vendredi 13 juillet 2007

Spaghettis bolognaises


Il y a trois mois, Polyvinyl records a publié War, ce qui me semble être le troisième album de xbxrx, un groupe au nom imprononçable et dont la musique a cette réputation de mieux supporter les formats courts que la longueur d’un LP. Jusqu’ici, lorsque j’écoutais ces jeunes gens originaires d’Oakland, je n’entendais qu’un vaste bordel certes beaucoup plus supportable en 45 tours (comme sur le split que xbxrx a partagé avec An Albatross) mais surtout un bordel aussi passionnant qu’un bon gros plat de spaghettis bolognaises.
Le vrai et seul plaisir avec les spaghettis c’est de s’en foutre de partout, de laisser tomber sa fourchette et sa cuillère pour jouer à l’aspirateur, de ne pas arriver à tout avaler d’un coup au risque de s’étrangler et d’avoir de la sauce tomate tout autour de la bouche -au contraire, le drame c’est évidemment lorsque une grande personne forcément bien intentionnée débarque avec son couteau pour couper toutes les pâtes en de multiples petits bouts, alors c’est fini de jouer.






















xbxrx est plutôt d’une nature prolifique -ce qui justifierait les critiques du genre ils font n’importe quoi n’importe comment, comme si en matière de musique, du moins en ce qui concerne cette musique là, il s’agissait d’une réelle critique constructive- et depuis 1999 le groupe a enregistré trois (quatre ?) albums, je ne sais combien de EP et au moins autant de split singles (ça c’est vraiment de la précision de ma part) déversant tous une sorte de punk dada, de cacophonie absurde matinée de je-m’en-foutisme. Les chansons de xbxrx ressemblent plutôt au sprint final d’une course entre gosses pariant à qui arrivera en premier à table mais qui, à l’arrivée, prennent tous le même plaisir devant un plat de pâtes : le vrai concours peut commencer, le concours de dégueulasseries et de fous rires.
C’est toute la différence entre la frénésie pseudo adolescente d’un xbxrx et celle, finalement plus balisée, d’un Fantômas (foutrement cérébrale et convenue) ou même celle du dernier album de The Locust, ces deux derniers groupes découpant méthodiquement leur musique en petits morceaux, uniformes et égaux, puis rassemblant le tout avec quelques décalages dans l’espoir de rendre sa monnaie au dieu du chaos, l’illusion finit par être trop brillante pour ne pas devenir clinique. Au contraire, avec War, xbxrx joue à fond la carte du punk juvénile et, fait marquant par rapport aux enregistrements antérieurs, le groupe a même appris à pointer quelques mélodies basiques au milieu de tout son patafatras sans pour autant ternir son image de guignolo, bel effort.

Juste un mot sur le dernier album de The Locust, ce groupe de débiles qui se déguisent en insectes sur scène : j’avais beaucoup aimé Safety Second, Body Last le précédent EP avec ses plages atmosphériques mettant en relief les courtes déflagrations soniques tirebouchonnées par le groupe, les quatre garçons de The Locust prouvaient ainsi qu’ils savaient faire autre chose que du grind de l’espace arrosé de synthétiseur. Malheureusement le récent New Erection ne suit pas le même chemin et creuse la veine du sérieux et du massif, il y a comme un côté fondation en pierres dans ce disque, de l’application et du vernis par dessus pour faire briller (un comble pour ce genre de groupe). Donc je préfère de loin la gaudriole noisy et les bégaiements de xbxrx au nouveau visage rutilant et attentif des sauterelles métalliques.

[L’affiche reproduite ci-dessus est celle d’un concert mexicain de xbxrx. On peut lire ici ce qu’il s’est passé durant cette tournée de quelques dates et c’est assez édifiant.]



mercredi 11 juillet 2007

665 : the Neighbour of the Beast


Sortir un album le 6 juin 2006, c’est bien ce qu’avaient initialement prévu de faire les suédois d’Entombed, un peu à la traîne de l’actualité métallique ces dernières années. Alors profiter du chiffre 666 pour faire peur aux imbéciles de God hates goths (un passage par cette formidable rubrique permettra de vérifier que Rammstein est trop evil parce qu’ils chantent en allemand, la langue d’Hitler) ce devait être trop tentant mais finalement impossible : à cette date fatidique Entombed n’a en effet réussi à publier qu’un EP 5 titres, When In Sodom. Serpents Saints -The Ten Amendments, l’album tant attendu, vient lui juste de paraître et c’est leur premier LP studio depuis le formidable Inferno en 2003. Quatre années se sont donc écoulées entre les deux, ce qui pour un groupe jouant sur le côté rudimentaire (disons thrash) et roots (ou rock’n’roll) de sa musique peut paraître assez long.
Pendant ces quatre années plusieurs membres d’Entombed ont choisi de quitter le groupe, ce qui a sérieusement du retarder l’élaboration de nouveaux titres mais les suédois avaient connu bien pire lorsque leur batteur/fondateur Nicke Anderson avait jeté l’éponge après l’enregistrement de To Ride, Shoot straight and Speak the Truth (1997) pour devenir chanteur/guitariste à plein temps des Hellacopters. Il n’empêche que pendant ces quatre dernières années Uffe Cederlund est parti semble t-il très fâché et jurant qu’il en avait marre de la musique (mais il a immédiatement intégré les rangs de Disfear) et l’essentiel bassiste Jörgen Sandström ainsi que le batteur Peter Stjärnvind sont également partis. De la formation initiale (d’abord sous le nom de Nihilist) il ne reste donc que le guitariste Alex Hellid et le gros L-G Petrov au chant.
C’est ce dernier qui communique le plus sur le groupe, lui qui avait été viré d’Entombed par Nicke Anderson en 1990 après le premier album avant de revenir pour le troisième, celui qui a marqué les débuts death’n’roll, Wolferine Blues. Cet album de 1993 qui a donné à Entombed l’occasion de tourner avec Napalm Death dans toute l’Europe -on est alors en pleine euphorie death metal/grind core, les majors signant à tours de bras tout et n’importe quoi- est un peu la pierre angulaire de la deuxième période du groupe qui, après avoir posé les bases du death dans sa version européenne et plus particulièrement suédoise, a mis une bonne dose de Motörhead et de Discharge dans sa musique. Plus qu’un retour à cette période, Serpents Saints se veut être carrément un retour aux deux premiers albums d’Entombed, c'est-à-dire au death metal primitif.























Ce qui est plutôt drôle c’est que Nicke Anderson a failli réintégrer Entombed en tant que guitariste mais cela ne s’est pas fait : le blondinet a finalement concrétisé ses envies de rajeunissement en montant la bonne blague Death Breath, un album et un mini LP publiés à ce jour. De son côté, Serpents Saints est certainement le disque le plus rapide d’Entombed depuis Clandestine même si cela commence par une jolie petite mélodie plouink plouink et que cela se termine par un Love Song For Lucifer avec contrebasse et ambiance cafardeuse. Entre les deux il y a When In Sodom dans un mix différent de celui du EP, Thy Kingdom Coma et son riff basique typiquement thrash allemand eighties façon Sodom ou Destruction, le fastidieux (comme son titre) The Dead, The Dying And The Dying To Be Dead plus quelques autres. Le meilleur titre est aussi le plus lent, le lourdissime In The Blood, genre dont Entombed s’est justement fait une spécialité depuis Wolferine Blues.
Le retour au death metal n’est pas si flagrant que ça, le son me paraît un peu trop étouffé et clinique (à la différence du EP de l’année dernière) mais comme Entombed ne pratique pas non plus le death à la mode de Göteborg -At The Gates et tous ces groupes donnant dans la surenchère harmonique- le résultat est hybride et me laisse sur ma faim, plus vraiment rock’n’roll (quoique le premier titre Serpents Saints a cette basse énorme) mais pas tout à fait death non plus, d’une écoute même relativement agréable. Agréable ? En définitive c’est sûrement ça le problème, agréable cela veut dire que ce disque risque de ne plus trop m’intéresser d’ici peu de temps.

[l’image ci-dessus a été honteusement volée]

dimanche 8 juillet 2007

Discours de politique (très) générale


Aujourd’hui il pleut à nouveau, d’une petite pluie fine qui rafraîchit à peine l’atmosphère mais qui me donne envie d’aller me balader dans un sous bois pour en sentir toutes les bonnes odeurs de terre. Comme l’a très judicieusement fait remarquer Anakin, hier, samedi 7 juillet 2007, c’était une journée mondiale de sensibilisation sur le réchauffement climatique planétaire -des concerts donnés par des vieux hippies et des jeunes mélomanes (ou l’inverse), des campagnes de sensibilisation sur le problème, sur les solutions au quotidien, sur les solutions à un niveau plus global, etc. En fait de journée mondiale, un tout petit pays résiste encore en faisant la sourde oreille, aucun évènement n’a été organisé en France à cette occasion -à la place tout le monde observe (admiratif, médusé ou incrédule -c’est au choix) le président de la république fraîchement élu phagocyter sans faiblir son principal parti d’opposition pour les cinquante années à venir, dernière manoeuvre en date avec l’appui de la candidature d’un ancien ministre socialiste de l’économie à la présidence du crapuleux FMI.
Je ne ris pas de cette apocalypse lente mais la pluie du jour me fait un peu tout oublier -mises à part ces conversations entre gens qui s’emmerdent sur le temps qu’il fait et sur comment cela va se passer pendant les vacances si ça continue, la pluie c’est sale et que l’on ne me dise pas que la Terre se réchauffe, on a même pas encore eu de canicule cette année. Si seulement. Cela ne va pas mieux dans le monde virtuel, je ne compte pas le nombre de messages reçus ou postés signalant la date magique du 07/07/07, comme il n’y a pas de conditions climatiques sur internet on fait ce que l’on peut pour combler son petit trou quotidien de vacuité et d’ennui.






















De l’ennui encore : cela faisait quelques mois que je n’avais pas mis les pieds dans un supermarché culturel du centre ville, c’était chose faite hier pour une petite visite de courtoisie qui m’a permis de constater que les réorganisations annoncées sont bel et bien en train de se produire : de moins en moins de disques, encore du DVD et de plus en plus de produits numériques, un vrai désert.
Heureusement en rentrant j’ai enfin pu écouter l’album de Pissed Jeans dont j’ai tellement entendu dire du bien, en attendant de pouvoir le trouver pour de vrai dans une chouette version en LP je dois me contenter du format compressé mais ce que j’ai passionnément écouté m’a enthousiasmé : de la crasse entre les orteils (Sub Pop oblige), des mauvaises odeurs sludge et du sexe psychédélique, en gros tout ce qu’un bon groupe de rock’n’roll se doit de servir sur un plateau aux petits nerveux en manque d’amour et d’alcool fort. Une vraie révélation, encore un groupe que j’ai hâte de voir un jour en concert même si je me doute fort que ce sera pour jamais. [une photo et une interview de ces jeunes gens ici]


jeudi 5 juillet 2007

La deuxième mort de Derek Bailey


C’est lorsque il commence à pleuvoir un peu que je préfère écouter cette musique, celle du guitariste anglais Derek Bailey : il joue tout seul, c’est un tel absolu et cela me bouleverse à chaque fois. Je ferme les yeux, c’est l’après midi, peut être même que c’est dimanche, en tout cas un après midi où je n’ai rien à faire de spécial et je suis allongé, je ne dors pas mais je sens que je vais dormir, je me repais de cet instant qui dure, l’instant où le sommeil arrive et c’est comme si j’étais à nouveau saoul, j’ai la tête qui tourne derrière mes yeux clos, je sens tout mon corps qui pèse.
Je préfère de loin cet instant là -celui de la perte de conscience- à celui du retour à la vie, quand la décision de se lever devra être prise et c’est amusant comme ce moment où tout s’efface est celui qui laisse le plus de trace, à croire que si après il n’y a rien (le sommeil et peut être quelques rêves dont je ne me souviens que très rarement), il ne semble pas qu’il y eût grand-chose non plus avant : l’oubli comme forme ultime de perception et -dans le cas de Derek bailey- le bruit comme éloge de la musique.
Il commence à pleuvoir et j’écoute ce disque tout récemment paru chez Tzadik, Derek Bailey est mort dans un quasi anonymat un 25 décembre mais comme le Père Noël il est expert en surprises, la hotte magique d’un guitariste ayant consacré toute sa vie à l’improvisation doit regorger d’enregistrements jamais publiés -le pitch de celui-ci est qu’il s’agit d’interprétations totalement libres et très longues de standards, il nous avait déjà fait le coup avec Ballads publié en 2002 et là c’est John Zorn qui joue les bons apôtres avec notes de livret à l’appui.
Je ne connais pas de musique aussi facilement indentifiable -je veux dire : autant qu’une pièce de Morton Feldman ou qu’un titre de John Coltrane- et surtout c’est une musique où tout se joue dans la respiration, les moments de suspension entre les notes (ou l’effondrement de ces mêmes moments vers quelque chose d’encore plus fort et d’encore plus beau), tout se joue dans la respiration et donc le silence même si bien évidemment de silence il n’y en a guère, un peu comme les bruits qui forment un seul et unique ensemble où rien n’est discernable, ces bruits que l’on entend que lorsque nos yeux sont fermés, c’est la pluie qui tombe un après midi quand il n’y a rien de particulier à faire.






















Derek Bailey est mort mais je ne voudrais pas non plus qu’il soit trop éparpillé par la publication d’enregistrements inédits ou prétendus comme tels : il y a suffisamment de disques marquants parus du vivant du bonhomme (comme celui-ci) pour être rassasié pour tous les après midis de plusieurs existences successives, même si cela est réputé impossible : de la même façon qu’on ne meure qu’une fois on ne peut vivre qu’une seule fois également (sauf dans les rêves) et je suis prêt justement à renoncer à toutes mes vies rêvées/simultanées/parallèles mais seulement si je suis absolument certain que Derek Bailey, lui, ne mourra pas une deuxième fois -de honte ou d’ennui, sa musique pressée comme un citron trop juteux jusqu’au dessèchement lucratif.

mercredi 4 juillet 2007

Le râle des machines maltraitées


J’ai réécouté Nine Suggestions, un album de John Duncan accompagné de Mika Vainio et de Ilpo Väisänen -autrement dit Pan Sonic- et j’ai à nouveau été déçu : c’est un peu plat et désertique à mon goût, cela manque de continuité et de flux, exactement le genre de reproches que je peux habituellement trouver à la musique de Duncan. OK, mais n’y a-t-il pas également un peu de Pan Sonic sur ce disque ? J’ai déjà remarqué que ceux-ci sont de formidables caméléons : un de leurs enregistrements se reconnaît toujours sans difficulté aucune mais dès qu’il s’agit d’une collaboration, les deux finlandais se fondent dans le paysage : V en compagnie de Masami Akita transpire du Merzbow par tous les pores tandis que le disque avec Charlemagne Palestine publié par Staalplaat dans la collection Morts Aux Vaches laisse la part belle au vieil amoureux des drones, de la musique répétitive et autres ours en peluche.
Pan Sonic a très certainement été le dernier grand révélateur dans la musique électronique expérimentale -à la même époque mais dans un genre différent il y avait également Oval ou certains des artistes du label Mego- genre qui depuis ces dernières petites trouvailles n’en finit pas d’être décliné à toutes les sauces, tous les mélanges sont autorisés et les redites sont légions. Pan Sonic c’est le domaine de l’agression maximum et de la surenchère dans un cadre minimaliste, ce qui aujourd’hui est un peu passé au second plan dans le paysage actuel après l’avènement au début des années 2000 des musiques dites de l’effacement (souvent liées à l’improvisation), du craquement, la scène Onkyo au Japon (Sachiko M, Toshimaru Nakamura) mais également toute une mouvance plus popisante voire dubisante (et allemande) incarné par le label Scape par exemple.
Enfermé dans sa contrainte formelle (en effet, quoi de plus inconfortable que d’avoir réussi à amalgamer sous un nouveau vocable des éléments déjà anciens mais donnant ainsi l’impression de la nouveauté ?) Pan Sonic a toujours choisi de poursuivre la même ligne de conduite -malgré l’aventure un peu hasardeuse de Kesto en 2004, un quadruple CD pas toujours très pertinent- et publie un nouvel album, Katodivaihe/Cathodephase, qui est un pur témoignage de la musique des finlandais, avec toutes ses qualités mais également tous ses défauts.























C’est un album en forme de cloche, ou de U, peut être un album en trois parties plus ou moins distinctes. La première révèle une musique frontale mais loin d’être ouvertement désagréable, les beats agressent mais restent entraînants, les sonorités ne corrodent pas trop les tympans mais font tendre l’oreille, des fois elles sont même d’origine acoustique et facilement identifiables comme telles, ainsi ce son de violoncelle récurent et profond. C’est presque du Pan Sonic en version pop. La deuxième partie est consacrée aux parasitages, aux sons dérangeants et déchirants, il n’y a pas de rythmiques ni même de pulsation, on n’est pas très loin de la musique industrielle primaire des débuts de Throbbing Gristle si la bande à Gensis P-Orridge avait eu les mêmes oscillateurs pour générer tous leurs bruits. La troisième et dernière partie revient aux rythmes et cette fois-ci de façon plus violente, les sons employés prennent le même chemin : les quatre titres clôturant Katodivaihe/Cathodephase présentent une musique à la fois chargée, saccadée et crispante dans la lignée du maxi Osasto, mais à un degré moindre. Ce final est vraiment impressionnant même si justement il fait regretter que Pan Sonic ne s’adonne plus à cet exercice du format court, la concision leur va si bien, correspond tellement à leur bruit analogique.
[la photo ci-dessus a été volée ici]

dimanche 1 juillet 2007

Seems so long ago, Sabrina*

.
Comme le mot dark était indiqué au moins deux fois sur le flyer, je m’attendais à un concert sous forme de rassemblement gothique en bonne et due forme, des jeunes hommes en treillis noirs à lanières, la crinière fraîchement shampooinée parce qu’ils le valent bien, le t-shirt obscurantiste ou archiviste -allez les garçons, tout le monde tape dans ses mains et chante en chœur cet air inspiré d’une diva eighties à forte poitrine : Everybody Funerals time / You’ll remember me / Everybody Funerals time / Be my hooker, be my victim / Goth ! Goth ! Goth ! / I’m looking for a death time / Goth ! Goth ! Goth ! / Get ready for my pain / Goth ! Goth ! Goth ! / I’m looking for a death time / Goth ! Goth ! Goth ! / I’m ready for the pain. Et puis non, hormis quelques spécimens plutôt sages et polis, l’audience ne sera composée que d’une trentaine de personnes, sans khôl ni toiles d’araignées.
Le premier groupe à jouer c’est Swann Danger et la comparaison avec Siouxsie & The Banshees est flagrante mais facile. La chanteuse (qui a une belle voix) use des mêmes artifices, la basse est bourrée d’effets et fait une grande partie du travail instrumental (il n’y a pas forcément de la guitare sur tous les titres) et le batteur (peroxydé et sourire en céramique) est très fort dans le registre qui en met de partout mais de façon très carrée, Budgie sort de ce corps. Lorsque la chanteuse s’occupe également de la guitare le son du groupe devient moins évidemment années 80, ou alors pas du même côté de l’Atlantique, plutôt le son new-yorkais qui cisaille et qui envoie -un spécialiste qui pourtant n’est pas technico commercial chez Husqvarna m’expliquera plus tard que c’est lié à une certaine façon d’utiliser la fuzz avec la guitare, soit, quoi qu’il en soit ce bruit de tôles métalliques découpées à la sauvage me comble parfaitement.
Les Swann Danger viennent de Oakland et je n’ai toujours pas compris pourquoi il y avait autant de groupes de cette mouvance (attention étiquette : death rock) qui étaient apparus ces dernières années dans ce coin là des Etat Unis. La faute à Rozz Williams et à Christian Death ? Le champagne californien est hallucinogène ? Peut être que par les temps qui courent il n’y a que le choix entre faire ça ou du stoner poilu mais assurément Swann Danger est l’un des meilleurs groupes du genre. J’achète leur disque (10 € c’est le prix que pratiquent quasiment tous les indépendants américains lorsqu’ils sont en tournée) et il confirmera la bonne impression du concert. Sur certains titres (Angle par exemple) la guitare se fait même un petit peu plus aigrelette et, alliée à la sécheresse d’une rythmique très minimale, je trouve que l’on n’est pas très loin non plus d’E.S.G., New York encore.






















Carla Bozulich est le gros morceau du concert, une majorité des personnes venues ce soir se sont en fait déplacées pour elle, cela sent très fort la passion. Elle a vraiment une très belle voix, elle s’accompagne d’une simple guitare (dont j’apprécie également beaucoup le son) et de samples mais cela ne prend pas : typiquement le genre de musique que j’aime mais qui me léthargise complètement en concert, c’est l’effet Leonard Cohen au stade de France. Je m’ennuie et les textes d’amours désespérées, de sang et de mort m’agacent. Le batteur de Swann Danger vient jouer sur un titre, il y a aussi Marion d’Overmars qui s’installe au synthé et c’est de loin le meilleur moment du set, avec un tout petit peu plus d’orchestration la musique de Carla Bozulich gagne ses galons, la profondeur revendiquée devient palpable mais je persiste à boire des bières en compagnie de Leonard Cohen, très en verve ce soir, ce qui est plutôt rare.

[* ce titre est plutôt à prendre comme une incitation à écouter Seems So Long Ago, Nancy ainsi que toutes les autres chansons de Songs From A Room]