samedi 11 avril 2009

Nadja / When I See The Sun Always Shines On TV























Impossible de savoir ce qui passe par la tête d’un chanteur/groupe lorsqu’il décide d’enregistrer un album de reprises alors que jusqu’ici il ne se consacrait qu’à ses propres compositions. Entre l’hommage appuyé et la perte d’inspiration aucune réponse n’est satisfaisante, disons que la réponse est aussi facile que le (faux) problème est insoluble. Cette question c’est encore le symptôme du complexe d’infériorité du rocker face au jazzeux ou au musicien de musique classique qui sont avant tout des interprètes. Le rocker n’est qu’une merde sauf s’il arrive à déballer ses tripes sur un parterre de notes dont il a lui-même accouché. Ah bon. Pourtant il y a bien des gugusses incapables d’imaginer un accord et/ou un mot et qui battissent toute une carrière en interprétant ceux des autres. Il y a bien au sein d’un même groupe des musiciens qui composent et d’autres qui se contentent de jouer, tout le monde est content, s’engueule et éventuellement se tape dessus et ça roule très bien ainsi. Non, la vraie question c’est le résultat et dans 90 % des cas le résultat est une catastrophe, que ce soit un album de reprises d’origine diverse enregistrées intégralement par un même groupe ou l’épineuse question du tribute album avec différents contributeurs où là on frise presque systématiquement le grand n’importe quoi.
Lorsque Aidan Baker a annoncé que Nadja publiait un album de reprises intitulé When I See The Sun Always Shines On TV sur The End records, cela n’a strictement rien eu de surprenant. La discographie du groupe regorge de reprises (exemple récent : celle de One Hundred Years de Cure sur Coal Fire, désastreuse compilation/hommage au groupe de Robert Smith publiée par Fear Drop et sauvée in extremis du naufrage par Nadja et Savage Republic reprenant The Hanging Garden) et tout le monde sait bien qu’Aidan Baker est un grand fan de musique. Non seulement il n’arrête pas d’en jouer -et d’en enregistrer…- mais surtout il n’arrête pas d’en écouter. When I See The Sun Always Shines On TV est donc à prendre comme la compilation d’un mec qui a mis dedans quelques uns des morceaux préférés de ses groupes favoris d’adolescent. Après, ça fonctionne ou pas.
Faisons quelques statistiques. Il y a huit titres sur ce disque. Je connais (et aime) quatre d’entre eux dans leurs versions originales : Only Swallow de My Bloody Valentine, No Cure For The Lonely des Swans (existe déjà en version live), Dead Skin Mask de Slayer et Faith de The Cure. J’en connais et déteste un : The Sun Always Shines On TV de A-HA. Je ne connais pas et n’ai pas envie de connaître davantage Pea de Codeine et Needle In The Hay d’Elliot Smith. Reste la reprise de Long Dark Twenties déjà enregistrée par Nadja et publiée en single, sympathique mais anecdotique. Après écoutes, le résultat est inversé ou presque. Seule la reprise de Slayer -ralentie, étirée, évaporée- est excellente. Celles d’Elliot Smith, de My Bloody Valentine et de Long Dark Twenties suscitent un minimum d’intérêt. Celles de Codeine, Swans et A-HA sont totalement dispensables. La version enregistrée de Faith est décevante mais on y revient quand même. Non seulement parce qu’à la base ce titre est tout simplement formidable mais surtout parce qu’on se demande pourquoi Nadja rate le coche, passe à côté d’une réinterprétation magique et se contente de shoegazer la musique des Cure tout comme ce cher Robert se crêpe la touffe avec de la laque monoprix. Alors on imagine ce que Faith aurait pu donner.
A partir de là, When I See The Sun Always Shines On TV est un disque agréable, une parenthèse, une pochade, la marotte/lubie d’un musicien redevenu gamin. On pense également aux titres des chansons que Nadja aurait pu reprendre à son compte, les chansons avec lesquelles Aidan Baker aurait pu commettre quelques éclats (pas des éclats de voix, la sienne est toujours aussi diaphane et plate) ou réussir quelques exploits. Moi, j’aurais bien vu son groupe reprendre How Soon Is Now ? -la prochaine fois peut être.

vendredi 10 avril 2009

Nadja / Corrasion


Nous avons déjà parlé de Basses Fréquences, label spécialisé dans les musiques drone/doom/noise/etc et éditant notamment en mode DIY des CDr emballés dans des jolies petites boites métalliques (c’est la série intitulée Digital Duplicated et référencée en 0.1.1). Le label propose également une série Digital Replicated (0.1.2) comprenant la réédition du très bon I Fall Into You d’Aidan Baker et annonçant deux ou trois régalades pour très bientôt (Elemantaural Research Project). Enfin une dernière série -Analog, soit 0.1.3- s’occupe elle uniquement d’édition de vinyles. C’est sur cette dernière que l’on retrouve Letters, encore un album d’Aidan Baker. Basses Fréquences aime le travail du canadien et c’est fort logiquement que le label a également entrepris de rééditer Corrasion, l’un des meilleurs enregistrements de Nadja.
Comme souvent chez Nadja, Corrasion est le réenregistrement d’une première version datant de 2003 et publiée en CDr à l’époque où Aidan Baker était encore seul aux manettes du groupe. Une première édition CD de ces réenregistrements en tant que duo a été faite par le label polonais Foreshadow en 2007 (cette édition ne comprenant pas moins de trois titres bonus tirés de splits ou de compilations). Celle proposée par Basses Fréquences comprend les quatre titres originaux auxquels ont été ajouté un long Numb jusqu’ici uniquement disponible en tant que face B virtuelle du net single Basefluid. La pochette du disque est gatefold, l’artwork a été sensiblement modifié (et rend dix fois mieux) et c’est un tirage limité à cinq cents exemplaires -dont les cent premiers ont été fondus dans un beau plastique bleu électrique et profond.






















Electrique et profond ce sont aussi les meilleurs qualificatifs que l’on pourrait trouver à propos de la musique de Nadja (qui ne manque pourtant pas de commentateurs plus ou moins éclairés et d’appellations elles aussi plus ou moins contrôlées). Corrasion allie cet éternel soucis de flottement aérien et de gravitation métallique. Ainsi Basefluid finit par développer un riffage lourd et presque menaçant reléguant au second plan les vapeurs fantomatiques s’échappant de la guitare d’Aidan Baker tandis que le boite à rythmes martèle un beat broadrickien de premier ordre. Enchaîné à ce premier titre, You Are As Dust est un deuxième petit hit pour Nadja, conjuguant cette fois attente et un chant à mi-chemin entre murmure rauque et feulement de bête sauvage acculée -une retenue menaçante qui trouve sa conclusion libératrice dans un final à nouveau très inspiré, lent et lourd mais toujours avec ces courants ascendants qui donnent envie de lever la tête et de perdre son regard au loin, un peu lorsque on regarde un détail du ciel par une nuit étoilée.
On retourne la galette pour écouter le morceau titre. Corrasion est essentiellement construit dans le style ambient mais les nappes et bourdonnements tirés des guitares de Baker et de la basse de Leah Buckareff ont tendance à se resserrer alors que la lisibilité du riff qui tournait en rond depuis le début s’estompe : Nadja s’y connaît comme personne pour noyer son auditeur tout en lui donnant l’impression de le sauver du tumulte des flots. Puis Corrasion s’étire mollement vers une fin en pente douce jusqu’à s’éteindre tristement.
Le deuxième disque démarre par Amniotic -encore un titre qui dure toute une face- et qui reprend les choses là où les avait laissées Corrasion. Nadja souffle sur les braises d’un feu éteint depuis peu, une cymbale et quelques coups de caisse claire laissent deviner que la combustion va bientôt reprendre et que le crépitement n’est pas loin. En fait de crépitement Amniotic est une suite de saccades malsaines enrobant un chant dans la même veine que celui de You Are As Dust. La deuxième partie du titre fait tourner un riff qui flirt avec les sommets du spleen avec toujours cette alliance contre nature de la brume et du plomb.
L’album s’arrête là mais la quatrième face de Corrasion est entièrement occupée par Numb, un bon titre bonus quoique plus direct et simpliste que ses prédécesseurs. C’est le morceau le plus ouvertement shoegaze et post quelque chose de ce double LP, fonctionnant un peu trop en pilotage automatique et sans apporter de réelles variations entre le début et la fin (mises à part quelques fantaisies de temps à autre sur la boite à rythmes et une conclusion bruitiste). Derrière la facilité d’une telle construction pointe tout de même l’ivresse angoissante d’une course effrénée dans un labyrinthe sans issue mais pour une fois chez Nadja, on sent bien que c’est un peu pour de faux.

jeudi 9 avril 2009

Les mathématiques pour les nuls























Après la déconfiture de dimanche soir, quoi de mieux pour se remettre d’aplomb qu’un autre concert ? Le problème est qu’en ce lundi il n’y a qu’Aucan qui joue au Sonic et je ne suis vraiment pas très fan de ce trio italien qui allie math rock et synthétiseurs cheap (un premier album bien moyen paru l’année dernière sur le label African Tape). Il y a une blague récurrente qui demande comment dit-on Battles en italien ?-l’humour lyonnais est vraiment détestable… mais les comparaisons sont inévitables dès que l’on daigne jeter une oreille sur les enregistrements de ce trio, enregistrements un peu fades, un peu tristes et dont le manque d’originalité est flagrant et désolant.
Comme Keiko Tsuda -autre groupe (local cette fois) jouant dans un répertoire assez similaire- est également au programme, la décision d’aller jusqu’au Sonic l’emporte finalement assez aisément. Ces jeunes gens sont meilleurs à chaque nouveau concert et jusqu’ici les revoir a toujours été un réel plaisir. Donc pas la peine de se forcer plus que ça pour y aller.
Et question statistiques, l’indécision du public potentiel étant ce qui plombe le plus les organisateurs de concerts, on peut dire que la Noise Academy (l’asso du jour qui a investi le Sonic pour cette soirée) a plutôt eu la main heureuse pour un lundi avec une cinquantaine d’entrées payantes. Ce qui n’est pas toujours le cas.


















Mais il y a un premier groupe avant Keiko Tsuda. Il ne faut pas se fier à ce nom bizarre et vraiment pas terrible rappelant la mauvaise odeur de ce qu’il y a eu de pire dans ce pays dans les années qui ont immédiatement suivi l’explosion alternative : Antiforfora est composé de trois garçons (formation : guitare/basse/batterie avec chant et occasionnellement du saxophone baryton) qui parait il écument depuis déjà quelques bons mois tous les rads de la Croix Rousse. Ce soir c’est leur premier concert au Sonic.
L’écoute des titres mis en ligne sur le monospace du groupe ne donne aucune piste à suivre (mis à part un chant qui attaque souvent dans un registre à la The Ex avant de virer à la braillardise) mais en concert, avec l’assise rythmique très carrée, la guitare en mode répétitif entêté et un son bien compact (grosse basse très efficace) on peut également penser à Helmet. Du punk massif et rythmique.
Les morceaux aux parties instrumentales diluées et ne laissant que peu de place aux voix sont toutefois trop longs, pas assez cohérents et l’incursion du saxophone baryton -celui utilisé par le bassiste m’a l’air d’être un très vieil instrument, presque une antiquité- est maladroite et change inutilement la couleur d’un set qui risquait déjà de manquer d’homogénéité. Toujours en réécoutant les titres en ligne on s’aperçoit que Antiforfora est encore un groupe qui se cherche -mais ils m’ont l’air sacrément jeunes- impression confirmée par le concert qui laissait trop de place à ce sentiment d’indécision et aux tâtonnements. Mort au hasard, place aux mathématiques.


















Je crois que les Keiko Tsuda ont rarement joué en dehors de Lyon (peut être une fois à Chambéry ou à Clermont Ferrand) et ils ont désormais une masse de supporters dans cette ville, supporters dont je fais partie depuis deux ou trois concerts. Ce groupe est une très bonne surprise tant il rafraîchit considérablement un genre éculé et fatigant, le math rock de Don Caballero et consorts, agrémenté pour le coup d’un synthé tout sauf pénible. Le guitariste dispose de tout un attirail (dans ce genre là) lui permettant d’enregistrer, de superposer et de démultiplier des boucles de guitares et de synthé, ce qui ne l’empêche pas non plus de jouer pour de vrai avec ses dix petits doigts, bien au contraire. Il fait face avec tout son bazar à un batteur nerveux et puissant qui évite généralement les poses intempestives et va droit au but.
Ce soir Keiko joue dans la même veine franche et directe, massive et entraînante qu’on connaît au duo. Malgré un début de set calamiteux question son (c’était quoi ce réglage d’ampli guitare coincé en mode robot Moulinex ?) le duo trouve ses marques, les deux se scotchent l’un à l’autre, la connivence est de mise. Le reste -c'est-à-dire des compos bien fournies, mélangeant mélodies correctement troussées et explosions d’énergie- suit naturellement, même le passage en double tapping (plus fort que ce gros bâtard d’Eddie Van Halen) requière toute l’attention sans susciter les moqueries d’usage face à ce type de pratiques pourtant prohibées par l’éthique et le savoir-vivre le plus élémentaire.
Rappelons que Keiko Tsuda a enregistré huit titres disponibles en CDr ou bien téléchargeables gratuitement à cette adresse.


















Dernier groupe de la soirée, Aucan a décidé de jouer par terre devant la scène afin de disposer de plus de place (sur la fiche technique du groupe il est spécifié que les italiens ont besoin d’une scène d’au minimum quatre mètres sur trois). C’est vrai qu’ils prennent de la place avec leurs deux synthétiseurs. On ne va pas tarder non plus à se rendre compte que ces deux instruments prennent encore plus de place que ce que l’on pouvait craindre.
Dans les grandes lignes la musique d’Aucan est similaire à celle de Keiko Tsuda sauf qu’il y a un musicien en plus. Dans la réalité le math rock bontempi d’Aucun ne décolle jamais, est d’une mollesse ennuyeuse, plein de trous et de vides que le groupe ne parvient jamais à combler. La musique d’Aucun se veut savante, pleine d’attente et de suspens avant l’explosion mais celle-ci ne vient jamais. Le pire c’est peut être le son des deux synthétiseurs et les mélodies seventies/érotiques qui en sortent -on croirait entendre de la bonne vieille musique tiré d’un boulard avec gorge profonde. Les deux guitaristes passent plus de temps à taquiner leurs claviers qu’à astiquer leurs manches de six cordes ce qui est bien dommage, cette mode du tout synthétique sauce prog dans les étoiles commence sérieusement à lasser.
Si on se demande pourquoi il n’y a pas qu’un seul groupe de math rock sur cette terre puisqu’ils semblent tous jouer la même musique, la réponse est toute simple et se trouve dans ce concert : d’un côté Keiko Tsuda, groupe inventif, dense et dynamique et de l’autre Aucan et ses synthés pornographiques et sa mollesse d’exécution. Au petit jeu de la comparaison, il n’y avait aucun doute (mais je veux bien admettre que les italiens étaient juste fatigués par leur tournée ou simplement de mauvaise humeur).

mardi 7 avril 2009

Des jeunes gens post modernes (et saouls)























A nouveau direction la moquette et les chiottes sans lumière du Grrrnd Zero pour un concert du dimanche soir -les meilleurs, ceux qui te donnent l’illusion de prolonger un peu plus le week end, surtout lorsque tu ne bosses pas le lendemain (haha)- avec une affiche partagée par trois groupes totalement inconnus de nos services (même en cherchant bien au fin fond de la poubelle à mp3 ou d’une mémoire souvent déficiente).
Bien qu’arrivé à huit heures et demi tapantes avec cette ponctualité désormais proverbiale, je rate le tout début du concert de Filia Motsa, dynamique duo nancéen batterie et violon, tout absorbé que je suis par une conversation incroyable sur les débuts en concert au Wolnitza et à quinze ans d’un guitariste/batteur local qui depuis a effectué un sacré bout de chemin -au point de se retrouver sur le sampler accompagnant le numéro 302 de The Wire, la bible des hipsters français qui ne savent pas lire l’anglais. Mais trêve de peopleries.

















Filia Motsa. D’emblée la comparaison avec les montréalais d’Hanged Up est évidente (même formation, même genre d’énergie) mais on oublie rapidement ce genre de détail tant l’exécution est prompte et vigoureuse. Le batteur est un sacré animal qui ne ménage pas ses efforts, aussi doué pour les petits roulements qui font chavirer que pour les rythmiques élastiques. La violoniste est tout simplement extraordinaire. Elle possède un son ample, caverneux (j’ai oublié de m’intéresser à ce qu’elle avait comme pédales d’effets) mais aussi chaud et chargé de brillance, gonflé par l’écho mais pas trop, juste ce qu’il faut pour donner suffisamment de profondeur sans affadir les angles.
Inutile de dire que j’aime énormément le violon. Dans Filia Motsa celui-ci se révèle d’une richesse harmonique et d’un entrain maléfique à vous donner envie de vous damner. Quelques mélodies rappellent les incursions folkloriques d’un Tom Cora dynamisant comme plus jamais après le punk chaotique d’un The Ex. Elles rappellent surtout l’univers d’un Fred Frith, plus particulièrement Skeleton Crew (encore un groupe avec Tom Cora). Les deux derniers titres joués sont exactement dans cette veine assez parfaite, entre terroir enflammé et rêverie ascensionnelle. Une bonne découverte.


















Le deuxième groupe s’appelle Mijotron, également de Nancy. On y retrouve le batteur et la violoniste de Filia Mosta auxquels se sont ajoutés un bassiste et un guitariste. On y retrouve également le même genre d’énergie communicative bien que Mijotron joue sur le terrain beaucoup plus casse-gueule des morceaux à rallonge. Les titres sont joyeusement stupides -Bertrand Cantal- et semblent tous avoir un rapport avec la bouffe. C’est le bassiste, bavard et doté d’un humour de fin d’étude, qui y va de ses petits commentaires entre chaque morceaux, remerciant au passage les deux Filia Motsa d’avoir bien voulu accepter d’être le backing band de Mijotron (!).
La musique du quatuor est assez complexe bien que reposant systématiquement sur un entrain et une vivacité jamais démentis avec mélodies chiadées oubliant de tomber dans l’ornière du post rock symphonique à la Godspeed et menée par le bout du nez par cette violoniste décidément incroyable. Derrière la rythmique plante parfaitement le décor. Chacun y va également de son importance mélodique, la basse est loin d’être en reste, sinuant bien au-delà des frontières du rôle moteur auquel elle est habituellement cantonnée tout en conservant ce rôle fédérateur qui est le sien dans 90 % des groupes rock (hum).
Il n’y a que la guitare qui me gène un peu, plus précisément le son de la guitare, pas assez incisif, trop mou et trop propre, parfois trop accentuée vers le lyrique, trop prog (?). De même les passages ralentis systématiquement alternés avec des envolées massives ou des mélodies à tiroirs rappellent trop des territoires musicaux sur lesquels la seule chasse autorisée et possible est le ball-trap avec galettes de vinyl comme cibles mouvantes. C’est dommage parce que lorsque Mijotron arrive à se décomplexer et à se lâcher un peu plus, la musique du groupe devient tout de suite bien plus passionnante. En résumé : plus de punk et moins d’intentions trop explicitement avouées ce serait pas mal.

















Si j’avais écouté la musique des suédois de Tar... Feathers avant d’assister à ce concert, je ne me serais sûrement pas déplacé. Mais, justement, je n’ai pas écouté. L’installation du groupe est quelque peu intrigante : outre une guitare et une basse, on trouve un clavier et une batterie incomplète disposée étrangement. Pas de grosse caisse et une pédale charley orientée vers l’extérieur. Les percussions sont partagées entre un batteur (qui ne fait pas grand-chose mis à part s’occuper de la caisse claire et de deux cymbales) et le claviériste qui tapote la pédale et les mêmes cymbales que son petit camarade en alternance avec son synthé -en clair cela donne ça.
Le son du synthé parlons-en, il évoque la période bontempi de Depeche Mode -ou si on préfère Erasure- tandis que la guitare n’est elle par très éloignée de celle de Robert Smith à la première période des Cure. Tar… Feathers est un groupe gentiment revivaliste, emmené par un chanteur/guitariste tout en blonditude et à moustaches. Un groupe de jeunes gens post modernes comme il en pullule actuellement et qui pratique une new wave rétrograde essayant d’être dansante. Pour le côté dansant c’est réussi à plusieurs reprises quoique l’on peut réellement se demander pourquoi il y a un gugusse chargé presque exclusivement de s’occuper de la charley et incapable d’en tirer ce petit contretemps qui donne toujours envie de se déhancher. L’absence de grosse caisse peut également paraître préjudiciable au groove, heureusement que le bassiste allonge des lignes impeccables, il est au passage le seul musicien assurant un tant soit peu au sein de Tar… Feathers.






















Pire, le groupe fait des pains à profusion, frisant la cacophonie et cela fait bien rire tout le monde, il faut dire que nos quatre suédois sont particulièrement bourrés. Tellement bourrés qu’ils sont également complètement décomplexés et qu’ils jouent à l’arrache leurs hymnes désabusés et drolatiques. Une grosse partie du public est partie en courant, celles et ceux qui sont restés sont des fans acharnés ou alors aussi raides que les membres du groupe. Je ris jaune devant tout ce gaspillage, nul est le mot qui me revient systématiquement à l’esprit. Vraiment nul. Nul et pourtant singulièrement fascinant, pour une raison que j’ignore et qui m’échappe, peut être cette incroyable capacité à tout faire foirer et à s’en foutre royalement comme si rien ne comptait, comme si rien n’étais important. Danse la décadence.
Je m’éloigne gentiment et poliment sans pour autant me résoudre à partir du Grrrnd Zero. Toujours cet attrait pour la lose. J’entends donc toutes les blagues de chanteur de Tar… Feathers, j’entends toutes les apostrophes de ce qui reste d’un public gonflé à bloc et j’assiste à la déliquescence finale en forme de ruée vers le bar. En partant j’entends quelques notes de guitares et quelques battements effrénés qui me redonnent des couleurs, SoCRaTeS répète au milieu de la nuit un peu plus loin dans les mêmes locaux. Cela me suffit pour comprendre toute la différence entre ce que j’aime et ce que je n’aime pas.

vendredi 3 avril 2009

A Storm Of Light & Nadja / Primitive North




















Voici l’objet le plus hype du printemps : un double split album réunissant A Storm Of Light et mes chéris de Nadja dont nous n’avons pas parlé depuis beaucoup trop longtemps -quelle honte. Primitive North contient donc deux galettes fondues dans un plastique épais de couleur marron foncé et marron clair/rouge auxquelles est joint un CD bonus qui contient lui l’intégralité des deux disques précités. Cette parution soignée et prestigieuse est l’œuvre du label Robotic Empire qui nous a déjà habitués à de tels exploits (en remportant entre autres la palme du plus beau disque de 2008 avec le Meanderthal de Torche).
L’artwork de la pochette gatefold laisse cependant un peu dubitatif. Dans le meilleur des cas et sans faire preuve de trop de mauvaise foi, on pourrait affirmer qu’il est digne d’une peinture de carrosserie pour tracteurs de poids lourds réalisée de main de maître et à l’aérographe par un ami indien peu scrupuleux question bon goût. Si on est vraiment allergique et méchant cette fresque écolo-gothico-polaire imaginée par Josh Graham et intitulée The River Of Time pourrait juste être qualifiée de rip-off nauséabond des pochettes de disques de groupes de prog 70’s et 80’s (Asia par exemple, quoique ce groupe donnait plutôt dans le dragon des mers ou le jardin d'eden baba futuriste). Cet artwork n’est cependant pas totalement laid. Il est simplement d’une froideur abominable, suinte le job à l’ordinateur et renvoie à toute la débauche technologique dont nous abreuve le cinéma à grand spectacle actuel : multitude des détails, saturations des effets, surabondance des volumes et violence des contrastes mais aucune, absolument aucune poésie (ce que semblait pourtant sous entendre le titre de l’œuvre).
Mais le plus important, c’est bien la musique n’est ce pas ? Le premier disque débute par deux titres d’A Storm Of Light, Brother et Sister. A Storm Of Light c’est également le groupe de Josh Graham (oui, toujours le même) plus connu pour ses activités visuelles et graphiques au sein de Neurosis et membre de Battle Of Mice et ex Red Sparrows. Le doom mélancolique et tristounet du groupe (rien que le sifflement du vent en intro…) est imbuvable. Lenteur crépusculaire, chant ultra faux de mort-vivant spécial école des fans gothiques sur les passages en voix claire -en général on s’en fout qu’un type chante faux, du moment qu’il ne se prenne pas au sérieux or là c’est exactement le cas contraire : les lignes de chant puent la prétention et la préciosité. Une liste de très gros défauts à laquelle il faut rajouter une inspiration zéro question musique. Plus d’un passage de Brother et de Sister fait penser à du My Dying Bride mais en beaucoup moins bien (c’est dire…) et on s’ennuie face à tant de pathos et de dégoulinade. Le plus triste c’est que Vinny Signorelli -Of Cabbages And Kings, Unsane, Swans, Foetus, etc- a participé à cet enregistrement, mais qu’est il donc allé faire dans cette galère ?
On retourne le disque pour se retrouver en compagnie de Nadja. Avec I Make From Your Eyes The Sun, le duo nous refait le coup de la longue intro planante (option piano) avant l’arrivée des guitares métalliques mais vaporeuses et du final répétitif jusqu’à l’étourdissement. Contrairement à Josh Graham, Aidan Baker sait qu’il chante comme un pied et qu’il n’a pas de voix -ce qui n’empêchera pas Nadja de publier When I See the Sun Always Shines on TV, un album de reprises, le 28 avril prochain sur The End records- aussi il prend bien soin de noyer celle-ci sous un monceau d’effets, le même traitement qu’il fait subir à ses nappes de guitares et qui a valu à son groupe cette appellation de metal shoegaze. Lorsque guitares et rythmiques se mettent en mode compression absolue sur les douze ou treize dernières minutes de I Make From Your Eyes The Sun, on retrouve instantanément l’attrait lysergique et enveloppant de la musique de Nadja -voilà assurément l’un des meilleurs titres du groupe.
On change de disque pour écouter la troisième face de Primitive North. Celle-ci débute par un remix du Brother d’A Storm Of Light par Nadja. Fort intelligemment les canadiens ont opté pour la version instrumentale en squeezant le chant de Graham et en privilégiant le tout guitare -merci ! En accentuant sur le côté grésillant, la saturation des six cordes gagne un supplément d’âme bienvenu. La rythmique s’intensifie elle aussi, allant jusqu’à flirter avec la lourdeur swanesque. La musique d’A Storm Of Light devient plus familière, certes toujours aussi peu originale mais finalement ça passe. Désolé Josh mais il vaudrait mieux pour toi -et pour nous- que tu fermes ta gueule définitivement. L’autre titre de cette troisième face est logiquement un remix de Nadja par A Storm Of Light et c’est à nouveau une bonne surprise avec cette version ralentie menée par une basse distincte et limite dub. Plein de petits bruitages indus agrémentent le tout et le tour est joué malgré le maniérisme plus sombre que moi tu meurs.
Reste la quatrième face de ce double LP. Celle-ci est complètement vierge de sillon mais est gravée d’un dessin représentant une montagne entourée de zigouigouis mi tribaux mi végétaux avec cette phrase : The river of time swallows us. Un peu dur à avaler quand même.

jeudi 2 avril 2009

Hey! Tonal


Vous détestez Kevin Shea ? Ça tombe bien, moi aussi. Bien sûr je ne parle pas de la personne mais du musicien : j’attends toujours d’assister à un bon concert de Talibam! et je ne parle même pas de Get The People (inintéressant sur disque, déjà un peu mieux sur scène). Désormais il faut aussi que je me fasse violence pour déguster les enregistrements de Storm And Stress de peur d’y retrouver trop de ce jeu de batterie qui me hérisse le poil et me tanne le cortex. Non pas qu’écouter Kevin Shea dans la position du gros pépère avachi dans son salon soit une mauvaise expérience en soi mais l’avoir vu jouer (plusieurs fois) en live me fait toujours me poser les mêmes questions -ce type sait il ce qu’il joue ? est ce qu’il entend l’autre type qui joue à côté de lui ?- et m’amène invariablement à la même réponse : non. Ceci dit j’ai un peu le même problème avec Zach Hill (de Hella). Il y a toujours quelque chose qui me gène avec ces musiciens qui allient déconnade du barouf et musique savante, il y a toujours un truc qui ne colle pas entre la décontraction du branleur et le musicien qui assure sa race (exceptions notoires : Lightning Bolt, Pneu… liste non exhaustive). Passons.
Lorsque le premier album de Hey! Tonal a débarqué j’ai donc eu un peu peur. Kevin Shea y joue de la batterie. On y retrouve également Mitch Cheney -ex Rumah Sakit, ex Sweep The Leg Johnny mais également cofondateur d’African Tape, le label responsable de la sortie de ce disque de Hey! Tonal et dont on a déjà parlé il y a peu à l’occasion de la parution de Oh My Satan, le deuxième album de Passe Montagne. Quant aux trois autres musiciens qui jouent sur ce disque sans titre, je n’en connais aucun -Dave Davison, Alan Mills et Theo Katsaounis- et ne sais vraiment rien d’eux ou n’apprécie pas forcément leurs autres groupes (Joan Of Arc…).




















Cinq musiciens suffisent ils à former un groupe ? Assurément oui, c’est même plus que nécessaire. Pourtant Hey! Tonal n’est pas vraiment un groupe à proprement parler pas plus que ce premier enregistrement n’en est réellement un au sens classique du terme. On parle bien de musique là mais il faut préciser que nos cinq garçons habitent à des (milliers de) kilomètres les uns des autres et que tout le processus d’enregistrement s’est fait à distance, de façon parcellaire par échanges de fichiers informatiques de données et ce sont Mitch Cheney et Alan Mills qui ont mélangé tout ça dans leur shaker, assemblé le bordel et mixé pour un résultat disons le tout de suite étonnant et très réussi. Un vrai disque de studio ou plutôt un disque de laboratoire avec fécondation in vitro en guise de processus et ordinateur comme couveuse. Et c’est là le coup de génie de Hey! Tonal : avoir su créer artificiellement une musique qui se tient et qui surtout tient l’auditeur en haleine.
La principale réussite de l’album c’est surtout d’avoir su utiliser Kevin Shea (encore lui !) à bon escient. C’est lui qui a été enregistré en premier, ses battements ont servi de base à tous les autres musiciens -ce qui n’est pas sans une certaine logique et c’est même une démarche au final assez classique pour un enregistrement- et Mitch Cheney a réussi à magnifier son jeu façon free jazz break beat (et un peu casse-couilles) en une forme de boite à rythmes mi humaine mi robotique, à la fois compulsive et infaillible, chaotique et métronomique.
Ce que l’on entend sur ce disque sans titre est assez indescriptible (tu perds ton temps, cette chronique ne sert vraiment à rien, arrête-toi tout de suite de la lire) parce que bien trop riche au niveau sonore pour arriver à faire le tour de la question en deux ou trois formules bien torchées. Disons qu’il y a du math rock là dedans, du free foxtrot, du post jazz et du neo prog, du paso doble atomique… c’est beau les étiquettes, hein ? Cette musique est -cela me fait mal de l’admettre- à l’image du jeu de Kevin Shea, crépitant sans cesse de mille petites étincelles soniques. Par instant cela fait un peu le même bruit que lorsque on verse quelques gouttes d’eau froide sur une poêle à frire chauffée à blanc. Et les textures de guitares -parce qu’il vaut mieux parler ici de textures que de riffs, le traitement des six codes frisant même parfois la bidouille électronique- vont dans le même sens, celui de micro explosions délurées comme s’éparpillant dans un espace clos, rebondissant les unes contre les autres dans un flipper multidimensionnel pour revenir former un tout, protéiforme, éphémère, insaisissable mais passionnant. Foisonnement des détails et complétude taillée dans la masse. L’écoute au casque de ce disque est proprement vertigineuse et malgré l’ébullition perpétuelle de sa musique, Hey! Tonal installe une ivresse proche du bercement.
Mention spéciale au tout premier titre, If Flash Gordon Was A SK8R, et surtout à son final avec un peu de voix et quelques notes de trompette, à vrai dire l’un des rares moments du disque où Hey! Tonal n’est pas en mode essorage mille tours minute : il y a une douce tension qui plane à ce moment précis, presque de la poésie en suspens et je n’ai pas pu alors m’empêcher de penser au meilleur de Cheer Accident, le groupe de Thymme Jones, qui est peut être la seule chose à laquelle Hey! Tonal pourrait être un peu comparé.