mardi 7 octobre 2008

Slip In And Out Of Phenomenon


















Et puisque on est en plein dans les rééditions, voici celle des trois maxis de Liquid Liquid augmentés de quelques live et inédits, parution sous le titre de Slip In And Out Phenomenon chez Domino cette année. Trois maxis, cela ne fait pas beaucoup dans la vie d’un groupe, même lorsque l’un d'eux a été allégrement samplé/pompé par le Grandmaster Flash pour les besoins de l’un de ses hits parmi les plus populaires (White Lines). Ceci n’est pas la première réédition des oeuvres de Liquid Liquid puisque Grand Royal, le défunt label des Beastie Boys s’en était déjà chargé dans le passé (1997).
Il faut faire fi de tous les groupes de trouducs qui se réclame du quatuor new-yorkais si on ne veut pas en être dégoûté à l’avance. Vous aimez Happy Mondays ? Moi non plus. Vous aimez Rapture ? N’en parlons même pas. Et replongeons nous dans la courte discographie d’un groupe qui est allé à l’essence même d’une musique groove et funk, robotique et rigide. Pas de guitare chez Liquid Liquid, juste une basse qui fait tout le boulot, des percussions à profusion et une voix proche du chant de baleine sous méthadone d’un John Lydon en plein délire Public Image. Et c’est tout. Pas très loin de l’épure sensuelle mais également mécanique des soeurs Scroggins d’E.S.G.
A l’époque où les quatre Liquid Liquid commencent à faire parler d’eux, écumant les clubs new-yorkais, la no wave n’est déjà plus qu’un lointain souvenir ou est en passe de le devenir, la Grosse Pomme semble avoir oublié pour un temps ses racines velvetiennes (Sonic Youth n’a pas encore commencé à casser les pieds et les oreilles de tout le monde) et s’adonne aux joies d’un funk primal et désossé, froid et mutant, dansant et aride. Cela tombe bien car sans le savoir, de nombreux groupes ont découvert en même temps de par le monde les joies du groove implacable. Enfin… de par le monde c’est beaucoup dire : ce que l’on a plus tard appelé le post punk (?) est en marche et l’une de ses composantes les plus vivaces est celle qui incorpore dub et funk -PiL, Gang Of Four, Pop Group, A Certain Ratio et quelques autres (pas toujours inoubliables) forment les rangs de l’anti rock sur fond de slogans révolutionnaires (haha).
Du dub il y en a chez Liquid Liquid (Bellhead) mais surtout il y a du funk -les super hits Optimo et Cavern- le seul funk qu’un petit blanc comme moi arrive à piffrer tellement il ressemble à un tas d’os polis s’entrechoquant entre eux, au claudiquement d’un chien borgne à trois pattes, aux crépitements des amphétamines dans la cervelle. Rien à voir avec la sensualité de James Brown ou la luxuriance de George Clinton. Finalement beaucoup plus accessible et carré que The Pop Group (dont on parlé juste au dessous), Liquid Liquid a pourtant subi le même sort, celui d’un groupe pour connaisseurs aficionados, amateurs de culte mais absolument pas partouzards ni partageurs. Encore une réédition qui va dans le bon sens…


lundi 6 octobre 2008

The Pop Group
























J’ai toujours eu un mal fou avec The Pop Group, ce n’est pas la réédition CD effectuée en 2007 par les archivistes de chez Rhino qui me fera changer d’avis. C’est dit. Et pourquoi une telle incompréhension et un tel rejet ? Le premier single du groupe, She Is Beyond Good And Evil, qui est aussi le titre d’ouverture de Y, premier album de The Pop Group et souvent considéré comme leur chef d’oeuvre, est une pure horreur. Je crois toujours y entendre les Clash, les Clash dans tout ce qu’ils avaient de plus mauvais et de plus caricatural c'est-à-dire ce côté funk, chaloupé ou même reggae qui me fait toujours fuir dans la direction opposé -très bizarrement le seul titre des Clash qui trouve grâce à mes oreilles est Guns Of Brixton, composé par un bassiste singulièrement en manque et donc l’un des titres les plus jamaïcains du groupe. C’est grave docteur ? Et je ne vous raconte même pas ce que je pense des saloperies comme les Slits.
Ce titre, She Is Beyond Good And Evil, a longtemps été le rempart imprenable pour accéder au bonheur d’écouter un groupe qui aurait marqué plus d’un esprit. Pas le mien, j’étais trop jeune. Maintenant que je ne le suis plus depuis longtemps, se taper à nouveau cette guitare au son détestable (et que l’on ne me dise pas que ce son là est le son du post punk) reste tout bonnement impossible. Ne parlons même pas de la ligne de chant. Le deuxième titre du disque, Thief Of Fire, a à peu près le même effet sur mon métabolisme, quoique la guitare y est nettement plus en retrait et que c’est la basse qui y même la danse. Ce titre sent le bordel, il est la porte grande ouverte qui m’a permis de réécouter l’intégralité de ce disque puis de l’apprécier.
Quand des jeunes garçons de Bristol fanatiques de reggae, admirateurs de free jazz, chargés d’esprit libertaire et se prenant le punk en pleine gueule se mettent à faire de la musique cela donne quoi ? Cela peut donner The Pop Group. Et cet album, Y, qui ne commence réellement qu’à partir de son troisième titre. On y entend des musiciens illuminés et pleins d’idées ne sachant absolument pas jouer, concassant tout ce qui peut de près ou de loin ressembler à un rythme, une mélodie, une ligne de chant, un arrangement. Au milieu de cette rébellion en temps réel on découvre le magnifique We Are Time, le seul titre de Y pouvant prétendre à un semblant de structures et de tenue. Tout le reste n’est que désordre à base de sax désaxé, de piano désaccordé, de guitare à côté de la plaque et de chant hurlé sur fond de rythmique basse/batterie désarticulée. On est bien loin de la rigueur spartiate et millimétrée de Gang Of Four ou du groove à répétition des Contortions. Sûrement que le résultat n’était du qu’à une incapacité chronique de musiciens allumés et hébétés mais il est bel et bien tangible : Y est un disque conflictuel et en bouillonnement perpétuel. Ceci dit, il y a encore des jours où je le trouve parfaitement inécoutable. Ceci dit -encore et une dernière fois- ces jours là il me parait toujours meilleur que les deux autres albums de The Pop Group qui ont suivis, We Are Time (une compilation en fait) et For How Much Longer Do We Tolerate Mass Murder ? Va comprendre.
[A noter que sur la version CD publiée en 2007 par Rhino a été rajouté 3:38. Ce titre est la face B de She Is Beyond Good And Evil et n’est jamais que la bande de ce dernier passée à l’envers et overdubée de plein de percussions additionnelles. C’est bien meilleur que la version initiale, à tel point que l’on est en droit de se demander pourquoi The Pop Group n’avait pas commencé par là.]

dimanche 5 octobre 2008

Slimewave Goregrind Series


Relapse toujours et encore avec une compilation, Slimewave Goregrind Series, qui regroupe douze formations de metal -euh- extrême et pas des moindres, rien que l’énumération des noms des groupes est un véritable festival de l’horreur : Antigama (de Varsovie, remarquez au passage la pertinence du slogan que le groupe a mis en exergue de son MySpace), Bathtub Shitter (Japon), Cripple Bastards (Italie), Inhume (Hollande), Japanische Kampfhoerspiele (Allemagne), Machetazo (Espagne), Mumakil (Suisse), Rot (Brésil), Sublime Cadaveric Decomposition (France), Throat Plunger (U.S.), Total Fucking Destruction (U.S.), XXX Maniak (U.S.) -de quoi ? aucun groupe scandinave ? c’est un peu la honte…
On l’aura compris, nous avons ici affaire à l’internationale du grind core et cette compilation regroupe l’intégralité de six split singles publiés par Relapse mais pour appâter le chaland et donner un surplus d’intérêt à cette édition, il y a des titres supplémentaires en bonus. L’illustration du livret est composée des six illustrations initiales et est d’une laideur et d’un saignant plutôt raté, dans le genre et en aussi catastrophique je ne vois que la pochette d’un célèbre split single regroupant Unsane et Hint chez Pandemonium records, pochette censurée en son temps. L’artwork de Slimewave Goregrind Series -intitulé Infant Alien Autopsy- est signé Mike Hrubovcak, un gars qui est très loin d’en être à son coup d’essai et dont le style est immédiatement reconnaissable.
Mais revenons à nos petits gore boys. L’adage qui dit que plus c’est rapide, violent, bruyant, hurlé (en un mot extrême, comme le disent si bien les connaisseurs) plus ce doit être de courte durée si on ne veut pas risquer d’emmerder le monde, cet adage donc s’applique parfaitement à quasiment tous ces groupes et c’est pourquoi l’idée d’une série de split singles était la bonne : pas le temps de courir se réfugier dans le placard de la cuisine que le massacre a déjà commencé et surtout pas le moindre risque d’écoeurement et de renvoi de tripes à l’horizon -deux faces d’un 45 tours ça se digère toujours sans aucun problème de sucs gastriques et puis un single c’est toujours rigolo à collectionner, même lorsque la pochette est moche.
Alors voilà. Cet humour potache, pervers, saignant, parfois imbécile ou horripilant peut il passer la barre d’un long format comme celui d’un CD de 68 minutes ? Les groupes tirent ils tous leur épingle du jeu à être ainsi compressés sur une rondelle de douze centimètres qui ne va leur laisser aucune chance ? On recommence l’énumération pour répondre à toutes ces questions cruciales.






















Antigama, l’entrée en matière du disque est on ne peut plus classique et calibrée, ça blaste carré, ça hurle dans le broyeur puis ça growle velu et ça riffe tranchant. A noter un chant pas vraiment clair mais disons plus nuancé qui apparaît sur le troisième titre, Men’s Room, qui en devient d’autant plus étrange sur la fin. Bathtub Shitter ne propose qu’un seul titre mais celui-ci est un festival de clichés et de pompages en tous genres assemblés avec une dextérité hallucinante, Bathtub Shitter est japonais et comme 99 % des groupes japonais tous styles confondus il aime parodier à l’excès. On a même droit au milieu des cris de Speedy Gonzales à un passage funky qui fait bien rire. Cripple Bastards avec sa discographie déjà pléthorique fait partie des anciens de Slimewave Goregrind Series, le groupe ici ne déroge pas à la règle et ses fans seront comblés -du grind comme celui que papa écoutait déjà mais l’un des meilleurs groupes du disque. Inhume a le malheur de passer après et c’est vrai que la production est limite, le riffage sans originalité, comme tout le reste. La voix gargouille convenablement dans les basses. Pour les amateurs d’obscurantisme. Japanische Kampfhoerspiele est un groupe allemand, donc, avec un son très sec et un chant parodique un peu énervant. Sympathique mais incapable de rendre réellement intéressantes les idées beaucoup trop nombreuses qui fourmillent sur chacun des titres proposés. Machetazo : en Espagne aussi on fait du grind et du death, ce groupe est relativement ancien, sa musique n’en est pas moins plate et convenue. Vous avez déjà écouté les vrais Napalm Death ? On passe.
Nous voilà arrivé à la deuxième moitié de ce CD. Une certaine fatigue fait son apparition, il reste une bonne demi heure et six autres groupes à enquiller. On continue quand même ?
Mumakil
c’est du bon, du rapide et du lourd. Les titres des morceaux me ravissent (Cloning The Pope par exemple) et tout ça dépasse à peine la minute. Même pas le temps de s’emmerder ni de se couper les ongles des doigts de pieds. Il y a des groupes de metal au brézil, si si, maintenant j’en connais au moins un : Rot et sa version très crust et très hard core d’un grind énergique est malheureusement desservi par un son très limité. Avec un nom tel que Sublime Cadaveric Decomposition on sait déjà à quoi s’attendre. Les vétérans français du style ne déçoivent pas plus qu’ils ne convainquent, c’est du fifty fifty et la fatigue due à une trop longue écoute commence réellement à se faire sentir. On passe rapidement sur Throat Plunger, apparemment un one man band avec une boite à rythmes horrible (n’est pas Agoraphobic Nosebleed qui veut) et un côté horrifique/cartoon qui passe mal. Total Fucking Destruction prend la relève et, ce n’est pas une surprise, le groupe de Rick Hoax est de loin le meilleur de cette compilation. Le troisième album est attendu sous peu et avec une impatience grandissante. On termine avec XXX Maniak et ses paroles porno (Baby’s First Dick), rien à dire de plus là-dessus, autant écouter un disque de GG Allin si on a soif de littérature et de traits d’esprit. Conclusion : une compilation aussi inégale et intéressante que la moyenne des compilations mais disponible à un prix attractif…

samedi 4 octobre 2008

This Comp Kills Fascists
























Vive l’underground ! C’est ainsi que Relapse, le label des métallurgistes tatoués et en shorts, parle de la compilation This Comp Kills Fascists, un CD qui selon les dires de ses concepteurs regroupe la crème de la crème des groupes grind, crust, power violence (de quoi ?) et parfois tout ça en même temps de la scène U.S. Le maître de cérémonie de ce premier volume s’appelle Scott Hull, ce gros bâtard de guitariste/producteur qui officie dans Pig Destroyer et surtout Agoraphobic Nosebleed -nous sommes en terrain connu. C'est lui qui en a eu l’idée, qui a collecté les enregistrements et masterisé les bandes. Relapse n’a eu qu’à faire monter la sauce en utilisant quelques moyens modernes de promotion (à ce jour et contrairement au titre du disque, Rupert Murdoch n’a toujours pas été retrouvé gisant dans un bain de sang -tiens, voilà que je me mets à faire mon crusty anorchopunk moi aussi, pardon) et surtout en annonçant que sur This Comp Kills Fascists il y a de l’inédit fraîchement enregistré par les grindeux reformés de Brutal Truth. Autant dire que ce genre d’annonce fait toujours l’effet d’une bombe chez les fanatiques du genre.
L’artwork est plutôt réussi, il est signé Orion Landau, l’illustrateur maison de Relapse, lequel a plutôt bien retrouvé l’esprit collage/détournement des vieilles compilations punk ou oï d’antan. Georges W. Bush y est mangé à toutes les sauces, celle qui consiste à lui mettre quatre bites derrière le crâne et formant une svastika turgescente à ma préférence. A l’intérieur il y a une page par groupe, le plus souvent avec les paroles (ici on parle de politique, haha) et cinquante et un titres. Mais il n’y a pas autant de groupes, ce qui aurait beaucoup plus drôle, chacun balançant entre deux et six morceaux de barbaques dans la casserole. Cela nous fait donc quatorze groupes et un disque agréable à écouter : bonne ambiance de fond pour une matinée de désoeuvrement, disque facile à zapper lorsque on tombe sur un titre qui ne plait guère, un bon gadget de défoulement physique et d’hygiène auriculaire.
La question que je me posais était bien évidemment celle de la bonne santé ou non de Brutal Truth (titres 42 à 45). Le gang de Kevin Sharp et Dan Lilker -quarante cinq ans au mois d’octobre- fait plus que respecter le cahier des charges en offrant quatre titres intenses, plutôt courts, avec des riffs tordus, un chant énorme et une rythmique implacable. On aurait même pu souhaiter un peu plus d’aération dans le propos, tellement l’impression de se faire clouer la peau sur un mur par une riveteuse déréglée est tenace. Mais les champions toutes catégories de ce florilège d’ultra violence sont l’autre groupe du batteur Rich Hoax : Total Fucking Destruction, inégalable question folie à tout casser et avec un naturel confondant pour le dire. Après c’est selon les goûts. Les vétérans (et reformés ?) Agents Of Satan remportent haut la main le titre du meilleur nom de groupe -qu’est ce que vous croyez- et font bien rire avec leur musique de nains de jardin. Weekend Nachos ont également un chouette nom mais cela s’arrête là. Insect Warfare est très efficace aussi, le temps de quatre titres bien carrés de facture certes classique mais promptement menés et sans bavures. Magrudergrind suit le même chemin, en encore plus rapide (et avec deux voix). Pour les amateurs de pur crust il reste Man Will Destroy Itself. Quant au reste… le mieux c’est d’écouter This Comp Kills Fascists en mode aléatoire et d’espérer que le volume deux, s’il parait un jour, sera du même acabit.


vendredi 3 octobre 2008

Le Fripp c'est chic























Le mercredi c’est schizophrénie. Les lyonnais de One Second Riot qui sont deux à eux tout seuls rejouent pour la première fois depuis très longtemps dans leur ville et en profitent pour fêter (du moins annoncer) la sortie de leur premier véritable album, chouette. La question du soir c’est bien évidemment de savoir ce que va donner Guapo, la tête d’affiche, en concert. Je ne me fais pas trop d’illusions -pour être honnête je pars avec un fort mauvais a priori, dédaigneux et hautain que je suis- mais je croise quelques bonnes têtes qui me font part de leur enthousiasme délirant à propos des britanniques : quoi tu n’aimes pas Guapo ?!!! rhaââââ l’album Black Oni c’est quand même une tuerie sans nom ! Je dégaine aussitôt pour Luger pour dégommer ces quelques arguments dignes d’une fan de Tokio Hotel en chaleur grâce à ma sentence favorite à propos des musiciens qui jouent beaucoup trop de notes avec beaucoup trop de doigts. Oui, j’ai déjà vu Guapo (la première fois il y avait même Pid, l’ancien bassiste de Headcleaner, qui jouait encore dans le groupe et il y a fort à parier que j’étais allé à ce concert uniquement pour cette raison là) et régulièrement j’ai fui chaque concert de Guapo en moyenne au bout d’un quart d’heure. Mais n’anticipons pas.























Place donc aux régionaux de l’étape, One Second Riot. Une basse, une batterie, un chant et de la bidouille. J’ai déjà expliqué tout le bien que je pense du disque de ces deux jeunes gens mais je vais recommencer quand même à propos de ce concert. Lorsque j’arrive à la salle, le duo en est encore à faire ses balances, Guapo a mis un temps infini à faire les siennes, mais surtout je vois nos deux garçons serrés comme des sardines sur la scène du Sonic qui c’est vrai n’est pas très grande mais qui est surtout encombrée par une masse de bordel impressionnante. Le matériel de Guapo prend toute la place et si je comprends bien les négociations pour que les stars de la soirée daignent pousser un peu leur installation ont été rudes, sacrés rosbifs qui nous refont le coup de l’insularité inexpugnable.
La salle se remplit peu à peu, elle se remplit même beaucoup, et les One Second Riot démarrent leur set devant un parterre de personnes visiblement venues pour eux. Personne ne sera déçu. Le duo enchaîne ses titres avec une décontraction certaine, décontraction que ne dément pourtant pas le côté tendu et parfois rude de la musique. One Second Riot arrive très bien à occuper l’espace -l’espace sonore je veux dire- et c’était déjà l’une des qualités essentielles de leur disque, cette capacité à faire gonfler la bulle, à la remplir de choses fortes et belles jusqu’à ce qu’elle éclate. Même Brautigan, titre qui dans le meilleur des cas me laisse perplexe et qui au pire m’exaspère, passe très bien, cette chanson gagne indéniablement en live un surplus de vitalité bienvenue. Opération marketing de rigueur à la fin du concert, échange de blagues et on rallume les lumières.


















Quand je dis qu’il y a du monde ce soir, ce n’est pas une vue de l’esprit : on frise les 130 personnes et franchement cela fait plaisir à voir. Quelques conversations encore sur les mérites de Guapo , je demande toujours à voir et surtout à entendre. Voir, ce sera très facile puisque les quatre membres du groupe sont tous habillés de pantalon moule burnes et de saillants sous-pulls rehaussés de paillettes au niveau des manches et du col, le tout en noir. On dirait un peu un backing band pour le nouveau spectacle gothique de Philippe Candéloro avec un petit côté hard rock/prog/fusion en prime. Je m’attends une fois de plus au pire. Le bassiste toise tout le monde d’un air dédaigneux et méprisant, il dirige les autres musiciens et donc le bon déroulement des opérations avec des petits hochements de tête, c’est lui le chef. Côté grimaces le clavier et le batteur rivalisent de mimiques mi-torturées mi-passionnées, toute la jouissance du musicien en train de faire dans son froc. Le guitariste est plus discret, un peu trop caché par son chef de bassiste, il faut dire aussi qu’il est une recrue récente alors il ne faut pas déconner quand même.


















Premier titre joué par Guapo et mon voisin de gauche me glisse à l’oreille que c’est justement LE titre qu’il voulait entendre. Je reste calme, poli et pausé, finalement bien disposé à écouter ce groupe. Mais le clavier, ces horribles sons de synthétiseurs, ces mélodies qui n’en finissent pas de tourbillonner telles un kaléidoscope tridimensionnel géant me donnent la nausée. Les quatre musiciens jouent d’une manière tellement apprêtée et ostentatoire que pendant un long moment je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils ne le font que pour se moquer, qu’ils sont en train de se tordre de rire au plus profond d’eux même. Mais non, c’est bien l’extase qui semble les gagner et qui semble également gagner une partie du public (du moins les gens qui ne partent pas en courant), une extase grandiloquente et insensée alors qu’il n’y a vraiment pas de quoi : musicalement Guapo est en dessous de tout, on assiste à un concert très gentillet et propre, à peine débridé et sûrement pas farfelu. Un groupe de poseurs prétentieux et méprisants et une musique d’ascenseur pour snobs.
Je laisse tomber le devant de la scène, j’en ai un peu marre de ce chef scout de bassiste et de ses visées dictatoriales, en ce qui me concerne l’ennui a été plus fort que la curiosité. Même du fond de la salle et enfin rasséréné par une bonne bière, la soupe prog de Guapo réussit l’exploit d’être à la fois insipide et indigeste. Ce n’est plus un Luger qu’il me faudrait pour en finir avec cette pantalonnade fastidieuse qui rappelle le pire de King Crimson et de Popol Vuh réunis -en fait cela voudrait dire quoi exactement le meilleur pour des groupes pareils ?- mais un lance roquettes anti-chars. Je choisis l’option retour à la maison de bonne heure, dingue comme cette musique de vieux cons arrive à me transformer en papy casanier.

mercredi 1 octobre 2008

One Second Riot, l'album !


Je crois que la première fois que j’ai assisté à un concert de One Second Riot, j’ai franchement détesté le duo lyonnais. Un vieil ami également présent ce soir là et qui avait déjà vu et entendu nos deux trublions m’avait lancé un ah non pas encore eux dont je m’étais confortablement emparé pour justifier une indifférence de principe et un rejet qualitatif certain. On peut faire confiance à un ami surtout lorsque vous avez quelques points communs (une calvitie naissante, un coussin abdominal gonflé à la bière, des lunettes, une fâcheuse tendance à vous habiller en noir et éventuellement quelques goûts musicaux) mais, dès qu’il est question de musique, d’un groupe, mieux vaut faire confiance à ce qu’il vous reste d’oreille et de jugement, quoi que pour le jugement, haha, non rien.
Je crois donc que la deuxième fois que j’ai assisté à un concert de One Second Riot, je n’ai pas aimé non plus, pas assez en place. Et puis c’est toujours un peu chiant d’avoir à se dévisser le cou alors que l’on a mal au dos pour arriver à voir un groupe qui a décidé de jouer par terre. Surtout que j’ai souvent des difficultés à comprendre cette manie de jouer devant la scène pour des raisons stylistiques (ouah trop fort ils font comme Lightning Bolt) ou des raisons éthiques (tu comprends mec comme ça on est au même niveau que notre public, on est tous pareil) alors qu’en fait pas du tout (toi tu joues et moi je regarde) et qu’à la vérité la plupart du temps c’est surtout beaucoup plus pratique pour les changements de plateau, ce qui était bel et bien le cas ici.























C’est en écoutant les deux premiers disques de One Second Riot que j’ai réellement commencer à m’intéresser à la musique du groupe, je récapitule : un premier maxi partagé avec les bostoniens de Neptune et un second 25 centimètres en collocation avec les clermontois de Sofy Major, deux disques non exempts de défauts mais le mal était fait. La maturation étant une chose plutôt lente chez tout un chacun -surtout lorsque on ne fait rien pour ça, pour ma part il y a quelques domaines pour lesquels je tiens absolument à rester immature- j’ai fait mon petit bonhomme de chemin avec cette musique là tandis que One Second Riot devenait de plus en plus aguerri sur scène, je ne doute pas par contre que les deux ont du bosser dur pour y arriver. Les prestations en concerts suivantes de One Second Riot ont logiquement été des plus convaincantes (avec une mention spéciale à celle donnée lors de la release party du Born Again d’Overmars).
Le premier album du groupe est donc là, c’est Music Fear Satan qui s’en est occupé. Dessus on retrouve neuf titres (dont deux déjà présents sur les disques précédents mais ayant été réengistrés pour l’occasion), neuf titres variés -du tendu, du sec et du nerveux comme du plus profond et du plus atmosphérique, tel l’énigmatique Brautigan, un titre qui me fait passer dans un nombre d’états incalculables allant de l’agacement à la contemplation (et inversement), à croire que la frontière entre emphase et extase est plus fine qu’on ne le croit. Je n’arrive toujours pas à me décider sur ce titre mais c’est bien le seul.
One Second Riot délaisse complètement les schémas du duo basse/batterie (ou guitare/batterie) classique, celui qui brasse le math core avec autant d’élégance qu’un houblonneur alsacien ou sculpte le chaos comme un tailleur de pierre creusois, pour ériger une musique fine, racée, mélodique mais également non dénuée d’une certaine puissance de feu et parsemé d’un sentiment d’étrangeté, voire de mélancolie. Pas de contemplation dans la musique de One Second Riot, mais un mélange réussi de rage salutaire et de franche élégance, parsemé de quelques vraies chansons, autant de véritable hits en puissance. Un excellent premier album.
[Et ce soir, mercredi 1er octobre, One Second Riot jouera au Sonic de Lyon avec les progueux post crimsoniens britanniques de Guapo, qu’on se dise. Une mini tournée en compagnie des lyonnais Kiruna est également prévue à la fin du mois, qu’on se le dise aussi.]