samedi 6 mars 2010

Loop / A Gilded Eternity























Le culte voué aux Spacemen 3 me fout mal à l’aise : ouais, OK, ils étaient là bien avant Loop, une poignée d’années dira t-on, années pendant lesquelles Jason Pierce et Peter Kember ont défriché le terrain pour tous les groupes de suiveurs, y compris celui de Robert Hampson. A y regarder de plus près, la première trace discographique de Spacemen 3 – formé en 1982 – date de 1986 (Sound Of Confusion) alors que celle de Loop – formé seulement en 1986 – date elle de 1987 (le fabuleux maxi 16 Dreams, bientôt suivi la même année par un premier album, Heaven’s End). Si Loop a ainsi pu brûler les étapes c’est sûrement parce que Spacemen 3 avait fait tout le sale boulot.
En réécoutant les disques des deux groupes, on s’aperçoit surtout que ceux de Spacemen 3 tiennent difficilement la route, souffrant souvent d’un vide abyssal question qualité des compositions, vide que les effets de feedback ou autres ne peuvent parvenir à cacher complètement. Ce qui était fascinant chez Spacemen 3, c’était l’attitude, la branlitude du Taking Drugs to Make Music to Take Drugs To dont aujourd’hui il ne reste plus grand-chose, mis à part Spectrum (Peter Kember) d’un côté et Spiritualized (Jason Pierce) de l’autre, c'est-à-dire deux demi groupes ne pouvant même pas prétendre au statut de demi dieu qu'ils auraient pourtant mérité. Pionniers mais finalement décevants. Ecouter les disques de Spacemen 3 relève presque de l’ennui alors que je ne doute pas une seconde que Spectrum ou même Spiritualized en concert doivent vraiment valoir leur pesant d’hypnose psychédélique*.
Avec Loop, c’est très exactement le contraire. Tous les albums du trio ont été superbement réédités et de la meilleure façon qui soit c'est-à-dire en double CD avec un premier disque comprenant uniquement l’album original et un second avec les maxis, versions alternatives, radio sessions, etc. The World In Your Eyes collecte même en trois CD tous les formats courts du groupe, y compris Like Rats, reprise de Godflesh enregistrée sous le nom de Loopflesh et paru sur un split avec le groupe de Justin Broadrick – on peut aussi noter que Robert Hampson a à une époque activement tourné avec Godflesh et qu’il a même participé à quelques titres de l’album Pure, au passage l’un des meilleurs albums de Godflesh avec Streetcleaner et Songs Of Love And Hate. On trouve ici tous les détails discographiques et historiques de Loop.
A Gilded Eternity est le troisième et dernier album du groupe, c’est logiquement aussi le dernier à subir le traitement d’une réédition haut de gamme : digipak gatefold, artwork d’origine, premier disque comprenant donc ce qui a été l’album le plus acclamé de Loop et second disque avec deux sessions démo et une Peel session. L’album en lui-même n’a pas pris une ride, le minimalisme forcené des compositions et le chant psalmodié sous champis n’entachant aucunement un pouvoir mélodique servi par un jeu d’harmoniques sans fin. Mais surtout Loop n’a pas oublié d’être un groupe de rock radical – et la radicalité ce n’est pas seulement de jouer assis noyé dans les fumigènes et les effets stroboscopiques comme Spacemen 3 ou le dos tourné au public comme Jesus And Mary Chain – grâce à une utilisation certes classique mais sans faille du couple basse/batterie (Afterglow) insufflant dynamique et vitalité à un épais brouillard cotonneux tissé par une guitare malgré tout agressive (oui il y a des solos qui ne font pas mal aux oreilles et donnent juste envie de s’y perdre). L’autre pendant de ce disque c’est un titre comme Blood, sorte de bouture d’un Joy Division psychédélique – toujours le travail à la batterie – traversé par les lamentations fantomatique d’un chant lointain. Enfin, une fois digérés les hits entrainants que peuvent être le très accrocheur Vapour (et son accélération finale presque hérétique), The Nail Will Blow à la simplicité stoogienne, Breathe Into Me à la limite de la pop tout comme le très garage From Center To Wave Here, le tout dernier titre, Be Here Now, revient lui vers cette hypnose lancinante que bien plus tard on appellera shoegaze, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire.
Le deuxième disque est loin d’être anecdotique puisqu’on y goûte à des versions encore plus acérées de quelques titres pour la plupart tirés de l’album (Afterglow, Arc-Lite, Breathe Into Me dans une version plus garage, l’excellent Vapour, The Nail Will Burn encore plus punk ou Be Here Now avec sa ligne de basse bien mise en avant) ainsi qu’à des plages beaucoup plus ambient (Shot With A Diamond et Sunburst) préfigurant le groupe d’après de Robert Hampson, Main, certainement l’une des meilleures choses dans la catégorie hypnotique/dub désossé/atmosphère glaciaire que les 90’s aient connue – on attend éventuellement les rééditions des maxis de la série Hz ou même des Firmament à l’origine parus chez Beggar’s Banquet. Pour beaucoup A Gilded Eternity est sans contestation possible le chef-d’œuvre de Loop. Disons qu’il s’agit là de son disque le plus abouti et – c’est vrai – une pièce maîtresse de la musique anglaise de la fin des années 80 et du tout début des années 90, alors que celle-ci sombrait dans les affres insupportables de la scène baggy, des stupidités à la madchester avant de virer plus tard à la brit pop sans génie. Depuis, on cherche encore et toujours un bon groupe anglais pop qui pourrait avoir quelque chose d’intéressant à dire.

* chose que l’on pourra enfin vérifier au Sonic de Lyon le 25 mars prochain, on s’en réjouit par avance

vendredi 5 mars 2010

El Redrop Rock / Death To Santa Fe
























Les Welldone Dumboyz c’est bien mais ça laisse aussi un peu de temps libre. Aussi, lorsque Gep (guitariste et chanteur du groupe précité) s’ennuie un peu trop fort il téléphone à son vieux pote David pour qu’il vienne à la maison s’amuser à un jeu de société quelconque mais forcément en plastique, un peu comme Richard D. James d’Aphex Twins invitait au milieu des années 90 son vieux pote Mike Paradinas (µ-Ziq) à venir tourner des boutons dans son salon. Le résultat de ces après-midis passés à boire des bières, à brancher les guitares sur les amplis, puis à les débrancher, puis à les rebrancher, puis à les redébrancher, enfin bref, le résultat est un disque, Death To Santa Fe, enregistré totalement en dilettante. Puisqu’il fallait aussi donner un nom à cette entité contre l’ennui ce sera El Redrop Rock, groupe (?) dont le manifeste est le suivant : El Redrop Rock provides you improvisations that show our hearts are pure and humble. If you have an heart, there you're welcome. Be a child, be a free human. Rediscover spirit of music before that Elvis came to town and earn money. Intelligent so-called artists or quick listeners can kiss my ass.
Je passe l’éponge sur l’ignoble insulte faite à Elvis, j’oublie l’outrage à l’auditeur pressé et je me (dé)concentre sur ces neuf plages de dialogues entre guitaristes (il y a parfois un peu de chant dans une veine vieux bluesman asthmatique en manque de ventoline et de booze) avant de sombrer dans une douce léthargie à peine dissipée par quelques dissonances – c’est l’effet canapé du salon, celui dans lequel je m’enfonce doucement en écoutant ces deux là qui jouent pour passer le temps, parce que moi aussi je m’emmerde, parce que là aussi c’est dimanche (ou mardi, mercredi…) et que là aussi il pleut.
Comme toutes les tentatives d’improvisation entre amis et enregistrées au fil de l’eau avant d’être découpées en tranches, Death To Santa Fe n’est pas exempt de longueurs, de facilités, de lassitude mais globalement (fumer local, penser global est un vieux slogan politique qui me revient là comme ça tout à coup et je ne sais vraiment pas pourquoi) l’effet anesthésiant de ces bandes vouées à l’oubli dans un futur proche mais désolent est des plus efficace – comme je ne doute pas que c’était aussi l’effet recherché par ces deux musiciens, tout le monde est donc content. Et maintenant, au lit !

jeudi 4 mars 2010

Mental Hygiene Terrorism Orchestra / Anti Jazz























Disons tout de suite que le nom du groupe – Mental Hygiene Terrorism Orchestra ou peut être MENTALHYGIENETERRORISMORCHESTRA ou même tout simplement Mental Hygiene, je ne sais pas trop – ne fait pas vraiment envie mais un rapide coup d’œil aux détails du copieux livret permet immédiatement de se rendre compte que cet énième groupe de branleurs belfortins (le chômage est la source intarissable de toutes sortes de vocations d’ordre, disons, musicales) donc ce groupe s’amuse en fait plus qu’autre chose : le logo de Mental Hygiene au verso reprend le lettrage de celui de Napalm Death, il est stipulé quelque part un do not contact us très pre pubère et un autre This Is Anti Jazz définitif prévient tout de suite l’auditeur que ce qu’il va pouvoir écouter, c’est juste de la merde. Précisément, Filth Is My Life records est la label (maison ?) qui a osé sortir ce disque et il le vend à un prix défiant toute concurrence, soit cinq euros port compris. Pour ce prix dérisoire et presque dissuasif tellement il laisse augurer d’un truc inaudible au rabais on a droit à un seul titre – mais c’est largement suffisant – intitulé Anti Jazz. Vingt minutes et quelques d’une chiasse bruyante à base de saxophone, de cris, de guitare et de batterie plus quelques glaires intestinales pour faire passer le tout comme une lettre à la poste. Sur le CD on remarque également le logo de la Sacem surligné d’un fuck DIY. Précisons également que dans ce groupe de malades mentaux (encore et toujours le chômage, l’ennui, la vacuité, la violence, l’alcool, tout ça…) il y a me semble t-il deux éminents membres des Welldone Dumboyz. Nous y revoilà donc.
S’il y a quelque chose que je regrette vraiment en 2009, c’est de ne pas m’être rendu au Sonic où était organisé le 25 avril (très précisément) l’International Noise Conférence. Mental Hygiene Terrorism Orchestra y était programmé au milieu d’autres formations toutes plus obscures et élitistes les unes que les autres. Au départ il y avait une très bonne idée derrière cette International Noise Conférence, une très bonne idée c'est-à-dire enchaîner le plus grand nombre de groupes jouant n’importe quoi ou presque mais surtout le jouant le plus fort possible dans un laps de temps ne devant pas dépasser les vingt minutes à chaque fois. Un noisethon ou un harsh-crochet si on veut. Comme il fallait s’y attendre, la soirée fut un fiasco total et c’est ce qui me fait le plus regretter de ne pas y avoir participé. Je me console comme je peux en relisant de temps à autre ce merveilleux thread consacré à ce concert précis, thread qui à ce jour reste l’une des plus grosses poilades que j’ai jamais lue sur un forum internerds (il faut vraiment pousser la lecture jusqu’à la fin, je sais bien qu’il y en a pour cinq pages de lecture et presque 90 messages mais si on veut tout comprendre du comment du pourquoi, si on veut enfin savoir ce qui est noise et ce qui ne l’est pas, ce qui est harsh et ce qui ne l’est pas non plus, ce qui éthiquement acceptable et ce qui est moralement condamnable, ce qui est de bon goût et ce qui pue de la gueule, il n’y a pas le choix, il faut passer par là).
Sinon, maintenant, il est enfin temps d’écouter ce disque de Mental Hygiene Terrorism Orchestra. Allez, juste un peu de courage, quoi. Merde.

[si j’osais, moi je mettrais bien un 10/10 tout sec et bien pétant à cet Anti Jazz d’enfoirés]

mercredi 3 mars 2010

Welldone Dumboyz / self titled




















Alors là, ATTENTION ! Attention parce que ce premier véritable album des Welldone Dumboyz était passionnément attendu par ici, après les apéricubes au jus de chaussettes et à la bave de houblon que constituaient White Cunt Hippie (un pauvre CDr) et Magnetic Hippie Vol 1 (une cassette cheapos de chez cheapos). Et avec cette galette sans titre – mais pourquoi donc les gars ? vous avez enfin réussi à exterminer tous les hippies de la planète ? je n’ose le croire… – bref, avec ce disque publié par le très do it yourself label Fragments records, les Welldone Dumboyz enfoncent le clou d’une noise burnée et humide encore un peu plus loin dans nos crânes de rantanplanteurs du dimanche en mal de sensations fortes et écœurantes.
Tu veux de l’action, du suspens et du grand spectacle sur écran géant ? Ecoute donc We Kill Your Local Heroes, pièce métallique (dans le sens melvinsien du terme) renforcée à la noise vintage (dans le sens amrepien du terme cette fois ci) et aux effets spéciaux (un saxophone qui n’est pas là pour faire joli et l’armurier de robocop enregistré dans son atelier de réparation à la fin du titre). Tu veux de l’amour, de la tendresse et de la considération ? Alors saute six cases et va directement à la huitième, répondant au doux nom de Thank You. Là t’attend un cow-boy tendance crooner des plaines qui te fera passer un bon quart d’heure de plaisir et d’ivresse virile entre ses bras velus et musclés. Tu veux du rire, de l’humour, de la drogue et de l’évasion ? Réécoute les deux titres déjà mentionnés ainsi que tous ceux qui se trouvent entre les deux : riffs de malade, structures des compositions qui ne s’interdisent rien sauf l’ennui, basse bien présente – le gros avantage de cet enregistrement plus soigné que les précédents bien que fait à la maison et permettant donc un plaisir d’écoute renforcé – et un batteur inventif et doté d’un sale caractère.
Les Welldone Dumboyz se seraient-ils pour autant transformés en professionnels aguerris et en requins de studio ? Fort heureusement non, le groupe gardant cet incroyable instinct de survie du loser qui sait très bien qu’il a raison malgré tout (cela fait juste un peu plus mal à chaque fin de mois). Et cet instinct de survie on le sent à chaque coquetterie dont le groupe est visiblement friand : la basse slappée (?) sur I Am The Cachalot, cette même basse éventuellement tournefuzzée à l’occasion pour occuper encore plus de place, de la wah-wah sur la guitare, le saxophone et les bruits métalliques sur We Kill Your Local Heroes (donc). On le sent surtout à chaque détour des huit compositions de ce disque et de détours elles n’en manquent assurément pas, virant de bord sans prévenir mais sans nous fatiguer, tout ça parce que les Welldone Dumboys n’ont jamais oublié de n’être que des sales punks, énergiques et enthousiastes.
Enfin, les voix ajoutent cette touche supplémentaire et vitale de canular permanent. Le chant principal c’est un peu comme si King Buzzo avait enfin retrouvé sa boite de pilules aux hormones de croissance et les voix complémentaires assurent souvent le décalage – entre comédie musicale et chorale d’ivrognes (Bloody Green). Les Welldone Dumboyz font donc plus que confirmer – mais qu’ils se rassurent, nous n’étions pas en droit non plus d’exiger quoi que ce soit – tout le bien que l’on pensait d’eux jusqu’ici. Un album foutraque, jouissif, bordélique et passionnant. Directement au sommet de la pile estampillée punk as fuck.

mardi 2 mars 2010

Brame / Tenaille























Encore une bonne surprise. Brame nous vient tout droit de Bordeaux, une ville qui abrite donc d’autres espèces d’animaux sauvages que l’ours velu, le turbokinder et le post hardcoreux septentrional. Ce Tenaille est (peut être) le premier album d’un groupe qui sait soigner son esthétique générale (superbe artwork) et une certaine opacité d’ensemble – ce que d’aucun appellerait de la prétention arty ou de l’obscurantisme d’intellos. Mais le charme opère à plein quand même, dès le départ, et haut la main.
Le disque attaque en douce avec un Dépouille presque lymphatique, lent et semble t-il sans fin, traversé par des déchirements d’harmonica, des grésillements de guitare, une grosse caisse qui soudain bat le rythme cardiaque et un vague paysage sonore – on croirait entendre un train ou autres bruits ferroviaires au début. Encore un groupe qui nous fait le coup du western urbain avec le cow-boy des temps modernes perdu dans l’immensité industrielle et la modernité décadente ? Je n’ose le croire. Les membres du groupe s’appelle tous Brame, concept éculé depuis au moins les Ramones et peut être même avant (les Daltons ?) et ils sont également affublés de prénoms ridiculement vieillots : José joue de la guitare, du looper et de la grosse caisse, Serge braille, joue de l’harmonica et de la machine à bruits (mais où est donc passé Averell ?). Maurice – l’impresario des deux autres à moins qu’il ne soit leur père – répondra quant à lui à toutes vos questions et commandes éventuelles d’un album que Brame offre par ailleurs en téléchargement libre sur son site officiel, vive la révolution et tant pis pour le loyer.
Un nouveau western, du blues déchiré pour ne pas dire déchiqueté, du souffle court à la limite de l’agonie, des vagissements de soulard coincé sous une vieille caisse de bouteilles de bourbon périmé, une guitare qui sonne la plupart du temps comme une pauvre plaque de métal rouillé attaquée à la tronçonneuse, des samples trop faciles d’une ville c’est beau la nuit, des textes (?) incompréhensibles (re ?), plus aucun indien digne de ce nom à massacrer à l’horizon, pas de chasseur de primes ou de shérif pour vous faire peur, pas de putes de saloon non plus : le paysage décrit par Brame – tellement bien délimité qu’il peut s’étendre à perte de vue – est aride et désolé mais finalement absolument pas vide ni stérile et cette musique, pour autant simple et décharnée qu’elle apparait, possède un fort côté piégeux, un peu comme ce vieux puits à moitié effondré, espéré depuis de longues heures de marche sous un soleil impitoyable et dont on prie pour qu’il ne renferme pas que de l’eau croupie ou daubée par un cadavre décomposé et abandonné là par une bande d’apaches cloutés. Ça, c’est le genre de conneries que j’aime inventer bien que je sente pertinemment qu’il n’y a aucune imagerie aussi simpliste (Brame a beau venir de Bordeaux, le Ouest terne et eux ça fait deux) ni aucun concept fumant derrière tout ça, aucun calcul ni préméditation prétentieuse. Pas d’arrière pensée si ce n’est celle de jouer une musique un peu différente de la moyenne underground mondiale, position que l’on ne saurait taxer d’ambitieuse : c’est sans doute avec des moyens limités et insuffisants que Brame a essayé de faire quelque chose et y est parvenu – à l’instinct, à la force du poignet, sous l’emprise d’un bon alcool ou je ne sais trop comment. Le résultat est à la hauteur de leur ignorance désormais vaincue comme de la mienne, puisqu’il est synonyme de (bonne) découverte. Et c’est ça le plus important.

lundi 1 mars 2010

Ed Wood Jr / Ruban de Möbius





















Voilà une bonne et excellente surprise. Je ne vais pas recopier les six pages du trop conséquent dossier de presse – d’ailleurs je lis très très mal, même lorsque tout est écrit en très très gros – pour donner tout l’historique de vie et détailler toutes les aventures trépidantes de Ed Wood Jr, duo guitare/batterie originaire de Lille, une ville quelque part dans le grand nord de la France, situation qui pour eux doit être suffisamment difficile à supporter comme ça. Lorsque je dis qu’Ed Wood Jr constitue une bonne et excellente surprise c’est parce que le type même de formation de ce groupe pouvait au départ aisément laisser craindre le pire : une guitare + une batterie = encore un autre groupe de math rock stéroïdé à la loop station et aux samples de films intimistes sud-coréens ou de séries Z de science fiction post apocalyptique (le fait d’appeler son groupe du nom d’un metteur en scène tellement culte que personne d’encore vivant ne peut se souvenir ni revendiquer d’avoir vu plus d’un de ses films n’arrange pas vraiment les choses). Du math rock, alors ? Il y a des jours où il y en a vraiment marre de tous ces copieurs sans imagination adeptes du papier carbone, tellement carbone que dans mon petit esprit tordu et réactionnaire ils en sont automatiquement devenus cramés. No way.
Si Ed Wood Jr ne fait donc pas un four, c’est bien qu’il y a quelques bonnes raisons à cela. Pourtant, Ruban De Möbius – une figure topologique dont la traduction française est qui se mord la queue – commence par l’inévitable intro de notes aigrelettes loopées et mises à l’envers, comme ça tout le monde est bien sûr que le guitariste est correctement équipé. Mais cela ne dure qu’un temps, tout au plus deux minutes, avant que la musique d’Ed Wood Jr ne dévoile assez rapidement tous ses atouts. D’abord, dès le troisième titre il y a un peu de chant, ordinairement beuglé certes, mais dans un monde instrumental et plat comme la terre avant Galilée le chant c’est la vie. Et puis, surtout, la musique d’Ed Wood n’a finalement rien d’une morne plaine désolée et vide, pour preuve ces accélérations hardcore qui vous sautent à la gorge et vous charclent l’aorte en moins de temps qu’il n’en faut pour compter jusqu’à deux – c’est le cas sur l’excellent Tap. Et je ne vous raconte pas comment le batteur arrive également très bien à manier sa double pédale comme un chef. C’est donc ce batteur avec son jeu très humain – oui il sait compter mais il ne le montre pas de trop – qui titre Ed Wood Jr par le haut, enfin plutôt vers le bas dans le sens vers un peu plus de saleté et de noirceur, faisant éviter au duo l’écueil tant redouté du calcul d’intégrale à plusieurs dimensions tandis que le guitariste ne se départit pas lui d’une certaine élégance de jeu, presque un esthète. Ed Wood Jr est un vrai duo, chacun se complétant, l’un remettant l’autre à sa place et inversement.
Ce bon disque ne sortira dans les bacs que le 1er mai en version CD sur les labels Swarm records et Uproar For Veneration, le 1er mai c'est-à-dire très précisément le jour d’une release party en compagnie de Marvin à la Malterie de Lille pendant laquelle le duo jouera avec des petits camarades de Cercueil et de Tang en line-up élargi pour l’occasion. La version vinyle de Ruban De Möbius ne sortira elle qu’en septembre avec des titres bonus enregistrés précisément pendant cette release party.