samedi 6 septembre 2008

Alcool, meccano, bayou, moussaka et kétamine

























Changement radical de décor jeudi soir et changement de style pour la rentrée du Sonic, le genre d’endroit où il fait bon boire de la bière (à retardement) et écouter de la musique qui fait peur. Malgré les orages violents et la traditionnelle grève des bus du début du mois de septembre, quelques têtes se sont déplacées, quelques retrouvailles donc et surtout le plaisir d’aller au concert, cette expérience étrange, à la fois sociale et solitaire, qui n’a rien à voir avec écouter de la musique compressée devant un ordinateur. Le programme de la salle pour le mois à venir est plutôt alléchant et quelques prévisions pour les mois suivants me donnent déjà des orgasmes à répétition (Nadja par exemple… et oui !).
Mais nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, place à 300 mA, cela se prononce [trois cents milliampères], l’un des nombreux projets de Damien Grange, l’homme de Chewbacca, Bronzy MC Dada, -1, Rature -j’en ai oublié ?- accompagné de Jean François Plomb et place également à k.a.n.t.n.a.g.a.n.o., le nouveau groupe de Jonathan Parant (de Fly Pan Am et Feu Thérèse) et d’Alexandre St Onge, le dandy québécois de la musique expérimentale. L’orage transperce la surface de la Saône de millions petits cratères de pluie, amis poètes et mélomanes du soir, le concert va pouvoir commencer. 

























Damien Grange, fidèle à ses habitudes, aime bien jouer dans la pénombre. Ce sera donc aussi le cas avec 300 mA, un drôle de duo associant une vision du blues marécageux vraiment roots et des bricolages aux atmosphères déglinguées, proche de la musique expérimentale industrielle, quelques part entre un Zoviet France non ethnique et la micro métallurgie d’un Pierre Bastien ou d’un Pierre Berthet. L’association entre Damien et Jean François Plomb (artiste sonore et plasticien, le genre d’appellation contrôlée à faire fuir toutes les personnes de bon goût mais dans son cas, cela veut réellement dire quelque chose) n’est absolument pas étonnante : elle fonctionne parfaitement, dès le début du concert, avec une petite magie circassienne sans doute due aux valisettes amplifiées et bricolées à l’aide de moteurs et mécanismes automatiques et grâce, également, au souffle d’un cornet au son légèrement déformé.
Damien chante comme un shaman sous peyotl, joue du cornet (donc), de l’harmonica, du banjo, bidouille deux ou trois choses sur une table de mixage placée à sa gauche tandis que Jean François lance ses petits mécanismes, fait des percussions, gonfle des ballons, souffle dans des trucs non identifiés. Le blues microscopique et pointilliste de 300 mA repose sur peu de choses, équilibre précaire et tendu, Tom Waits meets Geo Touvetout, rudesse du chant et sécheresse du banjo contre raclements industriels et esclandres mécaniques. A l’image des toupies qui tournoient sur des plaques de métal ou des baffles, la musique de 300 mA est hypnotique, captivante. Elle est surtout profondément organique, ces machines n’en sont pas tant que ça. J’aurais seulement préféré que le duo joue un peu moins longtemps : certaines redites par ci par là, et avec elles la lassitude de l’auditeur paresseux. Quelques trous font donc leur apparition dans un intérêt qui se fêle, ce concert aurait été vraiment très bon avec une vingtaine de minutes en moins. Lorsque j’ai évoqué avec l’un des deux musiciens le formidable disque de Pierre Berthet avec Frédéric Le Junter (chez Vand'oeuvre) comme l’un des référents possibles à la musique de 300 mA, j’ai essuyé une petite moue (personne n’aime être comparé, ça je le comprends aisément) mais, bien que ce soit forcément restrictif, il y a bien de ça, quelques pistes communes parcourues certes de manières différentes.


















A peine le deuxième album de Feu Thérèse était il publié que l’on apprenait que le groupe avait déjà splitté. C’était d’autant plus énervant que des enregistrements live laissaient deviner de longues tirades hypnotiques influencées par un rock choucroute allemand bien digéré et à l’exact opposé des ritournelles au glucose poppy de l’album. L’annonce d’un nouveau projet monté par Jonathan Parant et Alexandre St-Onge (également dans Shalabi Effects) constituait donc une très bonne nouvelle. k.a.n.t.n.a.g.a.n.o. pouvait éventuellement promettre le même genre de débordement compulsif et répétitif.
C’était sans compter sans le sens de l’organisation des Québécois qui comme beaucoup de groupes/musiciens d’outre-Atlantique profitent de l’opportunité des concerts pour faire un peu de tourisme sur le vieux continent. Une bonne idée en soi mais dont la première conséquence sera que les trois membres de k.a.n.t.n.a.g.a.n.o. (le troisième s’appelle Alexander Wilson) voyagent léger : pas de percus, pas de guitares -juste des laptops, des claviers et des boiboites d’effets. On apprend également que le groupe aurait l’intention de ne pas jouer à la manière de k.a.n.t.n.a.g.a.n.o. mais de réinterpréter une oeuvre solo de chacun de ses membres. En fait nous aurons droit à un seul titre, où tout s’enchaîne. La première moitié du set est catastrophique, sons de synthétiseurs tirés d’un best of the worst de Vangelis, mélodies pour ralentis cinématographiques, voix de castras amphétaminés -barbant et répulsif. Surtout c’est vraiment frustrant de voir Jonathan Parant sur une scène sans sa guitare, planqué derrière un ordinateur portable sur lequel il n’a pas l’air de faire grand-chose (cela me rappelle toujours cette anecdote amusante qui voulait qu’à l’aube de 90’s Alan Wilder passait son temps à envoyer des fax pendant les concerts de Depeche Mode). Les voix s’emballent de plus en plus, montent davantage encore dans les aigus, Nana Mouskouri vient de rejoindre Vangelis sur scène et je ne suis pas loin de me réfugier définitivement du côté du bar.


















Mais c’était sans compter sur ce sacré vieux ferry-boat qui se décide enfin à appareiller pour quitter définitivement Mykonos, ses sandwichs à la grecque et autres plaisirs interdits pour rallier quelques contrées légèrement plus sombres et surtout plus exaltantes. Les sons se durcissent, les voix s’amenuisent, Alexandre St-Onge daigne se servir de la basse qu’il avait jusqu’ici posée sur ses genoux, il ira même après divers gratouillis free jusqu’à nous pondre quelques arpèges que les sourds et les jeunes incultes qualifieraient trop facilement de post rock. La fin voit carrément l’apparition d’un semblant de rythme, digital certes, mais qui fait franchement du bien. Je me suis donc à nouveau rapproché de la scène pour goûter d’un peu plus près à une musique qui sans révolutionner quoi que ce soit (et qui ne m’a surtout pas donné envie de tourner en moi-même aussi vite que les effluves d’alcool me l’auraient permis) devient audible voire bonne. Mais une déception quand même. La prochaine fois les gars il faudra revenir avec un peu plus de matos et de bonnes idées et, promis, je me chargerai de la kétamine.

jeudi 4 septembre 2008

Baygon vert ou Baygon jaune ?






















Je ne suis pas un si mauvais cumulard : je m’étais concocté un programme de ministre des affaires sociales et du temps perdu pour la fin de journée du mardi 2 septembre et j’ai plutôt bien fait. Après une rentrée des classes rapidement torchée et une journée passée à ne rien faire, rendez-vous dans un bar de la branchitude croix-roussienne avec deux camarades houblonneurs -les deux ou trois sujets de conversation qui s’imposent concernent bien évidemment le cul et surtout la musique alors que la bière coule à flots (je me bouche les oreilles dès que le match O.L./A.S.S.E. du dimanche soir est évoqué mais je ris quand même sous cape de l’infortune des perdants). Le mardi c’est permis. Je préviens qu’il est hors de question pour moi de ne pas aller au concert de The Locust, c’est un peu la rentrée ce soir, et surtout pour rien au monde je ne voudrais non plus faire l’impasse sur Fat 32, un impressionnant duo local de bordel organisé.

















 


Comme à leur habitude, les deux Fat 32 jouent par terre, devant la scène. Le seul moyen de les voir et de les entendre correctement c’est donc de se placer tout devant ou bien de monter sur la scène. C’est là que je me retrouve pour admirer une performance du groupe encore meilleure que celles auxquelles j’ai déjà assistées. Le paysage est plutôt pas mal, vu sous cet angle, avec ses piliers et son plafond en béton la salle ressemble à une vieille friche industrielle, on s’y croirait.
Fat 32, si je ne m’abuse, est une énième émanation du collectif Undata et consiste en un duo clavier/batterie spécialisé dans la haute voltige free et les cabrioles cartoonesques. C’est évidemment très influencé par le Fantômas de Mike Patton (sans guitare et sans basse) mais oserais-je dire que c’est bien mieux ? Oui, allez hop, j’ose. Voilà ce que l’on pourrait appeler du game core de grind boy: c’est ludique à s’en faire péter la sous-ventrière, c’est incroyablement fluide, sûrement très technique mais on a du mal à s’en rendre compte devant tant d’entrain infernal et de joie de vivre. A la tienne. Il semblerait que les sons utilisés par le garçon aux claviers aient un peu durci, le côté -hum- festif est toujours là mais rien de vulgaire ici -malgré le recours à quelques ritournelles mondialement connues pour faire monter la sauce- et je suis donc définitivement conquis par la déferlante de rythmes et de sons tordus. Anecdote people n°1 : le batteur s’est fait couper les cheveux et cela lui va très bien. Anecdote people n°2 : lorsque le lendemain matin à l’heure du petit déjeuner j’ai raconté ce concert, la première réaction familiale autour de la table a été Fat 32 ? on dirait le nom d’un groupe de rap. Ouais, c’est bien le seul défaut que je trouve à ces mecs.
















 

C’est la pause clope et bière en extérieur, non pas parce qu’il est strictement interdit de fumer entre les murs mais il règne une chaleur tellement intense là dedans que même sans bouger n’importe qui se met à suer. Comme à mon habitude je me suis à nouveau transformé en gros monstre puant, cet air frais et cette bière un peu éventée me font le plus grand bien.
J’apprends que j’ai raté le premier groupe et que le premier groupe n’était autre que Radikal Satan (pour se faire une idée de la musique de ces argentins expatriés, autant aller du côté des Potagers Natures ici, et ) accompagné d’un chanteur néerlandais (?)
Austin Townsend -j’ai alors quelques regrets, éphémères et vite effacés par la sévère bandaison que vient de me procurer Fat 32, oui je me répète. Place au troisième groupe de la soirée, Warsaw Was Raw, un trio français qui a effectué toute la tournée avec The Locust et dont le très bon label Rejuvenation records s’apprête à sortir un CD 3 pouces (ou un EP pour les accros du vinyle). En plus d’être les rois du jeu de mot contrepétrique Warsaw Was Raw est doté d’un batteur énervé, d’un guitariste énervé et d’une chanteuse ultra minijupée et (très) énervée. Le groupe joue sur la scène comme pour de vrai, du coup l’ambiance change avec cette vue imprenable sur un faux plafond en polystyrène ou autre, on se croirait dans une vieille salle des fêtes perdue dans une ZUP délaissée par toute forme de progrès social. Musicalement Warsaw Was Raw serait plutôt du côté d’un hard core à la fois grind et crust, ça joue très très vite, les titres sont très très très courts mais il est difficile de se faire une bonne idée parce que le concert dure à peine plus de dix minutes (allez, un quart d’heure), tout juste le temps de prendre trois photos du groupe et de retourner s’aérer une nouvelle fois avant l’arrivée des stars de la soirée.





















Dire que j’avais longtemps à l’avance noté ce concert sur mon petit calendrier (à la date du 2 septembre : The Locust) en étant persuadé que j’allais assister à un concert de Lightning Bolt. C’est ce qui s’appelle prendre ses désirs pour des réalités, j’ai même balancé sur un site/forum la (fausse) venue du couple Chippendale/Gibson, haha, quel con. A ma décharge je pourrais préciser que je suis autant fan de Lightning Bolt (qui viendront tout de même en France au mois de novembre) que The Locust me laisse froid. C’est comme ça. Depuis la découverte des fêlés de San Diego sur un split single partagé avec les trop regrettés Arab On Radar je n’ai jamais été séduit plus que ça par leur grind noise bontempi, préférant même les premiers disques aux plus récents, trop laborieux.
Nos quatre sauterelles déjà en tenues de combat ne mettent pas longtemps à s’installer, ça sent le professionnalisme et la quadrature logistique. A peine le premier titre interprété -que dis je, les premières notés jouées- le public se soulève en une grosse vague mouvante et virulente, qui a dit que la jeunesse de ce pays n’aimait pas le sport ? La musique de The Locust se prête au défoulement, violence lourdement intense malgré le fait que le groupe assaisonne le tout de plans tordus et de breaks improbables et joue plutôt sur le format court (un titre, moins d’une minute). C’est très bien mis en place même si on sent que The Locust se repose parfois complètement sur des automatismes.
Je m’amuse plutôt malgré les coups que je reçois de la part de quelques agités du slam (difficile de parler de stage diving lorsque la scène mesure à peine quarante centimètres), le batteur -placé devant parce que The Locust joue en ligne- réclame un peu de compréhension, arrêtez de sauter sur ma grosse caisse les gars, ça dérègle mon jeu de double pédale, le célèbre bassiste/chanteur Justin Pearson exhibe un instrument tout de plastique transparent et très laid dont il se sert avec une dextérité certaine, le guitariste n’est pas en reste, il n’y a que le clavier/bidouilleur que l’on entend pas assez, sauf vers la fin du concert lorsqu’il se décide à envoyer une fréquence continue plutôt désagréable alors que ses collègues font eux silence. Mais n’est pas Merzbow ou Karkowski qui veut. Je décroche de ma place au premier rang à la moitié du concert (plutôt inhabituellement long pour The Locust : au moins quarante minutes) pour suivre la suite des évènements de plus loin parce que même si j’aime la violence musicale et l’hystérie électrique je déteste le sport et The Locust me fait penser à des athlètes performers dopés à la coke diluée dans du Red Bull. Amusant mais lassant. Ovation de fin de show, le public est content, il a eu ce qu’il voulait. Une conversation me confirme qu’il n’y aura pas de concert des Melvins à Lyon cette année encore et que la date prévue pour Flipper est quasiment annulée. Shit happens comme dirait l’autre.

mardi 2 septembre 2008

Pneu / Pince Monseigneur


















J’en ai marre de Head records. Voilà un label qui me fait vraiment passer pour un con. L’album de Goodbye Diana était déjà une bonne surprise mais que dire de celui de Pneu ? Et oui, encore du rock instru mais du comme je l’aime, celui qui en met de partout, qui pète trop fort dans les culottes blanches, à la Hella ou, plus récemment, Planets. Déjà, Pince Monseigneur est un objet magnifique, petit CD dans une joli pochette sérigraphiée et avec un patch de tête de mort à cornes dedans (de couleur rose, j’ai déjà failli me le faire piquer par mes filles). Du bon et du beau boulot, quoi. Et rien d’autre.
Oui mais le disque ? Ah, ce putain de disque me met le sourire dès le matin, c’est celui là que j’écoute en priorité lorsque je suis décidément trop en retard et qu’il faut que je trouve une motivation quelconque pour me lever quand même. Et pourtant, pourtant Plongée en A, le titre introductif, est en deçà et pourrait faire dire à n’importe quel grincheux (un grincheux c’est un type à lunettes qui se rase la tête et qui porte la barbe) que ce disque va être chiant à en mourir. Et bien non grincheux, c’est toi qui va mourir. Tu va mourir et tu n’auras même pas le temps de t’en apercevoir : un tout petit peu moins de vingt cinq minutes.
C’est ça le secret de ce disque réussi, la concision. Là où 99.9 % des groupes auraient étiré les plans aux delà des limites de l’insupportable, là où n’importe quel joueur de guitare à mille doigts aurait étalé tout son savoir-faire, Pneu met la pression sur tous ses titres, ne perd pas son temps sur des intros sans intérêt, n’empile pas les ponts inutiles, ne cherche pas à faire un morceau à l’intérieur du morceau. Rien de progressif ici, plutôt du régressif si on considère que tout ne fonctionne qu’à un seul carburant : l’énergie. Pince Monseigneur ce n’est rien d’autre qu’un disque de pur rock’n’roll (ou, si vous préférez, de punk) dans le traitement d’une musique qui pourtant ne l’est pratiquement jamais. Mais attention, il n’y a rien de simpliste ici, ça fourmille d’idées, de riffs entraînants, de breaks, de tapoumtchactacapoums de batterie à en devenir complètement dingue. Je vais changer de slip et je retourne écouter ce disque immédiatement.


lundi 1 septembre 2008

Die, Princess, Die !


















Quand j’ai reçu cet album de Goodbye Diana, il y avait deux pochettes à l’intérieur du paquet. D’ordinaire, lorsqu’un label veut vous remercier de votre commande de disques (même modeste), il vous fait des petits cadeaux : des flyers annonçant la sortie du disque ou des disques que vous venez justement d’acheter -flyers que j’ai immédiatement inclus dans ma collection personnelle déjà très conséquente- ou des autocollants -là j’ai eu droit à un sticker Touch And Go mais que l’on ne se méprenne pas, le label qui m’a envoyé tout ça s’appelle Head records et est basé du côté de Montpellier. Je me suis donc retrouvé avec deux pochettes pour emballer un seul et unique vinyle blanc. S’il y a quelqu’un qui a commandé ce disque et qui l’a reçu sans pochette je veux bien la lui rendre. Sinon j’ai décidé de commencer une nouvelle collection de pochettes de disque en double, celle-ci est ma première -et très belle- pièce (j’ai déjà une collection de livrets CD, ces machines industrielles automatiques font des fois vraiment n’importe quoi lors du conditionnement des rondelles numériques, cela m’a toujours fait rire d’ouvrir un boîtier plastique et d’y trouver deux voire trois livrets).
Head records s’est donc allié à Basement Apes Industries pour publier Odds & Ends, le deuxième album de Goodbye Diana (le premier, Mobilhome, m’étant un peu passé par-dessus l’oreille). Je m’étais toujours promis de revenir vers ce groupe pour des raisons complètement crétines avec en premier lieu le nom du groupe qui est d’un mauvais goût total et que donc forcément j’adore, et c’est après quelques écoutes illégales que ce disque s’est matérialisé pour de vrai dans le mange-disques familial.
Il va s’en dire que l’allergie (éternuements imprévisibles, démangeaisons incontrôlables, irruptions cutanées) se manifestant à toute écoute de rock intrumental pouvant être qualifié de math rock ou de post rock est toujours très vivace chez moi : récemment, il n’y a guère que 37500 Yens (de Reims) qui a su tirer son épingle du jeu, grâce à un côté froid et dépressif réussi qui colle bien à ma psyché (hum). Goodbye Diana sera une autre exception. Le groupe louvoie entre les écueils, remballe les réticences et sert sur un plateau de cafétéria un rock matheux qui transpire le naturel et l’immédiateté. Il y a du boulot de la part de ces quatre garçons (les deux guitares qui jouent la correspondance, la rythmique précise) mais cela reste simple et direct, n’a pas le côté ankylosé des démonstrations que le genre d’ordinaire impose. Genre ? Et bien ce n’est pas si simple. Les passages lents et calmes -comme Saccado, à la fin de la première face- sont les bienvenus et brouillent un peu plus les pistes chez un groupe qui se débarrasse sans difficulté d’un référentiel trop encombrant.
Pour finir, tout le monde a déjà parlé du pastiche Marwine en hommage aux supers potes qu’on se tape dans le dos et qu’on se fait la bise… mais qu’est ce que c’est que ce plan là, juste après la reprise d’un des riffs de notre trio de disco noise favori ? Un truc de varitoche funky ? Un break tiré d’une horreur jazz rock quelconque ? J’hésite entre Al Jarreau et Grover Washington Jr mais finalement je crois bien qu’il s’agit de Jamiroquai à moins que l’on ait affaire à Stevie Wonder, haha. En tout cas c’est très drôle et presque plus réussi que le riff marvinien en lui-même. Encore bravo.

dimanche 31 août 2008

Motörhead / MotöriZer























Telle une vieille pute de quartier renouvelant chaque jour ses tentatives aguicheuses sur ses vieux voisins blasés et arrondis par l’existence, Motörhead revient tous les deux ans avec un nouvel album studio entre les jambes. Et j’y cours vers ce disque périodique dont je me demande toujours s’il va être testamentaire ou alimentaire, j’y cours plutôt deux fois qu’une, la vieille pute c’est plutôt moi. MotöriZer c’est son nom, un nom d’une banalité tellement affligeante qu’on le dirait choisi par le management du groupe, lequel groupe avait pourtant organisé un simili concours sur son MySpace pour trouver le nom qui irait bien, plus de trois cents réponses quand même. Passons également sur la pochette, elle aussi complètement incolore et indolore.
Dérogeant à une vieille tradition stipulant que l’entame d’un album de Motörhead se doit d’être un brûlot speedé et torché en un temps record, MotöriZer s’ouvre sur Runaround Man, rapide certes mais surtout teinté de très fort relents boogie, efficaces mais presque vieillots. Même veine pour le deuxième titre, Teach You How To Sing The Blues, beaucoup plus vicieux il est vrai mais rondouillard, les grands pères tapent du pied en rythme et leurs petits enfants rigolent de tant d’entrain débonnaire. When The Eagle Screams durcit enfin le ton, présente une structure un tantinet plus complexe et est l’introduction idéale à un Rock Out de deux petites minutes et drivé par une basse omniprésente et furieuse ainsi que par une batterie qui frappe fort, un titre tout à fait dans la ligné d’un Ace Of Spades (inévitable comparaison). One Short Life est un vieux blues ultra classique qui n’en finit pas, beaucoup de savoir-faire et le tour est joué.
J’imagine que lorsque ce disque sortira en LP la première face s’arrêtera là. Ce sera extrêmement pratique parce qu’écouter MotöriZer d’une seule traite s’avère quasiment impossible, se limiter à ces cinq premiers titres est suffisant pour entretenir le souvenir et la flamme que certains (dont moi) gardent toujours et encore pour ce groupe. La deuxième face, celle qui irait du sixième au onzième titre, n’est qu’une redite inutile, et encore en beaucoup moins bien. Buried Alive est la seconde et donc dernière grosse speederie du disque, mais le titre souffre d’une minute de trop et surtout d’un refrain complètement inadéquat et putassier. Ce problème du refrain va même devenir récurrent sur toute la fin du disque -celui d’English Rose est à se tordre de rire. D’accord, on imagine mal Lemmy continuer à ânonner dix fois de suite et sans autres précisions inutiles des subtilités telles que love me like a reptile plus de vingt-cinq années après les faits mais quand même. Le fond est atteint avec Heroes (Lemmy et sa lubie des récits guerriers…), toujours doté d’un refrain idéal pour être repris en choeur par tous les poivrots au pub du coin. Plus généralement, les recettes ont définitivement la vie dure, Motörhead recycle, chose que le groupe a toujours faite, mais ici sans aucune inspiration. Le riff de Back On The Chain a un petit côté de celui d’I’ll Be Your Sister ? Time Is Right rappellerait presque Dead Men Tell No Tales ? Oui, peut être, mais on s’en fout. The Thousand Names Of God est le coup de grâce, dominé par la guitare de Phil Campbell, dont le son propre et acide atteint des sommets irritants, surtout sur les parties de slide. Triste conclusion pour un disque un peu bâclé et pas assez inspiré.
Comme je ne suis pas rancunier, j’ai tenté de n’écouter que la deuxième moitié de MotöriZer. Etonnamment, celle-ci passe vraiment beaucoup mieux lorsqu’elle échappe à la comparaison. Le côté heavy boogie prête toujours à rire (mais après tout il y a un marché pour ça : ZZ Top s’est bien reformé cette année), on se croirait à la fête de la bière de Munich ou à la fête des conscrits de Villefranche-Sur-Saône avec la vieille pute du quartier -oui, toujours la même- ivre morte et dansant à moitié nue sur les tables. On se surprend même à frétiller intérieurement, limite à aimer ce rock’n’roll à papa, pas dangereux ni sexuel pour deux sous. Blasé et arrondi, j’ai dit. Mais l’illusion ne dure pas, MotöriZer est plus que jamais l’album de plus justifiant une nouvelle série de concerts. Après tout, la scène, c’est là que Motörhead reste le plus performant, et ce sera sûrement une bonne soirée entre potes. Au suivant.


samedi 30 août 2008

As Happy As Possible



















Dire que j’ai failli ne pas foutre les pieds à ce concert… Les Thugs. Je ne sais pas, pas envie de prendre le risque d’être déçu, pas envie de musique tout court, avec la perspective (souhaitée) de faire une parenthèse (voilà), deux mois à faire autre chose et envie de regarder ailleurs, de penser à ... Pas la grande grande forme, quoi.
Comme d’habitude j’arrive sur mon magnifique vélo en me disant qu’il faudrait quand même que je règle les freins et comme d’habitude je vais le parquer derrière le Rail Théâtre. Là je tombe sur l’un des organisateurs, bonjour bonjour, on discute et il me fait rentrer par la porte de sortie de secours avant de me refiler une invitation, ma journée s’illumine enfin un peu de cette gentillesse, merci. Pour une fois je vais pouvoir faire le fier et le beau en prétendant faire partie des VIP, c’est pas très dur d’être con et c’est à peu près tout ce qu’il me reste. Direction le bar où je retrouve l’un des patrons du Sonic venu donner un coup de main et revoir l’un des groupes fétiches de ses jeunes années. Exactement comme moi, sauf que je ne suis pas du même côté du comptoir. Je sens que nous n’allons pas être les seuls dans ce cas là, à mâchouiller du souvenir et repasser les faux plis de notre nostalgie.


















Pour une raison que j’ignore totalement le premier groupe a été annulé, un groupe de filles dont je ne sais rien et qui s’appelle Iku. Une remarque en passant : un groupe de filles ça me parait forcément suspect, non pas parce qu’il s’agit de filles (non, non, non, rien à foutre des filles, enfin pas comme ça) mais cela me parait aussi idiot que de préciser à propos des Thugs que c’est un groupe de garçons. Comme si -par exemple- on se mettait à apprécier Melt Banana uniquement parce que c’est un groupe japonais. Mauvais exemple. Je recommence : comme si on appréciait les Liars uniquement pour se conformer à la hype new-yorkaise -là ça fonctionne, belle illustration de non propos musical.
C’est donc Marvin qui commence la soirée (Marvin est un groupe mixte). J’allais dire qu’on ne les présente plus mais en fait si, la salle est pleine à craquer, je suis sûr qu’une partie du public n’a pas encore entendu parler d’eux et personne ne va regretter de faire la connaissance des montpelliérains. Tout y passe, les hits incontournable du premier album, la reprise d’Immigrant Song de Led Zeppelin, le vocoder, le batteur qui se met enfin torse nu, quelques nouveautés dans lesquelles je ne rentre pas autant que je le voudrais, tout obnubilé que je suis par Discudance ou Vocomurder. On ne se refait pas. Le concert se passe très bien, franc succès pour les trois jeunes gens, on tient là un groupe qui pourrait être énorme mais ils ont l’air de s’en foutre royalement, c’est tout à leur honneur, sales gamins.
Après le concert, je bave un peu sur les stands de disques, je me renseigne sur le prix de la version vinyle de l’album de Marvin, le guitariste me répond gentiment et m’explique que ce pressage a été pour le groupe l’occasion de redécouvrir ses morceaux, que le synthé y bouffe moins les autres instruments, que l’enregistrement ne sonne définitivement pas pareil. Je veux bien le croire mais comme d’habitude j’ai ma tête du mec qui n’écoute pas ce qu’on lui raconte alors il laisse tomber ses explications.



















Lorque Les Thugs attaquent enfin, j’ai déjà bu un nombre conséquent de bière mais je ne peux en faire profiter personne : il y a trop de monde ici pour rencontrer qui que ce soit. Le groupe a démarré par As Happy As Possible, un titre que je n’aime pas beaucoup, tiré d’un album que j’aime encore moins. Le dernier disque des Thugs que j’ai acheté en fait (depuis je l’ai revendu), et la dernière fois que je les ai vus en concert -c’était également l’ultime performance des Deity Guns, avant le split annoncé du groupe et puisque on en est à la rubrique anciens combattants, ce soir là c’est Condense qui avait ouvert le feu en premier. Je souris à l’opportunité d’avoir choisi As Happy As Possible comme ouverture du concert du jour, le titre est parfait puisque les quatre angevins ont effectivement l’air heureux.
La première moitié du set n’est qu’à demi convaincante, alternance prévisible entre titres rapides et titres lents, pas forcément non plus les titres que je préfère mais au moins on échappe aux textes en français, la plus grande erreur des Thugs à la fin de leur carrière. Mais rien n’a changé : le bassiste fait toujours aussi peu de sourires, le guitariste fait encore les mêmes grimaces, le batteur n’utilise toujours pas de toms et le chanteur a étonnement conservé sa voix claire et limpide, mélodieuse et directe.























Je ne sais quel déclic s’est produit mais la seconde moitié du concert a été autrement plus folle. Comme si le groupe se lâchait soudain, comme si le public faisait corps avec. Il faut dire aussi qu’à partir de ce moment là la setlist s’est mis à piocher que dans les incontournables des premiers disques. Malgré une sono déficiente sous-estimant la guitar lead et les voix (au point que He Kept On Whistling ne ressemblait à rien parce que l’on n’entendait pas les sifflements du batteur), le groupe a offert quelques versions magistrales, en particulier un Bulgarian Blues explosif.
Sans raison apparente, je me suis mis à brailler pour réclamer Fier De Ne Rien Faire mais je n’ai réussi qu’à récolter un sale regard du guitariste. Immersion encore un peu plus profonde dans la discographie des Thugs, You Say Why, et forcément un rappel. Et le public qui en a redemandé : le groupe s’est plusieurs fois exécuté de bonne grâce, conscient peut être que ce n’est pas tous les jours que l’on fait semblant de se reformer (rappelons que cette série de prestations était le préambule à un concert donné à Seattle pour les vingt ans du label Sub Pop mais que les Thugs n’envisageaient absolument pas de poursuivre l’expérience plus loin).
Ce doit être difficile quand même, devant l’enthousiasme soulevé, devant la ferveur déclarée, confronté à l’électricité dégagée, de savoir et de pouvoir faire face, de refuser de jouer avec ce pouvoir là (parce que cela peut en être un) et de se dire : non, on a dit que l’on s’arrêtait là donc on s’arrête là. Depuis, les Thugs sont effectivement allés jouer à Seattle puis ils sont rentrés chez eux, à Angers. Un grand groupe.