mercredi 16 avril 2008

Frustration / Relax


C’est non sans surprise que le précédent maxi de Frustration, Full Of Sorrow, avait réussi l’été dernier à se frayer un chemin jusqu’à ma platine et surtout y avait été joué tous les jours ou presque -l’été période bénie des Dieux pendant laquelle tout semble permis : porter des tongs et des bermudas à fleurs, se faire faire un nouveau tatouage pour montrer comment qu’on est beau, partir en vacances dans un pays du tiers-monde (éviter toutefois le Languedoc-Roussillon ou le Midi), faire des barbecues, baiser avec sa voisine (ou son voisin), jouer au foot ou mourir d’ennui.
L’insouciance estivale s’en est allée et depuis je n’ai toujours pas vu le groupe parisien en concert (pourtant il est passé au moins une fois -deux ?- dans le coin), je n’ai fait que me contenter des habituels palliatifs, quelle lâcheté. Et comme tous les disques de l’été découverts sur le tard -parution initiale en 2006- Full Of Sorrow a ensuite fini par rejoindre ses petits camarades de divertissement dans l’humidité et la froideur de l’oubli. Je ne l’ai donc pas réécouté une seule fois de l’hiver.
Il y a ouvertement cette dynamique dans la musique de Frustration : un groupe qui pratique le post punk couillu et la déflagration réfrigérante tout en donnant envie de -hum- danser, envie de hurler les paroles (simplissimes), ouvrir une nouvelle cannette de bière alors que la précédente est à peine terminée, faire comme si on écoutait attentivement tout en s’en foutant complètement et remettre le disque immédiatement après. La limite c’est que cela ne peut pas durer dans le temps. Un vrai disque de l’été, je le répète.






















Les effets vapeur artificielle et frigidaire intérieur répondent à nouveau présent sur le premier véritable album de Frustration, Relax, album doté d’une production massive et efficace. Comme pour le précédent six titres c’est Born Bad qui a géré cette sortie. Une sortie qui confirme l’implication grandissante des synthétiseurs dans la musique de Frustration (car sur les tout premiers enregistrements du groupe il n’y en a pas) sans pour autant mettre guitare et basse au second plan. Parmi les titres les plus synthétiques il y a l’emphatique So Many Questions à la fois sponsorisé par Midge Ure et New Order, un vrai tube.
Et des tubes Relax n’en manque absolument pas : l’un des plus impressionnants est très certainement No Trouble mais ça ne compte pas, ce titre figurant déjà sur Full Of Sorrow dans une version strictement similaire. Quasiment au même niveau on trouve As They Say et sa guitare simplissime qui donne fatalement envie de remuer les fesses ou Shake Me et Relax, construits sur à peu près le même modèle. Signalons également She’s So Tired sur lequel le chanteur se lance dans une imitation ma foi assez réussie de Ian Curtis alors que juste avant, sur Waiting For Bad Things, il faisait plutôt penser à Fred Schneider. Un chanteur avec suffisamment de personnalité -malgré les comparaisons inévitables, donc- et de conviction pour nous faire oublier son accent approximatif avec lequel il sait très bien jouer par ailleurs, comme sur l’hilarant et ironique We Have Some… introductif.
Quelques points faibles toutefois : des titres excellents mais qui semblent répondre à des impératifs dont on oserait presque affirmer qu’il s’agit de recettes, l’instrumental inintéressant Shades From The Past ou la très nette impression qu’il s’agit d’un disque que l’on finira par complètement oublier et qui ira bien un jour ou l’autre rejoindre son prédécesseur au placard. Mais en attendant, hein…

mardi 15 avril 2008

L'évangile selon Carla
























Sans être un fervent admirateur de Carla Bozulich, on peut quand même reconnaître à la dame une aura particulière et une rigueur musicale au delà de tous soupçons. Ce qui n’est pas toujours suffisant puisque ses enregistrements (elle a une pléthore de groupes et de collaborations à son actif) peuvent s’avérer franchement pénibles car souffrant de l’effet de pause. On a beau me dire que la dame est sincère -voir certaines de ses prestations en concert absolument stupéfiantes- je n’y crois pas plus que ça. A vrai dire, je devrais m’en foutre mais Carla Bozulich en demande tellement qu’il est impossible de la différencier de son art. Le fameux débat. Ce n’est pas son précédent opus sur Constellation, Evangelista, qui pouvait me faire changer d’avis avec l’invention d’un post rock d’église suicidaire et hurlé, tu souffres beaucoup Carla et mes oreilles souffrent avec toi. Le concert de l’année dernière et correspondant à la parution de cet album ne valait guère mieux et me faisait même regretter le disque, c’est tout dire (oui je suis mauvais public).
Une année plus tard, Carla Bozulich est déjà de retour, toujours sur Constellation, mais cette fois ci sous le nom d’Evangelista pour un album qui lui s’intitule Hello, Voyageur. Explications : le nom du précédent album est devenu le nom d’un vrai groupe formé autour de la chanteuse, opération magique dont je croyais jusqu’ici que seuls les musiciens signés sur Tzadik s’étaient fait une spécialité. Un groupe donc, ce qui n’a pas empêché Carla Bozulich de s’entourer d’un grand nombre d’invités dont l’indéboulonnable guitariste Nels Cline ainsi que beaucoup d’autres, issus de la clique Constellation/Godspeed/Silver Mount Zion. La formation semble s’être stabilisée autour de Tara Barnes (basse), Andrea Serrapiglio (violoncelle) et Dominic Cramp (claviers, etc) -on ajoute un batteur (Jason Van Gulick) et on a le personnel de la prochaine tournée européenne.
Hello, Voyageur
est un album réussi qui à la fois contredit et confirme à peu près tout ce que l’on peut penser de Carla Bozulich. D’une grande variété de styles, il utilise en partie le spectre musical que la chanteuse/guitariste a visité au cours de sa déjà longue carrière. Winds Of Saint Anne renoue avec le côté sépulcral du précédent album tout en faisant clairement référence, tant musicalement qu’au niveau des paroles (the west is the best and the wind knows my name) au The End des Doors. Smooth Jazz flirte avec la no wave tribale tandis que Lucky Lucky Luck possède un petit côté jazzy faussement innocent lorgnant du côté de Lydia Lunch. For The L’il Dudes voit l’apparition des cordes made in Constellation et la larme à l’oeil qui va avec. The Blue Room est la plus belle chanson de l’album, d’une émotion rare (à moins que ce ne soit Paper Kitten Claw, berceuse désabusée). Truth Is Dark Like Outter Space est un véritable brûlot noise (merci à la guitare de Efrim). The Frozen Dress se fait inquiétant et torturé sans tomber dans le piège du plastigothique. Final halluciné de percussions fracassantes et de cuivres fantomatiques, Hello, Voyageur! est une chanson incantatoire et en définitive très inquiétante. Toutes les qualités extrêmes de Carla Bozulich y sont réunies.
Une énumération un tantinet fastidieuse qui pourrait dévoiler le caractère trop hétérogène et donc peu accrocheur de ce disque, or, il n’en est rien. A l’inverse, Hello, Voyageur permet de respirer, Carla Bozulich a su rendre sa musique plus digeste et accessible. Ce n’est pas encore la grosse joie de vivre mais cette fois ci, cela donne envie d’y croire.

dimanche 13 avril 2008

Birthday Party (part two)


Deuxième soir. Pendant longtemps l’équipe du Sonic a été indécise : qui faire jouer en première partie de Cheer Accident ? Lorsque la réponse est tombée, elle a pris la forme d’une très bonne nouvelle puisque Deborah Kant est l’un des meilleurs groupes de la scène local, pas encore très connu mais venant juste de publier un premier album prometteur (on en reparle bientôt) et dont les prestations scéniques sont toujours à la hauteur, alliage bruit/mélodie. S’il faut chercher quelque part c’est du côté du Daydream Nation de Sonic Youth et de Deity Guns époque Stroboscopy.
Les quatre garçons investissent la scène, ils utilisent toujours le même dispositif : le guitariste blondinet (qui chante également) à gauche, l’autre guitariste -celui qui aime bien se mettre à quatre pattes avec son instrument pour mieux nous torturer les oreilles- à droite et le bassiste, qui joue exclusivement aux doigts, au centre (parce que c’est lui le chef ?). Il y a peut être des défauts dans la musique de Deborah Kant, la voix parfois mal placée, des breaks qui pédalent dans la semoule mais il n’y a aucun temps morts. Les morceaux sont longs, parfois très longs même, et c’est tout l’intérêt, les digressions noisy qui partent en vrille, comme un bouillonnement psychédélique (celui qu’arrive très bien à reproduire Kinski par exemple) avant de retomber dans le bruit pur, les oreille qui font mal et les culottes qui se mouillent.
Malgré un public un peu froid -on va dire pas encore tout à fait réchauffé- Deborah Kant poursuit son set, les accroches des titres fonctionnent de façon somptueuse, la rythmique est souple et coulante (les doigts je vous dis…), les dérapages sont excellents. Au moment du final, le guitariste de droite (préposé à la section guitarorist) en fait un peu moins que d’habitude, n’essaie pas de copuler avec son ampli mais lui envoie quand même quelques beignes bien placées qui donnent le frisson. En espérant de ne pas avoir à attendre aussi longtemps que la dernière fois pour revoir le groupe.



















Pendant que 95% du public est sorti dehors pour se regoudronner les poumons et que Thymme Jones coincé au stand de marchandising de Cheer Accident a visiblement fort à faire avec deux vieux nerds à lunettes visiblement de la race des cédévores avides de conseils d’achat, un petit barbu s’installe sur la scène, il s’assoie sur une chaise pour pleurer, bientôt rejoint par un grand gaillard qui empoigne sa guitare. Puis Thymme Jones retrouve ses deux compères, explique que c’est la première fois que Cheer Accident vient en Europe, que malheureusement le groupe ne dispose pas de piano sur scène bien qu’il en ait réellement besoin alors il brandit un vieux poste à cassettes pour s’accompagner et interpréter l’une des trop nombreuses ballades qui composent le répertoire (surtout le plus récent) de Cheer Accident et dont je ne suis absolument pas friand. J’ai devant moi deux barbus et un déménageur qui se prennent pour les Beach Boys. Et j’attends patiemment que cette introduction en forme d’hommage appuyé et régressif à Robert Wyatt cesse.



















Qu’il n’y ait pas de piano sur scène est donc une bonne chose : on va ainsi peut être avoir droit au côté le plus rock (dans le sens guitare du terme) du groupe. Par contre je ne vois pas Todd Rittmann… Où est donc passé Todd Rittmann ? Visiblement l’ancien guitariste de U.S. Maple n’a pas fait le déplacement et c’est une déception. Mais dès que Thymme Jones lâche son poste à cassettes et sa trompette pour s’installer derrière la batterie on comprend mieux pourquoi le monsieur avait été engagé par Jim O’Rourke pour tenir ce même rôle au sein de Brise Glace. Le genre de classe d’un Charles Hayward.
Les voix me défrisent souvent dans Cheer Accident, ou plutôt les lignes de chant. Je fais abstraction. La basse ne m’enchante guère non plus et elle est tenue par le nain pleurnichard de tout à l’heure -Atchoum ? Mais le pire est le son du guitariste, qui devient vite insupportable d’autant plus qu’il est au service de compositions dynamiques mais alambiquées et tortueuses, flirtant avec un jazz rock pas très avenant. Un improbable croisement entre Victims Family (si si…) et Matching Mole (encore Robert Wyatt). Un titre de Cheer Accident, même avec l’option grosse guitare, est toujours une boite de pandore avec autant de tiroirs que nécessaires pour contenir toutes les idées bouillonnantes issues d’un cerveau hyperactif et malade. Aux plans littéralement stupéfiants de bonheur succède l’agacement, ou au mieux l’incompréhension. Je finis par me dégager du devant de la scène, écoute de loin, attend encore pendant un titre ou deux avant de sortir prendre l’air (goudron inside). Même un passage hyper répétitif dans la lignée de Brise Glace et que j’écoute désabusé ne me fait pas revenir. C’est promis, juré, craché : je vais me raser la barbe.

samedi 12 avril 2008

Birthday Party (part one)


Nous y voilà donc, à la première soirée d’anniversaire du Sonic. Bien sûr ce n’est qu’un prétexte car c’est avant tout l’occasion de revoir Sun Plexus -pardon : Sun Plexus 2- et de goûter aux joies de leur noise punk scatophile dada. Sur le programme cela s’annonce très bien, trois groupes/performers sont programmés, tous issus de Ronda Label, petite boutique spécialisée dans l’épicerie fine et qui a monté un plateau maison intitulé Hyper Toxique pour quelques (trop rares) dates françaises. Dommage que pour celle de Lyon il n’y ait pas eu le duo eRikm/Akosh S. -comme aux Instants Chavirés de Montreuil…
Aux premiers arrivés ce soir Ronda Label offre une compilation, pas un CDr gravé à la va-vite et emballé dans un bout de plastique transparent, non, un vrai disque -OK je l’ai déjà donc je ne prends pas mon exemplaire, c’est ma mansuétude légendaire. Je Suis Un Etranger est une excellente compilation pour laquelle il a été demandé à chaque musicien/groupe de choisir une langue et de bâtir une composition autour. Cela n’étonnera personne d’apprendre que les Sun Plexus ont opté pour l’albanais.
Le trio est également venu avec son nouvel album, En Souvenir De L'Horreur. Et quand je leur demande pourquoi ils ont rajouté un 2 à leur nom ils répondent : c’est parce qu’on a changé de line-up, on n’est plus vraiment les mêmes personnes. Oui, mais rassurez moi, vous chantez toujours en albanais ? En espagnol aussi, de plus en plus parce qu’on préfère. L’état mental déficient du groupe est au beau fixe, le concert peut donc commencer.

















 
Et cela commence très mal avec Melmac. Je suis, déjà, très raisonnablement séduit par les disques du duo (formé de deux frères) qui propose un mélange d’électro-bricolage atmosphérique et de post rock confit. Sur la gauche il y a le préposé aux machines et aux petits bruits. A droite un guitariste arborant un superbe t-shirt de Kiss et une guitare qu’il a sûrement chourée à un groupe de hair metal, plastique noir qui brille et découpe façon instrument de la mort qui déchire tout. Il prend parfois des pauses à mourir de rire, avec les grimaces d’accompagnement assez parfaites dans le genre tandis que son frère reste d’une impassibilité à toutes épreuves.
Le décalage avec la musique en elle-même pourrait être bien vu si justement la musique avait plus d’étoffe. Le début du concert est prometteur, du nappage de bidouilles comme on en fait tant mais bien mené. Dès que les deux guitares entrent en action et que les gratouillages prennent le dessus la musique de Melmac devient soporifique et sans âme, les ballades assombries des albums n’ont aucune pertinence sur scène, ce qui est bien trop souvent le lot de ce genre de groupe.

















On cherche Arnaud Rivière. Où est il ? Il a disparu ? C’est à son tour de jouer et le timing serré (fin théorique du concert à minuit) est déjà largement explosé. Cet ancien batteur (dans Pregnant, un groupe du label Prohibited et s’inscrivant tout à fait dans cet lignée) a complètement dévié de trajectoire en se consacrant au traficotage de vinyles via une platine en forme de caisse à outils et une table de mixage crucifiée par des tiges filetées et bâillonnée au gros scotch. Comme mu par la seule volonté d’un gosse dont le seul plaisir est de casser ses jouets trop neufs, Arnaud Rivière écrase, racle, broie, lamine ce qui ne ressemble plus vraiment à un disque à l’aide de ressorts, de plaques métalliques et divers autres accessoires non identifiables. Ça hurle dans les enceintes, les oreilles saignent et c’est d’une drôlerie inévitable, encore plus que chez ce grand guignol de Christian Marclay. C’est l’heure de remballer, Arnaud Rivière démonte petit à petit son dispositif, rassemble tout dans sa petite valise métallique, part avec elle sous le bras et coupe brutalement le son.


















Les Sun Plexus 2 ont installé des néons sur leurs pieds de micros : pour une fois le Sonic ne sera pas plongé dans une lumière rouge mais bleuâtre, gothique attitude. Comme souvent le son du groupe est approximatif, les morceaux pas forcément bien en place, les voix difficilement discernables mais cela fonctionne parfaitement. Les rois du punk indus et absurde, oscillant entre grind connerie grimaçante et lourdeur dark ages sponsorisée par le Flying Circus, sont en très grande forme, je le sentais bien.
Les habituelles blagues émaillent le concert comme cette intervention dès la fin du premier titre : on tient à signaler qu’il y a une erreur sur le programme, on a changé de nom maintenant on s’appelle Sun Plexus 2 et comme vous avez pu le remarquer la musique n’est pas la même. Petit à petit le groupe prend ses marques, le batteur s’améliore, mine de rien Sun Plexus organise son petit bordel de manière très sérieuse et appliquée, tout ça est travaillé, pensé, rodé -il faut être sacrement intelligent pour arriver à jouer au con à un tel niveau d’excellence- et tout le talent du groupe est là : faire passer la pause pour de la désinvolture, transformer son cacaprout en or massif, faire de l’intello qui donne le fou rire.

mercredi 9 avril 2008

So Happy Birthday
























Encore un rapprochement abusif. Lorsqu’on me parle d’anniversaire je pense toujours à cette chanson de Laurie Anderson :
It was a large room. Full of people. All kinds.
And they had all arrived at the same building at more or less at the same time.
And they were all free. And they were all asking themselves the same question :
What is behind that curtain ?


You were born. And so you’re free. So happy birthday.


Pour ses deux ans le Sonic de Lyon a bien fait les choses en programmant deux excellentes soirées. La première le 9 avril en compagnie du label Ronda avec Arnaud Rivière, Melmac et les insurpassables Sun Plexus. Le 10 avril (et c’est gratuit si on est venu la veille) il y aura Deborah Kant et les indescriptibles Cheer Accident. Qu’on se le dise.

mardi 8 avril 2008

Neptune / Gong Lake

Plus que pour n’importe quel autre groupe, il faut fermer les yeux lorsque on écoute un nouvel album de Neptune. Ou alors oublier à quoi ça ressemble en concert, oublier les instruments home made, les guitares forgées dans la fonte, les synthés cheap avec composants soudés au chewing-gum. Oublier la théâtralité du groupe sur scène, ses postures outrées qui n’échappent au grotesque que par la grâce d’une élégance discrète, oublier les blagues surréalistes, le fracas du son, les percussions qui s’emballent, les guitares qui décollent hors des sentiers battus. Neptune est un groupe de très (très) grande classe. Alors les découvrir en concert puis écouter leurs disques, c’est forcément un peu frustrant.
En insistant un peu, le précédent album, Patterns, avait réussi à s’imposer. Au sein d’une discographie pléthorique, j’ai toujours entendu dire qu’il était un digne représentant des prestations scéniques du groupe. Peut être. Mais, malgré ses qualités, Patterns n’arrivait pas à rattraper le retard de Neptune en studio, n’était pas assez fort pour inciter à… fermer les yeux. Neptune fait partie de ces groupes prolifiques qui multiplient les enregistrements et surtout leur publication, plein de disques de partout, comme s’il en pleuvait, le risque de se disperser à force de choisir l’option de la surproduction. Des disques souvent bâclés et à disponibilité réduite. Il était donc vraiment temps pour Neptune de recentrer son propos et de marquer un grand coup.
C’est chose fait avec la parution de Gong Lake, album génial publié par Radium, filiale du très sérieux et très estimé label Table Of The Elements. Un éclairage nouveau sur la musique de Neptune, ce label étant distribué dans la plupart des pays civilisés (mais toujours pas disponible en duty free à Dubaï) et suscitant cet engouement assez particulier qui consiste chez certains à se procurer, de quelque façon que ce soit, toutes ses productions -tout comme les puceaux acnéiques achètent n’importe quel disque estampillé Hydra Head, les calvitiens précoces collectionnent les références Table Of The Elements/Radium sans doute à la recherche de l’alchimie musicale parfaite et mystérieuse, la formule suprême qui transforme l’électricité en musique (et inversement).























Cette chronique est donc terminée. Il a déjà été dit plus haut que Gong Lake est un album génial. Tout le reste n’est que descriptifs d’ordre technique et considérations esthétiques. Mais allons-y quand même. Neptune, cela peut faire penser à beaucoup de choses (les premiers Sonic Youth par exemple et encore, de moins en moins) mais surtout cela ne fait penser à rien. La démarche de constructeurs/démolisseurs du groupe rappelle celle d’Einsturzende Neubauten dans le registre as de la soudure improbable et de la customisation des envies. Mais la comparaison s’arrête là également, puisque Neptune (dont le seul défaut est finalement ce nom ridicule) est aussi un vrai groupe noisy.
Alternant morceaux chantés et instrumentaux, le trio sait parfaitement, sur des rythmiques jamais dégoulinantes et bien tendues, installer un parterre de grésillements et de turbulences servant d’écrin à des mélodies imparables se moquant foutrement des canons harmoniques et de la bienséance. C’est ça Neptune, cette capacité de vriller les oreilles tout en caressant la membrane du tympan dans le bon sens. Il y a toujours dans un coin un ou deux zigouigouis qui font semblant de traîner, salissures noisy dont on se demande -mais pas très longtemps- ce que le groupe attend pour les balayer alors qu’elles sont là pour apporter la couleur particulière d’une musique riche et surprises et en émerveillements. Souvent, les salissures, transformées en électrons libres, deviennent à la fois la source du bruit qui gratouille et l’élément mélodique qui chatouille, tout l’art de Neptune consistant en ce subtil dosage. Il y a quelques sommets sur Gong Lake, Grey Shallows ou Blue Grass par exemple, mais il n’y a aucune faiblesse. Décidément un disque excellent d’un groupe qui ne l’est pas moins.