vendredi 10 septembre 2010

Celeste / Morte(s) Née(s)























Même pas eu le temps de s’appesantir sur Misanthrope(s), précédent album de Celeste paru en 2009, que le groupe, fidèle à sa réputation de stakhanovisme et de prolixité (quatre albums en quatre années), a déjà remis ça avec Morte(s) Née(s) publié encore une fois par Denovali avec autant de pressages différents que l’on peut en imaginer*… Alors, est ce que Celeste en fait trop ? Les lyonnais frisent régulièrement le ridicule – le côté désespérément littéraire/poétique des textes en français, les titres des albums, les illustrations des pochettes des disques, l’esthétique générale que dégage tout ça – mais à dire vrai pas plus qu’un groupe de black metal bioéthique et champêtre ou qu’un groupe de hardcore existentialiste. Celeste se situe justement entre les deux, c'est-à-dire nulle part pour certains et ailleurs/au dessus de tout pour les autres. Morte(s) Née(s), superbe double LP (trois faces de gravées, la quatrième est muette), devrait définitivement donner raison à ces derniers.
Misanthrope(s)
était un album un peu embarrassant, bourré de trop d’intentions, blindé d’armes de destructions massives et finissant par tourner à vide. Qui trop embrasse mal étreint. Pour Morte(s) Née(s) Celeste a resserré les rangs et, sans rien changer de fondamental à son propos et à ses façons de faire, a réinsufflé une bonne dose de dynamisme et de croyance à son post hardcore qui avait tendance à virer à l’autocomplaisance et au narcissisme – mais vouloir à la fois être bien vivant, désespéré, meurtri et beau est une chose bien difficile à réaliser, non ? Sept titres seulement, 41 minutes de chaos uniquement (l’édition en double LP permet de proposer un bel objet mais surtout un excellent pressage qui restitue toute la force du son du groupe) et Celeste est instantanément relancé sur la piste aux étoiles. Noires, les étoiles.
Le groupe propose avec un succès à nouveau irréprochable un mélange certes désormais convenu mais terriblement efficace de black metal mid tempo et de post hardcore c'est-à-dire exactement tout ce qu’il faut pour s’arracher les tripes et le cœur d’un seul et unique coup de dents rageur. Les sanglots sont toujours là, la mitraille aussi mais les quatre lyonnais arrivent à atteindre l’essentiel c'est-à-dire une pureté et une brutalité musicales qui font oublier tous les apparats dont Celeste ne se débarrassera sans doute jamais (mais ne revenons pas une nouvelle fois sur l’esthétique du groupe). Derrière cette réussite formelle, pointe une sincérité à toutes épreuves** qui atteint donc son but et vous trimbale, pantelant, entre les parois d’un tunnel abandonné tel un passe-muraille qui aurait perdu tous ses pouvoirs***. Sans être outrageusement perturbant Morte(s) Née(s) est donc un bon album qui voue remue les tripes.

* le mien est tout blanc avec des traces de goudrons échappées des poumons d’un fumeur atteint d’un cancer en phase terminale
** une condition nécessaire pour viser et toucher juste et fort mais pas une condition suffisante, car lorsque tu joues de la merde c’est définitivement de la merde
*** oui, c’est de la poésie

jeudi 9 septembre 2010

Ntwin / self titled























On avait laissé Ntwin, trio marseillais, sur une impression quelque peu mitigée suite à la parution d’un split LP partagé avec les excellents Jubilé. Impression mitigée certes mais suffisamment bonne pour donner envie d’écouter la suite. La suite la voici déjà avec un nouvel album sans titre. Les dix compositions qu’il regroupe sont issues de la même session que celles du split mais cette fois ci les choses ont – techniquement – été bien faites : pas de problème de niveau du son ou de mastering, on peut entendre parfaitement toutes les choses que Ntwin a à nous dire. Et ces trois petits gars* en ont justement quelques unes en réserve.
Qui dit trio guitare/basse/batterie et voix dit… noise rock ? Effectivement. Il n’y a aucun doute à avoir là-dessus. Ntwin s’y connait pour énergiser et batardiser une musique que l’on pense pourtant connaître sur le bout des doigts. Les tempos sont variés – j’ai une petite préférence pour les lents – mais toujours nerveux, la guitare cisaille, grésille et dissonne avec art (le final de Sixty Fingers, l’intro de Tsunami ainsi que plein de passages disséminés tout au long du disque et prenant régulièrement l’auditeur au dépourvu) alors que la basse ratatine sans mal toutes velléités de joliesse et de préciosité. Or de la distinction il y en a une bonne dose dans la musique de Nitwin qui, même si on imagine que le groupe a sciemment souhaité piocher ici ou là quelques exemples éprouvés et admirés pour nous les ressortir aujourd’hui, se démarque aisément de la meute des imitateurs et distille son truc à lui avec tout le naturel et toute la décontraction dont ces trois musiciens sont capables. On finit même par se demander de quels exemples et de quelles références on parle. A la découverte et à l’abordage les gars !
Les lignes de chants et les voix (il y en a deux) sont les plus étonnantes. Impossible de ne pas sourciller de bonheur lorsque sur West Head ou Red Cars ce chant étrangement aigu au service de lignes tordues et improbables fait son apparition. La palme revient certainement à Ape, vraiment déstabilisant avec ses feulements séducteurs de chatte en chaleur. Si le groupe a bien conscience de l’intérêt et du décalage offert par un tel chant, il n’en abuse pas non plus, les voix étant la plupart du temps alternées ou tout simplement à l’unisson. La ligne de chant la plus réjouissante et la plus réussie est celle de Boy : c’est un ami du groupe qui est venu prêter main forte et le résultat, pourtant tout simple, est vraiment incroyable de justesse – ça ne veut pas dire qu’il chante juste, bien que cela semble effectivement être le cas, mais qu’il touche juste – et depuis je me demande dans quelque groupe peut bien jouer cet invité mystère.
Autre façon intelligente de varier les positions, les compositions ont beau être courtes, Ntwin ne s’éternise jamais sur un même registre : ainsi Red Cars qui commence comme une compo punk assez basique se retrouve lardée de breaks noisy justement soutenus par le chant aigu. Dans le même genre d’idée, Ntwin navigue avec aisance sur plusieurs styles d’un titre à l’autre (You’re In, lent et obsédant, succédant à un We Don’t Need très punk et direct) mais la musique du groupe n’en est pas un immense foutoir pour autant. On en revient à la désinvolture, à l’absence de complexes et à la fraîcheur évoquées plus haut. Le résultat c’est que ce groupe de Marseille est tout simplement une sacrée bonne petite découverte.
[comme pour le split avec Jubilé, ce sont Boom Boom Rikordz et Katatak qui ont par leurs efforts permis la publication de cet excellent disque à ne rater sous aucun prétexte]

* dont une fille

mercredi 8 septembre 2010

Grand Prédateur / self titled























Gros acte de contrition. J’ai beau rechercher et fouiller dans les moindres recoins de mon agenda de ministre, je ne trouve nulle part à la semaine 19 – comme on dit chez les gens très importants et très occupés – la trace d’un éventuel concert auquel j’aurais pu me rendre par ailleurs et qui expliquerait mon injustifiable absence du jeudi 13 mai 2010 à Grrrnd Zero pour assister à celui de John Makay et de Grand Predateur*. Rien. Cette semaine là, je n’ai absolument rien foutu. Je n’avais même pas à respecter le sacro-saint règlement intérieur qui stipule sans exception aucune que je n’ai l’autorisation d’assister qu’à un seul concert par semaine (les six autres jours je torche les gosses et je fais la vaisselle). Mais si je n’ai vraiment aucune excuse pour cette faute grave j’ai par contre plein de bonnes raisons d’aborder le sujet du disque de Grand Prédateur.
Je pensais à tort que ce duo originaire de Rouen n’était qu’un énième groupe de rock mathématique, comme c’est dûment indiqué sur leur monospace impérialiste. Les descriptifs sont souvent trompeurs, les chroniques de disques n’en parlons même pas, mais il n’est pas besoin d’avoir son brevet des collèges pour comprendre – dès les premières notes de Requin Blanc – que Grand Prédateur ne joue absolument pas du math rock. Ou alors non seulement ils ne savent pas compter mais en plus ils sont nuls en français. Pour ce qui est de la langue justement, cela tombe bien parce que le type qui braille des insanités derrière son micro fait tout pour que l’on n’y comprenne rien, c'est-à-dire exactement comme j’aime (l’autre voix se révèlera plus dans le registre canard défoncé à l’hélium, ce qui est tout aussi bien).
Dès lors la machine Grand Prédateur est lancée et le duo nous assène un diptyque Scott Kelly On A Horse/Over The Top qui résume à lui tout seul la musique de ce groupe et ce disque qui dès qu’il passe dans la boite à musique familiale transforme mon petit confort pépère en champ de foire (d’empoigne) dévasté par une tornade imprévisible. Ces deux là jouent vite et fort – et millimétré, malgré la bave et la sueur qu’ils répandent au sol, c’est sûrement pour ça qu’ils entendent être plus matheux que la moyenne – et ne laissent aucun répit. Les premières écoutes de ce 10 pouces sans titres sont ébouriffantes, les suivantes le sont tout autant bien que l’on ait entretemps saisi toutes les ficelles et tous les trucages de Grand Prédateur mais on s’en fout, le mal est fait et bien fait. Rien à en redire : les compositions courtes et incisives démontrent une parfaite maîtrise de la science du riff qui tue et du rythme qui tabasse**, le tout sur fond de gros son qui bave.
Et si rien ne remplacera un concert, on peut toujours se procurer cet excellent disque auprès des activistes suivants : Emergence records, Ocinatas Industries, Et Mon Cul C'est Du Tofu ? et même chez Arrache Toi Un Œil ! qui en plus a réalisé la sérigraphie de la pochette.

* d’un autre côté, depuis que j'ai lu que le concert lyonnais a été écourté, j’ai beaucoup moins de regret (une lecture intégrale du report montre que cette tournée de la mort n’a vraiment pas été facile)
** à défaut d’être mathématique le hardcore de Grand Prédateur est contrepètrique, remplaçant la liturgie du Stabat Mater par celle du Tabasse Ta Mère

mardi 7 septembre 2010

Heliogabale / Blood


Je crois que la fois où Sasha Andrès, chanteuse d’Heliogabale, s’est saisi d’une canette de bière à moitié vide et, dans un geste brutal et un peu théâtral, l’a jetée droit devant elle et que cette cannette et son contenu me sont arrivés directement dessus, je crois que cette fois là constitue l’un de mes meilleurs souvenirs de concerts. Non pas que j’aime bien me prendre des objets divers et variés dans la gueule lorsque je vais quelque part pour écouter de la musique mais cette tentative désespérée de faire réagir un public lyonnais bien trop clairsemé et peu attentif à la musique d’Heliogabale – le groupe venait de publier son deuxième disque, le mini album To Pee – ne m’a pas fait broncher d’un iota, tout hypnotisé que j’étais par le quatuor et sa musique.
C’était la première fois que je voyais les parisiens en concert et ils avaient tout fait pour justifier leur réputation énervante de parfait groupe prétentieux, à commencer par la robe de soirée noire très classe de Sasha Andrès et le logo des Cahiers Du Cinéma étalé en très grand sur la grosse caisse de la batterie. Le groupe jouait à fond ses hymnes noise rock et décadents, Billy The Silly, Naked Blue ou Bone Structure Matters. Il y avait peu de groupes aussi violents et aussi commotionnant qu’Heliogabale. Il n’y en a toujours pas beaucoup.
Je ne comprendrais jamais pourquoi ces quatre musiciens n’ont pas eu davantage les honneurs d’une scène française particulièrement bouillonnante dans les années 90. Heliogabale faisait partie des meilleurs. Ou plutôt je ne le comprends que trop bien : une discographique erratique, un album (Mobile Home) particulièrement incompris à sa sortie (alors qu’il est en tous points excellent, son seul tort était d’être trop différent de ses prédécesseurs), des apparitions en concert plutôt rares, un silence de plus de cinq années avant un retour fracassant et un album gigantesque en 2004 (Diving Rooms) et une certaine perversité à jouer d’une aura arty et hautaine – que voulez vous les gens n’ont aucun humour ni aucun sens du sarcasme, particulièrement les punks et les incultes.























Nouveau silence. En 2009 Heliogabale fait savoir que le groupe a à son actif suffisamment de compositions prêtes et déjà enregistrées – Heliogabale en auraient 21, seules 10 vont être retenues pour le nouvel album – pour pouvoir enfin sortir un nouveau disque et le groupe lance donc un appel aux labels éventuellement intéressés. Quelle misère. Finalement ce sont deux structures activistes et désormais incontournables du paysage musical local qui répondent présent : le collectif A Tant Rêver Du Roi et Les Disques Du Hangar 221, les premiers s’occupant de la version vinyle*, les seconds de la version CD.
Ce nouvel album tant attendu d’Heliogabale s’appelle Blood. Sa parution officielle est prévue pour le 15 septembre prochain. Autant dire que comme à chaque fois avec Heliogabale, le groupe ne s’est pas contenté de refaire à l’identique ce qu’il avait déjà gravé sur ses précédents disques. On retrouve bien sûr la patte d’Héliogabale, dès le premier titre du disque, Q For Qing et son noise rock vampirique et lancinant, conduit par une ligne de basse tournante comme le groupe en a le secret**. On retrouve également la voix incroyable de Sasha Andrès, tour à tour rauque et venimeuse, passant de l’inquiétant à des choses plus virevoltantes et papillonnantes (Ô My Friends, Zigzag). Mais pour celles et ceux qui aimeraient réentendre encore une fois le nihilisme sanglant des débuts du groupe ou la recrudescence rageuse de Diving Room, le mieux est d’aller directement réécouter les disques concernés. Car Blood, malgré son nom, est un album calme, très mid tempo, pas vraiment bruyant mais flirtant avec bonheur avec une indie-pop classieuse et impériale (Foolish If). Il n’y a pas de dérapages hystériques ni d’explosions soniques ici mais une collection de chansons aussi basiques qu’évidentes, des compositions qui tournent autour de deux ou trois idées simples mais percutantes, un songwriting de haute volée.
Knocked Out
est l’un des sommets de Blood. Heliogabale y distille un blues lancinant, hanté par la ligne de chant et la voix grave de Sasha Andrès, un titre qui n’est pas sans rappeler certains accents d’Oxbow et d’Eugene Robinson. On note également sur ce même Knocked Out ainsi que sur deux ou trois autres titres l’apparition d’un saxophone, il s’agit de celui de Raul Colosimo***. Juicy Fruit et Drink This Jab réjouiront pour leur part les éventuels grincheux qui trouvent Blood un brin trop pop mais cela n’empêche pas Heliogabale d’y faire toujours preuve d’une certaine retenue, si tension il y a elle est sous-jacente, insidieuse et d’ailleurs c’est bien sur ce terrain là que joue également Rewind, superbe conclusion d’album, avec son lyrisme acide et son émotion palpable.

* une grande première pour Heliogabale puisque mis à part Billy The Silly publié sur un split single avec The Crooner Of Doom et les deux titres du groupe en compagnie de Didier Petit sur le LP File Under Music publié en 1996 par le label Rectangle, Heliogabale n’avait jamais sorti de vinyle
** malheureusement Viviane Morrison, qui joue sur Blood, a depuis quitté Heliogabale et il sera remplacé par Brice Pirotais des Hurleurs
*** il joue dans un duo appelé Map Jazzy ainsi que dans MysterYProd, un groupe plus protéiforme auquel a déjà collaboré Philippe Thiphaine, guitariste d’Heliogabale

lundi 6 septembre 2010

Oui, c'est la rentrée...
























Cette fois ci ça y est vraiment, les rues sont à nouveau blindées de voiture en stationnement, les bus dégueulent à nouveau de gens pressés ou blasés, les gosses sont retournés à l’école, leurs pleurs et leurs cris de joies se mêlent en une seule et même musique : celle de la rentrée de septembre, ce truc pour l’instant assez excitant pour eux puisqu’il est toujours synonyme de nouveautés et de changements mais qui risque de finir comme l’éternelle litanie des choses qui recommencent sans cesse, celle de l’ennui harassant.
Dès que je croise une tête pas vue depuis quelques semaines j’ai toujours cette conversion : « ça va ? ouais c’est la rentrée, quoi ». C’est la rentrée. Bien peu sont en mesure de me dire qu’ils ont fait un truc excitant – aller passer ses vacances dans un hôtel en Tunisie au bord d’une piscine pompant toute l’eau des nappes phréatiques dont les paysans du coin auraient pourtant bien besoin pour arroser leurs cultures vivrières ne fait pas partie des trucs excitants – et bien peu aussi ont des envies et des idées qui leur allument une petite lumière au fond du regard. Les gens ne sont même plus fatigués, résignés ou anesthésiés (tu veux une autre piqûre de politique sécuritaire dans le cul pour te faire passer le goût de la vie ?), les gens disparaissent. Ils disparaissent dans ce modèle de société qui ne cherche même plus à cacher ses atours totalitaires, sous un vernis démocratique. Friendly Fascism est le titre d’un album de Consolidated qui date déjà de 1991. Moi aussi j’ai décidé de disparaître, mais pas de la même façon : je ne suis pas retourné travailler au jour et à l’heure où j’aurais du le faire. Renoncer à son travail et à sa rémunération mensuelle n’a rien à voir avec le courage, la vie est juste ailleurs même si la vie demain risque d’être difficile et compliquée, pour d’autres raisons évidemment. On verra bien.

















C’est la rentrée et c’est surtout le premier concert de cette rentrée. J’y vais en courant à ce concert, pour une seule et bonne raison : écouter et voir de la musique en live me manque. Et puis revoir les amis du Sonic. La soirée va être chargée : l’association organisatrice a programmé quatre groupes ainsi qu’un mix pour la fin. Il y a déjà du monde lorsque j’arrive sur la péniche, la soirée s’annonce belle.
Les Blondettes sont les premiers à jouer. Contrairement à ce que le nom de groupe indique il n’y a qu’une seule fille dans le groupe et en plus elle est loin d’être peroxydée. J’ai la surprise de constater que le bassiste/guitariste du groupe est un garçon qui joue en solo sous le nom de Ludivine Cypher et qui organise régulièrement des concerts au Grrrnd Zero. Il vient d’arriver dans Les Blondettes, c’est son premier concert avec eux et je n’arrive pas à comprendre s’il remplace définitivement le bassiste qui jouait jusqu’ici avec le groupe ou si le future line-up sera de quatre membres.
Qu’importe, je suis très agréablement surpris par la musique de ces trois là, pourtant je n’ai pas particulièrement une âme de midinette mais la pop dynamique et virevoltante des Blondettes est séduisante. De la mélodie évidemment, des plans tordus subtilement glissés ça et là, une bonne rythmique et surtout une chanteuse/claviériste qui chante foutrement bien de sa voix aigue et exaltée des paroles en anglais et en espagnol qui ne semblent pas manquer de piquant. Presque malgré moi je me sens devenir son hijo de puta.
























C’est non sans une réelle curiosité et un plaisir non feint que j’assiste ensuite à mon premier concert de Raymonde Howard. Après avoir consulté mes tablettes je me suis aperçu que je l’ai déjà vue sur une scène avec l’un de ses groupes (La Seconda Volta) mais jamais toute seule. Ce soir elle joue sans son batteur mais cela me va aussi bien comme prise de contact. Je ne suis pas très objectif puisque son album For All The Bruises Black Eyes And Peas a longtemps figuré dans ma playlist mais j’ai aussi un peu peur, récalcitrant que je suis aux concerts unipersonnels de pop/folk. J’ai toujours peur de m’emmerder un peu, voilà le genre de musique que je préfère écouter seul et pas dans une salle de concert.
A l’aide de deux micros, d’une guitare, de petites percussions et bien sûr de sa loop station Raymonde Howard va passer en revue son album, nous gratifier d’une nouveauté (un titre réussi sur fond de beat électro) et même tenter l’inconcevable : une reprise du Ace Of Spades de Motörhead. C’est qu’elle a eu la curiosité d’aller écouter la musique de Purple Rhinestone Eagle – le dernier groupe qui jouera ce soir – et elle explique que cela lui a donné quelques idées/envies. Reprenant uniquement le gimmick à la guitare ultra célèbre de Fast Eddie Clark, chantant seulement le premier couplet (elle ne se souvenait pas vraiment des paroles originales pas qu’importe, vu la débilité de celles-ci) et tordant le refrain dans son style bien à elle.
Mais le plus beau reste ses propres compositions, des compositions d’une évidente simplicité et d’une vérité touchant toujours juste. Des plus entrainantes – The Raincoats Are Here – aux plus intimistes – Almost Go Unnoticed. Et une vraie belle voix. Et une présence assez incroyable. Incroyable cela veut dire que l’on ne sait pas à quoi ça tient mais que l’on s’en fout. Je crois aussi que Raymonde Howard est l’une des rares musiciennes qui me donne envie de m’intéresser aux paroles de ses chansons, chose que j’ai la mauvaise habitude de ne jamais faire.

















C’est le tour de Sida, groupe dont j’entends beaucoup parler actuellement. Je n’ai pas assisté aux concerts que le trio a donné ces derniers temps au Grrrnd Zero, concerts qui ont eu l’heur d’emballer quasiment tout le monde qui a pu s’y rendre, mis à part les habituels métallurgistes pyschorigides. La musique de Sida serait un croisement entre no wave et noise rehaussé d’un synthé cheap et surtout Sida ce serait un bordel punk aussi dynamique que jouissif. Les quelques extraits entendus et vidéos mal cadrées postées ça et là me laissent entendre que Sida est une sorte de Drunkdriver local, c'est-à-dire un groupe jouant à fond la carte de la saturation et du chaos. Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Malheureusement je n’ai presque pas pu entendre une seule note du concert de Sida, la faute à un guitariste complètement à la ramasse jouant tellement fort que l’on entendait ni la batterie, ni le chant, ni le synthé. J’avais beau faire des efforts, je n’y arrivais pas et faire des efforts (autres que ceux de bouger son cul ou de headbanger comme un décérébré) lorsque on assiste à un concert c’est peine perdue. Ça veut juste dire que je n’aime pas ou que c’est mauvais. Des voix s’élèvent dans le public pour expliquer au garçon qu’il fait vraiment n’importe quoi, même l’un des deux boss du Sonic s’y met pour lui demander de baisser son ampli, les deux sondiers trépignent derrière la console car ils ne peuvent rien faire pour arranger les choses (en fait si : ils ont tout simplement coupé la guitare sur la table mais cela n’a fait aucune différence), mais le guitariste en question semble ne pas comprendre, continuant dans son trip et crucifiant son groupe sur place avec sa mélasse inaudible de six cordes. Il jouait sur l’ampli de la guitariste de Purple Rhinestone Eagle et ce jouet devait être trop gros pour lui. Un vrai gaspillage et un foutage de gueule tellement stupide et vain qu’il s’annulait tout seul, de lui-même. Si je veux écouter du harsh je préfère aller à un concert de Merzbow
Je le regrette car la chanteuse/claviers/guitariste a l’air d’avoir une sacrée personnalité – elle porte un t-shirt Birthday Party ce qui en soi ne veut pas dire grand-chose, même moi j’en ai un dans mon placard, mais surtout en fin de soirée elle mixera quelques disques, faisant preuve d’un goût aussi sûr que certain – et que le batteur est plutôt mignon avec ses frisettes blondes. Il me faudra donc revoir Sida dans d’autres conditions pour savoir ce que je pense d’un groupe jouant une musique dont je devrais a priori être client. En attendant je sors dehors (comme 90% de la grosse centaine de personnes composant le public) pour boire des bières. C’est toujours ça de gagné.

















Après ce concert merdique de Sida, n’importe quoi aurait pu convenir pour se refaire les dents. Purple Rhinestone Eagle n’est à proprement parler pas n’importe quoi mais un trio de filles jouant un heavy rock bien gras et orienté seventies. Ah ouais, dans ces cas là j’hésiterais presque à dire que ces trois filles jouaient à burnes un rock couillu mais c’était pourtant bien ça : des filles tatouées, poilues, transpirantes et furieuses, exactement comme je les aime.
Après nous avoir fait le coup du morceau speedé en ouverture, Purple Rhinestone Eagle a aligné des titres plus lents mais toujours très efficaces. Le son est énorme – dans le bon sens du terme – et dopé à la bigmuff. La batteuse a des arguments de poids, la bassiste tabasse comme une brute épaisse sa Rickenbacker noire (elle porte un épais bracelet en cuir pour protéger son avant-bras) et la guitariste prend le temps de quelques soli et idées qui assurent toute la fraîcheur et l’intérêt d’une musique qui sans ça risquerait de passer pour bien banale. Banale elle ne l’est donc pas.
En deuxième partie de set les Purple Rhinestone Eagle haussent le ton et le rythme et glissent d’un registre tendance Led Zeppelin/Black Sabbath à celui plus proche d’un Motörhead (nous y revoilà) tout en gardant la touche 70’s. Les filles s’excitent, les garçons font dans leurs culottes, le Sonic baigne dans la transpiration, une certaine idée du bonheur. Et je sens que je me transforme en chaudasse hystérique moi aussi. Sur disques Purple Rhinestone Eagle me semble nettement moins bon mais en concert le groupe à toute la générosité et l’énergie que l’on est en droit d’attendre d’un power trio basique. Ça défouraille velu et c’est le truc parfait pour passer un excellent moment en concert. Allez les filles !

samedi 4 septembre 2010

C'est la rentrée !


Après trois semaines de rien absolu, Heavy Mental fait enfin sa rentrée, tout doucement : ne rien faire ça fatigue et ça donne aussi des courbatures. Pour se décoincer et se rehuiler les réflexes rien de tel qu’un concert de filles organisé comme il se doit par S'Etant Chaussée. Au programme et pas forcément dans l’ordre de passage :
Purple Rhinestone Eagle (trois filles), Sida (une fille et deux garçons), Les Blondettes (encore une fille et deux garçons) et surtout Raymonde Howard (une fille toute seule). Uniquement pour le plaisir je remets ici la chronique de l’album For All The Bruises Black Eyes And Peas de Raymonde Howard et ne croyez pas ce que Bayon ou JD Beauvallet ont pu écrire sur elle dans Libération et Les Inrockuptibles, cette jeune fille est vraiment formidable.
[au Sonic le samedi 04 septembre 2010 à partir de 20h30 – 5 euros]





















 Et puis, dans un tout autre registre, puisque je suis devenu depuis peu chômeur et pour l’instant sans aucune indemnité ni aides de quelque sorte que ce soit et si je souhaite continuer à alimenter les colonnes de Heavy Mental, un virage éditorial s’impose : il y aura sans doute moins de nouveautés chroniquées ici et logiquement plus de vieilleries, de ces disques qui réveillent les souvenirs, les regrets, les déceptions comme les amours éternelles. Bien évidemment, si vous avez des promos à me faire passer avec le secret espoir que je n’en dise pas trop de mal, la page contact est à votre disposition. A suivre.