mardi 13 janvier 2009

Lvmen / Heron


Lvmen -ça se prononce [loumène]- en concert avait été une grosse déception il y a deux ans. Cette réplique tchèque de Neurosis était réapparue comme par magie au bout de six années d’absence avec un line-up profondément remanié et un nouvel album sur Day After, Mondo. Un album du genre parfaitement honorable avec sa brutalité rampante, ses samples incompréhensibles et ses vociférations d’équarrisseurs d’abattoirs -il est bien entendu que le plus grand titre de gloire de Lvmen reste pour l’instant un premier mini album sans titre (deux longs morceaux, un par face) désormais regroupé avec un premier LP à peine moins bon, Raison D’Être, sur un joli CD portant le titre explicite de An Anthology Of Previously Released Songs. Aujourd’hui nos Tchèques sont de retour avec un troisième album, non sans avoir effectué auparavant une nouvelle tournée début novembre 2008 entre le Portugal, l’Espagne et la France, tournée dont les échos étaient bien meilleurs que les avis portant sur leur précédent passage par ici.
Ce nouvel album s’appelle Heron, a été publié comme les autres sur Day After (pour apprendre à parler le tchèque couramment cliquez ici) et est emballé dans un somptueux digipak qui fort logiquement représente un héron. La signification de cette symbolique m’échappe complètement et ce ne sont pas les titres des huit morceaux proposés ici qui vont m’aider davantage : Lvmen a cette curieuse habitude de numéroter ses chansons dans leur ordre de publication, Heron va donc du numéro 14 au numéro 21.
























En deux années, les membres de Lvmen ont eu le temps de mûrir leur projet musical et la version qu’ils en donnent en cette fin d’année 2008/début d’année 2009 est sensiblement différente des précédentes. Tant mieux. Un clone de Neurosis et compagnie, même lorsqu’il fait partie de meilleurs élèves, se doit aussi parfois de faire un peu bouger les choses. Avouons aussi que le résultat est assez déstabilisent au départ. Déstabilisant mais séduisant. Les doutes ne viennent qu’après plusieurs écoutes.
D’abord, réglons une bonne fois pour toutes la question du son. Lvmen a toujours su y faire, Heron ne déroge pas à la règle avec sa production façon cinémascope pour l’oreille, tu t’en prends plein la gueule et en plus les détails dans les coins n’échappent pas à ta vigilence. Seule (grosse) réserve, le son de la caisse claire particulièrement irritant dès le deuxième titre, après cela va en s’améliorant ou alors on s’habitue à cette curieuse et agressive impression de luxuriance métallique. Pour le reste il va falloir s’adonner aux plaisirs de l’inventaire tant Heron est varié, contrasté. Beaucoup de pas ont été franchis en dehors du cercle restreint des canons du metal hardcore à locomotion lente et pachydermique.
14
est une intro ambient. Je crois qu’il n’y a rien à rajouter à cela, tout le monde est déjà allé au cinéma et sait donc ce qu’est un générique. 15 est un instrumental chaotique avec arpèges prévisibles mais diablement bien foutus, rythmique de bateleur et ligne de basse à la souplesse évidente. Un très bon début. 16 démarre avec samples et gratouillis rampants de guitares avant une montée en puissance très classique, une explosion qui ne donne pas envie de rire du tout et des vociférations dont la crudité du timbre déchire les tympans, seules vociférations réelles de tout le disque d’ailleurs. Un final un peu alambiqué. 17, encore des samples, encore les gratouillis de guitares, c’est la même sauf que c’est entièrement instrumental et finalement un ton en dessous de 16. 18 n’innove pas, les guitares qui comme précédemment vont mettre un certain temps avant de s’énerver (là on est en droit de se dire que tous les titres de Heron sont construits exactement de la même façon) sauf que lorsque le chant apparaît il est étrangement aigu et lyrique tout en étant lointain, effet de surprise garanti. Samples finaux en français : maintenant ferme les yeux, suis ma voix et dors, dors, dors dors… 19 est une ballade cabaret avec xylophone, Nick Cave échappé de Your Funerals… My Trial, ah non, les guitares arrivent sans prévenir, les salopes, et à nouveau en guise de conclusion un chant cette fois ci ultra aigu et encore plus lyrique (Freddy Mercury sors de ce corps !) mais travaillé à nouveau avec une certaine distance au niveau de la production donc ça passe. 20 : les guitares attaquent directement sans passer par la case préchauffage. La voix est (mal)traitée électroniquement, il y a de l’orgue, c’est grand guignolesque comme pouvait l’être le Blues Oyster Cult et c’est de loin le meilleur titre de Heron, ex aequo avec 16 même si le son de la caisse claire me donne toujours envie de rendre mon petit déjeuner. A noter de la trompette en sourdine (aka voix de canard) à la fin. 21 est un peu trop en roue libre, on sent que ce titre est le résultat d’une jam quelconque et que les musiciens du groupe aiment en faire des tartines. Encore une bonne ligne de basse mais un rien plan-plan et puis qu’est ce que c’est que ce truc ? du vocoder ?
Voilà. Maintenant je suis bien avancé et vous aussi. Heron : bon ou mauvais disque ? Je n’en sais foutrement rien. Il a un côté hautement séduisant, roboratif mais il est également écoeurant et indigeste. L’envie de l’écouter se fait souvent sentir mais il est finalement difficile d’en venir à bout sans appuyer sur la touche d’avance rapide du lecteur. Je crois qu’en fait je n’aime pas les disques ambitieux qui ont beaucoup trop conscience de l’être.

lundi 12 janvier 2009

Amen Ra / Mass II























Les belges d’Amen Ra ont annoncé pour fin janvier 2009 la parution de la version LP de leur dernier méfait en date, le très monolithique Mass IIII, un album qui vieillit plus que bien à la réécoute. Une édition double vinyl et limitée à 750 exemplaires de ce disque, je sens bien que cela va avoir une sacrée gueule quand on connaît le soin déjà apporté à l’édition CD -fourreau en carton, boîtier entièrement noir et opaque, livret imprimé en gris très foncé sur fond noir pour faire encore plus peur- Amen Ra peut dire un grand merci à son label Hypertension records qui suit le groupe dans ses petits délires. Au passage je trouve également très amusant que les références des disques Hypertension commencent toutes par hype. Pour les collectionneurs et les complétistes il y aura un titre inédit en plus sur ce double vinyl.
Pour l’heure, ce qui nous intéresse c’est la réédition de Mass II (référence hype008, haha ha je ne m’en lasserai jamais), un disque que le groupe vendait uniquement lors de ces concerts il y a quelques années et épuisé depuis belle lurette. Un CDr bien évidemment fondateur pour Amen Ra et dont les fans hardcore du groupe réclamaient à corps et à cris la remise sur le marché. C’est désormais chose faite avec ce digipak dont l’artwork réussit l’exploit d’être encore plus sombre et illisible que celui de Mass IIII. Un disque à tirage limité lui aussi, cinq cents exemplaires pour être précis.
La première grosse déconvenue c’est que la moitié du disque est déjà disponible sur l’édition CD de Mass III en guise de bonus tracks à la fin (From Birth To Grave, From Shadow To Light et Ritual). Heureusement que cette réédition est disponible à un prix réduit... La seconde déconvenue : il n’y en a pas. Du moins pour les amateurs d’Amen Ra. Les autres iront prier ailleurs une autre divinité antique s’ils le souhaitent. Mais celles et ceux qui ont été séduits par la répétitivité entêtée des deux premiers albums du groupe, celles et ceux qui ont aimé le côté fonceur et l’abnégation des riffs plombés forgés dans la noirceur (j’exagère à peine), tous ceux là seront comblés par ces premières tentatives enregistrées. Ce n’est pas encore la révélation ni l’épiphanie mais tout est déjà là ou presque -exception faite sur A Promise To Make qui fleure encore bon le hardcore- sauf le chant de brailleur castré pas encore très bien en place. Pour rallonger un peu la sauce Amen Ra a rajouté une version réenregistrée de Ritual, expérience temporelle placée juste après la version originale et permettant de mesurer les progrès du groupe depuis ses débuts. Il y a également quelques clips, ce qui est très gentil de la part du groupe et de son label mais est totalement inutile à l’heure des sites de partage en ligne de videos. Un exemple avec Ritual :

dimanche 11 janvier 2009

David Grubbs / An Optimist Notes The Dusk


















Cela fait des années que je ne me soucie absolument plus du sort de David Grubbs. Depuis la fin (un peu) brutale de Gastr Del Sol et une carrière solo avec beaucoup plus de bas que de hauts. Comment ce type qui a tant fait pour la musique avec des groupes tels que Squirrel Bait et surtout Bastro avait pu en arriver là ? Une longue suite d’albums poppy/minimalistes/introvertis dans le meilleur des cas, creux et vides dans le pire ce qui hélas était le résultat le plus fréquemment obtenu. Des albums publiés par toujours le même label, Drag City, quelle fidélité. Les deux derniers en date étaient des plus déroutants puisque enregistrés avec la poétesse Susan Howe -allergiques aux spoken words, s’abstenir. La seule raison de s’intéresser encore à david Grubbs était fournie par son excellent petit label Blue Chopsticks (une extension du label Dexter’s Cigar aujourd’hui défunt qu’il avait monté avec Jim O’Rourke à l’époque de Gastr Del Sol) et dont le catalogue va de Luc Ferrari à Circle X. Pour l’instant.
La venue en concert de David Grubbs en octobre dernier -je n’ai pas voulu assister à ce concert, j’avais déjà suffisamment donné comme ça de ma personne il y a quelques années au Pezner- a joué le rôle d’une remise à jour des compteurs : tiens, David Grubbs n’est pas mort et il publie même un nouvel album, An Optimist Notes The Dusk, encore une fois chez Drag City. Dessus, notre binoclard y joue seul de la guitare électrique, de la basse, de l’harmonium, accompagné sur certains titres du trompettiste Nate Wooley et du batteur Michael Evans (tous deux joueurs de free/musique improvisée).
Le dépouillement complet du disque -y compris lorsque plusieurs instruments sont en action- confine au phénomène de l’aspiration par le vide. Un titre composé par David Grubbs a toujours cette caractéristique essentielle qui est de tenir sur presque rien, ce qui -quoi qu’on en dise- est déjà quelque chose, à l’image de sa voix fragile entre mille et toujours chargée d’un fardeau sensoriel captivant. On aime ou on déteste ce timbre pas si détaché que cela, cette voix en équilibre entre justesse et fausseté, suivant les parcours mélodiques sinueux imposés par la guitare (là aussi une marque de fabrique).
Exception notoire, Holy Fool Music est un titre construit classiquement, rock charpenté avec rythmique basse/batterie et écoutable même en voiture, intervenant au milieu du disque, le destabilisant presque, tout comme le très électrique Is That A Riffle When It Rains ? semait la zizanie sur Crookt, Crackt, Or Fly, magnifique deuxième album de Gastr Del Sol (1994). Holy Fool Music se délite avantageusement sur sa dernière partie, pente douce sur laquelle on se laisse glisser et qui nous amène vers une fin de disque toujours plus intimiste, très faiblement éclairée. Le dernier titre, The Not So-Distant est une pièce de douze minutes lorgnant vers l’activité électroacoustique de David Grubbs, un sale virus qu’avait réussi à lui refiler O’Rourke et qui laisse penser qu’avec An Optimist Notes The Dusk David Grubbs a peut être volontairement entrepris de faire le tour complet de ses mondes musicaux et donc de lui-même. Cet album n’en devient donc que plus attachant.

samedi 10 janvier 2009

Robbie Avenaim / Rhythmic Movement Disorder


Et Robbie Avenaim comment va-t-il ? Qui ça ? C’est bien beau de disserter sur les mérites (ou non) d’Oren Ambarchi mais il ne faut pas oublier -petit rappel- qu’à la base Oren jouait dans un groupe d’improvisation libre avec son petit camarades Robbie, le groupe s’appelait Phlegm. Question enregistrements ce groupe en a publié avant de débander l’équivalent d’une poignée mutilée de tourneur fraiseur -les curieux, les malades et les archivistes attendent toujours des rééditions de Phlegm dignes de ce nom mais peuvent toujours se consoler avec The Alter Rebbe's Nigun paru chez Tzadik sous l’appelation de Ambarchi/Avenaim ou avec Honey Pie chez Grob records (les deux mêmes accompagnés de Keith Rowe d’AMM) et Thumb (on rajoute Otomo Yoshihide et Sachiko M en plus des trois autres). Robbie Avenaim donc. Batteur et percussionniste de son état. Depuis 1994 il est surtout cofondateur du festival What Is Music ? qui se tient tous les ans (ou presque : il n’y a pas eu d’édition en 2007) du côté de Sidney en Australie.
Notre homme est plutôt rare sur disque a tel point que Rhythmic Movement Disorder (sur le label Room 40) est en réalité son premier enregistrement sous son nom seul -no kidding. Un disque composé de quatre pièces (c’est le terme savant habituellement employé dès que l’on parle de musique à concept mais ne cherchez pas la salle de bain pour vous laver les mains en sortant des toilettes, il n’y a ni l’une ni l’autre), quatre pièces dont le total culmine à une demi heure. Bel exploit et l’exact opposé des pratiques de son ex-collègue, le très prolifique Oren Ambarchi. Rhythmic Movement Disorder est surtout un disque solo dans le sens propre du terme parce que Robbie Avenaim est le seul à jouer dessus. Il est crédité aux percussions, à la customisation, il joue également avec des petits moteurs qui font vibrer les peaux de son drumkit, utilise des capteurs, mouline tout ça selon un processus que je ne connais pas (mais qui sent bon l’informatique musicale) et a tout enregistré, mixé et masterisé lui-même.












 
Un disque de percussions trafiquées. Un de plus me direz vous. Et vous avez raison. Mais pas seulement. Je soupçonne que si Avenaim met autant de temps à enregistrer c’est parce qu’il est un véritable orfèvre du son, qu’il passe ses journées (ou ses nuits) à se demander comment peut bien sonner tel objet sous telles conditions et c’est certain, le seul moyen pour le savoir c’est d’essayer. Et essayer toutes les combinaisons possibles et imaginables ça prend toujours un peu de temps. Des sons d’une grande pureté ce disque en regorge, ils sont souvent identifiables (raclements d’un gong, etc) mais aucun risque de tomber dans le travers du who’s who de la palette sonore utilisée pour l’occasion. En clair, on s’en fout même carrément, charmé par le grain des percussions, les vibrations des objets métalliques, les résonances, sifflements, chocs, ou crépitements. Ce travail est d’un réel dynamisme et on ne s’y ennuie guère. C’est peut être de la musique très sérieuse, de la musique concrète jouée avec des instruments mais elle n’a jamais cet aspect docte, ce côté encartonné des compositions pas plus que l’on risque la surchauffe des neurones si on veut y comprendre quelque chose -défauts qui font l’ordinaire décourageant de ce genre de pratiques musicales. Il n’y a pas beaucoup de disques cérébraux et sérieux qui font réellement rire (je veux dire : pas à leurs dépends) ni qui convoquent à la rêverie -incontestablement Rhythmic Movement Disorder fait partie de cette deuxième catégorie.

vendredi 9 janvier 2009

Oren Ambarchi / A Final Kiss On Poisoned Cheeks & Stacte Motors
























Oren Ambarchi est un musicien très prolifique et comme je ne suis qu’un homme plutôt paresseux voici une double chronique de deux de ses disques parus au cours des années 2008 et 2006 et ayant comme principal point commun de n’exister qu’en format LP.
On commence par A Final Kiss On Poisoned Cheeks, un magnifique objet gravé uniquement sur un seul côté et sur vinyl transparent par le label des snobs adorateurs de rondelles, Table Of The Elements. Ce disque fait partie de la collection Guitar Series vol 3, aux côtés de Jon Mueller (qui pourtant est batteur) ou Lee Ranaldo (Sonic Youth). Le quatrième volet de la série est d’ores et déjà lancé avec entre autres Stephen O’Malley et Christian Fennesz. De beaux objets, soignés, avec l’apparence du high-tech et un léger design chinois -les disques ont un dessin de gravé sur leur face non enregistrée, celui d’Oren Ambarchi représente un tigre, celui de Ranaldo des dragons- qui permettront à toutes celles et ceux qui les possèdent de faire leurs intéressant(e)s pendant les soirées entre amis, à la seule condition de ne pas écouter la musique gravée dessus.
Parce que pour danser lors du prochain anniversaire surprise organisé par le mari bien intentionné d’une de vos meilleures copines, il faudra repasser. A Final Kiss On Poisoned Cheeks est un beau disque de musique ambient avec plein de traitements électroniques qui fourmillent et c’est assez proche de ce qu’a fait Oren Ambarchi jusqu’ici pour le label Touch, Suspension, par exemple. L’amateur des travaux de l’australien est en terrain connu, les fréquences se diversifient en même temps qu’elles s’intensifient, il n’y a pas ce côté baba et planant que l’on retrouve chez 90 % des musiciens actuels trop hâtivement classés dans la rubrique drone, un vrai poète des sons je vous dis. Cela se termine par des petits bourdonnements dans les basses accompagnés d’une cloche et d’une cymbale raclée en continue -zen zen zen, tiens voilà du bouddha. 
























Stacte Motors, album publié par le label Western Vynil est autrement plus austère. Ici pas de chichis de présentation, une galette de trente centimètres dans une pochette avec une photo floue et on n’en parle plus. Côté musique cela vire carrément à l’ascétisme (de surface). Face A : Cymbal Motor. C’est comme si on reprenait la cymbale du final de A Final Kiss On Poisoned Cheeks et qu’on intensifiait le processus. Sauf que la cymbale est excitée par un moteur. Les résonances du métal se démultiplient, s’entrecroisent, se confondent et finissent par former des échos fantomatiques un peu irritants à la longue. Lorsque le moteur s’arrête et que la cymbale se tait, il reste un grondement sourd qui perdure encore quelques petites minutes.
Face B : Guitar Motor. On prend une guitare et on fait exactement la même chose avec ses cordes. C’est trop dur la vie de musicien/performer et d’artiste contemporain. Comme chacun le sait bien, il y a six cordes sur une guitare (sauf si j’ai essayé d’en jouer avec juste avant : il n’y en reste alors plus qu’une ou deux) et par conséquent l’éventail harmonique déployé par les frottements du moteur est d’autant plus large, intense également et provoque davantage de dissonances tout en maintenant un flot continu comme dans le cas d’une vielle. On peut toujours se dire que le procédé employé ici par Oren Ambarchi est des plus simplistes, il n’empêche que le résultat obtenu est envoûtant, même sans l’usage de psychotropes et sans aucun recours à une quelconque théorie esthétique. Par contre, pour la soirée d’anniversaire et l’ambiance festive, on pourra encore et toujours repasser.

jeudi 8 janvier 2009

Oren Ambarchi / Destinationless Desire
















Touch records continue l’édition de sa série de 45 tours contenant des titres exclusifs de certains de ses artistes phares ou d’autres facilement affiliables à l’esthétique très marquée du label. Touch Seven en est à sa septième référence avec la parution du Despite the Water Supply de Jim O’Rourke, un petit gros à la fois ennemi juré des punks arty en converses et des noiseux canal historique (on ne parle même pas des punks à chiens : ils n’imaginent pas qu’un type comme Jimmy puisse exister). Mais intéressons nous d’abord à la référence TS 05. Oren Ambarchi est devenu très rapidement un artiste maison de Touch, il faut dire qu’il y a publié un bon petit paquet de disques, avant d’élargir son public en collaborant entre autres avec Stephen O’Malley et Sunn O))). L’artiste drone de base contemporain, c’est un peu lui, alors que ses compétences vont bien au delà de cette terminologie limitée.
La première question concernant Destinationless Desire est la vitesse de rotation du disque. Si j’en crois le temps mentionné sur les ronds centraux du disque pour les deux titres de ce single, on a affaire à du 33 tours. Problème : Highway Of Diamonds et surtout Bleeding Shadow passent bien mieux en 45. La face A est un titre entièrement instrumental à base de sons de guitares cliqués et glitchés et qui s’achève sur quelques notes persistantes à l’orgue. En vitesse lente on pense surtout à du Fennesz, dès que l’on passe à la vitesse supérieure c’est l’ombre d’Oval qui apparaît -ceci n’est absolument pas la démonstration rigoureuse et définitive du caractère punk de la musique de ce m’as-tu-vu de Markus Popp- choisis bien ton camp camarade.
Le choix est beaucoup plus simple avec la face B. En 33 tours Bleeding Shadow ressemble au cri d’agonie d’une baleine taoïste échouée au large d’une usine à sushi japonaise. C’est qu’il y a du chant ici, avec des paroles qui semblent raconter un truc. En 45 tours la lamentation devient complainte, le titre s’envole vers d’autres horizons, ceux d’une pop tribale et folklorique, poétique mais pas du tout niaise (le genre d’exploit derrière lequel courent les néo ringards d’Animal Collective depuis des années sans y parvenir). La mélancolie doucereuse de ce titre est alors évidente, prenante. On remarque au passage plein de petits détails, plein de petits bruits, des samples bricolés et des zigouigouis sonores qui accompagnent tout du long la mélodie très simple du chant tandis qu’une imitation de violoncelle vous racle le tréfonds du cœur dans le sens des ventricules. De 6’38, temps officiel de Bleeding Shadow, on est passé à 4’55 mais au passage on y gagne suffisamment pour se dire que soit le label c’est trompé dans ses données techniques, soit c’est encore une blague typique d’un humour britannique au goût douteux.