mercredi 11 février 2009

Stephen O'Malley / Salt
















En matière de doom/drone/machin noise atmosphérique, la grande affaire de 2009 sera le nouvel album de Sunn que Greg Anderson et Stephen O’Malley sont en train de nous enregistrer avec leurs potes habituels (Attila Csihar, Oren Ambarchi). Petit détracteur de ce groupe très en vue, même si tu n’as plus qu’une seule main pour compter tu sauras que Sunn a déjà cinq albums à son actif et que le nouveau né sera à la fois le sixième et le moignon dont tu te sers d’ordinaire pour t’aider à vomir dès que tu penses à Stephen O’Malley et Greg Anderson. Si au contraire tu es un adorateur de Sunn et que tu te fais greffer les Grimmrobe Demos et Altar, l’album en commun avec Boris, tu sais que cela fera le huitième. Celui-ci devrait s’appeler Dimensions, un titre détestable dont on est en droit d’espérer qu’il ne cache pas un (in)opportun revirement progressif de la musique du groupe. On peut en effet tout imaginer avec Sunn -ses détestateurs (nombreux) affirment également que la seul chose que l’on ne pourra pas imaginer c’est l’ennui que le groupe va inévitablement procurer- donc on pourrait craindre une option musicale aussi catastrophique, Stephen O’Malley et Greg Anderson ayant déjà annoncé que Dimensions serait différent de tous leurs autres enregistrements. Les effets habituels d’une communication pre album. Comme je suis un fan de ces deux là, je suis prêt éventuellement à tout leur pardonner, sauf un putain de virage prog.
Près de trois années auront donc séparé Altar et Dimensions. Et pourtant les membres de Sunn n’ont pas chômé. Exemple en 2008 -et foutage de gueule il faut bien le dire- des activités annexes de O’Malley, Salt, un CD publié par Ideal recordings. Avec son emballage cartonné reprenant le format des productions Mego et l’illustration digne de la déco intérieure des sanitaires d’un train à grande vitesse, Salt ne trompe pas sur la marchandise : les soixante quinze minutes de ce CD sont la bande son de Bleed, une installation du plasticien Banks Violette (pour le LP Oracle de Sunn c’était déjà exactement la même chose). C’est quoi la bande son d’une installation d’art contemporain exactement ? En l’occurrence il s’agit ici d’un environnement sonore construit autour d’ondes sinusoïdales. Aucune variation, aucun changement, aucune évolution du truc. Exactement la même chose que la célèbre Dream House de La Monte Young et Marian Zazeela où pour échapper -ou les susciter, c’est selon- aux mirages sonores des ondes diffusées en continu il fallait déambuler dans la pièce ou bouger la tête à la vitesse de son choix : on entendait alors des variations sonores aussi fugitives que personnelles. Tout cela ne fonctionnait que grâce à une diffusion multisources de la matière sonore en question. Autant dire qu’écouter le travail de O’Malley sur Salt à l’aide de deux pauvres enceintes et d’un ampli stéréo ne procure absolument pas les mêmes effets. Soixante quinze minutes plus tard on en est encore à se demander quel est l’intérêt d’un tel disque -en restant une demi journée complète, le nez au vent, immobile dans la position du lotus sous une ligne à très haute tension d’EDF on aurait obtenu exactement le même résultat. Salt est le premier disque du monde dont le contenu s’apparente à un acouphène confortable comme un futon japonais. Bonne sieste.

lundi 9 février 2009

Pas que des conneries (mais deux ou trois blagues foireuses quand même)


Nous sommes le 5 février 2009. C’est jeudi et cela mérite un petit résumé de la situation : j’ai déjà deux concerts d’affilée dans la tête et j’ai donc déjà largement dépassé mon quota de père indigne autorisé. Aujourd’hui c’est le dernier jour de mon week-end de milieu de semaine, je recommence le boulot dès le lendemain vendredi et je n’ai rien envie de faire mis à part rêvasser dans le vide. Or, mardi soir, une conversation impromptue avait rappelé à mon esprit fatigué qu’il y avait un autre bon concert ce jeudi au Sonic.
Fort hypocritement je sors un petit calendrier coincé dans une pile de bouquins pour mieux m’esclaffer dans un déchirant bordel-de-merde-mais-j’ai-complètement-oublié-c’est-ce-soir-mon-dieu-qu’est-ce-que-je-vais-devenir en montrant la date du jour à toute la famille réunie autour de moi et fort inquiète devant mon air effaré. Pas la peine d’en rajouter, tout le monde à la maison a très bien compris que ce soir je ne serai à nouveau pas là, père indigne je crois que je l’ai déjà dit.
En arrivant à la salle je découvre entre autres choses que l’un des protagonistes du concert n’est pas venu car il a une (grosse) crève ce qui est toujours gênant lorsque on chante. Je découvre aussi qu’il va y avoir des projections de films pendant que les groupes jouent. Je regarde de loin tout le matériel vidéo installé et me fais directement interpeller par une allumée qui me demande si je suis vidéaste parce qu’elle, justement, l’est. J’essaie de lui répondre d’un ton bourru -en général je sais bien faire- que bien sûr que non et je réussis facilement à m’échapper de ce que je crois être un piège.
























Le premier groupe à jouer est en fait un duo réunissant Tony Mowat et Igor Cubrilovic. Le premier était le guitariste du Blues Butcher Club puis de Sun God Motel. Le second a déjà été vu en concert accompagnant Jonathan Kane ou même en solo. Les deux jouent de la guitare, encore des mecs avec pleins de merdouille électronique et d’appareillage autour d’eux pour faire du son.
Je suis vraiment très surpris par le début du concert, je m’attendais à un gros décollage de saturation avec curetage non homologué du bulbe rachidien alors que j’entends des gratouillages planants et délibérément agréables. Bigre. Derrière les deux guitaristes est projeté un film à durée indéterminée montrant le sommet de cheminées que l’un des deux musiciens voit tous les jours depuis la fenêtre de sa cuisine (sic). Le système d’aération au sommet des dites cheminées tourne, ralentit, s’arrête, repart et ça dure des plombes, c’est le Warhol du pauvre. J’hésite entre une représentation allégorique d’un clocher d’église orthodoxe ou d’un encensoir liturgique (donc on n’en sort vraiment pas…). Métaphore pénienne peut être ?
Les deux musiciens utilisent le même gadget pour jouer, c'est-à-dire un archet électronique -ebow pour les intimes- qui n’est jamais qu’un électro-aimant : plus on l’approche des cordes d’une guitare plus celles-ci vibrent et (cela me sera expliqué après le concert) il y a un seul bouton mais deux positions sur un ebow, l’une d’elle délivrant plus d’harmoniques. Le problème c’est que beaucoup trop de gens s’amusent avec ce genre de joujou à l’heure actuelle -Gilles Laval la veille au soir par exemple, même s’il s’en sortait plutôt bien, ou encore Michel Henritzi début décembre- et c’en est un peu marre de tous ces guitaristes qui ont le même son planant, le ebow c’est parfait pour obtenir un effet de sustain, sans imagination ni originalité. Cela me rappelle tous ces groupes de merde qui utilisaient le même synthé Yamaha en appuyant uniquement sur les mêmes touches de présélection.
Pour l’instant, Igor Cubrilovic commence à faire nettement plus de barouf, je me réjouis que tout ça n’était peut être qu’une intro mais lorsque la musique redescend doucement et reprend ses mauvais côtés du début du set je suis à nouveau déçu même si Tony Mowat nous gratifie alors d’un vrai jeu de guitariste (accompagné de ses célèbres grimaces) nous prouvant quel bon musicien il peut parfois être. D’ailleurs j’attends avec impatience le premier concert qu’il donnera peut être un jour avec un nouveau groupe incluant entre autres l’ancien bassiste de Blues Butcher Club/Sun God Motel mais aussi Jean Michel Berthier (ex Bästard) ou Cyril Darmedru… -en avril les gars ?
























Ces deux derniers jouent justement dans le groupe d’après avec Seiji Murayama -lui a joué avec Keiji Haino dans Fushitsusha ou KK Null dans Absolut Null Punkt-, Red (le bluesman préféré des Inrockuptibles) et Phil Minton. La mauvaise nouvelle c’est donc que Phil Minton n’est pas là. Moi qui ne l’ai jamais revu depuis les concerts de Roof/4 Walls, je suis vraiment déçu. Mais heureusement que Red est là, sa mémoire d’éléphant éthylique lui permet de me donner quelques nouvelles d’un ami commun et il ne déçoit personne en lançant ses mauvaises blagues légendaires (avant de se reprendre d’un j’ai honte absolument pas crédible) : monsieur et madame Filter ont un fils, comment l’appellent ils?*
Et lorsque on demande à Jean Michel comment s’appelle le groupe il répond on s’en fout ! Mais c’est vrai qu’il y a débat, c’est peut être pour cette raison que pour le concert de ce soir il y avait un fly annonçant Bullshit tandis que l’autre présentait le groupe comme s’appelant N.H5N1. La galère pour le chroniqueur mondain qui voudrait parler de l’album du groupe.

























On l’aura compris Bullshit/N.H5N1 c’est le bordel. Même avec des films pseudo expérimentaux vraiment pas terribles en arrière plan. Même sans Phil Minton. J’oublie très rapidement son absence, oublie également mes craintes par rapport à Red (souvent capable du pire) et goûte à plus d’une heure de musique totalement improvisée ou revendiquée comme telle, j’ai eu quelques doutes…
Seiji Murayama est vraiment un batteur extraordinaire, on pourrait croire avec le pedigree qui est le sien qu’il va marteler et rouler des mécaniques et au contraire il a un jeu tout en retenue, pointilliste et pleins de frottements s’il le faut, débordant et audacieux dès qu’il faut envoyer la sauce. Il tient tous les autres musiciens avec son jeu, il ne s’arrêtera de battre qu’une seule fois et il est bien la clef des improvisations bric-à-brac de Bullshit.
Comme sur le disque on assiste à une alternance d’ambiances et de styles différents, la réussite de l’ensemble tient à très peu de choses mais elle est souvent probante, les moments littéralement free impressionnant bien plus que les passages vaguement groovy. Cyril Darmedru est un souffleur sensible et pertinent, quant à l’homme derrière les machines, il n’a pas pu s’empêcher de foutre un peu plus le souk notamment lorsqu’il a envoyé un sample qui a fait croire au sonorisateur que l’un des micros larsenait ou lorsqu’il a balancé une chansonnette sixties d’April Stevens aux paroles délicieusement grivoises : Hold Me Tiger I Don’t Know What To Do/Touch Me Tiger When I’m Close To You/Teach Me Tiger And I’ll Teach You (oui, ce truc là). Un bon concert, assez intense et ludique, de la freeture digeste et imaginative.
En attendant d’avoir envie de rentrer chez moi j’observe la vidéaste de tout à l’heure en train de regarder mon vélo garé non loin de là et de lui tatouiller les pneus. Je me sens prêt à lui rentrer dans le lard mais elle laisse tomber, va regarder le vélo d’à côté, elle s’occupera de tout ceux qu’elle trouvera à proximité de la péniche du Sonic. Une conversation avec un autre essayant de me prouver par A + B que je ne suis qu’un idiot parce que je ne veux pas aller au concert de The Ex au mois de mars prochain sous prétexte que le chanteur est parti du groupe finit de m’achever. Aucune curiosité mon bonhomme, c’est vrai…

[* Aldo]

samedi 7 février 2009

Gaffer Fest, day two



C’est le deuxième jour du festival Gaffer records et (bonne) nouvelle il fait moins froid… c’est du moins ce que l’on pourrait croire parce que si dehors le temps s’est radouci, l’intérieur de Grrrnd Saloon fait toujours penser à un frigo avec son thermostat pété et bloqué sur mode congélation. J’ai pris soin de ne pas me presser, j’ai bien retenu la leçon de la veille et -quelle synchronisation- j’arrive lorsque les portes s’ouvrent. La deuxième bonne nouvelle c’est qu’il y a l’air d’y avoir autant de monde si ce n’est plus que la veille, à l’entrée je montre mon badge Gaffer Fest qui fait office de pass pour les deux soirs, le genre de bidule qui me permettra de jouer au cake dans dix ans, oui j’y étais et pas toi.























La première fois que j’ai vu Gilles Laval sur une scène c’était à un concert de Parkinson Square (genre avec les Young Gods au Glob), la seconde c’était avec les Thugs au Rail Théâtre (mais peut être que j’inverse les deux concerts) et à chaque fois je me demandais d’où pouvaient bien sortir ces mecs : un chanteur à la voix ultra aigue -Whorehouse Muzaaaaaaaaaaaaaaaak-, un bassite arrogant et un guitariste avec bien plus d’idées que la moyenne des guitaristes de hardcore de l’époque. D’ailleurs en France il n’y en avait alors pas beaucoup de groupes de hardcore ou bien ils étaient passablement mauvais, phénomène qui s’est largement amélioré au cours des années 90. Maintenant on s’en fout, c’est devenu banal.
Avec Dehors Pythagore! je m’attendais à voir un solo de guitare sous forte influence de Fred Frith (dont Gilles Laval est un adepte convaincu, ils ont même travaillé ensemble dans le cadre de l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne) et je me suis bien évidemment fourré le doigt dans l’œil. Gilles Laval a installé une armada de pédales d’effets en demi cercle autour de lui et il n’utilisera que très peu les astuces de bricolage chères au guitariste britannique (tampon à récurer la vaisselle, pièces métalliques, etc).
Au contraire son truc c’est de jouer sans fioriture et avec élégance en utilisant juste de ce qu’il faut d’effets sans se reposer totalement sur eux -évitant ainsi toute facilité. Le son de sa guitare est d’une limpidité fascinante, les mélodies foisonnent comme autant de petits tableaux et Gilles Laval s’emploie à créer une sorte de sérénité presque parfaite. Le passage en taping ne me convainc guère, quelques tentatives me paraissent trop cérébrales mais dans l’ensemble ce concert de Dehors Pythagore! est un bel et bon moment et j’en suis encore à me demander si le dernier thème joué n’était pas une reprise… (impression que je n’ai pas pu vérifier)



















Lewis Karloff prend la relève, il fallait bien qu’il y ait un groupe de monsieur Gaffer qui joue dans ce festival. Je suis plutôt fan et je ne pourrais jamais dire trop de bien de Lapin De Couture, premier disque du groupe publié à l’automne dernier. Le concert commence par ce qui me semble être un nouveau titre, une bonne jazzerie vite speedée aux entournures et détournée vers le fracas façon Naked City/John Zorn. La musique du groupe me semble devenue plus coulante et plus fluide c'est-à-dire qu’il y a moins cette dualité entre la rythmique (parfois très groove pour ne pas dire funky) d’un côté et la guitare et son son abrasif de l’autre. Des titres comme Eva Braun passent beaucoup mieux.
Malgré quelques tout petits accrocs (le batteur) Lewis Karloff roule à plein régime -ça chaloupe, ça speede, ça dégénère en cacophonie, ça repart au quart de tour pour un nouveau virage en épingle, tout ça est bien jouissif et plein d’imagination, du jazz grind si on aime les étiquettes et les petits tiroirs. Le concert s’achève par le morceau de bravoure Satellite De Sable Pailleté toujours aussi impeccable pour se trémousser stupidement avant de s’en prendre plein la gueule.


















Plein la gueule cela va aussi être le cas avec Fat 32, deux énergumènes déjà vus un certain nombre de fois en concert. L’un à la batterie. L’autre au synthé/samples. C’est la réflexion que je me suis faite après le concert : ces deux là sont de pire en pire. L’impression que rien ne pourra les arrêter. Tornade free/citations/collages avec passages marteau-piqueurs, vrilles d’équilibristes fous et descentes en piqué avec rétablissement de la situation une fraction de seconde avant le crash.
Les deux Fat 32 sont littéralement déchaînés, se déchaînent encore plus et le public devient hystérique, exactement de quoi me faire oublier d’avoir raté le deuxième set de Duracell la veille au soir. Un morceau supplémentaire, un deuxième morceau supplémentaire, les Fat 32 donnent l’impression ne pas pouvoir s’arrêter, chose qui pourtant arrivera forcément. Ces deux garçons ont vraiment le bon goût pour éviter tous les pièges de la virtuosité prog et de la testostérone démonstrative, ils jouent comme des furieux, complètement libérés alors que leur musique est d’une complexité à tiroirs stupéfiante. J’ai déjà envie de les revoir et le batteur remporte haut la main la palme du meilleur batteur de tout ce premier Gaffer Fest.























Pourtant question batteur, on ne peut pas dire que le norvégien Paal Nilssen-Love soit en reste. Il forme avec Massimo Pupillo de Zu et Terrie de The Ex le trio Offonoff dont le premier album Clash est des plus enthousiasmants. Si le disque faisait un peu de manières, le trio lui n’en a fait aucune en concert. J’imaginais volontiers nos trois musiciens jouant dans des festivals proutophiles ultra subventionnés et les voilà se pelant le jonc dans une friche industrielle avec autant de confort qu’un squat albanais. Ça attaque très durement, violemment et la tension ne retombera pas pendant toute la première partie. Gros son de basse, jeu basique au médiator de Massimo Pupillo (également le principal argument de Zu en ce qui me concerne) qui défriche tout ce qui dépasse autour de lui.
Terry Ex est en grande forme, j’aime de plus en plus les vieux punks qui n’ont plus rien à prouver et qui d’ailleurs se sont toujours foutus de prouver quoi que ce soit, et Paal Nilssen-Love a un jeu très dynamique (il faut dire que jouant régulièrement avec Mats Gustafsson ou Joe McPhee il est à bonne école), pas du genre à emmerder son monde avec sa charley, il frappe sa caisse claire selon les bonnes vieilles méthodes de Sunny Murray ou Rashied Ali, c'est-à-dire tout en puissance mais avec précision.























Fin de la première partie. Le trio se lance dans un nouveau morceau qui sera à peine moins dense, ce soir Offonoff ne laisse que peu de place à des passages sinon aériens du moins un tantinet moins bruitistes. Terrie Ex nous sort toute la panoplie pour guitare préparée (il joue toujours sur cinq cordes avec un accordage pas très réglementaire) en martyrisant son instrument avec un tournevis, une baquette, une cymbale ou un tampon gex. Son son est accidenté et écorché comme son jeu de guitare. Le trio alterne toutes les formules possibles (musiciens deux par deux puis chacun en solo avant de revenir à trois) et on frôle alors le remplissage, évité de justesse grâce à la spontanéité et la vivacité de la prestation. Lorsque Massimo développe une ligne de basse un peu plus continue et répétitive on est en plein dans un free rock audacieux et entraînant. C’est sur un tel passage que ce conclura cette deuxième partie et aussi d’ailleurs l’ensemble du set, le trio qui semble avoir tout donné ne tombe pas dans l’erreur du musicien d’impro qui joue sans fin et fait tourner les mêmes types de plans en mode automatique.
Quelques conversations au bar au sujet du récent départ de G.W. Sok de The Ex (lu sur le site du groupe : After 29 years G.W. Sok has decided to call it a day and not sing or tour with us anymore. After a long period of doubt and lengthy discussions he came to the conclusion that he had no longer enough enthusiasm for the complete Ex-undertaking) et les avis sont partagés. La fin de The Ex affirment certains…
Pour en revenir au Gaffer Fest, le moins que l’on puisse dire c’est que cette première édition a été un succès (surtout le second soir) : fréquentation honorable, bons concerts… la barre est donc placée assez haut pour le prochain, en espérant qu’il y en ait un autre un de ces jours. Merci donc et à l’année prochaine.

vendredi 6 février 2009

Gaffer Fest, day one


Des fois il faut choisir et j’ai choisi. En ce moment je ne sais pas pourquoi mais les festivals sont dans l’air du temps, à chacun d’y aller du sien. Hasard et malheur du calendrier S’étant chaussée (qui fête ses presque quinze années d’existence) et Gaffer records ont organisé le leur presque au même moment, un jour en commun à chaque fois. Un moment j’ai pensé jongler entre les deux -parce que je tenais particulièrement à voir Slashers, un nouveau groupe composé d’Agathe max et de Marion d’Overmars/Abronzius- et puis j’ai laissé tombé cette idée saugrenue et ridicule, l’ubiquité ça n’existe au pire que dans le monde virtuel.
Cap donc sur le Grrrnd Zero à Gerland. Il est 20 heures passées de quelques minutes lorsque j’arrive et comme d’habitude je me suis fait avoir comme un vieux con : le concert n’est prévu que pour dans une heure, l’horaire indiqué sur le fly c’était un piège marketing et stratégique. Il y a encore deux groupes à balancer, on se pèle les miches dans cette friche à moitié délabrée qui fuit de toutes parts et je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience en égrenant les bacs de disques des distros présentes ce soir là. Une certaine idée du bonheur en ce qui me concerne.
J’assiste vaguement aux balances de A.H. Kraken (groupe que je n’ai encore jamais vu en concert) mais je me force à penser à autre chose, je voudrais bien me conserver un petit effet de surprise pour moi seul mais je suis bien obligé d’acquiescer lorsque, une fois les balances finies, j’entends une voix estimer que les messins vont péter la baraque. Noise as fuck.



















Le premier groupe de la soirée c’est Motherfucking qui en ce moment joue en duo. Dedans on retrouve un I’m A Grizzly dont la spécialité est de se mettre à quatre pattes pour sucer un micro, chose qu’il fait très bien si on aime les krrrrrrrr, bzzzzzzzzz, gkkkkkkkk voire même les krrrkkkggggzzz et ça tombe bien parce que justement j’aime bien. Son camarade œuvre à peu près dans le même registre (mais sans micro dans la bouche), il utilise quelques accessoires comme une caisse claire, un tambourin et une guitare. Inutile de dire que tout ça est noyé dans une masse multiforme relayée par quelques pédales d’effet qui permettent à ces deux jeunes gens de mettre en boucle, superposer, distordre, décaler les sons. Noise as fuck también, même si pas dans le même sens.
Le début du concert est un gros bordel sonore d’où ne s’échappe que peu de variations, on pense inévitablement à quelques poètes japonais tel Masami Akita (Merzbow) et c’est limite si cela ne devient pas un petit peu long, pas assez de puissance sonore à mon goût -oui je suis sourd- permettant un jeu caché sur les harmoniques. Puis les Motherfucking font évoluer leur bébé, la guitare entre en action -avec des gratouillages intéressants et audibles- et de Merzbow on passe à quelque chose de plus proche des regrettés Yellow Swans c'est-à-dire que le bruit s’aère imperceptiblement, les détails s’agrandissent, les différentes couches sonores dénivèlent, un certain relief apparaît enfin. Je ressors donc plus que convaincu de ce concert de Motherfucking.



















Il fait toujours aussi froid lorsque les quatre A.H. Kraken s’installent. Ils sont jeunes, ils sont minces, ils sont beaux et impeccablement habillés (le guitariste/chanteur de gauche a vraiment de chouettes pompes). Le batteur attaque comme une brute, il passera son temps à recaler sa grosse caisse et changera même de caisse claire en fait de set. Mais il donne une énergie incontestable au groupe, recadre impeccablement le bouillonnement ultrasonique des deux guitares et de la basse. Il a un jeu assez sommaire, minimal et martelé et pour la première fois je pense très fort à Arab On Radar en écoutant la musique d’A.H. Kraken, même façon de s’acharner sur la caisse claire ou sur une cymbale jusqu’à l’épuisement, même abnégation pour l’entêtement.
Côté guitares la référence est à chercher du côté de Sonic Youth époque Confusion Is Sex/Kill Your Idols avec ces décharges de dissonances électriques. Souvent un titre d'A.H. Kraken ne tourne qu’avec un seul riff et même si la plupart des titres sont (très) courts il est impossible de ne pas mesurer là aussi tout l’impact d’une répétitivité poisseuse et désespérée… les Brainbombs viennent à l’esprit pour le côté hargneux, méchant et salaud (détail amusant : Death To Pigs, les presque voisins de A.H. Kraken, ont justement repris Burning Hell sur leur nouveau et excellent 25 centimètres). Pour le reste, les membres d’A.H. Kraken ont une classe certaine pour la dégueulasserie -leurs textes en forme d’énumérations scabreuses et d’histoires de sexe visqueuses sont chantés en français et pour une fois comprendre ne me dérange pas. Mention spéciale au guitariste/chanteur de droite qui a particulièrement l’air habité lorsqu’il est en action.
Et si le début du concert a été marqué des quasiment inévitables mises au point, le groupe s’est rapidement envolé vers des cieux supersoniques et dissonants pour ne plus en redescendre. C’est de loin la formation française qui m’a le plus impressionné ces derniers mois (avec Ned). Cela me fait également penser que je n’ai même pas mentionné l’excellent premier LP du groupe publié par In The Red dans mon Top Of The Dope 2008. Un oubli de plus, loser.
























Les messins ont à peine terminé que j’entends quelques sons électroniques et quelques coups de caisse claire derrière sur ma gauche : Duracell est déjà en place (en fait son matériel trône depuis le début dans un coin de la salle) et il y a déjà quelques personnes agglutinées autour de lui. Duracell que l’on ne présente plus c’est un peu l’attraction locale et on comprendrait aisément que parfois cela puisse le peser. Je pensais d’ailleurs que le projet était en stand-by, cela ne fait pas de mal de se mettre au vert, afin d’explorer de nouvelles perspectives musicales. Mais non, il est bien là avec sa batterie minimale (caisse claire, grosse caisse, un tom basse et un ride), chaque élément est doté d’un trigger et ressort mouliné via une interface sur un synthé kitschoune en diable.
D’habitude le résultat est à mi chemin entre bandes-son de jeux vidéo et furie à la Lightning Bolt et notre petit lapin électrique bat son instrument comme un malade, frénétiquement, dépassant toute notion de compulsion sauf que là, Duracell reste en deçà, le volume sonore est loin d’être énorme (mais après A.H. Kraken n’importe quoi passerait pour insipide) et surtout cela reste bien sage malgré les invectives d’une partie du public. Après un premier titre notre homme enlève son pull, règle ses machines, rajoute des basses et c’est parti pour un second titre (meilleur) qui sera également le dernier. Prestation décevante mais on ne peut pas toujours être à son meilleur. Duracell le sent bien et décide donc de ne pas insister, il a sûrement eu raison. Un interlude en quelque sorte.


















Reste un dernier groupe pour terminer cette soirée et il s’agit d’un groupe que je n’aime pas sur disques et que je n’ai pas su apprécier en concert la fois précédente. Pourtant il parait que Talibam! est capable d’enflammer les foules, ce que je suis tout disposé à croire. Seulement je n’aime pas l’humour de ces deux là, je n’aime pas leurs blagues stupides ni leurs accoutrements ridicules et surtout je déteste leur musique, un mélange d’impro free avec des bouts de chansons au milieu, le tout regorgeant d’allusions et de clins d’œil musicaux. C’est joué au synthé (avec un son ignoble, même lorsque il est saturé) par un barbu dont j’ai oublié le nom et à la batterie par un Kevin Shea -ancien Storm And Stress, Get The People- dont le jeu ressemble aux gesticulations d’un pantin abandonné, livré à lui même. Je patiente les deux premiers titres, vais faire un tour pendant le troisième, revient au quatrième, il ne reste qu’une vingtaine de personnes dans la salle et je décide de partir avant d’en avoir plein la tête.
C’est là que j’ai sûrement eu tort. Mais je voulais garder avec moi les déflagrations lugubres et bruitistes du concert d’A.H. Kraken. Sauf que le lendemain j’ai appris que Duracell, ayant retrouvé sa motivation, avait joué un second set surprise de plus d’une heure, époustouflant celles et ceux qui étaient encore présents. Du grand Duracell, celui qui ne s’arrête jamais et éclate tout le monde avec son jeu de laboureur hypnotique, genre force inexorable et tourbillon rythmique. Et j’ai raté ça. La prochaine fois, peut être.

mardi 3 février 2009

Gaffer festival, première édition
























Tout est dans le titre mais je ne saurais résister à la tentation de donner exactement le détail des deux soirées proposées par Gaffer records pour son premier festival.
Le mardi 3 février -ce soir donc : Talibam ! (duo d’impro foutraque avec Kevin Shea, capable du pire -le dernier passage du duo au Sonic- comme parait il du meilleur, donnons leur donc une seconde chance), A. H. Kraken (auto proclamé groupe de putes de l’est), Duracell (one man band héroïque post Ligthning Boltien) et Motherfucking (groupe de branleurs et également héros malgré tout).

Le mercredi 4 février -demain pour les handicapés du calendrier : Offonoff (avec un membre de Zu, un autre de The Ex et un free jazzeux ne faisant pas que de la figuration et servant à autre chose qu’à assurer la caution culturelle de cette soirée), Dehors Pithagore! (projet solo sous haute influence Fred Frithienne de Gilles Laval ex Parkinson Square et ex Chef Menteur), Fat 32 (encore une gloire locale et encore des héros) et Lewis Karloff parce qu’il fallait bien un groupe maison avec du Gaffer dedans, trio aussi groove que grind que no wave, on reconnaît bien là la patte du patron.

lundi 2 février 2009

The An Albatross Family Album
























Pas la peine de faire de mystères, lorsque on met The An Albatross Family Album dans le lecteur on remarque tout de suite que celui-ci dure une demi heure alors qu’il ne compte que neuf titres. Il y a comme dirait l’autre forcément quelque chose qui cloche, un peu comme si on prenait un album de Melt-Banana qui ne comporte que huit titre et dépasse les trente minutes (cet album des japonais existe: il s’appelle Cell Scape et c’est de loin leur moins bon pour ne pas dire le plus mauvais). En ce qui concerne An Albatross la question peut réellement se poser : comment un tel groupe de branleurs capable de faire graver un premier album (Eat Light, Shit Thunder) proposant exactement les mêmes titres sur chacune des deux faces d’un LP, capable également de publier un disque de dix titres pour huit minutes (le deuxième CD, We Are The Lazer Viking) ou d’en enquiller dix huit en vingt sept minutes -le troisième, Blessphemy (Of The Peace-Beast Feastgiver And Bear Warp Kumite)- peut il maintenant proposer un album qui a l’air tout ce qu’il y a de plus normal ? Vont-ils nous faire le coup de l’album de la maturité, cette espèce d’arnaque de service marketing de maison de disques et de rock critics destinée à susciter de l’intérêt pour un groupe désormais à court d’idées nouvelles ?
La formule d’An Albatross est toujours la même : un chanteur qui hurle n’importe comment du moment qu’il donne l’impression de s’amuser, un bassiste coulant, une batteur qui fait ce qu’il peut -c'est-à-dire pas grand-chose- pour alterner grind et groove, un guitariste qui se prend pour un héro mais surtout qui se prend les pieds dedans, un claviériste qui joue du Farfisa (un peu) et de l’Hammond B 3 (beaucoup) et je crois aussi un second guitariste, plus on est de fous et plus on rit. Il va s’en dire que la musique d’An Albatross est un foutu bordel, un ramassis de n’importe quoi que j’adore tout particulièrement. Je ne doute pas un seul instant que ce groupe puisse être très mauvais en concert, que le chanteur n’est sûrement qu’un sale poseur mais je suis la preuve vivante que l’on peut émettre de sérieuses réserves sur cette figure tutélaire du spazz core (de quoi ?) qu’est The Locust -je hais les sportifs- mais que l’on peut adorer An Albatross, croisement improbable entre les insectes adulés de San Diego et Deep Purple avec Jon Lord en tête de gondole.
Sur The An Albatross Family Album les recettes grind 70’s du groupe sont toujours bien en place -si on peut dire- avec une mention spéciale aux 2 minutes 21 du titre introductif (Neon Guru) ou au groove très skingraftien de …And Now Emerge The Silver Pilgrim (2 minutes et 9 secondes). Vous me direz qu’avec des durées de titres pareilles on peut logiquement se demander où se situe la demi heure que dure ce disque. Nous y voilà. The Hymn Of The Angel People score au delà des six minutes. Après un début aussi débile et fucked up que d’habitude, ce troisième titre évolue grâce à un ralentissement opportun vers un monologue aligné par une voix féminine sur fond d’ambiance pseudo new age plutôt drôle, on se croirait dans un film de propagande de l’église de scientologie. 3000 Light Years By Way Of The Space hawk, le neuvième et dernier titre, dépasse également les six minutes, la faute à une longue intro avec violonades et guitares brumeuses dans les pieds -c’est à la mode- avant qu’An Albatross ne reprenne ses esprits et ses bonnes mauvaises habitudes dans un final progmonster grandiloquent et boursouflé avec plein de dégoulinades psyché autour, mouais.
La méthode d’An Albatross pour multiplier les pains et rendre le temps élastique est donc on ne peut plus simple : il suffisait au groupe de coller deux titres qui n’ont rien à voir ensemble (ou de rajouter un mouvement instrumental en guise de préfixe ou de suffixe) et surtout il leur suffisait d’apprendre à compter jusqu’à dix sans se servir des doigts des deux mains. J’avais seulement tendance à préférer la musique du groupe lorsque elle privilégiait la concision et la déflagration, là on a parfois l’impression de mater un cumshot avec un éjaculateur précoce dopé au viagra. Efficace mais un peu vain.