines. Presque un manifeste de contre culture dans une ville où - répétons-le - l’évènement de masse, la couverture médiatique et une forte propension à l’autocélébration semblent être les seuls critères retenus par les responsables locaux en matière de politique culturel et d’obtention de subsides.
La réussite du livre ne doit cependant pas cacher les problèmes récurrents qui touchent de plein fouet les organisateurs de concerts underground à Lyon : cette honteuse et inadmissible série de procès contre l'affichage libre par faire court. On ne parlera même pas des convocations au commissariat du coin à chaque fois qu’un voisin ne peut plus entendre sa tv après 20h30 ou faire déjecter son clébard sur le trottoir en bas de chez lui sans croiser un jeune amateur de musique à l’allure forcément louche et dangereuse. Précisons également que bien qu’ayant fêté son troisième anniversaire en avril dernier, le Sonic touchera pour la première fois en 2010 une subvention municipale à hauteur de 10 000 euros (il était temps !), ce qui finalement parait bien peu au regard du travail fourni quotidiennement par cette structure devenue incontournable dans le paysage. Rappelons enfin que Grrrnd Zero sera bientôt au pied du mur : les plaintes du voisinage se multiplient à l’occasion des concerts se déroulant au Rail Théâtre de Vaise (salle dont l’utilisation est gérée par une convention on ne peut plus bancale et qui arrive bientôt à expiration) et le collectif devra également quitter ses locaux vétustes de Gerland prêtés par la mairie à très moyen terme. L’avenir proche n’a donc rien de radieux et de certain. Les acteurs des musiques underground à Lyon ont besoin de bien plus que des promesses vagues et anesthésiantes. Ou alors opter pour le retour à une certaine clandestinité et les concerts quasi privés en appartement.