mardi 23 juillet 2013

Jessica93 / Who Cares




Il y avait de quoi s’enthousiasmer à propos du premier disque de Jessica93, un 12’ de quatre titres seulement redéfinissant la mélancolie plombée des années 80 (tout comme ses extensions du début des 90’s…) et reprenant à son compte l’utilisation abusive des machines à brumiser les synapses et à déterrer les cadavres de chats crevés. Une musique à la fois puissante mais irrésistiblement belle, aussi commotionnante qu’émouvante. 
JESSICA93 continue sur cette voie avec Who Cares, un deuxième enregistrement que cette fois on peut réellement qualifier d’album (six titres seulement mais 38 minutes de musique) tout en apportant quelques menus changements et améliorations à sa formule de départ. Who Cares est un enregistrement d’apparence plus directe, moins brumeuse et moins opiacée que son prédécesseur ; cela ne signifie pas que Jessica93 soit désormais adepte de la gaudriole techno-dark mais, en mettant plus que jamais ses programmations de boite-à-rythmes toujours plus en avant, ce one man band – parce que Jessica93 est l’œuvre d’une seule et unique personne, rappelons-le – Jessica93, donc, prend le pari de plus de dansabilité et d’encore plus de puissance entrainante.
Le côté massif façon Sisters Of Mercy est ainsi renforcé (réécoutez un peu les programmations de First And Last And Always pour vous en convaincre un peu mais surtout ne restez pas à un niveau aussi terre-à-terre de comparaison) or ce qui frappe également ce sont ces quelques effluves curistes qui s’échappent de Who Cares, des effluves comme à l’époque où le groupe de Robert Smith optait pour les rythmes tribaux tout en sortant enfin les guitares au grand jour. Who Cares n’est certainement pas Pornography – et sûrement que Jessica93 s’en fout complètement de Robert & C° – mais, musicalement, on retrouve ici quelques unes de ces pistes d’antan que Jessica93 revisite avec d’autant plus de goût qu’il le fait surtout avec inventivité (French To The Bones fait d’ailleurs plus curiste que nature). Si certains pensent désormais que la création musicale actuelle en matière de rock et de pop music ne peut être qu’un éternel recommencement et qu’une relecture du passé, il y a tout à se réjouir de l’existence et de la vivacité créative d’un groupe tel que Jessica93 qui propulse ses envies suffisamment loin dans les airs pour donner naissance à une musique aussi passionnante que réelle.
Derrière les tubes aussi évidents qu’irrésistibles que sont Away, Poison (incroyable single avec sa ligne de basse-bulldozer sans pitié) ou Junk Food, Jessica93 nous offre également quelques déviances à son orthodoxie supposée : Origine est un titre plus squelettique, plus désarticulé et donc moins inexorable que le reste de l’album, il possède ce côté presque ethnique qui pourtant lui confère une force de persuasion tout aussi imposante ; composition complètement instrumentale et d’une lourdeur que n’aurait pas renié un Godflesh, Sweet Dreams brille dans le noir avec ses guitares à l’unisson, des guitares à la limite d’un golgoth métal proche des kitscheries d’un Katatonia ayant renoncé aux mises en plis à frisettes et aux balayages californiens – pas besoin d’avoir une longue chevelure de surfeur des neiges pour avoir envie de se secouer lentement la tête au son d’une composition finalement plutôt sombre et presque génialement éprouvante.
Avec Who Cares Jessica93 signe un album certes extrêmement connoté et balisé mais d’une personnalité certaine et sincère  et, donc, d’une richesse ensorcelante pour qui sait – ou ose – plonger dedans. Seuls les ayatollahs du bon goût, les gentils donateurs de l’UMP, les anti-mariages pour tous et les fanatiques de grindcore ou de punk à roulettes devraient y trouver quelque chose à redire. Mais ici, on aime vraiment beaucoup ce disque qui illumine déjà cette année 2013 d’éclats aussi sombres que magiques.

[Who Cares est publié en vinyle par trois labels parisiens aussi différents et complémentaires et ça aussi on trouve ça beau : Et Mon Cul C’est Du Tofu ?, Music Fear Satan et Teenage Menopause records ; en outre Who Cares est disponible en téléchargement libre et gratuit, ce qui te donnera peut-être, à toi cher lecteur, l'envie d’acquérir en vrai et en dur l’un des cinq cents exemplaires pressés de ce LP… c’est tout le mal que l’on te souhaite, finalement]

lundi 22 juillet 2013

Report : Cougar Discipline et Totale Eclipse à Buffet Froid - 15/07/2013




Il n’y a pas à dire : on se fait royalement et sincèrement chier au mois de juillet, à Lyon. Pas le moindre petit concert à se mettre entre les oreilles, pas le moindre truc excitant à faire mais par contre des invitations en-veux-tu-en-voilà pour aller boire des menthes à l’eau à des terrasses de bars qui passent de la musique abominable, des invitations pour manger de la viande de cheval cuite au barbecue ou d’autres encore pour aller piquer une tête dans une piscine appartenant à un ami d’un ami d’un ami… et faire semblant d’avoir le plaisir de rencontrer des gens nouveaux pour connaitre la joie éphémère de pisser dans leur eau de javel.
Alors lorsque la nouvelle d’un concert de dernière minute de Totale Eclipse est parvenue jusqu’à mes oreilles, un concert fort judicieusement organisé le lundi 15 juillet dans la cave de Buffet Froid, je n’ai pas trop hésité non plus, sachant que cette occasion serait sûrement la dernière jusqu’à la toute fin du mois d’aout. Qu’il parait loin déjà le temps où Grrrnd Zero arrivait malgré tout à organiser quelques concerts pendant l’été…




Initialement la première partie prévue consistait en un « solo de violoncelle ». Programmation culturelle. Fort heureusement le (la ?) violoncelliste s’est désisté(e) et au dernier moment c’est COUGAR DISCIPLINE qui a été chargé de chauffer l’ambiance et de rameuter encore un peu plus de monde. La soirée s’annonçait donc excellente. Et j’aurais vraiment voulu et aimé raconter que les trois Cougar Discipline ont réellement cassé la baraque, qu’ils ont joué des nouveaux titres fantastiques, que le son était énorme, que la tension était à son maximum, que les gens dans le public étaient à bloc et chauds comme la b(r)aise et que tout ça s’est achevé dans une orgie over-sonique d’ultra-violence et de sexualité débridée.
Malheureusement, la réalité fut tout autre : alors que le concert semblait très bien parti (avec un chanteur en grande forme), une odeur de cramé a rempli la cave de Buffet Froid. Ampli guitare grillé. Le temps de se rebrancher sur un des amplis de Totale Eclipse, de régler comme on peut le son sur du matériel que l’on ne connait pas et Raf, toujours en grande forme je vous le dis, en a profité pour interpréter quelques vieux airs de Julio Iglesias ou d’Eddy Mitchell de sa plus belle voix de crooner possible. Au moins ça a mis tout le monde de bonne humeur – à croire qu'effectivement tout le monde buvait de la menthe à l’eau ce soir là – et lorsque Cougar Discipline a recommencé à jouer, chacun a cru que cette deuxième fois était la bonne. Jusqu’à ce que le guitariste – maudit parmi les maudits – casse le vibrato de sa guitare chérie après seulement deux autres titres. Double peine. Le concert s’est donc à nouveau brutalement et cette fois définitivement arrêté. Grosse frustration du groupe, frustration du public et une bonne occasion de manquée parce que du monde s’était déplacé en ce lundi soir. Comme quoi il n’y a pas que moi qui m’emmerde au mois de juillet, à Lyon.




Les héros de la soirée ont eu beaucoup plus de chance : TOTALE ECLIPSE a organisé ce concert un peu à l’arrache dans le but de combler de bonheur ses nombreux fans et surtout de fêter la sortie officielle de son double hit single Bad Days b/w Opportunivore et les gens ont donc répondu présent. Le groupe a bien évidemment joué les deux titres de son 45 tours (qui tourne en 33rpm) – ce qui m’a permis de constater que c’était Franck/Sheik Anorak qui chantait de sa plus belle voix sur le refrain d’Opportunivore – mais Totale Eclipse a surtout présenté un set longue durée et bourré jusqu’à la gueule d’autres compositions tout aussi tubesques. Je pense notamment à ce long titre avec des plans de gros metal qui font plein de taches de partout.
L’enthousiasme du groupe est réellement communicatif et contagieux et va aller en s’amplifiant tout au long du concert : de voir ces trois là jouer comme des malades, s’éclater comme des gamins et se faire des sourires d’amour éternel est un plaisir sans nom. Et il faut bien avouer que les plans prog – Seb Radix à la basse a beau grimacer comme un crétin, on s’aperçoit très bien qu’il joue comme un dieu de la quatre-cordes – sont tous plus hallucinants les uns que les autres, question de (fausse ?) désinvolture dans la façon de jouer et surtout question de potacherie indécrottable. Chez Totale Eclipse tout se tient : les différents niveaux de lecture des compositions passent très bien le test de la crédibilité universelle à cause de cette façon décomplexée de jouer la carte de l’humour et, inversement, la déconnade gagne bizarrement en pertinence grâce à la tenue virevoltante voire délirante des compositions. L’intelligence et la fête en même temps. Dommage qu’il n’y ait pas eu de rappel mais un public remuant à peine la tête ou le bas de ses fesses l’aurait-il mérité ?

[quelques photos du concert par ici]

dimanche 21 juillet 2013

Comme à la télé : Laughing Hyenas






Encore une vieillerie inhumée des profondeurs du net : un concert complet des LAUGHING HYENAS enregistré en 1992.



Dire que ce type qui s’époumone au micro n’est autre que John Brannon, ex-chanteur de Negative Approach, groupe de hardcore US essentiel s’il en est... Le blues punk de Laughing Hyenas est très typique des années 90 – cela n’étonnera personne de savoir que les enregistrements du groupe sortaient sur Touch And Go même si on les aurait également très bien vus sur Amrep –, faisant surtout de ce groupe l’un des meilleurs représentants du genre.

Le line-up originel (mais aussi le meilleur) de Laughing Hyenas comprenait également Jim Kimball et Kevin Strickland partis fonder Mule aux côtés de P.W. Long en 1991. Mais le line-up avec le bassiste Kevin Reis et le batteur Todd A. Swalla est pas mal non plus… non ?

[la guitariste Larissa Strickland est morte en octobre 2006 non pas parce qu’elle fumait trop de clopes pendant les concerts mais d’une overdose]

samedi 20 juillet 2013

Jean Ferraille / Manifeste A Son(s)


Vous avez aimé Revolutions Per Minute de Jean Ferraille ? Vous avez aimé 9 Pictures de Mistress Bomb H ? Et bien, sur ce mini album du nom de Manifeste A Son(s), on retrouve précisément et avec grand plaisir ces deux artistes et musiciens. Et si ce disque sort sous l'appellation de JEAN FERRAILLE et que toutes les compositions sont créditées du seul nom de ce garçon, on peut quand même parler – au moins pour la première face de Manifeste A Son(s) – d’une véritable et fructueuse collaboration.
Les trois titres enregistrés par Jean Ferraille et Mistress Bomb H font même des merveilles : les bidouilles en forme de pachinko electro-punk voire bruitiste du monsieur contrastent mieux que jamais avec la voix décidément délicatement suave mais ferme et profonde de la dame. Une voix à la fois blanche, presque distante, mais teintée de ce supplément d’âme qui la rend captivante. On avait déjà affirmé que Mistress Bomb H était une vraie chanteuse et la preuve en est à nouveau faite sur Born et (un peu moins) sur Weeds et Crumbs. D’autre part Jean Ferraille confirme qu’il aime le fracas du metal et la vieille musique industrielle avec Radiator, un titre complètement instrumental réussissant à nouveau l’alliage de l’organique voire de l’humain et de la machine.




On regrette un temps que Mistress Bomb H n’apparaisse pas sur tous les titres de Manifeste A Son(s) et qu’elle soit donc totalement absente de sa face B. Un regret persistant mais largement atténué par la qualité indéniable de Phantom puis de Dialogue (With The Machine). Sur le premier Jean Ferraille taille à coups de hachoir dans un magma sonore protéiforme et envahissant. La drôlerie d’un certain psychédélisme bruyant (à la pipo-bimbo japonais, quoi) transforme Phantom en un titre très visuel, on imaginerait presque Jean Ferraille dans sa cuisine/laboratoire en train de batailler, couper, trancher, retrancher, rabattre et lutter contre des vagues sonores plus ou moins immersives dont il est pourtant le concepteur. De quoi rendre la musique électronique tendance extrémiste/indus/breakcore toujours plus passionnante, tout simplement parce qu’elle se teinte sur Phantom d’une indéniable poésie et, finalement, de folie délicate.
Le côté machine folle est encore plus accentué sur Dialogue (With The Machine) dont on apprend en lisant les notes au recto de la pochette du disque qu’il est inspiré du Dialogue Ordinaire Avec La Machine du compositeur Luc Ferrari. Même sans avoir connaissance de cette référence et/ou même sans connaitre la pièce en question de Ferrari (ce qui est mon cas), Dialogue vire à la jubilation ; les flux de sons/bribes de textes deviennent autant de gags et le résultat est à la fois faussement sérieux et sérieusement débile – la musique acousmatique de Luc Ferrari n’est peut-être ici qu’un prétexte mais Dialogue (With The Machine) est à la hauteur d’une foutraquerie aussi imaginative que manifeste. Une vraie réussite en matière d’humour musical tout comme de recherche sonore.

[Manifeste A Son(s) est publié en vinyle par Bruits De Fond/Résistance Des Matériaux, il s’agit d’un 12’ qui tourne à la vitesse magique de 45rpm ; l’artwork très réussi est signé Mélanie Bourgoin]  

vendredi 19 juillet 2013

Hey Colossus / Witchfinder General Hospital b/w The Butcher





Ce 12’ de HEY COLOSSUS a été publié en octobre 2012 soit quelques mois seulement avant le dernier album en date du groupe, l’énorme Cuckoo Live Life Like Cuckoo. Il n’y a que deux titres instrumentauxsur ce disque mais ils sont depuis restés totalement inédits. Witchfinder General Hospital b/w The Butcher n’est en aucun un émissaire de l’album qui a suivi et on peut, malgré son format, le considérer comme un vrai single de Hey Colossus. D’ailleurs, parlons-en un peu du format : à l’origine ce disque devait être un 8’ c’est-à-dire un format assez inhabituel pour ne pas dire étrange correspondant chez les êtres humains civilisés à 20 centimètres. C’est donc plus petit qu’un 10’ (25 cm) mais plus grand qu’un single classique (7’ c’est-à-dire 15 cm). On s’en foutrait un peu de toutes ses considérations de taille – tout le monde sait bien que la taille ce n’est pas le plus important – si ce n’est que le 8’ initial n’aurait jamais pu contenir les 16 minutes de Witchfinder General Hospital ni les 9 minutes de The Butcher.
Ici Hey Colossus joue donc sur le long terme – depuis quelques années ces anglais n’ont de toute façon jamais cessé de rallonger la sauce – mais surtout le groupe joue à fond la carte du kraut rock hypnotique et aux effets psychédéliques dévastateurs. Hey Colossus, que certains ont trop souvent bien que pas vraiment toujours à tort comparé aux Melvins, a éliminé presque complètement tous les éléments noise et metal de sa musique pour nous pondre avec Witchfinder General Hospital une longue jam répétitive et évolutive à la fois et donc passionnante ; quelque chose qui tire du côté de Can mais en beaucoup plus touffu et plus luxuriant et donc tirant également du côte d’Hawkwind, d’autant plus que Witchfinder General Hospital conserve son énorme puissance ascensionnelle sur toute sa longueur. On ressort de là avec la seule envie d’y retourner : la drogue, c’est trop bon.
The Butcher joue à peu près sur le même terrain que Witchfinder General Hospital sauf que ce deuxième titre, plus court mais d’une durée tout de même plus que conséquente, attaque encore plus directement les neurones. Cette boucle de synthétiseur bourdonnant au tout début rappellera peut-être des choses à certain(e)s et elle finit par devenir presque irritante tant The Butcher met du temps à démarrer pour de vrai et peut-être même ne démarre-t-il jamais tout à fait, Hey Colossus prenant bien son temps pour faire monter la pression de manière intolérable. Il y a décidément quelque chose à part chez certains groupes anglais – on se rappelle très bien des déviances dub de groupes 90’s tel que Terminal Cheesecake et God – et Hey Colossus fait partie de cette catégorie là, celle des groupes hors-normes (!), qui à partir d’une base déjà bien sentie arrivent à se transcender pour le meilleur. Très loin d’être anecdotique, Witchfinder General Hospital b/w The Butcher est tout simplement l’un des meilleurs enregistrements de Hey Colossus à ce jour. Il est donc fort dommage que ce disque n’est été pressé qu’à cent malheureux exemplaires pas le label One C records : vu la qualité de l’ensemble il aurait mérité une diffusion bien plus large que cela. Mais peut-être sera-t-il un jour réédité, qui sait…

jeudi 18 juillet 2013

Live Skull / Bringing Home The Bait


Il n’y a rien de mieux que les amis, surtout lorsqu’on sait que l’on peut toujours compter sur eux.

Il y a (à peu près) vingt-cinq années de cela, un de mes amis m’avait donné une liste de disques, apprenant qu’en attendant de retourner en cours pour à nouveau rien foutre de toute une année j’allais faire un tour à Londres pour assister à un ou deux concerts et acheter des disques introuvables en France et surtout à des prix défiant toute concurrence. Sur cette liste il y avait tellement de groupes que je ne connaissais pas ou vraiment trop peu que j’en suis devenu presque jaloux. Un vrai con. Au milieu de cette liste figurait le nom de Live Skull mais comme mon vieux pote de toujours ne se rappelait plus du nom exact de l’album qu’il voulait, il avait juste écrit à côté « pochette cervelle ».
Cette pochette cervelle – autrement dit l’album Bringing Home The Bait, premier album de Live Skull et publié en 1985 par Homestead records – je l’ai effectivement dégotté pour une toute petite demi-£ivre sterling dans un magasin de disques d’occasion installé au sous-sol d’un magasin de sports. Je l’ai ramené quelques jours plus tard en France mais j’ai surtout eu l’idée de l’écouter : jamais je ne l’ai redonné à cet ami qui sans le savoir m’avait fait connaitre l’un de mes disques préférés de tous les temps.



Desire records vient de procéder à la réédition de Bringing Home The Bait et il était temps. En espérant aussi et surtout que cette réédition remettra LIVE SKULL à sa juste place sur la carte des groupes new-yorkais post no-wave qui ont compté. Parce que Live Skull, dans le top des amateurs des groupes de rock noisy ou terroriste voire bruitiste et originaires de la Grosse Pomme, est systématiquement placé après les encore jeunes Sonic Youth et après les Swans des débuts. Une véritable injustice.
Certes la carrière chaotique de Live Skull n’a pas aidé le groupe à passer à la postérité mais le groupe de Tom Paine (guitare et chant), de Marnie Greenholtz (basse et chant) et de Marc C. (guitare et chant) était le plus mélodique des trois. Pas aussi hippie réfoulé que Sonic Youth et pas aussi amateur de viande froide que les Swans. Un groupe jouant une musique plus acceptable pour le commun des mortels que celles de leurs collègues d’alors mais qui aujourd’hui sonne toujours aussi bien. Des compositions ciselées, des guitares influencé par la no-wave et ceux qui se sont gavés sur son cadavre (Glenn Branca) mais également des guitares aux résonnances très gothiques. On parle de ce gothique pur, dur et méchant tel que Lydia Lunch l’avait pratiqué sur ses meilleurs albums (13 : 13, In Limbo, Honyemoon In Red et, quelques années plus tard, Shotgun Wedding).
Pour les experts, Bringing Home The Bait reste – au choix – un album séminal et un disque culte. Il s’agit surtout d’un enregistrement tout à fait dans l’air du temps, à une époque où les aventuriers du rock délaissaient toujours plus les idiomes post punk pour progressivement inventer ce que l’on appellera bien plus tard le rock noisy (noise ?) avec son quota de postures à la fois déglinguées et arty. Live Skull est tout simplement le groupe le plus passionnant du lot parce qu’il se situe exactement à la croisée de ces deux embranchements.
Bringing Home The Bait version 2013 existe en CD avec en bonus une grosse poignée d’inédits et/ou de titres live avec un applaudimètre strictement réglé sur vingt personnes maximum. Absolument rien de déshonorant à signaler voire du très bon. Desire records a également procédé à une réédition vinyle de couleur grise et limitée à 300 exemplaires. Desire ne s’est pas non plus contenté de Bringing Home The Bait puisque le label a aussi réédité le tout premier mini-album sans titre de Live Skull initialement publié un an plus tôt (1984) par Massive records. On ne sait pas encore si Desire rééditera dans la foulée tous les autres enregistrements de Live Skull, y compris ceux après le départ de Marnie Greenholtz mais avec l’incomparable Thalia Zedek au chant. On espère vivement que oui.

Epilogue : quelques mois après mon voyage à Londres, j’hébergeais ce même ami dans mon minuscule appartement lyonnais. Par le plus grand des hasards il se retrouva à chercher une cigarette qui avait roulé au sol jusque sous le lit. C’est là qu’il trouva mon exemplaire de Bringing Home The Bait que j’avais préféré cacher et à mon retour chez moi il me montra d’un air teigneux le disque, comme s’il allait le casser en deux. Puis il m’avoua qu’il m’avait fait le même coup avec un pirate de Sisters Of Mercy qu’il ne m’avait jamais redonné non plus. Ce qui en soi était une très bonne chose : j’avais largement gagné au change avec Live Skull. Et j’ai toujours mon vieux LP de Bringing Home The Bait.