dimanche 23 novembre 2008

Aidan Baker / Letters


















Vous pensez que la discographie de Nadja est déjà suffisamment fournie et difficilement appréhendable comme ça ? Que le duo enregistre, (ré)enregistre, produit beaucoup trop de disques pour pouvoir suivre, même de loin ? Et bien penchez vous un peu sur la discographie solo d’Aidan Baker et vous vous rendrez compte que celle de Nadja n’est que l’arbre qui cache la forêt. Alors qu’Alien8 vient de faire paraître un Fantasma Parastasie dont on pouvait légitimement penser qu’il allait être la dernière parution solo de Baker en date au moins pour quelques semaines consécutives -les plus fous osant même imaginer un mois complet- Basses Frequences lâche un gros morceau : Letters.
Après avoir réédité au mois de septembre dernier l’incontournable I Fall Into You, cet excellent label (né -faut il le rappeler ?- des cendres de Salvation records) continue de piocher dans les premiers travaux d’Aidan Baker, l’année 2001 pour être plus précis, et publie ce qui semble encore être une autre pièce maîtresse de la part du canadien. Edition uniquement en vinyl bien lourd (180 grammes ou rien) et limitée à 400 exemplaires. L’édition originale en CDr était due à Arcolepsy records, label maison sortant uniquement les travaux de Arc (groupe initial d’Aidan Baker) et autres productions solo.
Logiquement, Letters se divise en deux longues plages -The Letters Of Your Name Are Still A Scar Upon My Ears et I Flay My Skin Upon Which To Write These Letters To You- plages qui présentent à peu près les mêmes caractéristiques et le même cahier des charges. C’est ce que l’on appelle de nos jours du drone (?), celui-ci est élaboré à base de guitare, d’un peu de basse, de bidouille, de légères percussions et de voix. Aidan Baker n’est pas un grand chanteur, cela se saurait, ici il se contente de murmurer des mots inintelligibles avec autant d’entrain qu’un Droopy sous valium (la ressemblance entre les deux est flagrante je trouve), un murmure qui colle parfaitement avec le paysage sonore qui parallèlement se développe derrière. Il faudra bien qu’un jour je jette un œil sur un bouquin de Baker puisque celui-ci se définit également comme écrivain (il avait emmené deux de ses recueils de poèmes/textes lors de la récente tournée européenne de Nadja) mais j’avoue que cela me fait un peu peur -j’en ai des frissons rien qu’en repensant au caractère naïvement romantique donné aux titres des morceaux de Letters.
La face A est absolument magnifique, débutant donc par ce chant de larve lyophilisée bientôt repris par des cris de sirènes enfermées dans un caisson à oxygène -c’est le summum dramatique de ce titre- avant un final apaisant avec grattements de cymbales (jamais pu résister à un tel gimmick), ligne de basse fantomatique et nappes sonores enveloppantes puis légèrement grésillantes. On nage en pleine contemplation, une contemplation mise en pièce par un dernier sursaut sonique en fin de piste. La face B est peut être moins immédiate mais en fait est encore plus belle. Pourtant les ingrédients sont identiques, il y a juste l’ordre qui change mais les intentions sont bien les mêmes. En 2001, Aidan Baker savait déjà parfaitement comment laisser sa guitare partir en roue libre et donner naissance à ce magma sonore qui est désormais sa marque de fabrique -on remarque cependant les notes suraigues qui constellent le premier tiers instrumental de I Flay My Skin Upon Which To Write These Letters To You et qui donc le gâche un peu, le genre de visibilité que le canadien a depuis laisser tomber. La dernière partie de cette face B avec retour du chant en forme de bruissements de feuilles, nouvelles interventions des cymbales et passages de bandes à l’envers, rattrape les notes de guitares, chatouille l’intérieur du corps et frise le merveilleux. Letters est bien une réédition essentielle.