vendredi 13 juillet 2012

Emptyset / Medium




On est peu en retard sur ce coup là mais on doit avouer aussi que l’on avait un peu mis de côté le cas EMPTYSET. Le duo avait publié en 2011 un album Demiurge qui laissait quelques doutes sur les aspirations profondes d’un groupe un peu trop brutalement passé d’une techno minimale aride et très référencée 90’s à une musique post industrielle électronique très influencée elle par les défunts Pan Sonic. Rien de déshonorant, plutôt du bon même mais finalement du y’en a rien à faire d’un énième groupe se prenant pour des terroristes sonores à l’usage d’hipsters ayant déjà tout vu et tout entendu et donc ne sachant plus à quel saint se vouer.
L’impression d’avoir affaire à un groupe de qualité moyenne monté en épingle uniquement pour d’obscures raisons de désœuvrement musical et existentiel est malheureusement confirmée par l’écoute tardive de Medium, un EP de cinq titres publié par Emptyset en mars 2012. Cette fois-ci le duo a choisi de ne pas trop créer la surprise, est gentiment resté batifoler sur les territoires balisés par Demiurge et donc ne décevra pas celles et ceux qui avaient apprécié le précédent album. Tout juste note-t-on quelques fausses rythmiques en plus.
Las, que peut-on réellement penser d’un disque une nouvelle fois pas désagréable le moins du monde – un comble pour une musique qui se veut quelque peu bruitiste – en ce sens qu’il n’a rien de dérangeant et qu’il donne la curieuse impression d’être le disque parfait à faire écouter à quelques amis mélomanes triés sur le volet lors d’une soirée « découvertes et expérimentations » organisée à la maison un samedi soir ? Pas grand-chose, donc. Mais on admet que plus on écoute Medium à fort volume et plus il peut faire de l’effet mais c’est bien là sa seule qualité (et, encore une fois, autant réécouter les disques de Pan Sonic, c’est nettement plusieurs niveaux au dessus).

Medium  a été publié par Subtext Recordings et à l’heure où on vous parle a déjà une suite – dont on peut écouter de trop courts extraits sur la page soundcloud du label. Cette suite (vinyl only) est en fait un autre mini album mais cette fois de remix de certains titres de Medium. Une idée vieille comme le monde qui semble à nouveau ne pas apporter grand-chose mais – promis, juré, craché – on écoutera quand même l’intégralité de ce Medium Variations avant de se faire un avis définitif.

jeudi 12 juillet 2012

Electric Wizard / Legalise Drugs And Murder




Legalise Drugs And Murder. Cette profession de foi d’ELECTRIC WIAZRD est également le titre de la face A du single que le groupe a publié en avril 2012. Un titre comme la bande à Jus Oborn n’en a pas composé depuis très (bien trop ?) longtemps : rythme vicieusement ralenti et alourdi, solos de guitares sous acide, collection de riffs démoniaques et chant incantatoire du maitre de cérémonie – Legalise Drugs And Murder, bien que ne faisant que recycler une fois de plus les mêmes recettes stoner doom 70’s, est sans doute le titre parfait d’Electric Wizard. Une réussite totale et un vrai régal.
Les amateurs de détails n’auront bien sûr pas manqué de remarquer que sur toute la fin du titre Oborn psalmodie sans relâche Children Of The Grave/ Children Of The Grave/ Children Of The Grave/ Children Of The Grave/etc, un hommage aussi évident qu’incontournable d’Electric Wizard à Black Sabbath. Les autres se réjouiront que la basse ait enfin retrouvé sa place centrale/de pivot dans les structures musicales dégoulinantes et saignantes du groupe.
Tout single comporte une face B et celle de Legalise Drug And Murder ne déçoit absolument pas alors qu’il s’agit d’un titre instrumental/bidouille dont Electric Wizard est coutumier. Murder & Madness est comme un long cauchemar dans un brouillard épais et vénéneux peuplé de chuchotements inquiétants, de frôlements spectraux et de psychédélisme démonique. Un peu plus que du remplissage, donc.

La bonne nouvelle est que Legalise Drugs And Murder est annonciateur d’un nouvel album à venir d’Electric Wizard. Autant affirmer que si celui-ci se révèle de la même teneur que le single, il pourrait bien s’agir de l’un des tous meilleurs albums du groupe à ce jour.
Legalise Drugs And Murder a été publié en vinyle transparent (800 copies vendues lors d’un seul concert à Londres le 31 mars 2012), en vinyle violet (800 exemplaires uniquement via le mailorder de Rise Above) et en vinyle noir, la seule version encore disponible mais vu la qualité de sa face A, il n’y a pas une seule seconde à hésiter.

mercredi 11 juillet 2012

Monarch / Omens





Un maléfice ou un sortilège sont par définition deux choses contre lesquelles on ne peut pas grand chose. Et il en va exactement de même avec la musique de Monarch, insondable malédiction et éternelle mise à l’épreuve. Les albums du groupe se suivent et se ressemblent peut-être mais avec le temps les effets de cette musique ensorcelante restent intacts et inévitables. Depuis ce double CD (trois titres seulement !) publié en 2004 sur Throne records et en passant par Speak Of The Sea et Die Tonight (tous deux réunis plus tard sur Dead Men Tell No Tales par Crucial Blast), un formidable split partagé avec Eluvium puis les albums Mer Morte et Sabbat Noir, Monarch n’a donc poursuivi qu’un seul but, aussi extrême qu’inflexible, celui de repousser la violence doom et down-tempo toujours plus loin.
Monarch y est toujours parvenu et y parvient encore avec Omens, son premier album pour At A Loss recordings. Seulement la démarche de Monarch n’a pas seulement à voir avec un durcissement quantitatif et une radicalisation grandissante de sa musique – radicale et sans appel cette musique l’était dès le départ – mais également avec une noirceur et une profondeur renouvelées : sur Omens les titres Blood Seeres et Black Becomes The Sun sont une nouvelle démonstration à base de riffs monolithiques et malades, de basses turbofuzzées, de rythmes titanesques et de hurlements de sorcières or ils dévoilent également ces passages plus flottants et finalement plus inquiétants parce que plus malsains et que l’on apprécie tant.
Depuis quelques albums (Mer Morte pour être plus précis) Monarch enlise sa musique dans des sphères dangereusement brumeuses et toujours plus incantatoires. Un aspect que l’on retrouve magnifié sur Blood Seeres et Black Becomes The Sun et qui d’une manière générale marque au fer rouge l’ensemble d’Omens, un album toujours plus dominé par les litanies spectrales du chant féminin annonciatrices des sévices à venir.
On signalera que dans sa forme Omens diffère malgré tout quelque peu de ses prédécesseurs directs. Pour la première fois depuis 2004 voilà un album de Monarch qui comporte à nouveau trois titres, ce qui signifie également qu’Omens n’est pas qu’une seule et même composition étalée sur toute la longueur d’un CD ou bien coupée en deux sur les deux faces d’un vinyle. Transylvanian Incantations est même un quasi instrumental très ambient, portant bien son nom, avec une touche de goth funéraire.
Le mode opératoire pour enregistrer le disque diffère également : pas de sessions uniques dans un même studio – Monarch était un habitué des studios Amanita de Stephan Krieger – mais des enregistrements successifs au gré des pérégrinations et des tournées de Monarch à travers le monde… dans un studio à Osaka puis à Melbourne, à Montréal et enfin à Chicago avec Sanford Parker (Buried At Sea, Minsk ou Nachtmystium). Un soin tout particulier apporté à l’enregistrement (sensiblement perceptible au niveau des voix) et au mixage final : Omens ne souffre aucunement de cet éparpillement, au contraire voilà le disque de Monarch le plus léché et le plus accompli tout en gardant le côté brut et noir du groupe. Un joyau d’obscurité qui n’est décidemment pas près d’arrêter de nous enflammer.

mardi 10 juillet 2012

Ordinaria Hit / Funcionário





ORDINARIA HIT est un groupe brésilien – de São Paulo pour être un peu plus précis – et voilà un détail qui me trouble. D’un côté il arrive trop souvent que je ne puisse pas m’empêcher de mentionner la provenance géographique d’un groupe tout simplement parce que je suis extrêmement snob et que de préciser « les Hawks d’Atlanta » ou bien « Xaddax de Brooklyn/New-York City » ça me parait très avisé et infiniment classe alors que, on est bien d’accord, cela n’a pas plus de signification que de préciser « Café Flesh de Jarnac » et « ChooChooShoeShot de Nantes ». Tant qu’à faire je préférerais de très loin prétendre que Mats Gustafsson est mon voisin de pallier direct et que je l’entends jouer tous les jours de l’autre côté du mur mais ça non plus ce n’est pas possible.
D’un autre côté souligner qu’Ordinaria Hit est un groupe de São Paulo me plait tout simplement parce que voilà le premier groupe brésilien trouvant grâce à mes oreilles. Le piège maintenant serait de donner dans un déterminisme à la con – ce que font presque tous les chroniqueurs de disques dès qu’ils précisent la ville d’origine d’un groupe ou d’un musicien pour des raisons autres que musicales. Un bon contre exemple : s’il est important de préciser que Napalm Death vient de la ville industrieuse anglaise de Birmingham c’est parce que Napalm Death est à la base un groupe de prolétaires, a toujours été engagé politiquement et que cela se ressent dans sa musique ; autre contre exemple, encore plus pertinent : rappeler que Faih No More est originaire de San Francisco n’enlève rien au fait que ce soit un groupe totalement merdique. Dans le cas d’Ordinaria Hit il n’y a pas de soucis à avoir car je ne sais rien de São Paulo ou du Brésil, que je ne veux rien en savoir et que ma mauvaise foi naturelle ne me permettra pas ainsi de procéder à des raccourcis douteux, ignobles voire insultants. Par contre, étant esthétiquement plutôt allergique à la culture latine en général (et ce sans aucun doute par pure ignorance, je l’avoue sans peine) c’est un profond étonnement qui a accompagné l’écoute de ce Funcionário qui me semble être le troisième album d’Ordinaria Hit.
J’admets que ce qui me plait dans ce groupe c’est avant toutes choses son côté très européen et post punk tribal. Il est donc définitivement prouvé que je ne suis effectivement qu’un incorrigible ethnocentriste. Ça, c’est fait. Le line-up d’Ordinaria Hit est assez étonnant puisqu’il comprend un guitariste, un bassiste, un batteur et… un violoncelliste. L’équation post punk tribal européen + violoncelle a (presque) une seule et unique solution, The Ex évidemment et plus précisément The Ex avec Tom Cora. On ne comparera jamais Funcionário avec les deux chefs-d’œuvre que sont Scrabbling At The Lock et And The Weathermen Shrug Their Shoulders mais il y a parfois un tout petit peu de ça. Ordinaria Hit n’a pas son pareil pour dégainer des fulgurances imparables mais aussi pour louvoyer façon impro/musique expérimentale. Tout ceci reste très solide et très direct, un peu bruyant et tendu mais également un peu flottant parfois – l’imagination et la prise de risque ne suffisant pas toujours.
S’il y a une critique à adresser au groupe c’est à propos du chant : aucun des quatre musiciens n’est crédité comme chanteur à part entière sur la pochette de Funcionário or l’écoute du disque permet de déterminer que chacun s’y colle plus ou moins sans toutefois se montrer convaincant. Heureusement que le chant est finalement plutôt rare sur Funcionário. La langue utilisée – non Ordinaria Hit ne chante pas en anglais – pourra également en refroidir quelques uns. Mais ce n’est qu’un détail qui ne doit pas entacher la bonne surprise d’une telle découverte.

Funcionário est publié par le groupe lui-même et en total autoproduction. Ordinaria Hit se paie en outre le luxe d’une tournée européenne en ce mois de juillet 2012 – tournée facilitée par le fait que le batteur Rodrigo est actuellement résident à Barcelone. Quelques dates qui passent par Marseille (au O’Bundies le 14 juillet et avec les géniaux Death To Pigs s’il vous plait), à La Ferme de Mauriac le 15 juillet* ainsi qu’à Toulouse le 17 (La Dernière Chance).

* aux dernières nouvelles ce concert est annulé mais remplacé par un autre, à Montpellier, dans un squat encore non spécifié – renseignez-vous si vous le pouvez !

lundi 9 juillet 2012

Swans / We Rose From Your Bed With The Sun In Our Head




We Rose From Your Bed With The Sun In Our Head est purement un disque souvenir. Enregistré lors de la tournée de reformation des Swans en 2010 – les prises de son ont principalement été effectuées à Melbourne mais aussi à New York et à Berlin – ce double CD rappellera à toutes celles et tous ceux qui ont alors eu la chance de voir la nouvelle incarnation du groupe de Michael Gira sur scène combien les Swans version troisième millénaire avaient su créer la surprise.
L’enregistrement est assez brut et non retravaillé : cela s’entend très bien au niveau de la voix de Gira qui, bien qu’étant un frontman d’exception, est par contre loin d’être un chanteur techniquement irréprochable en concert, on veut dire qu’il lui arrive de mal tenir la note voire qu’il lui arrive de chanter faux, surtout sur les passages les plus lyrico-darks, or toutes ces faiblesses ont été laissées telles quelles, n’ont pas été gommées, Gira ayant toujours privilégié la vérité d’un instant et l’émotion palpable qui en ressort plutôt que la joliesse du rendu – la justice plutôt que la justesse. C’est le premier constat que permet l’écoute quasi religieuse de We Rose From Your Bed With The Sun In Our Head : les Swans sont toujours un groupe sale et un groupe violent même si les années ont émoussé les désirs de tortures auditives d’autrefois.
Le tracklisting du disque est assez semblable à celui du concert que les Swans avaient donné à l’Epicerie Moderne le 1er décembre 2010 en ce sens que les mêmes trois compositions plus anciennes y figurent en bonne place, à savoir : Your Property, Sex God Sex et I Crawled ; il faut rajouter Beautiful Child de l’album Children Of God pour avoir la liste complète des vieilleries du disque alors que côté « nouveautés » on note la présence de No Words/No Thoughts, Jim, Eden Prison et Little Mouth de l’album de reformation My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky plus The Apostate et The Seer, deux titres encore inédits en studio.
We Rose From Your Bed With The Sun In Our Head confirme la grande forme d’alors des Swans – il est vrai que jouer des (très) vieux titres aide beaucoup à séduire les passéistes rétrogrades dans mon genre – et est le témoignage d’une reformation, le cancer musical des années 2000 et 2010, une reformation pour le coup très réussie. On répétera seulement que le percussionniste Thor Harris n’ajoute souvent pas grand-chose d’intéressant à la musique du groupe. Les fans apprécieront et finalement ce double live n’est peut être pas une si mauvaise idée que cela pour permettre aux éventuels novices de découvrir et se familiariser avec la musique des Swans, une musique à la beauté aussi troublante que commotionnante.

Dans un premier temps We Rose From Your Bed With The Sun In Our Head a été publié à 1000 exemplaires numérotés et signés par Gira avec un artwork et un packaging spécial en guise de bonus. Il s'agissait de lever des fonds en vue de financer le prochain album des Swans à paraitre en 2012 et qui devrait s’intituler The Seer. Michael Gira nous avait déjà fait le coup avec My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky précédé lui d’un I Am Not Insane aujourd’hui tout aussi collector. Le coup a tant et si bien réussi que We Rose From Your Bed With The Sun In Our Head est devenu sold out en quelques heures seulement. Mais un second tirage a été effectué, en version digipak et avec un nouvel artwork (celui qui figure au début de cette chronique).
Pour finir les Swans reviendront en Europe après la publication de The Seer. Michael Gira a d’ores et déjà annoncé que cette fois-ci son groupe ne jouerait que ses titres les plus récents (des deux derniers albums plus des inédits composés après The Seer) ainsi qu’un seul vieux titre, choisi semble-t-il uniquement pour d’obscures raisons personnelles : Coward, de l’album Holy Money (1986). Nous voilà prévenus… 

dimanche 8 juillet 2012

Comme à la télé : 50 minutes de Sonic Youth captées en 1987





Ce concert enregistré à l’époque de l’album Sister (1987) prouve sans grande difficulté – malgré le son pas toujours terrible et malgré le fait que ça joue comme des manches, avec des hésitations et approximations que seuls les fans die hard du groupe qualifieraient de « touchantes » –, bref, cette vidéo de concert prouve que Sonic Youth c’était beaucoup mieux avant.




Là, j’espérais placer une petite vacherie sur Sonic Youth, un truc un peu creux du genre « la jeunesse éternelle ça n’existe pas non plus, mais ça c’est plutôt tant mieux » or je n’y arrive pas. A croire que ce groupe, malgré le nombre incroyable de mauvais albums qu’il a publié depuis 1995 (pardon) 1990 (re pardon) 1988 gardera toujours une place à part dans mon cœur d’artichaut. So long.

[la photo ci-dessus, intitulée Sandra Bennett, twelve year old, Rocky Ford, Colorado, August 23, 1980 est de Richard Avedon et figurait sur les premiers pressages de Sister – elle a été remplacée par un gros carré noir suite à des menaces de poursuites en justice de la part du photographe]