samedi 12 novembre 2011

Grrrnd Zero en gRRRand danger


Toujours menacé d’expulsion, le collectif Grrrnd Zero a mis à jour ses documents officiels d’information et de propagande, documents qu’on vous remet tels quels ci-dessous. Pour bien arriver à tout lire, cliquer sur l’image et elle s’agrandira – on appelle ça la magie d’internet.
Vous pouvez également recoller ces textes sur votre propre site/blog/espace perso en récupérant leur adressage dans la barre de votre navigateur (encore la magie d’internet). Vous pouvez même imprimer ce texte et le mettre dans la boite-aux-lettres de vos voisins ou l’afficher à l’entrée de l’école de vos enfants ou de vos petits frères et sœurs (le charme du Do It Yourself).





Enfin, n’oubliez pas que Grrrnd Zero continue tant bien que mal d’organiser des concerts hors les murs. Le détail de la programmation se trouve sur le site et vous pouvez également vous abonner à la newsletter pour obtenir régulièrement des informations de premier ordre sur les concerts et les nouveaux rebondissements de cette lamentable histoire d’expulsion.

vendredi 11 novembre 2011

Zëro / Hungry Dogs (In The Backyard)



Hungry Dogs (In The Backyard) est déjà le troisième album de Zëro et ses premières écoutes n’ont pas tout à fait été exemptes de quelques questionnements – ce n’est pas parce qu’on a été un fan inconditionnel de Deity Guns puis de Bästard et de Narcophony qu’il doit automatiquement en être de même pour Zëro. En même temps il est nécessaire de préciser, et c’est un compliment, qu’avec Hungry Dogs (In The Backyard) Zëro s’affranchit encore plus clairement et donc définitivement de ses prédécesseurs, comme pour affirmer que s’appesantir sur un passé certes glorieux mais révolu serait bien évidemment pure nostalgie. Nostalgiques, Eric Aldéa, Franck Laurino, François Cuilleron et Ivan Chiossone ne le sont donc apparemment pas et il conviendrait logiquement d’éliminer d’emblée toute réticence d’auditeur liée au fait que les quatre musiciens ne veulent pas répéter ce qu’ils ont fait auparavant avec leurs anciens groupes – on ose également penser qu’ils ont de toute façon tellement changé/évolué avec le temps qu’ils en seraient sans doute incapables.
Les quelques petits doutes à propos d’Hungry Dogs (In The Backyard) ne concernent donc que la musique de Zëro proprement dite. L’écoute des dix titres du disque ne nous apprend ainsi pas grand-chose de prime abord. Ou plus exactement on y distingue peut être trop bien tout ce que Zëro a commencé à mettre en place depuis son premier album Jokebox et qu’il n’a cessé de développer au cours des enregistrements suivants. On se surprend même à identifier quelques passages qui sembleraient directement tirés des anciens disques… Y a-t-il réellement redite pour autant ? Non, pas vraiment : on préfère plutôt penser que Zëro se moque de jouer sur l’effet de surprise. Et Zëro en est effectivement arrivé à un stade avancé où on reconnait immédiatement le groupe en lui-même, ces sons de synthétiseurs, ces guitares en apesanteur, ces rythmiques, ces constructions… Zëro fait du Zëro et uniquement du Zëro, certes de mieux en mieux, ce dont d’ailleurs on ne peut que se réjouir.




Alors où est le problème ? Peut-être n’y en a-t-il pas vraiment ou sans doute est-ce plutôt un faux problème, encore une fois sournoisement relié au passé : on pensait, on avait cette ivresse de trouver que Deity Guns comme Bästard avançaient à grands pas, franchissaient les barrières toujours plus vite et explosaient d’idées « nouvelles » à chaque coin de disque – peut être était-ce la jeunesse qui nous poussait à une telle vision, c’était même très certainement elle et elle seule. Or aujourd’hui, lorsqu’on réécoute ces disques qui nous ont accompagnés tant de fois, la distorsion du passé ne peut que nous empêcher de réentendre toutes ces musiques avec un quelconque recul (mais heureusement que l’affect existe dans notre rapport à la musique… sinon, à quoi bon ?). Aujourd’hui également, avec Zëro, les (presque) même musiciens avancent donc beaucoup plus lentement, prennent leur temps, ne prétendent à rien – si tant est qu’ils aient déjà prétendu à quelque chose – et leur musique évolue comme un artisan peaufine son ouvrage. Si on admet que l’impétuosité du passé n’a plus tout à fait cours ici, on finit par apprécier qu’elle ait été remplacée par quelque chose d’autre. On découvre – ou on redécouvre – que Zëro n’est sans doute pas un miracle fulgurant mais une pierre philosophale aux reflets multiples et contrastés.
Alors des redites en forme de sauts de puce il y en a sûrement sur Hungry Dogs (In The Backyard) mais il y a en même temps suffisamment d’autres choses – écoutez un peu ce dernier titre, Queen Of Pain, Zëro n’y a jamais aussi bien résumé en moins de 5 minutes tout ce qui fait à la fois la fougue et l’étrangeté de sa musique – pour que l’on soit in fine intimement persuadés que seule cette musique importe, plus que tout. Les détails et nuances apparaissent alors, effaçant toute comparaison possible, à l’image du chant encore plus marqué et toujours plus assumé qu’auparavant. Et Hungry Dogs (In The Backyard) est tout simplement un bel album, résolvant à la longue une équation arithmétique et affective aussi simple qu’incontournable – dix titres, dix moment de bonheur.

Hungry Dogs (In The Backyard) a en outre été superbement enregistré aux célèbres studios Supadope par Monsieur Chris R. L’illustration de la pochette a été conçue par Yoan Puisségur, plus connu pour être le responsable Communication Visuelle & Propagande Illustrée du label A Tant Rêver Du Roi. Mais c’est bien une nouvelle fois Ici D'Ailleurs qui publie Hungry Dogs (In The Backyard) en vinyle (vert) et en version CD. Le même label s’apprête également à rééditer The Acoustic Machine, l’anthologie/intégrale de Bästard, sous la forme de deux double LPs…

jeudi 10 novembre 2011

Hail! Hornet / Disperse The Curse






A quoi peut-on reconnaitre un faux metalleux d’un vrai ? Trop facile : le faux metalleux adore Disperse The Curse, le deuxième album de Hail! Hornet, alors que le vrai – le « true » en bon français – considère ce même album comme une bouse incommensurable. La vérité se situe-t-elle quelque part entre ces deux positions extrêmes ? Absolument pas : je suis sûrement un faux metalleux et Disperse The Curse est l’un de mes disques de chevet actuels dans le genre. 
Disperse The Curse a donc été publié cette année par Relapse, soit quatre ans après un premier album sans titre chez Dwell Records. Hail! Hornet est la réunion de T-Roy Medlin au chant (Sourvein), Vince Burke à la guitare (il est le principal compositeur du groupe et a procédé à l’enregistrement de Disperse The Curse dans son propre studio), Dixie Collins à la basse (Buzzov-en, Weedeater et Bongzilla) et Erik Larson  à la batterie (Alabama Thunderpussy). Un sacré line-up, un « super groupe » dira-t-on même et une bonne odeur de southern disconfort. C’est là que les avis divergent. Certains pensent que Disperse The Curse est tout simplement indigne des musiciens qui composent le groupe, que le son est trop commercial, les compositions banales… Les autres, au contraire, se réjouissent que des gens tels que Collins et Medlin redorent leur blason après les albums très décevants de leurs groupes respectifs – Jason… The Dragon pour Weedeater qui de toute façon n’a jamais été un groupe génial sur disque et Black Fangs pour Sourvein, plus paresseux que jamais.
Le premier album de Hail! Hornet avait certes d’énormes qualités mais il est toujours un peu pénible – dès que l’on parle de sludge/doom/hard core sudiste – de voir tout le temps tout être ramené à Take As Needed For Pain de EyeHateGod ou To A Frown de Buzzov-en. On ne prétend pas ici et maintenant que Disperse The Curse et Hail! Hornet sont à la hauteur de ces illustres exemples mais on considère ce disque comme un sacré souffle d’air frais dont le moindre des mérites n’est pas de dépoussiérer le rayon metal crado pour drogués hirsutes et amateurs de chasse à la chevrotine. Ce qui plait plus particulièrement c’est le côté thrashy de certains riffs, joués presque naïvement c’est vrai mais c’est aussi ce qui fait leur charme. La double pédale est très souvent utilisée sur Disperse The Curse or jamais on s’en lasse, pas plus qu’on se retrouve agacé par elle – voilà enfin un batteur qui utilise cette artifice éculé à bon escient. La basse est impeccable quoi que trop souvent en retrait et, pour finir, T-Roy, l’un des meilleurs hurleurs du genre il faut bien le dire, est en très grande forme lui aussi et il délivre quelques vokills du meilleur effet.
On l’aura compris, le principal atout de Disperse The Curse reste son immédiateté et son efficacité basique mais franche. Pas de dégueulis décoratifs ni de rage haineuse de bon aloi. Conclusion, s’il y a du « true » quelque part en Caroline du Nord en ce moment c’est bien du côté de Hail! Hornet qu’il faut aller le chercher. Et comme pour remettre les pendules à l’heure, après une domination certaine des tempos rapides, Blacked Out In Broad Delight réactive de plus belle le sludge poisseux et glauque d’une façon qui réjouira forcément les tenants du conformisme de la violence et de la tristesse académique. Comme ça tout le monde est content.

mercredi 9 novembre 2011

Evangelista / In Animal Tongue





In Animal Tongue est déjà le quatrième album d’Evangelista/Carla Bozulich, un album publié comme ses trois prédécesseurs par les montréalais de Constellation records. Il semble surtout que In Animal Tongue soit le plus difficile d’accès d’entre tous les disques récents de la dame, surtout après un Prince Of Truth bien plus lumineux et beaucoup moins équivoque. Ainsi Carla Bozulich n’en finit pas de nous étonner mais, avant de nous étonner, elle nous perturbe toujours : ce nouvel enregistrement d’Evangelista est d’un dépouillement et d’une aridité qui friseraient la torture, assez éloigné formellement du lyrisme brut et morbide du premier album éponyme comme de la flamboyance bruyante du génial et quasiment insurpassable Hello, Voyageur. Alors Carla Bozulich a une nouvelle fois changé son fusil d’épaule mais nous dit, nous chante indéfiniment la même chose, avec une gravité à la fois désespérée et attachante et toujours ce même fusil encore dirigé vers nous, aussi menaçant que protecteur.
Car, plus que jamais, on ne sait sur quel pied danser. Carla Bozulich, la voix en avant, l’émotion brute au bout de la langue et broyée à coups de dents, ressemble de plus en plus à une vieille sorcière abimée par un sortilège aussi puissamment dangereux qu’irréversible. L’entendre chanter c’est entendre également ses doutes, ses douleurs, sa mise à nue, sa chute peut être. Mais il y a quelque chose de sublime dans l’évocation que fait Carla Bozulich de sa désespérance et de la noirceur qui l’accompagne. L’entendre chanter devient alors souffrir, par une sorte de réflexe/miracle empathique, et le feu qui la brûle nous brûle également.
Les sortilèges sont parfois terrifiants. Ce qui ne les empêche pas d’être tout aussi bouleversants... ce que l’on croit déceler de plus (ou de différent) par rapport aux disques précédents d’Evangelista c’est comme une angoisse toujours plus profonde – un état presque maladif dont Hatching est très certainement l’écho le plus malsain. La fatigue qui s’évapore d’In Animal Tongue en longues volutes irréelles et irisantes laisse la place à un chant de plus en plus murmuré, susurré, essoufflé et à la limite du moribond. Le malaise que l’on peut ressentir à l’écoute d’In Animal Tongue, éternel beau disque au demeurant, provient de ce vacillement perpétuel mais combatif, éloigné du côté diva destroy que l’on connaissait plutôt à Carla Bozulich (Artificial Lamb, Bells Ring Fire, Die Alone et Enter The Prince) ou puise son étrangeté d’un brouillard païen plutôt réussi (In Animal Tongue, Black Jesus, Hands Of Leather, Tunnel To The Stars et Hatching).

 [clic]

Pour In Animal Tongue la chanteuse a une nouvelle fois réuni autour d’elle ses deux fidèles Tara Barnes (basse) et Dominic Cramp (clavier, sampler) mais aussi Sam Mickens de The Dead Science à la guitare, Ches Smith à la batterie, Sophie Trudeau ou Thierry Amar de Silver Mt Zion aux cordes – en fait le line-up d’Evangelista change à chaque titre enregistré tout comme il change lors de chaque tournée entreprise par le groupe. D’ailleurs Evangelista en concert c’est pour très bientôt : le 15 novembre à Lyon (le Sonic) et le 17 novembre à Paris au Café de la Danse en compagnie de Barn Owl sont les deux seules dates françaises de cette nouvelle tournée européenne…

mardi 8 novembre 2011

Warsawwasraw / Jahiliya





On était sans aucune nouvelle de Warsawwasraw et pour être franc on n’en attendait pas vraiment non plus de ces frenchies et petits protégés de The Locust (les sauterelles ayant même invité Warsawwasraw sur toute une tournée en 2008). On se rappelle surtout qu’alors que le groupe se retrouvait réduit à trois membres – chant, guitare et batterie – Warsawasraw avait publié Chaajoth, un 7 pouces enregistré à l’époque où son line-up se composait encore de cinq personnes (une chanteuse et un bassiste ayant quitté le navire entretemps). Chaajoth ne brillait peut être pas pour son originalité – spazzcore as fuck – mais c’était un bon petit disque.
Et – hop la ! – retour sans prévenir de Warsawwasraw avec un nouveau 7 pouces publié cette fois ci par Three One G, le label de Justin Pearson – ex The Locust en chef et actuel Retox, faut-il le rappeler ? On peut dire que ce cher Justin est au moins fidèle en amitié. Jahiliya comporte sur sa première face le morceau titre et une première écoute confirme deux choses : premièrement ils ne sont plus que deux dans Warsawwasraw, la chanteuse est partie depuis bien longtemps et c’est le guitariste qui a repris le poste de braillard ; deuxièmement Warsawwasraw n’a stylistiquement pas bougé d’un pouce – comment j’ai dit déjà ? spazzcore as fuck ? ah oui, c’est tout à fait ça – sauf que c’est encore plus puissant, barré, méchant, carré et tout ce que vous voudrez, on parle de musique « extrême » là, donc la surenchère est le corolaire de tout le truc.
On est ainsi bien sûr très content qu’il y ait dans le coin des groupes tels que Warsawwasraw, violemment hardcore et tendu du slip comme des négociations sur la dette avec le FMI.  Jahiliya se termine déjà – le titre dépasse pourtant les deux ou trois minutes règlementaires que le genre impose d’ordinaire – et on retourne prestement le disque : et là c’est la désillusion, la déception, que sais-je encore… la face B de ce single n’en est pas une, elle ne comporte pas de sillon, elle est complètement muette, en résumé Jahiliya est un single monoface. Malgré la qualité évidente de ce titre unique, on se demande à quoi ça sert de publier un tel disque en y apportant autant de soin (Artwork arty, pochette en carton épais, insert avec les paroles et vinyle transparent s’il vous plait). On espère que Jahiliya restera au moins inédit, qu’il ne figurera sur aucun éventuel futur album de Warsawwasraw et on n’est pas loin de penser que le groupe comme son label auraient mieux fait de se contenter de mettre Jahiliya en ligne – il y a des fois où la beauté du geste inutile me laisse malgré tout assez perplexe.

lundi 7 novembre 2011

Conger! Conger! / At The Corner Of The World



Je crois que si Conger! Conger! n’était pas un groupe marseillais mais un groupe lyonnais, j’irais le voir jouer sur scène le plus souvent possible, c'est-à-dire à chaque fois, en simple voisin passionné, dès que le groupe aurait la bonne idée de donner un concert en ville. Premier véritable long format de Conger! Conger! après deux disques réussis – un mini album publié par XcRoCs records et un split partagé avec les regrettés Ox Scapula –, le trio a accouché avec At The Corner Of The World d’un disque plus qu’à la hauteur et dépassant haut la main ses deux prédécesseurs.
At The Corner Of The World a été inspiré par les livres qu’a publiés le journaliste-écrivain Jean Hatzfeld à propos du génocide rwandais et d’ailleurs une feuille arrachée d’un de ses bouquins a été glissée dans chaque exemplaire du disque – j’ai hérité des pages 213 et 214 d'Une Saison De Machette dans lequel Hartzfeld donne la parole à des tortionnaires emprisonnés après les faits et en attente de leur jugement – et on ne peut que remarquer également l’illustration de la pochette conçue par Pierre Guilhem (avec une belle sérigraphie du Dernier Cri). Quant aux textes des dix chansons composant At The Corner Of The World, on les découvre en lisant l’insert du disque et on n’y décèle aucun moralisme ni aucun jugement mais le constat effroyable d’un drame de l’humanité. Ce n’est pas tout les jours que je me penche avec intérêt sur les textes et la thématique d’un disque, en général cela m’ennuie plutôt profondément, je préfère la frivolité et l’inutilité voire la trivialité mais je crois que des mots tels que « Universe is not big enough to stock blood and bones/I put my head off to have a rest/I breath before the ground swallows my teeth/I try to come down without any stairs/I try to fly without any wings/I lost more than blood/Life is just one fall » ont suffisamment de force pour ne pas être mis de côté. Pour une fois.




On peut bien évidemment écouter At The Corner Of The World uniquement pour sa musique. C’est même exactement ce que j’ai fait un nombre incalculable de fois avant de m’apercevoir qu’il y avait quelque chose de précis derrière ses textes. Musicalement voilà un disque étonnamment varié – pas si étonnement que ça tout de même si on connait déjà les autres enregistrements de Conger! Conger! – mais surtout voilà un disque qui malgré ça arrive à tenir debout en un tout cohérent et passionnant. On est très éloigné de l’exercice de style, de l’optique qui consisterait pour un groupe à se dire « tiens les gars, on aime tels mecs donc on va faire un titre à leur manière » ou « on aime tel et tel genre donc rendons-leur hommage » or toute la diversification dont fait preuve le trio n’empêche pas que l’on n’oublie jamais que l’on écoute du Conger! Conger!. Très peu y sont arrivé – pour ne pas dire presque personne – et Conger! Conger!, sans jamais s’encombrer avec les idées parfois un peu rances et inutiles de pastiche ou de parodie, se plie sans aucun problème aux exigences de l’écart stylistique. Evidemment le groupe ne mélange pas non plus les serviettes et les torchons : on peut schématiser en affirmant simplement que Conger! Conger! est un vrai groupe à guitares, un groupe pop, un groupe noisy, et même carrément noise aux entournures mais le trio en décline aisément toutes les facettes avec une aisance et une imagination bienheureuse. Comment résister aussi à cette basse légèrement mise en avant et qui ne se contente pas d’un banal travail rythmique ?
Pour arriver à ses fins, le groupe possède plusieurs atouts : des chants différents – cela va de la voix suraigüe à la grosse voix écorchée – et apportant logiquement des couleurs différentes aux compositions ; un songwriting de niveau élevé ensuite, ce qui n’est pas peu dire, parce qu’on n’a jamais l’impression que Conger! Conger! se contente de citer quelques illustres ancêtres ; enfin une instrumentation – bien que reposant sur la sainte trinité guitare/basse/batterie – qui sait varier les positions et les plaisirs : ici une basse toute en espagnolades sur le très étonnant Li Guardo, là une partie de guitare jouée au bottleneck (Pray et son solo de damné), ailleurs un xylophone qui vient rehausser la mélodie (God Seems To Be Here) ou un chant à la Blonde Redhead sur Her Name, une rythmique infernale sur Icarus, etc. Des idées, des trouvailles, des illuminations, At The Corner Of The World en possède à la pelle ; chaque nouvelle écoute révèle de nouvelles découvertes et son lot de surprises-bonus qui vont avec. Voilà un disque que l’on n’est pas prêt d’oublier, voilà un disque qui fera plus que marquer une année 2011 déjà bien chargée en émois musicaux.

[At The Corner Of The World a été publié à 300 exemplaires numerotés par Katatak records, label auprès de qui il est très vivement conseillé de se procurer ce disque magnifique]