mercredi 31 octobre 2007

Café Flesh, Akimbo et Wolf Eyes

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L’affiche initiale de ce concert du mardi 30 octobre ne prévoyait que deux groupes : Café Flesh et Akimbo. Rapidement Wolf Eyes s’est ajouté à la liste, avec une nouvelle salle -plus grande- à la clef pour pouvoir accueillir tout le monde. Au final, il y a eu en tout et pour tout cinq groupes puisque Deadsons et Undata ont également été de la partie. Un programme chargé et schizophrène avec deux grandes tendances qui se sont affrontées ce soir-là : le rock’n’roll (parfois un brin metal) avec Café Flesh et Akimbo et l’expérimentation bruitiste et/ou improvisée avec Deadsons, Undata et Wolf Eyes, en plein trip power violence. Je vais faire mon bougon parce que j’aurais préféré voir tout ça en deux fois et qu’en plus j’aurais plus aisément imaginé Wolf Eyes dans une salle beaucoup plus petite et confinée. Toutefois, le trio de Detroit, malgré un son déficient, s’est quand même particulièrement bien appliqué à faire fuir tout le monde au presque -ce fut la seule qualité de leur set et ça c’était spectaculaire.

Aucune information sur Deadsons, le groupe -un duo basse/batterie + voix et bandes- joue une sorte de drone metal entrecoupé de roulements de batterie sur fond de samples de voix (genre des chants grégoriens ou équivalents en boucle, un peu ce que faisait Current 93 à l’époque de l’album Dog Blood Rising) tandis que sur un écran le spectateur assiste aux tribulations d’un géant vert à béret, habillé comme un chasseur corrézien et déambulant dans la campagne avec une pelle tout en essayant de temps à autres de creuser des trous. Il ne se passe pas grand-chose sur la scène comme sur l’écran, le bassiste et le batteur s’en vont brutalement et laisse tourner bandes et film : happening ?
Café Flesh s’installe et, passée la (mauvaise) surprise concernant le fait qu’il n’y ait qu’un seul guitariste, le groupe démarre à bloc, joue quelques nouveaux morceaux -dont Hippie Suckers, un titre qui me ravit- qui passent très bien et devraient être enregistrés en 2008 pour une sortie au début de l’été prochain. L’absence de la deuxième guitare se fait toutefois ressentir, le son manque parfois un peu d’ampleur et le saxophone baryton n’est pas toujours très audible. Mais comme toujours avec Café Flesh c’est d’énergie dont il s’agit et la filiation de ce groupe charentais avec la scène noise US des années 90 n’est vraiment pas usurpée. Vivement la suite et avec deux guitares, puisque, information apprise après le concert, l’absence du deuxième guitariste ce soir n’était due qu’à un regrettable concours de circonstance.
Undata amène tout son bordel au milieu de la salle. Quand je dis bordel c’est à peu près ça : batterie et percussions bricolées, platine disque, laptop, tables de mixages, pédales d’effet, oscillateurs, claviers, etc. Undata joue une musique à cheval entre l’acousmatique et l’organique, l’improvisation et la composition -le but de ces trois jeunes gens est de donner un caractère résolument vivant et flexible à une musique qui ne l’est pas forcément. Lentes montées, explosions, interludes atmosphériques et final en forme de dialogue à trois sont les ingrédients d’un set agréable mais sans réelles surprises.























Entre deux groupes je vais jeter un coup d’oeil au stand de Wolf Eyes : ceux-ci sont connus pour leurs éditions ultra limitées de cassettes audio et de CDr vendus pour une bouchée de pain. En fait il n’y a pas grand-chose sur la table du groupe mais j’aperçois un disque gravé à la maison, boîtier peint à la bombe et scellé avec un vieux sparadrap tout dégueu. Dessus il est marqué qu’il y a cinquante exemplaires et que celui-ci est le numéro 66 -devant un tel foutage de gueule je décide aussitôt de l’acheter. Akimbo monte sur scène, c’est le retour du gang des gouffas et c’est toujours le batteur qui a la plus belle et la plus grosse. Le nouveau et dernier guitariste en date est moins démonstratif que sur l’album Navigating The Bronze, bien qu’il fasse des plans horripilants comme remonter les cordes avec son médiator pour faire couiner son instrument comme les hard rockers, les vrais de vrai. Le groupe confirme le côté seventies de sa musique, celui qui déplait tant sur son dernier disque et les titres s’enchaînent malgré tout avec efficacité. Les trois idiots ont bien l’air de se marrer, racontent deux ou trois blagues sur halloween que personne à par eux ne semble comprendre et, sitôt le dernier titre emballé, commencent à remettre guitare et basse dans leurs étuis respectifs. Les lumières ne se rallument pas, le public insiste alors le trio ressort ses instruments : le bassiste/chanteur balance quelque chose comme Sorry Wolf Eyes. Take a break, have a beer. You just deserve it, annonce une reprise et ce sera un titre d’un célébre groupe de Seattle (comme Akimbo) des années 90 avec un chanteur mort dedans. Les gens dans la salle exultent, reprennent les paroles en choeur et se consolent comme ils peuvent de n’avoir jamais vu Nirvana en vrai à l’époque. Les lumières se rallument enfin.

Les trois Wolf Eyes ne mettent pas longtemps à s’installer, ils ont nettement moins d’attirail qu’Undata mais j’espère qu’ils vont faire plus de bruit. Wolf Eyes en concert c’est à mi chemin entre Throbbing Gristle et Whitehouse sauf qu’il n’y a là aucune provocation, tout juste un peu de subversion sonore et beaucoup de parodie. Lorsque on a déjà vu Peter Sotos et William Bennett se haïr pendant tout un concert, le spectacle offert par Wolf Eyes laisse un arrière goût de facilité et presque de fadeur. Avec sa moustache, ses lunettes noires et son t-shirt qui moule son gras-gras, celui qui se tient sur la gauche de la scène pourrait parfaitement jouer dans Turbonegro. Il utilise une espèce de guitare toute rafistolée avec du scotch ou autre, plus exactement c’est une guitare où il ne reste plus que le manche et une seule corde. Il la dresse inexorablement au dessus du public afin de s’assurer que tout le monde se rende parfaitement compte qu’il pourrait bien s’agir là d’une grosse bite. Parfois il tripote un potard et génère un larsen strident ou bien il joue du saxophone alto sans que cela n’ait plus d’intérêt. Celui du milieu passe son temps à éructer dans un micro puis dans un autre et parfois dans les deux. Le troisième larron a de sérieux problèmes avec sa guitare et finira le dos tourné au public. Assurément, le son sera la grosse faiblesse de ce concert, jamais assez fort, aucun volume ni relief même si Wolf Eyes en réclame toujours plus -louder ! louder !. Vraiment dommage. Parce que j’avais quelques espoirs, malheureusement déçus, et préférer un groupe comme Wolf Eyes sur disque plutôt que sur scène me laisse une drôle d’impression, une impression inachevée.

mardi 30 octobre 2007

Ça va cogner

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Je me rappelle d’une conversation d’après concert avec les quatre membres de Fly Pan Am dans les loges du Pezner -en fait de conversation, je crois que nous avions prévu une interview mais, comme tout cela était vraiment décousu, nous nous étions finalement contentés de parler en finissant les dernières bouteilles- et je me rappelle surtout de ce que disaient Jonathan, Roger, Jean Sébastien et Félix à propos de la chanson française. Eux, québécois, ne comprenaient pas le rejet que nous avions, nous autres français, de la variété issue de notre beau pays, nous reprochaient presque de n’aimer que certaines figures tutélaires (Gainsbourg et Bashung) pour des raisons esthétiques tenant plus de l’idéologie qu’autre chose et voyaient d’un mauvais oeil notre allégeance quasiment sans conditions aux formes musicales anglo-saxonnes -oui, Bästard c’est bien mais cela n’a rien de français. Jonathan (guitare et casquette) affirmait mettre les Bérurier Noir et Michel Berger dans le même panier, celui de ses goûts musicaux.
Fly Pan Am venait de donner un concert inoubliable -revisitant les titres de son premier et alors unique album dont une version de L’Espace Au Sol Est Redessiné Par D’Immenses Panneaux Bleus totalement funky et digne du meilleur post punk- un concert anti spectaculaire avec les deux guitaristes assis et le bassiste en chaussette mais un concert complètement captivant de feeling groovy. Plus tard le groupe se rebaptisera Le Fly Pan Am et incorporera ce groove dans ses nouveaux enregistrements, mais avec un succès plus mitigé. De même, l’adjonction de textes ne se fera pas sans problème. Le groupe s’est séparé en 2005 mais il reste le témoignage inoubliable de l’attitude des musiciens du label Constellation -un label de groupes à guitares mais résolument non rock’n’roll où la seule exception est peut être Hanged Up, un duo violon/batterie, donc précisément sans guitare mais indubitablement avec du rock’n’roll dedans.






















Jonathan Parant a depuis monté Feu Thérèse avec entre autres Alexandre St-Onge (également dans Et Sans, un groupe où on retrouve un autre ancien Fly Pan Am, Roger Tellier-Craig). Ce même Roger Tellier-Craig a lui fondé Pas Chic Chic. Ces deux groupes ont radicalement mis en application les idées combatives de leurs membres respectifs à propos de la chanson française : Pas Chic Chic me semble juste beaucoup plus sixties mais autant dadaïste que Feu Thérèse. Ce dernier, avec son nouvel album Ça Va Cogner réexplore des chemins davantage typés années quatre vingt -lorsque on est allergique aux synthétiseurs kitsch il vaut mieux éviter ce disque parce qu’ils y sont omniprésents- et il faut compter avec quelques particularités bien datées comme la basse slappée et le chant mortuaire de Visage Sous Nylon, par exemple. Le Bruit Du Pollen La Nuit ne vaudrait guère mieux avec la voix imitant parfaitement le phrasé agonisant et pathétique adopté par Gainsbourg à la fin de sa vie (la musique suit le même chemin, réussissant à être aussi ringarde et laide que celle de L’Homme A Tête De Choux). La Nuit Est Une Femme fait carrément penser à du William Sheller. C’est extrêmement déroutant, comme cette chorale d’enfants qui chantent en coeur ça va cogner, oh oui, ça va cogner sur le morceau titre après une longue introduction au synthé digne des meilleurs moments de Vangelis. Inutile de dire que ce gros loukoum lyophilisé respire l’attitude arty à plein nez, que le double langage y est roi, que l’hommage variétoche est réel mais que le second degré et l’ironie n’en sont pas exclus -il y a une réelle distorsion esthétique pesant sur Ça va cogner, comme du post modernisme qui se mord la queue et qui aime ça. Vraiment étrange.

lundi 29 octobre 2007

The For Carnation

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Je me rappelle m’être précipité sur les deux premiers disques de The For Carnation, le maxi Fight Songs (1995) et le mini album Marshmallows (1996), tous deux publiés par Matador. Tout ça parce qu’il s’agissait du nouveau groupe de Brian McMahan, la voix inoubliable de Slint. Autant dire que j’attendais un miracle -un nouveau Spiderland peut être- surtout que dans le groupe à la composition assez fluctuante il y avait également d’autres noms intéressants -David Pajo, Doug McCombs ou John Herndon. Autrement dit la fine fleur de ce que l’on a plus tard appelé le post rock, nom batard pour une toute petite mouvance née sur le chemin reliant Louisville dans le Kentucky à Chicago, Illinois. Inutile de dire que de miracle il n’y en a pas eu et pire que ça, même : j’ai complètement délaissé ces deux disques, malgré la tension palpable que j’éprouvais à l’écoute du magnifique Salo avec son signal électronique récurrent tel un sonar de l’invisible.

J’étais déçu et suis donc allé voir ailleurs. Jusqu’à ce que Touch And Go ne décide en 2007 de rééditer ces deux disques sur un seul et unique CD, Promised Works. Inutile de dire qu’il s’agit là d’une véritable aubaine, autant pour celles et ceux qui ont boudé le disque que pour tous les autres qui n’en avaient même pas eu vent. Quant à tous les amateurs éclairés qui depuis plus de dix ans gardaient ce secret trop bien gardé rien que pour eux et bien, dorénavant, il va falloir partager. Salo est vraiment le seul titre dont je me souvenais encore, avec ses lentes montées s’achevant sur du vide, il s’agit vraiment d’une chanson magnifique uniquement desservie par un final en queue de poisson. Mais il y a huit autres titres sur ce disque et ils méritent largement ce nouvel éclairage. Du folk mélancolique, du blues momifié, de lointains échos sans résonance, du froid au coin du feu -voilà le programme. L’ombre de Léonard Cohen derrière tout ça. Une certaine fragilité aussi, cette fragilité fébrile qui émeut plus que tout.

En 2000 The For Carnation a publié, déjà sur Touch And Go, un troisième disque sans titre que je n’ai jamais écouté. Par contre on peut (ré)entendre le titre au sonar mystérieux qui m’a suivi malgré toutes ces années.

dimanche 28 octobre 2007

Est ce que quelqu'un pourrait appuyer sur la barre espace de l'ordinateur ?

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Je suis un bon père de famille : avant de me précipiter jusqu’au Grrrnd Zero pour assister à la release party donnée par Overmars à l’occasion de la parution de Born Again, je fais manger la marmaille, lis les histoire qui vont bien, tords le cou aux éventuels gros monstres planqués sous les lits et forcément je rate le premier groupe -Passion Armée, que je ne connais pas et que donc je ne connaîtrai toujours pas- et débarque au milieu de ce qui s’avèrera être la deuxième moitié du concert d’Impure Wilhelmina. Je vois sur scène des musiciens très appliqués -le bassiste joue sur une cinq cordes avec ses doigts, le batteur fait des trucs incroyables avec ses bras, je ne voudrais pas qu’il me donne une leçon de kung-fu- mais je n’entends pas l’un des guitaristes qui pourtant a l’air d’y mettre du sien et comme en changeant de place je ne l’entends toujours pas je laisse tomber pour me concentrer sur la musique de ce groupe que je ne connais que de loin. Je reste assez sceptique face à leurs envolées un peu lyriques et héroïques -ces derniers temps le metal a deux principaux défauts : dans le premier cas les groupes ont trop écouté Pink Floyd et rallongent la sauce avec des plans à mourir d’ennui et dans le second ils ont trop écouté Yes et ne peuvent pas s’empêcher de mettre des notes de partout, y compris là où il y en a déjà trop. Impure Wilhelmina fait partie de cette dernière catégorie et ce ne sont pas les passages avec voix claire et super émotionnante qui m’ont davantage convaincu.
Changement de plateau, et One Second Riot s’installe. Ils ne sont que deux, un bassiste/chanteur qui à un moment fera un peu de bruit avec un vieux synthé et un batteur vraiment spectaculaire (à mon avis, avec un jeu de bras pareil il pourrait sans problème casser la gueule de celui du groupe précédent) qui s’occupera également de déclencher les samples. La musique de One Second Riot est toute en tension, parfaitement en place et c’est un vrai plaisir de retrouver les titres de leur premier vinyle, celui avec Neptune, et ceux du petit dernier, le split avec Sofy Major. J’aime de plus en plus leur noise épurée et faussement basique. Après avoir fait d’indéniables progrès sur disque, voilà qu’ils font de même sur scène -il faut dire aussi qu’il y a du monde dans ce vieux théâtre et que cela semble les motiver, le public est facilement conquis.

















C’est au tour d’Overmars de le faire. Ils sont là, bien remontés, et attaquent directement par Born Again soit quarante minutes de pur cauchemar et de doom/metal/indus tripant. Malheureusement il y a quelques problèmes de son là aussi et la voix du chanteur ne passe pas au début, ce qui est fort regrettable car ce garçon a une présence scénique absolument terrifiante et un charisme incroyable. Mais la machine est lancée, les projections d’images aussi, la bassiste prend le relais sur le plan vocal, un troisième larron s’y mettra aussi (Born Again est une pièce à trois voix) et le groupe alterne passages ultra répétitifs et lourds mâtinés de stridences indus avec des moments plus atmosphériques mais tout aussi inquiétants et névrotiques. Les guitares cisaillent, la basse mène la danse, la batterie finalement assez sobre reste implacable et les zigouigouis électroniques font tout leur effet. Ces quarante minutes passent comme un éclair et Overmars joue un dernier titre -un vrai hit celui-là- plus compact et plus classiquement dans la lignée du son Overmars (l’album Affliction, Endocrine… Vertigo de 2005) qui donne une fois de plus l’occasion au chanteur de prouver qu’il est une vraie bête de scène et que ça ne rigole pas tous les jours. N’empêche qu’à la fin du concert je crois deviner les membres du groupe en train de sourire -contents d’être là, contents de l’avoir fait ? Je ne sais pas mais en réécoutant dès le lendemain Born Again sur disque je suis persuadé qu’Overmars a créé là une grande oeuvre.
C’est Binaire qui est chargé de conclure la soirée et ils le font avec humour, visiblement ravis malgré la fatigue : l’un des guitaristes d’Overmars est également une moitié de Binaire. Ils s’installent devant la scène à même le sol, les micros en T au milieu, demandent si quelqu’un ne pourrait pas déclencher les machines en appuyant sur la barre espace de l’ordinateur qui gère tout ça et c’est parti pour un festival de cyberpunk’n’roll jouissif et communicatif. Tous les principaux titres de Bête Noire y passent, il y a des plantages, parfois ça chante faux aussi mais qu’importe face à tant de plaisir évident et communicatif -décidément un groupe à voir absolument en concert. C’est ce que l’on appelle une très bonne soirée.

[L’illustration ci-dessus est la version complète de l’artwork de Born Again et est l’oeuvre d’Ivan Brun, plus de peintures et autres ici. Et pour finir, une page de publicité, parce qu'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.]

vendredi 26 octobre 2007

Release party !

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Release party : ce soir c’est le concert (gratuit) donné à l’occasion de la sortie de Born Again qui n’est pas la réédition du seul et unique album que Black Sabbath ait jamais enregistré avec Ian Gillan (en 1983) mais le nouveau disque d’Overmars, une longue pièce maîtresse de quelques quarante minutes.

Au programme des festivités :

Passion Armée
Impure Wilhelmina
One Second Riot
Binaire
et bien sûr Overmars

jeudi 25 octobre 2007

A Clockwork Sodom

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Agoraphobic Nosebleed a tout de l’antithèse d’un groupe comme Kongh (par exemple) puisque le but de ces braves gens est de jouer le plus vite possible en un minimum de temps : le mini album (?) Altered States Of America (formidable jeu de mots et critique féroce à la fois) n’atteint pas les vingt deux minutes et ne comporte pas moins de 99 -oui, quatre vingt dix neuf- titres, ouch, gravés sur un minuscule CD de trois pouces. C’est vrai que pour ça ils trichent puisque pas mal de morceaux qui s’enchaînent ne pourraient au demeurant n’en constituer qu’un seul et puis surtout la batterie n’en est pas une mais une boite à rythmes, d’ailleurs si un jour un groupe arrive à atteindre le stade mythique du 666 bpm ce sera bien Agoraphobic Nosebleed et sa machine à beat, le groupe qui a sûrement inventé le grind core cybernétique et digital.
Le label hollandais Garden Of Exile, spécialisé dans le gros qui tache, a publié cette année un nouveau single d’Agoraphobic Nosebleed, A Cloclwork Sodom : un vinyle blanc qui ne comporte que quatre morceaux, le tout est proposé dans une pochette et avec un titre qui détournent Orange Mécanique de Kubrick -nos amis espèrent peut être une fois de plus jouer dans la démonstration de l’ultra violence musicale.












Pourtant le label a prévenu : attention les gars, c’est un nouveau visage d’Agoraphobic Nosebleed que vous allez entendre maintenant, avec des morceaux longs qui dépassent les deux minutes, des constructions alambiquées, du cérébral et du définitif, soit. Donc si je compte bien cela fait en tout huit minutes de musique puisqu’il y a quatre titres. Mais si j’en crois aussi ce que j’ai entendu la première fois que j’ai posé le disque sur la platine, Agoraphobic Nosebleed a plutôt viré laborieux, pataud, pâteux, bas du cul et tétraplégique, en clair je me suis emmerdé et même la boite à rythme avait l’air d’avoir été programmée par les mecs de New Order. J’espérais un peu en fait du Altered States Of America mais au lieu que cela soit découpé en trente six tranches de grind inoxydable je pensais découvrir du monobloc avec compartiments de rangement à l’intérieur pour tous les plans de guitare hallucinants que Scott Hull nous lâche habituellement.
La réponse est non, Agoraphobic Nosebleed a tapé dans l’agonisant pathétique et c’est en remettant le disque dans sa pochette -avec la ferme intention de ne pas le réécouter de sitôt- que je me suis rendu compte que le pathétique c’était bien moi : sur l’étiquette était imprimé 45 rpm et non pas, enfin bref, j’ai tout de suite remis ce disque à la bonne vitesse pour ne pas mourir idiot, quel aveu. Et alors ? Sans aller au delà des extrêmes auxquels Agoraphobic Nosebleed nous a déjà habitué, le groupe -qui montre tout de même un sacré effort dans la construction de ces quatre titres, pour un peu je jurerais qu’ils ont trop écouté de rock progressif ces derniers temps- ne lâche rien de sa violence coutumière, libératrice comme on dit (oui, c’est un cliché) et donc là c’est moi qui en redemande. Encore ? C’est presque chose faite puisque Agoraphobic Nosebleed a également un nouveau split en compagnie de Total Fucking Destruction (ça promet) et encore un autre avec Apartment 213 -il n’y a pas à dire, la boite à rythme, ça conserve.