samedi 10 janvier 2009

Robbie Avenaim / Rhythmic Movement Disorder


Et Robbie Avenaim comment va-t-il ? Qui ça ? C’est bien beau de disserter sur les mérites (ou non) d’Oren Ambarchi mais il ne faut pas oublier -petit rappel- qu’à la base Oren jouait dans un groupe d’improvisation libre avec son petit camarades Robbie, le groupe s’appelait Phlegm. Question enregistrements ce groupe en a publié avant de débander l’équivalent d’une poignée mutilée de tourneur fraiseur -les curieux, les malades et les archivistes attendent toujours des rééditions de Phlegm dignes de ce nom mais peuvent toujours se consoler avec The Alter Rebbe's Nigun paru chez Tzadik sous l’appelation de Ambarchi/Avenaim ou avec Honey Pie chez Grob records (les deux mêmes accompagnés de Keith Rowe d’AMM) et Thumb (on rajoute Otomo Yoshihide et Sachiko M en plus des trois autres). Robbie Avenaim donc. Batteur et percussionniste de son état. Depuis 1994 il est surtout cofondateur du festival What Is Music ? qui se tient tous les ans (ou presque : il n’y a pas eu d’édition en 2007) du côté de Sidney en Australie.
Notre homme est plutôt rare sur disque a tel point que Rhythmic Movement Disorder (sur le label Room 40) est en réalité son premier enregistrement sous son nom seul -no kidding. Un disque composé de quatre pièces (c’est le terme savant habituellement employé dès que l’on parle de musique à concept mais ne cherchez pas la salle de bain pour vous laver les mains en sortant des toilettes, il n’y a ni l’une ni l’autre), quatre pièces dont le total culmine à une demi heure. Bel exploit et l’exact opposé des pratiques de son ex-collègue, le très prolifique Oren Ambarchi. Rhythmic Movement Disorder est surtout un disque solo dans le sens propre du terme parce que Robbie Avenaim est le seul à jouer dessus. Il est crédité aux percussions, à la customisation, il joue également avec des petits moteurs qui font vibrer les peaux de son drumkit, utilise des capteurs, mouline tout ça selon un processus que je ne connais pas (mais qui sent bon l’informatique musicale) et a tout enregistré, mixé et masterisé lui-même.












 
Un disque de percussions trafiquées. Un de plus me direz vous. Et vous avez raison. Mais pas seulement. Je soupçonne que si Avenaim met autant de temps à enregistrer c’est parce qu’il est un véritable orfèvre du son, qu’il passe ses journées (ou ses nuits) à se demander comment peut bien sonner tel objet sous telles conditions et c’est certain, le seul moyen pour le savoir c’est d’essayer. Et essayer toutes les combinaisons possibles et imaginables ça prend toujours un peu de temps. Des sons d’une grande pureté ce disque en regorge, ils sont souvent identifiables (raclements d’un gong, etc) mais aucun risque de tomber dans le travers du who’s who de la palette sonore utilisée pour l’occasion. En clair, on s’en fout même carrément, charmé par le grain des percussions, les vibrations des objets métalliques, les résonances, sifflements, chocs, ou crépitements. Ce travail est d’un réel dynamisme et on ne s’y ennuie guère. C’est peut être de la musique très sérieuse, de la musique concrète jouée avec des instruments mais elle n’a jamais cet aspect docte, ce côté encartonné des compositions pas plus que l’on risque la surchauffe des neurones si on veut y comprendre quelque chose -défauts qui font l’ordinaire décourageant de ce genre de pratiques musicales. Il n’y a pas beaucoup de disques cérébraux et sérieux qui font réellement rire (je veux dire : pas à leurs dépends) ni qui convoquent à la rêverie -incontestablement Rhythmic Movement Disorder fait partie de cette deuxième catégorie.