lundi 17 mai 2010

Io Monade Stanca - Calva / split























A Tant Rêver Du Roi et Africantape : deux bons labels qui ont eu la bonne idée de s’associer pour nous présenter ce 12 pouces partagé entre deux groupes différents – à chacun le sien, pour le collectif de Pau il s’agit de Calva (parfaitement inconnu au bataillon), le label franco-italien nous proposant lui Io Monade Stanca grâce auquel on avait déjà pu goûter à l’automne dernier aux joies d’un The Impossible Story Of Bubu délectable. Un projet qui sur le papier est plein de promesses, je sens que l’on va à nouveau être gâté.

Commençons donc par Io Monade Stanca, au moins on est en terrain connu même si – on s’en doute bien – les trois titres proposés par les italiens et regroupés sont le nom de Eravamo Partiti Coi Piedi Per Terra ne vont pas être particulièrement facile d’accès. Surprise : sur cet enregistrement les Io Monade Stanca sont quatre. A Edouardo Baima (guitare et voix), Nicolas Roncea (guitare) et Matteo Romano (batterie) s’est adjoint un autre gugusse, Maurizio Busca, qui joue de l’orgue – du Jumbo Organet nous dit-on dans les notes au dos de la pochette, en tous les cas un instrument qui sonne vraiment cheap et décalé. Ils appellent cette formation en quartet le 4 Brains 40 Fingers Big Band. On regarde ces mêmes notes : s’agit-il d’un ancien line-up de Io Monade Stanca ? d’un nouveau alors ? Non, ces trois titres ont été enregistrés à la même époque que The Impossible Story Of Bubu (en septembre 2008), par la même personne (Sacha Tilotta de Three Second Kiss) et dans les mêmes conditions c'est-à-dire en prise direct avec un son aride et sec divisé en deux (on n’entend pas forcément la même chose à gauche et à droite).
L’adjonction de l’orgue – bien qu’il ne soit pas omniprésent – a pour principale conséquence d’adoucir la noise pataphysique de Io Monade Stanca. L’ensemble est toujours aussi foutraque et clownesque, chaotique et déréglé mais ce Jumbo organet, généralement sucré et arrondi, ajoute à la fois un côté psyché et traînant parce qu’il frotte les angles des compositions du groupe au concentré d’opium, et un surcroit non négligeable de mélodies (la toute fin de la troisième partie). On écoute la vingtaine de minutes de musique des Io Monade Stanca comme s’il s’agissait d’une longue suite en continu, façon trip et révélation, la lumière est au bout du chemin – on n’est pas éclairé pour autant mais qu’importe puisqu’on ne veut pas sortir de là. Camisole pour tout le monde.

On retourne le beau vinyle vert transparent et on s’attaque à Calva. Là c’est carrément l’inconnu en ce qui concerne ce duo batterie/guitare + synthés et voix originaire de Pau qui n’en est pourtant pas à son premier essai. Un duo qui en concert se transforme en trio, je ne vois effectivement pas comment Calva pourrait faire sinon pour retranscrire en live ses enregistrements. Mon petit doigt me dit aussi que le batteur de Calva a carrément quelque chose à voir dans l’hyperactivité actuelle du label A Tant Rêver Du Roi.
Malgré le descriptif ci-dessus, il serait faux d’enfermer Calva dans la catégorie bien trop exiguë de groupe de math rock. Rien à voir même. Et on a beau chercher – un peu mais pas trop, hein, il y a des choses bien plus intéressantes à faire dans la vie – on se demande toujours dans quelle case l’entomologiste pseudo mélomane rangerait un groupe qui possède déjà une telle identité, aussi forte qu’affirmée. Justement : Calva, en louvoyant entre instrumentation électro (le synthé de Central Pub, le vocoder fin de siècle sur Kato) et ambiances sourdes (le magnifique Melinda 2.0), échappe aux règles et aux codes en vigueur. Nerves est une excellente composition dynamique et chantée, traversée par des glissés à la guitare qui rehaussent des lignes de synthétiseurs entêtantes. Mais comme rien n’est jamais définitivement arrêté avec Calva, Nerves évolue aussi en son milieu vers quelque chose de plus débridé et anguleux. Urban Cowboy porte bien son nom, sorte de blues alourdi et narratif avec émanations toxiques comme seule atmosphère respirable. Encore un groupe à suivre de près et émanant du collectif A Tant Rêver Du Roi qui décidément nous propose toujours autant de qualité et d’indispensable.