vendredi 30 mai 2008

Herpes Ö DeLuxe / Kielholen


Parmi toutes les bonnes mauvaises décales qui font que l’on peut aimer ce disque a priori et plus que de raison (genre j’ai décidé de l’aimer avant même de l’écouter) on dénombre le nom du groupe, Herpes Ö DeLuxe et l’objet en lui-même, simple et soigné. C’est comme si dessus on avait collé un petit auto collant pour fans de ou bien file under mentionnant dans un cadre étoilé et clignotant Nurse With Wound. Mais Hinterzimmer n’est pas un repère de marchands sans imagination, ce Kielholen est sa première parution -pour l’instant le label n’en compte que quatre- et la sagesse a du souffler aux oreilles des personnes qui gèrent cette petite maison de ne pas abuser de cette référence qui devient de plus en plus évidente au fur et à mesure que l’on écoute le disque. Même genre de poésie dada, de collage expressionniste, de musique industrielle atmosphérique avec quelques fields recordings en prime.
Herpes Ö DeLuxe est un groupe suisse qui existe depuis une bonne dizaine d’années (avec déjà une honorable discographie à son actif) et ce Kielholen est en quelque sorte une compilation de certains de ses travaux passés, échelonnés entre 1995 et 2007. Là où les choses se corsent, c’est que tout a été réédité et réassemblé par un certain Reto Mäder aka rm74, suisse également, et dont la seule chose que je peux dire c’est qu’il a plutôt bon goût : son travail sur la musique d’Herpes Ö DeLuxe (qui fourmille de petits détails et de finesses) apporte un sens certain de la concision ; le groupe aime bien développer ses idées sur la longueur mais là tout est plus ramassé et vif, construit autour d’une certaine dynamique qui accentue le côté industriel de l'ensemble.













Rien que le premier titre, Fern Der Hoffnung, donne envie d’en écouter toujours davantage : c’est vrai que l’intro avec la remontée d’un réveil mécanique qui se met fatalement à sonner on nous l’a déjà fait au moins dix milles fois (le même gimmick revient à la fin du titre au cas où on n’aurait pas bien compris) mais tout de suite derrière il y a le dérailleur et la chaîne de vélo. Et je n’ai jamais su résister à une chaîne de vélo. On entend distinctement celle-ci qui fait doucement ronronner le dérailleur, avant de se mettre en position roue libre et ainsi de suite. C’est vraiment naïf comme idée, derrière bien sûr se sont mis en place d’autres éléments, mais c’est foutrement et efficacement poétique. Ce genre de détournements -pas toujours identifiables- Kielholen en regorge. Le disque est assez court mais finalement dense et touffu au delà d’une apparente simplicité, la marque d’un certain brio qui ne se dépare jamais d’une touchante humilité -c’est quoi l’humilité dans ce cas là ? Je n’en sais vraiment rien, peut être ce sentiment voyageur de calme et de rêverie qui me prend lorsque j’écoute ce disque. Je me dis toujours alors que cette musique existe purement et simplement par et en elle-même.
Nichtsdestotrotz
vient clôturer l’album et ce titre est vaguement plus nerveux et menaçant que tous les autres : cela commence par un rythme sourd, comme un marquage de procession, rapidement entouré de résonances métalliques et de sifflements mécaniques. Herpes Ö DeLuxe emboîte tous les éléments avec le même savoir-faire dont le groupe a su faire preuve jusqu’ici. Des sons organiques (des voix ?) apparaissent rapidement, puis c’est comme si le niveau sonore augmentait sans cesse alors qu’il n’en est effectivement rien, belle illusion, et un grésillement vient marquer la fin, laissant fugitivement la place à un écho spectral -celui que l’on entend pendant quelques millièmes de seconde dans n’importe quelle pièce vide après que tout son ait disparu. Mais la pièce justement n’est pas vide, elle est restée peuplée de tous les fantômes naissant entre les petits bruits inventés par ce groupe étrange et insaisissable. A la fois fugace et persistant, donc forcément troublant.