lundi 30 juin 2008

Le plus grand groupe de nerds du monde





















 

Cela pourrait bien être un record en la matière, Nude With Boots, la cuvée 2008 des Melvins, a commencé à circuler sur le net trois mois avant sa sortie officielle -en fait non, ce n’est peut être pas un record et cela ressemble plutôt à une bonne blague. Sauf que ça n’en n’est pas une non plus. La release date (le 08 juillet aux US mais le disque est déjà disponible dans la vieille Europe depuis une semaine) étant enfin dépassée, il est grand temps d’en parler un peu plus. Entre ceux qui restent persuadés que Nude With Boots est principalement composé de chutes de studio provenant de l’enregistrement de son prédécesseur (A) Senile Animal, ceux qui pensent que la version qui circule est une version inachevée et que donc on verra bien plus tard ce que cela donne, ceux qui trouvent que ce disque est une merde, ceux qui au contraire le mettent au pinacle du panthéon discographique de la bande à King Buzzo, cela fait beaucoup de monde qui s’autorise. Et c’est parfait : plus on est de fous et plus on rit. Le pouvoir ancestral et maléfique des Melvins, ce pouvoir de ne laisser personne indifférent et de déclencher quelques bonnes engueulades et batailles d’argumentaires plus ou moins moisis, est résolument intact. Rien que pour ces sombres querelles d’amateurs les Melvins restent le meilleur groupe de nerds du monde, même avec un Big Business en guise de fauteuil roulant (de déambulateur ?) ou de souffre-douleur.
Nude With Boots décoiffe (le brelan The Kicking Machine, Billy Fish 3 et Dog Island), Nude With Boots déconcerte (le titre instrumental suivant, le passablement mauvais Dies Irae) avant de donner envie de bailler (Suicide In Progress avec comme un goût d’inachevé et de redite) puis de refédérer son petit monde avec un The Smiling Cobra déjà plus convaincant grâce à son final pour choristes échappés de la Kiss army. On passe très vite sur Nude With Boots, malheureusement beaucoup moins génial que son titre, on passe également sur le remplissage de Flush et la pochade de The Stupid Creep. Reste deux titres avant la fin du disque et déjà le délitement est quasiment complet. The Savage Hippy remet du baume au cœur avec son rythme lourd, le riff tout simple de guitare et les voix si caricaturales mais pourquoi ce titre dure t-il aussi peu de temps ? La réponse est dans It Takes Better Than The Truth, un final répétitif et étiré qui ne ressemble à rien mais convient parfaitement pour achever -dans tous les sens du terme- un album aussi bancal.
Alors, comme je l’entends dire à droite et à gauche, les Melvins ont-ils viré plus expérimental ? Evidemment, non. On réécoute les trois premiers titres pour se rendre compte que le groupe sait définitivement bien gérer les parties de chant multiples, cela donne un côté outrancier supplémentaire qui lui va très bien. L’outrance n’avait pourtant plus beaucoup de secret pour les Melvins, surtout lorsque ceux-ci ont décidé de manifester un amour plus que jamais immodéré pour la merdasse seventies (ce que beaucoup confonde avec l’expérimentation, ce mot tellement vague).
Réécouter l’album, en entier cette fois, permet d’apprivoiser quelques uns des huit autres titres : Suicide In Progress ou Nude With Boots finissent par gagner leurs galons mais qu’est ce qu’un disque que l’on arrive à apprécier (moyennement, soit à peu près la moitié des compositions) à force d’habitude, suite à des écoutes répétées, si ce n’est à une leçon de par coeur ? Les Melvins voulaient être une nouvelle fois irrésistiblement drôles ? C’est raté, quasi totale absence de jubilation instantanée et de plaisir partagé. Même le plus grand groupe de nerds du monde peut se vautrer lamentablement. J’accepte de me faire botter le cul pour ça, à la seule condition que King Buzzo et compagnie acceptent de sortir de leurs schémas autistes de principe.

dimanche 29 juin 2008

Harvey Milk / Life... The Best Game In Town



















 

Quel choc que celui de la découverte d’Harvey Milk. Une découverte tardive, à l’occasion de la reformation du groupe et de la publication en 2006 de Special Wishes, album magnifique remettant sur orbite -et d’une bien magistrale façon- la carrière du groupe d’Athens. Si tant est que ces gars là aient un jour pensé à une quelconque carrière. Après ce choc, il n’y avait plus qu’à se plonger corps et âme, grâce aux rééditions publiées par Relapse, dans la courte discographie d’un groupe hors du commun. Un sens de la lourdeur pas comme les autres. Harvey Milk est tout aussi capable de ralentir à l’extrême son rock teigneux, que de se réinventer complètement dans un album heavy boogie rock (le jouissif The Pleaser). Et que dire du sens inné que semble posséder le groupe pour composer des balades capables à la fois de faire chialer pépère dans sa bière et de faire mouiller mémère dans sa cuisine, la réconciliation offerte à tous les couples fatigués ou en détresse ?
En cette année 2008, Harvey Milk propose un nouvel album, sur Hydra Head. Life… The Best Game In Town est un titre parfait pour un disque qui l’est presque lui aussi. Si la pochette de Special Whises montrait un intérieur tout pourri avec un poster de Jimi Hendrix accroché au mur, celle de Life… The Best Game In Town reprend la même idée mais cette fois ci on a droit au Killers d’Iron Maiden et à un guitariste moustachu qui ressemble furieusement à Duane Allman. Le groupe raconte volontiers qu’il s’est formé autour d’un amour commun pour Kiss, nous voilà en possession de quelques nouveaux indices et éventuelles influences sur la musique pratiquée par Harvey Milk.
Life… The Best Game In Town continue les choses là où Special Whises les avaient laissées (comprendre que ça ne rocke pas dans le sens où The Pleaser le faisait) mais les intensifie en appliquant un bon coefficient multiplicateur : toujours plus lourd, toujours plus inattendu et toujours plus surprenant -l’intro en trompe l’oreille de Death Goes To The Winner, par exemple. La comparaison avec les Melvins va encore inévitablement ressortir… ce qui n’est pas réellement faux mais reste, comme toutes les comparaisons, très réducteur. Ajoutons de l’eau à ce moulin là : Joe Preston (l’un des nombreux ex bassistes des Melvins, en particulier sur l’insurpassable Lysol) a depuis peu renforcé le line-up d’Harvey Milk. A noter également que Kyle Spence, historiquement le deuxième batteur du groupe, a retrouvé sa place alors que c’est Paul Trudeau, batteur originel, qui avait enregistré l’album de la reformation.
On remarquera quelques accélérations plutôt époustouflantes (l’instrumental After All I’ve Done For You, This Is How You Repay Me ? et surtout We Destroy The family ainsi que A Maelstrom Of Bad Decisions -mais où vont-ils chercher des titres pareils ?- et Barn Burner). Quatre speederies sur dix titres cela fait une bonne moyenne mais surtout cela ne laisse aucune place aux ballades qui constellaient Special Wishes, unique regret concernant ce disque, regret même pas adoucit par le très curieux et lymphatique Motown.
Le chant de Creston Spiers (quelle voix, quel timbre !) est toujours aussi arrache-coeur et surtout les soli de guitares sont parfaitement en place et toujours les bienvenus. Histoire de prouver également qu’Harvey Milk est un groupe plein d’humour (mais qui en douterait ?), Good Bye Blues s’achève sur la citation d’un générique de cartoon bien connu tandis que Death Goes For The Winner ose carrément l’hommage aux Beatles, dont les membres d’Harvey Milk sont fans, avec une incursion d’A Day In A Life. Définitivement grandiose.

samedi 28 juin 2008

Aujourd'hui ou jamais













C’est le gros morceau de la semaine -revoir Today Is The Day et Steve Austin une bonne douzaine d’années après- et c’est aussi le match au sommet : d’un côté le buble core des japonais d’Envy à l’Epicerie Moderne de Feyzin et de l’autre la souffrance et la douleur des maîtres américains du grind noise au Sonic (je plaisante à peine, ce petit jeu inutile des étiquettes est toujours des plus amusants). C’est un peu stupide deux dates bloquées le même jour et pouvant attirer une partie commune du public mais, dans un cas comme dans l’autre, les organisateurs n’ont pas eu beaucoup le choix.
Le Sonic espère avoir du monde, en vue d’une éventuelle affluence je suis supposé aider aux entrées, détail que j’avais complètement oublié car c’était une promesse conclue il y a déjà un bon mois, une éternité quoi. Alors que l’un des tauliers me remémore mes engagements et qu’il commence déjà à se faire des cheveux blancs devant le peu de personnes qui se pressent devant sa salle, j’acquiesce de bonne grâce : ce soir tous mes coups à boire seront offerts par la maison, bingo !

















Premier groupe à monter sur scène, Four Question Marks vient de Paris, des gars gentils et bien élevés. OK ils ont un peu des tatouages et certains portent le cheveux long mais rien de terrifiant. Le bassiste (également chanteur) joue sur une cinq cordes et imite parfaitement le bûcheron norvégien en rut un soir de pleine lune. Le son est gras, très gras et le tempo des titres se situe plutôt dans les mediums avec me semble t-il des mesures bancales -ils ont du beaucoup écouter Meshuggah. Je retourne aux entrées pour assurer ma part de contrat et réclamer en échange une nouvelle bière gratuite, de loin le son de Four Question Marks est du genre monolithe mais je suis au regret de déplorer une absence totale d’originalité. C’est du metal, du vrai, à l’image du batteur qui se lève de temps à autre de son tabouret pour nous faire du haut les cornes/vive la chasse aux escargots.
Cela se presse toujours aussi faiblement à l’entrée, l’objectif c’est quand même d’arriver à faire 80 entrées payantes pour au moins payer le cachet des groupes. Four Questions Marks termine son set comme il l’avait commencé, une partie du public totalement indifférent est ressorti prendre l’air, les convaincus collent à la scène, débordements de virilité bon enfant et hurlements de guerriers sanguinaires. Le metal c’est la fête. Le dernier album de Four Question Marks a été publié par Trendkill, label qui est également le tourneur responsable de la tournée Today Is The Day/Jucifer/Complete Failure (tiens, au fait, où est passé le groupe de Amber Valentine ?).

















Lorsque Complete Failure, un quatuor grind originaire de Pittsburgh, commence à balancer, je me dis que l’on va enfin s’amuser un peu : une batterie (dotée d’un double pédalier), une guitare et un druide en chemise à carreaux en guise de chanteur. Où est passé le bassiste ? Pour une raison que j’ignore il ne joue pas sur la tournée européenne.
Le son est correct, la guitare est énervante, le chant -comme presque toujours dans ce genre là- est complètement linéaire mais pas assez puissant (n’est pas Kevin Sharp qui veut) et le batteur abuse de sa double pédale… le mécanisme de celle-ci doit être particulièrement bien huilé si j’en juge par la faible vélocité des jambes comparée au son qui sort de la façade. Je passe un bon petit moment à regarder ce batteur jouer comme un robot inexpressif et insensible -un psychopathe de plus?
Le grind core pratiqué par Complete Failure est des plus classiques, répondant à tous les poncifs du genre mais ne possède pas le côté crade d’un Regurgitate ni la tonalité crust d’un Asshole Parade. Le concert devient vite lassant, les passages lents, au lieu d’aérer l’ambiance de pieds qui puent, alourdissent le propos et rétrécissent d’autant l’attention déjà faiblarde que je porte au groupe. Tant pis.

















Le changement de plateau est des plus rapides puisque Today Is The Day utilise le batteur de Complete Failure. Ce gars doit avoir une sacrée endurance, cela fait deux mois qu’il fait le mariole sur une scène dans deux groupes consécutifs. Comme le fera remarquer Steve Austin un peu plus tard, ils en sont quand même à la centième date.
Après une intro inutile le trio monte sur scène, branche les guitares et n’attend pas pour mettre une déculottée à un public qui n’attendait que ça pour s’électriser. La musique de Today Is The Day, sans tomber dans le metal gadgetisé, est jouée à la sauce grind : rythme accéléré, double pédale à volonté, guitare Black et Decker, chant guttural ou crié (le bassiste chante également), basse en tournebroche et un son d’une agressivité qui donne envie de mourir, là tout de suite et maintenant.
J’ai le plus grand mal à reconnaître les titres joués, tout est balayé et refondu dans un moule de démence passée au hachoir. Il semble bien que Steve Austin a oublié toute la fatigue d’une épuisante tournée, il a dû se régénérer au topset colombien c’est pas possible autrement, même si c’est le bassiste qui assure le plus le spectacle. Quant au batteur, il commence à être passablement énervant avec son côté Terminator du beat. Bassiste et batteur quittent la scène, Austin entame un interlude patchouli avec le final de If You Want Peace Prepare For War, tablas et sitar inside.






















Il ne faudra pas attendre longtemps pour que le groupe soit à nouveau au grand complet sur scène, personne ne le sait mais on n’en est qu’à la première moitié d’un concert qui s’est déjà révélé magistral. Et là, c’est un peu l’avalanche de titres plus anciens, du bonheur. La voix et la façon de chanter de Steve Austin ayant changé avec les années, le son du groupe ayant évolué, cela fait bizarre d’entendre quelques vieilleries dégrossies à grands coups de blasts mais bordel qu’est ce que c’est bon.
Austin casse une corde, ce n’est pas grave, la rythmique continue toute seule et lui se contente de chanter, lorsque il récupère son instrument remis d’aplomb on est bien forcé de constater que cet incident n’a pas entamé sa volonté, bien au contraire. Today Is The Day est plus furieux que jamais.
C’est le moment de faire des papouilles avec le public, déclarations d’amour réciproques, un type trop bourré se fait éjecter de la scène et c’est un Steve Austin épuisé mais visiblement heureux (si si) qui sonne la fin du concert, sans regret, avec ce sentiment partagé que lui et son groupe viennent une nouvelle fois de faire très très fort.

















Pendant que l’on démonte le matériel, je m’approche de la scène pour jeter un coup d’œil sur le double pédalier du batteur de Complete Failure. J’explique au homeboy du Sonic alors en pleine lutte avec un câble récalcitrant que le jeu de double pédale me paraissait étrange, ce qui le fait bien rire : il m’explique à son tour que les pédales sont reliées à un déclencheur qui permet à une interface numérique de donner des infos à une boite à rythmes. Et d’ajouter que la plupart les groupes de black metal et de death ont recours à ce subterfuge, que l’on ne peut pas imaginer un batteur blastant avec la puissance d’un panzer au galop pendant une heure et demie d’affilée. Pour moi, un monde s’écroule, mes illusions de petit puceau du beat sont annihilées. Rendez moi Philty Taylor !
Beaucoup moins drôle est le bilan de la soirée. Comme l’a fait remarquer quelqu’un à l’équipe du Sonic : vous vous êtes peut être plantés mais merci pour ce concert. Plantés ? Cinquante trois entrées payantes c’est la débâcle. On sent comme une profonde lassitude et une certaine démotivation chez les gens du Sonic. La programmation va s’arrêter pour cause de vacances d’été et ils seront à nouveau là à la rentrée mais peut être plus pour très longtemps encore. C’est toujours aussi difficile d’allier amour de la musique, activité économique et éthique commerciale. C’est lorsque les choses ont définitivement disparu que l’on se rend compte qu’elles vont vraiment nous manquer. Comme toujours.

vendredi 27 juin 2008

Playing Enemy / My Life As The Villain



















Jusqu’ici on pouvait penser que le EP Accessory était l’ultime publication de Playing Enemy. Mais alors que deux anciens du groupe (Demian Johnston et Shane Mehling) réapparaissent -pour l’instant pas pour le meilleur- sous le non de Hemingway, voilà que deux labels annoncent de nouvelles galettes avec du matériel inédit de Playing Enemy. Et pour être plus précis : il s’agirait d’enregistrements réalisés pour le troisième album, inachevé, du groupe.
Hex records
a donc publié My Life As The Villain, soit une collection de cinq titres sous la forme d’un CD joliment emballé, tandis que Rome Plow records annonce un Here’s To What We Made, cette fois ci en vinyle. Ces deux disques ont exactement la même illustration, signée par le guitariste Demian Johnston, un gars qui s’amuse à confectionner, juste pour le fun et de ses blanches mains, des cassettes d’Hemingway enregistrées en concert et limitées à un seul exemplaire. My Life As The Villain et Here’s To What We Made auraient un tracklisting différent (une face complète de démos enregistrées en 2006 en plus pour le second). Quoi qu’il en soit, ce disque posthume laisse un témoignage autrement plus saisissant de la musique de Playing Enemy que l’ennuyeux Accessory.
Cinq titres ce n’est pas grand-chose mais c’est déjà beaucoup, surtout lorsqu’ils sont de la qualité et de la (haute) tenue de ceux que My Life As The Villain donne à entendre. D’entrée le son claque, énorme, volumineux, enveloppant. Si pour vous noise rime avec Dazzling Killmen -il y a des différences lexicales et régionales qui font que pour certains noise est synonyme de Sonic Youth alors que pour d’autres ce terme évoquerait plutôt Unsane, va comprendre- et bien My Life As The Villain vous fera autant pleurer et regretter la disparition d’un grand groupe que Recuerda l’avait fait pour la bande à Nick Sakes.
Alors que l’énorme majorité des formations hard core/noise ont gonflé leurs guitares au metal et tricotent à la batterie des rythmes époustouflants mais incompréhensibles, Playing Enemy était le garant d’une tradition efficace et jamais démentie que constitue le power trio. Une batterie qui bien que complexe n’oublie jamais de prendre suffisamment d’élan pour garder une allure de géant, une guitare qui n’a que faire des leçons données par le grind ou le death (ici on n’est pas chez Today Is The Day) et une basse parfaitement en place c'est-à-dire correctement mise en avant, c’est un réel plaisir de l’entendre se tendre et claquer comme une bonne torgnole amoureuse de rugbyman à un collègue après un essai transformé. Les titres sont plutôt de la veine complexe (breaks, cassures, reprises, machins et trucs) mais ont un vrai confort d’écoute : My Life As The Villain c’est du grand tordu qui va droit au but. Qui dit mieux ?

jeudi 26 juin 2008

Toute une vie bien ratée






















 


Ruined Lives. Le titre de ce disque est tout simplement épatant. Ça sent le nerd et la lose à plein nez, parfait pour l’auto apitoiement et les gueules de bois à répétition. Si tu as envie de pisser, vas-y c’est le moment, tu pourras toujours lire cette chronique plus tard (ou pas). Le titre donc. Et les illustrations de la pochette auxquelles je ne comprends rien, j’aurais préféré une photo aussi moche que celle du single sorti quelques semaines avant. Ah, et puis, en parlant de ce single, la bonne nouvelle c’est que les deux titres gravés dessus sont restés inédits. Transistor Transistor a eu le bon goût de ne pas les remettre sur l’album. Chouette.
C’était déjà perceptible sur Young Vampires of New Hampshire mais avec Ruined Lives c’est devenu une certitude : en confiant la production à Kurt Ballou le groupe est parti à la pèche au gros. Et est revenu avec un son de guitare bien plus épais qu’auparavant, une batterie plus massive, bref ce disque sent la boisson énergisante et la salle de musculation. On pouvait craindre un résultat aussi pitoyable que celui offert par Alex Newport produisant Numbers (sur l’album We’re Animals je crois, mais le talent de l’anglais n’avait pas suffi à améliorer un groupe dont de toutes façons on ne peut rien attendre) et oui, ça choque tout ce volume, ça taquine l’oreille, on reconnaît sans s’y retrouver complètement. Transistor Transistor lâche du leste sur son côté bordélique et inachevé, devient plus proprement agressif alors que le groupe se contentait auparavant de n’être qu’irritant et casse couilles. Comment troquer sa frénésie punk contre un t-shirt moulant. (tu n’es toujours pas allé pisser ?)
Et puis on s’y fait à ce son. Alors on s’intéresse à tout le reste c'est-à-dire au principal : les chansons. Transistor Transistor c’est quand même une bande de sacrés branleurs. Trois ans pour enregistrer un nouveau disque donc on pouvait s’attendre à du riche en fruit et du multivitaminé question composition. Que dalle. Il y a de sérieux trous d’air sur Ruined Lives, des passages sans aucun intérêt avec des riffs de débutants et même des titres largement en dessous des autres. Rien de bien grave certes mais du coup la production de l’ami Kurt prend un caractère maquillage et ravalement pour groupe déficient bien trop prononcé. Alors heureusement que Transistor Transistor ne s’éparpille pas trop en route, à peine le temps de s’emmerder un peu que débaroule une petite pépite noise punk qui donne envie de s’agiter. Ouf.
Il en va donc de se disque comme de l’humeur du matin. Pile ou face. Pile, il faut écouter autre chose. Face, ça fait bien plaisir quand même. Seule grosse ombre rédhibitoire au tableau : le piano. Si c’est encore une idée géniale de monsieur Ballou et bien je ne le félicite pas. Qu’il retourne dans sa jungle. Sur The Ghost Hand ça pourrait encore passer, bien que sur ce coup là on frise l’émo nevropathe, trois minutes de nombrilisme avant de pouvoir danser la valse sur Harvest. Mais sur le final de Teratogen c’est carrément Richard Clayderman qui a été invité dans le studio. Engine Down n’aurait pas fait plus minable que cette comptine naïve et racoleuse et comme en dehors de ça ce titre est déjà l’un des plus faibles de Ruined Lives, cela laisse un goût de soupe sans sel dans la bouche, dommage. Il faut alors tout son courage pour réécouter tout le disque depuis son début fracassant (Morning Sickness et surtout Price Of Gazoline), éventuellement en entier, avant de s’apercevoir qu’il y a de très bonnes choses dessus, bien que peut être pas à la hauteur c’est vrai de White Knives, face B du single déjà cité. (n’oublie pas de tirer la chasse)

mercredi 25 juin 2008

Sightings et Tamagawa au Sonic














Ça sent l’été : il fait beaucoup trop chaud, il y a un nombre incroyable de jupettes et de belles jambes dans les rues, les connards d’automobilistes qui ont passé tout l’hiver à insulter les cyclistes qui ne respectent pas ce foutu code de la route se déplacent désormais à vélo et grillent tous les feux rouges qu’ils peuvent, le SMIC est rehaussé de 0.9 % (c’est la lutte pour le pouvoir d’achat) et lorsque j’arrive -très en avance- au Sonic, tous les membres des groupes devant jouer ce soir sont en train de manger et de se prélasser au soleil sur la terrasse de la péniche. Au loin les intégristes et royalistes du quartier d’Ainay répètent, comme tous les mardi, leurs airs de chasse à cour -en tenues de grands veneurs parait-il, un jour il faudra que j’aille vérifier ça de mes propres yeux.
Longtemps indéterminé, le groupe de première partie a enfin été annoncé dans la semaine : Tamagawa est venu en voisin depuis Saint Etienne, et c’est une excellente nouvelle. Tout comme on est en droit d’attendre beaucoup de la tête d’affiche, Sightings, depuis la parution de leur monstrueux album Through The Panama (sur Load records et Ecstatic Peace !), un disque qui a indéniablement fait passer le groupe à la vitesse supérieure.























La soirée tarde réellement à démarrer. Le public n’arrive pas, l’heure avance, la bière coule, les organisateurs font la gueule, ça suppute sur le concert de vendredi prochain (Today Is The Day), ça parle des concerts de la rentrée de septembre, c’est le rituel habituel, la même litanie, les mêmes regrets et les mêmes espoirs, blah blah blah.
Il est à peine plus de 22 heures lorsque Tamagawa commence son set. Contrairement à la dernière fois il est tout seul, tout son attirail est installé sur le devant de la scène, lui-même joue assis sur une chaise. Les touches d’un gros synthé ont été bloquées avec du scotch, notre garçon s’applique en premier lieu à installer des boucles lysergiques, tripatouille un peu, on remarque un vieux réveil digital sur le côté droit de la scène. Tamagawa empoigne sa guitare et superpose des accords en boucle sur la trame préexistante. Le roulis synthétique se transforme petit à petit en volutes psychédéliques, le développement est très lent mais irrésistible, sans accrocs, prenant et incitant à la rêverie comme aux hochements ridicules de la tête (ouais comme les chiens-chiens sur les plages arrières des voitures et qui acquiescent au moindre coup de frein). La musique s’arrête, un peu trop brutalement (pourtant le réveil n’a pas sonné…), mais elle aurait aussi bien pu continuer plus longtemps sur les mêmes motifs. Tamagawa remercie. Il ne jouera pas d’autres titres ce soir et je le regrette, c’était bien parti, confortable (malgré la chaleur), on ne pouvait entrer que tout doucement dans ce concert alors en ressortir aussi vite a un goût d’inachevé et de frustration.























Continuation du rituel annexe aux concerts. De nouveaux arrivants, quelques infos sur la soirée Burning Heads/Adolescents de la veille, deux cents entrées, ça fait que dans cette ville même les vieux ne se déplacent plus pour les concerts de vieux (je n’y suis pas allé non plus, hein…) et qui va aller se rajeunir aux Thugs la semaine prochaine ? Décidemment tout ça sent définitivement l’été.
Pendant que les Sightings s’installent sur scène tout le monde reste consciencieusement dehors car chacun sait qu’une fois les portes fermées et le concert commencé, le Sonic va se transformer en boite à sardines avec sauna et cabine à UV intégrée. La seule solution c’est évidemment de bien s’hydrater.
Le premier titre joué par Sightings est réellement perturbant : pas d’attaque formelle, pas de fil conducteur, un développement qui n’en est pas un, contrairement aux apparences les trois musiciens n’improvisent pas mais obéissent à une logique qui leur est propre, celle qu’ils ont inventé ensemble en montant ce groupe. Le son se montre particulièrement crispant, celui ultra métallique de la guitare (métallique au sens propre, comme lorsque on attaque une tôle d’acier à la meuleuse électrique) tout comme celui du bassiste qui privilégie un jeu percussif et dans les aigus, bourré d’effet.


















Lorsque ce même bassiste fracassera la corde du haut de son instrument, cela ne le dérangera pas le moins du monde, il finira la fin du concert sur trois cordes, toujours avec ce jeu bizarre (et parfois lead) qui ne ressemble sûrement pas à ce l’on attend généralement de la pratique d’un tel instrument. Côté curiosité, le batteur n’est pas en reste avec ses pads électroniques reliés à je ne sais quel dispositif installé derrière lui. La batterie sera largement sous exploitée pendant tout le concert et cela représente un sacré manque par rapport à l’album Through The Panama : où est passé le côté tribal et percussif du dernier effort de Sightings ?
Malheureusement, plus le concert avance et plus l’influence de ce disque s’approche de zéro : pas de rythmique tribale donc et pas de mélodies tordues mais accrocheuses non plus. Sur scène Sightings reste très proche de ses tout premiers albums et je comprends mieux pourquoi le groupe a enregistré dans le temps avec ce timbré de Tom Smith. Un morceau court et hurlé accroche l’oreille mais cela reste un concert difficile et hermétique, un peu vain. Le dernier titre joué, répétitif, lancinant et vicieux sera le meilleur du lot. Le concert de Sightings a duré quarante minutes chrono mais vu le caractère complètement fermé et obscur de la musique jouée, c’était peut être largement suffisant. Tout sauf du divertissement, l’exact opposé de la prestation du début de mois de Melt Banana, basée elle uniquement sur le fun et l’efficacité. Mais dans un cas comme dans l’autre il manquait un je ne sais quoi pour réellement faire un bon concert. Un peu de fond, peut être ?