vendredi 8 juin 2007

Les morts ont la vie dure
























Et ça continue, dans une récente interview David J parle du nouvel album de BAUHAUS : It was recorded very quickly. It took just over two weeks. We went in without any preparation and consequently, it has a very raw, vital feel which I love. The sound and form is reminiscent of German ‘motorik’ meets Iggy & The Stooges but very contemporary. There's a solid thickness to the sound which has never been there before, a driving and relentless intensity -des mots qui sentent bon l’exercice d’auto promotion. Dites donc les gars vous ne pourriez pas laisser les gamins avec leurs rêves inachevés et passer à autre chose ?

Autre chose justement avec Don Nino (un ancien de Prohibition et un bout du nlf3 trio) qui sort son troisième album intitulé Mentors, Menteurs ! Dans le nid d'ange du petit Nicolas on retrouve quelques extraits de ces nouveaux enregistrements (apparemment que des reprises ou presque), toujours marqués par le même goût de l’intime ensoleillé et l’émotion au bord des lèvres -Syd Barrett n’est jamais très loin et est même directement cité dans un titre. Il y a aussi une version assez étonnante du Bela Lugosi’s Dead de Bauhaus, à tous les coups un rêve d’enfant là aussi.

jeudi 7 juin 2007

Une page de publicité (death metal is free jazz)

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J’ai trouvé ce petit tract vert fluo dans l’enveloppe à bulles contenant le disque de Ground Zero et celui de Death Unit que j’avais commandés il y a quelques semaines, depuis tellement longtemps que je pensais que le colis s’était perdu, que je m’étais trompé d’adresse ou quelque chose dans ce genre -la musique est une tentative dérisoire de se convaincre que le temps a quelques limites lui aussi (et puis quoi encore ?) mais si parfois la musique s’accommode mal de l’impatience, elle sait aussi choisir son moment, car c’est elle qui choisit je n’en doute pas une seule seconde et c’est moi qui attend.
Est donc arrivé ce tout petit colis avec deux disques portant des noms dignes de groupes de heavy metal -le mauvais goût assumé avec toute la pose artistique possible qui fait que n’importe quel crétin comprendrait que c’est juste pour rire mais moi j’ai beaucoup trop envie d’être un crétin alors je n’ai même pas essayé d’écouter ces deux disques, même si Ground Zero est le premier groupe d’Otomo Yoshihide, même si Death Unit a quelque chose à voir avec Hair Police ou Wolf Eyes. Ce n’est toujours pas le bon moment.

A la place j’ai téléchargé le nouvel album de Cephalic Carnage -un vrai groupe de death mais qui passe pour une bande d’intellectuels tout ça parce qu’il y a parfois des plans jazzy ou dub dans sa musique : arrivé à ce stade là je ne sais pas ce qui est pire, les binoclards qui s’encanaillent sur des grosses guitares déconstruites ou les forgerons qui sucent le bulbe rachidien de Frank Zappa au petit déjeuner. Je suis donc passé à Listen To Your Left Brain des Chinese Stars, un groupe que j’adore et dont les concerts me réjouissent. L’album est beaucoup trop produit pour moi, je veux dire pourquoi le premier titre (Drugs And Sunshine) sonne t-il comme du Duran Duran ? Il parait que depuis l’enregistrement de ce disque le bassiste Richard Pelletier est allé voir ailleurs, peut être pense t-il comme moi que les deux meilleures chansons de l’album sont les deux à être déjà parues sur un vinyle deux titres l’année dernière, en l’occurrence TV Grows Arm et The Drowning et qu’il se cache de désespoir.
Pour en revenir au tract vert fluo -je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que c’était presque la même couleur que celle du t-shirt que portait Tony Conrad lors de son dernier concert par ici- il fait la publicité d’un festival (pour la tête et les jambes disent ils) du côté de Mulhouse dont le programme regroupe quelques siphonnés et autres réfractaires aux mélodies croustillantes. Il y a déjà du côté de cette ville un autre excellent festival, mais de free jazz cette fois, et mon petit doigt me dit que les deux évènements sont intimement liés. Vive l’Alsace.

mardi 5 juin 2007

Ton mariage est un trou noir et Boris invente la durée paradoxale


En général lorsque j’évoque les Melvins (même brièvement) les japonais de Boris se pointent pas très longtemps après, j’appelle ça le syndrome du couple divorcé parce que justement je connais un ancien couple -divorcé donc- et à chaque fois il y a cette coïncidence troublante : lorsque je rencontre ou parle à l’un, l’autre met moins de quarante huit heures à se manifester et à me demander si je n’aurais pas eu des nouvelles. Alors je réponds que non, un peu perturbé pas le systématisme de la situation et à tel point que j’ai fini par soupçonner qu’ils me faisaient une blague, mais pas de blague non plus et le manège continue, c’est ça le syndrome du couple divorcé.
Les liens unissant les Melvins et Boris sont très simples et de deux types, le premier se résume à ça et le second est que lorsque je pense aux Melvins (et je pense très souvent et très fort à eux), Boris débarque dans ma petite vie de monomaniaque uniphasé... Mais j’ai quelques autres exemples de convergences spatio-temporelles entourant le même genre de mystique digne de la plus obscure des numérologies (ou cartomancies si vous préférez les images et les bons points) : lorsque je vois une pub Mac Donald’s à la télé sur leur nouveau shit burger avec mayonnaise sucrée je pense immanquablement à Rob Halford mais lorsque j’écoute mes collègues de travail raconter leur soirée de la veille je me rappelle toujours avec bonheur que je n’ai pas la télé -il n’y a aucune contradiction là-dedans, je le répète, c’est juste de la magie.

En fait il existe peut être un troisième lien entre les deux groupes, lien qu’il me faut évoquer ici et qui explique mon émoi intérieur : bien que beaucoup plus récent, le groupe japonais (Boris) essaie désespérément de rattraper son retard discographique sur ses illustres aînés (Melvins) alors que ceux-ci justement sont plutôt des débiteurs de tranches de plastiques émérites, à rendre jaloux un bluesman noir et aveugle sous-payé par la Columbia pour rentabiliser encore plus ses galettes de vinyle à deux faces. Traquer la discographie intégrale de Boris est donc assez compliqué, même en utilisant les moyens techniques modernes désormais à la disposition de tous les record geeks à lunettes de la planète.
L’électricité nucléaire, la musique sérielle, les ondes négatives de Dee Dee Ramone depuis l’au-delà (haha ha c’est une blague : il ne faut vraiment pas croire que j’y crois) ou peut être plus simplement une habitude agaçante de jouer des doigts dès que je rencontre un bac de disques couplée à un désoeuvrement profond et impénétrable (ce serait même mon seul point commun avec l’au-delà mais comme je déjà dit plus haut, etc), tout ces facteurs convergents ont fait que l’après midi suivant cette fabuleuse victoire remportée contre une technologie réfractaire j’ai enfin trouvé ce disque de Boris with Keiji Haino intitulé Black : Implication Flooding édité en 1998 par Inoxia.























Ce disque est une cruelle déception. Keiji Haino n’y braille que momentanément, sa guitare aux aigus déchirants est submergée par le sludge-doom-métal-ce que tu veux de Boris et certains titres visiblement très improvisés s’achèvent brutalement comme si l’ingénieur du son était tombé en rade de bandes magnétiques pour enregistrer ce cauchemar. Tous ces points négatifs s’effacent sur l’extraordinaire Don’t be cheated by the oozing silt from both of the accuser and the accused which is always there, saying ‘something have to be done’ (c’est ça le titre) enchaîné au non moins fabuleux The person who, what is s/he like, the one who has been determined and prepared -à eux deux cela avoisine les vingt-cinq minutes de n’importe quoi où paradoxalement (encore un mystère) toutes les qualités de Boris ET de Keiji Haino apparaissent enfin au grand jour, la basse qui vrombit, les guitares qui agressent, le petit Keiji qui rugit comme aux plus beaux jours de Fushitsusha et le batteur qui perd toute mesure, en résumé : vingt-cinq minutes de perfection sur un total de soixante-dix, personne ne leur a jamais dit que le maxi 45 tours avait été inventé et que dans leur cas cela aurait permis d’épurer tout le gras de leur musique ?

Il est temps de conclure et cela tombe bien, j’ai deux arguments supplémentaires qui tendent à prouver que j’ai absolument raison : Boris est bien un groupe de stakhanovistes stupides avec quelques éclairs de génie qui peuvent les rendre si attachants. Le premier argument est un vinyle deux titres (justement) que Boris et Merzbow ont publié je ne sais quand chez Hydra Head -voilà les gars, c’est ça, vous avez enfin tout compris, personne n’a le temps de vraiment s’emmerder en écoutant un maxi. Le second argument est un double CD intitulé Dronevil, à nouveau chez Inoxia (il date de 2005 mais a mis un peu de temps pour arriver jusqu'à moi). Chaque CD comporte trois titres pour une durée totale de une heure, le premier s’appelle Drone et le second Evil. Boris préconise d’écouter les deux simultanément, l’avantage étant que cela ne dure plus qu’une heure au lieu de deux. Un autre avantage est que c’est vraiment mieux ainsi, en sandwich entre les deux sources sonores qui se complètent parfaitement alors que l’écoute séparée ne laissait rien présager de tel… si ça ce n’est pas la chance insolente du créateur visionnaire qu’est ce que c’est ? Et bien en fait je plaisante : écouter les deux disques en même temps est un calvaire sans nom, un supplice digne de l’inquisition, une stupidité insondable et finalement une perte de temps parce qu’une heure de Dronevil est plus longue et douloureuse qu’une heure d’Evil enquillé après une heure de Drone, Boris a tout naturellement inventé la durée paradoxale mais n’en tire aucune gloire et là je pense vraiment, je pense vraiment qu’ils l’ont fait exprès, ces cons. Oui : CONS. Juste histoire de voir s’ils étaient capables de battre ces nerds de Melvins sur leur propre terrain. Evidemment la réponse est non.

lundi 4 juin 2007

Sonic Life

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Pendant trois jours j’ai essayé d’oublier que j’allais revoir Oxbow en concert -leur dernière venue par ici doit dater de cinq ans, dans un magnifique squat depuis très proprement démoli- oublier pour éviter de me laisser submerger par mon habituel enthousiasme débilitant, la bave aux lèvres, l’haleine fétide du chien qui s’est trop léché le cul et les mains tremblantes de désir. J’écoutais en boucle le nouvel album, The Narcotic Story, un peu inquiet parce que la news letter du label Hydra Head annonçait que la date lyonnaise était en fait un concert de Love’s Holidays c'est-à-dire le duo acoustique chanteur/guitariste d’Oxbow -là n’est pas le problème, j’ai déjà vu ce duo et j’en garde un grand souvenir mais c’est Oxbow en intégralité que je voulais revoir- donc autant dire que je n’arrivais absolument pas à penser à autre chose qu’à ce concert.
J’arrive tellement en avance que le premier groupe n’a pas encore fini ses balances et que Niko Wenner (je confirme que pendant de nombreuses années il a été live guitariste pour Swell mais il remplaçait aussi Justin Broadrick dans God lorsque celui-ci était trop occupé ailleurs) est tranquillement installé dehors sur une chaise à changer les cordes de sa guitare. Un petit sourire. Dans la salle Eugene Robinson bouquine dans un coin, juste à côté du stand de disques et de t-shirt d’Oxbow : il y a le nouvel album que j’achète immédiatement, je bredouille (en anglais dans le texte) que je l’ai écouté sur le site du label et que je l’aime beaucoup -Eugene souriant me remercie et commence à engager la conversation (en américain je crois) mais comme je ne comprends rien à ce qu’il me raconte je m’enfuis lâchement en direction du bar dire bonjour aux copines qui vont servir des bières toutes la soirée. Je repère enfin Dan Adams et Greg Davis (soit la section rythmique) donc ce soir Oxbow joue au grand complet et je suis soulagé.


















L’attraction locale commence à jouer, ils ne sont plus que cinq (le garçon qui bidouillait des ondes ou quelque chose comme ça est parti) et la musique du groupe me parait plus resserrée, plus efficace, le violon d’Agathe Max mène les débats avec la guitare toujours plus noisy de Tony -Sun God Motel fait un excellent concert, je m’étonne toujours qu’ils ne jouent que des reprises, ils terminent avec un Blue Moon méconnaissable, Elvis is dead.
Je me place dans les premiers rangs pour assister correctement à la suite et le premier constat qui s’impose est que les places sont chères, je n’ai jamais vu autant de monde à un concert d’Oxbow, il est bien loin le temps de leur première venue par ici devant une vingtaine de personnes déchaînées. Ce groupe va-t-il donc finir par récolter toute la reconnaissance qu’il mérite ? Il semble que oui et ce soir il sera difficile de bouger comme un épileptique, nous sommes un peu serrés comme des sardines et la chaleur est étouffante.
Le concert est une vraie surprise -déjà le nouvel album montre parfois un visage un peu différent- en ce sens que le groupe y va moins directement, moins frontalement : les cassures en demi-teinte sont plus nombreuses qu’auparavant, le guitariste est proprement bluffant de simplicité éclairée et pour la première fois j’entends vraiment correctement le son du bassiste (qui joue sur une fretless cinq cordes). Eugène est à poil dès le troisième morceau, son gros corps luisant de multiples tatouages (il me semble qu’il en a encore des nouveaux) et il a toujours des bouts de ruban adhésif sur les oreilles. Mais il n’est pas l’unique attraction de la soirée, son charisme et sa prestation hors normes sont toujours aussi évidents mais le guitariste lui vole presque la vedette : j’assiste non pas à un concert d’Eugène Robinson avec Oxbow mais bien au concert d’un groupe formidablement ensemble et entier. La musique difficile et parfois alambiquée devient doucement assassine, la set-list est très équilibrée entre nouveaux et anciens titres (mais donc les morceaux les plus violents du répertoire ne seront pas joués) et le temps perd tous ses droits en abandonnant son pouvoir obsessionnel sur les esprits, un magnifique rappel de deux titres dans un bain de sueur et Oxbow quitte la scène, les musiciens ont presque l’air choqué par les applaudissements et hurlements qu’ils suscitent -encore un beau succès.

Je me fais raconter le concert de Battles qui a eu lieu deux jours auparavant et auquel je n’ai pas assisté pour cause de fin de mois difficile, cela avait l’air plutôt bien, beaucoup plus taillé à la tronçonneuse que sur les disques mathématiques… Quelques échos du concert de Shellac à Genève aussi, parait-il mémorable mais par contre je ne trouve personne qui soit allé voir et écouter Do Make Say Think, dommage. Rendez vous est pris pour dans une dizaine de jours avec la venue de But God Created Woman et de Talibam ! puis dès le lendemain avec le concert de NoMeansNo. En attendant beaucoup de personnes traînent ce soir, la salle a exceptionnellement l’autorisation de fermer à trois heures du matin, des flots de conneries de racontées mais aucune envie de s’en aller et de rentrer chez soi, histoire de faire durer un peu plus longtemps les dernières impressions du concert d’Oxbow -mais c’est bel et bien fini : le temps a d’ores et déjà repris son travail de sape sur les esprits.

dimanche 3 juin 2007

Est-on vraiment obligé de se faire aux mauvaises nouvelles ?

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Il y a des semaines qui finissent mal : je reçois un mail à propos de la situation catastrophique de Radio Dio qui contrairement à ce que son nom indique n’est pas un hommage direct à l’ancien chanteur de Rainbow et remplaçant d’Ozzy Osbourne au sein de Black Sabbath. En un mot comme en cent, si à l’âge légal pour fuir le domicile parental sans risquer de me faire ramener direct à la maison par les autorités compétentes et par la peau du cul j’avais atterri à Saint Etienne et non pas dans la grande ville voisine, j’aurais très certainement frappé à la porte de cette radio pour proposer mes services, ma curiosité et mon envie de faire du bruit avec toute l’ignorance et toute la candeur que me caractérisaient à cette époque là. Le hasard a voulu que je sois fauché et paresseux et que donc je décide de ne faire que trente cinq kilomètres au lieu de cent et qu’après une observation attentive du terrain je me sois retrouvé à passer des disques et boire de la bière au lieu d’aller en cours quand je n’étais pas obligé non plus de travailler pour entretenir des conditions de vie sanitaire et sociale à peu près décentes.
Alors que se passe t-il à Radio Dio ? Un dépôt de bilan, purement et simplement et cette situation est malheureusement symptomatique de l’état général des radios associatives en France -j’exclue de cette catégorie toutes les radios confessionnelles qui elles débordent de moyens, les fidèles sont toujours prêts à payer très très cher pour entretenir le prosélytisme, je les laisse croire dans leur coin. Voilà donc une radio de plus qui risque fort de disparaître et bien que celle-ci soit membre du réseau clientéliste de la Ferarock (dont l’indépendance reste toujours une chose à prouver) je ne peux que le regretter mais cela m’amène aussi à penser que le temps des radios associatives est peut être révolu : je ne compte plus les webzines, les radios web, les forums internet où quelques énergumènes s’empoignent pour savoir si le dernier album de Neurosis est meilleur ou pas que l’avant dernier. Tout ça va plus vite, plus loin, plus fort… Mais ce qui manque c’est la rencontre, le lien social (j’emploie ce vilain terme galvaudé exprès) qu’apporte une radio en tant que lieu -c'est-à-dire, concrètement, le studio où se rendent des gens pour faire une émission : de là viennent quels uns de mes meilleurs amis.

[Sinon, j’essaie patiemment de me remettre du concert d’hier au soir : quelques amis là aussi et peut être un petit peu trop de bière ?]