jeudi 16 octobre 2008

Yellow Swans / Deterioration
























Vous n’êtes vraiment pas obligés de croire tout ce que l’on vous raconte. La preuve, moi je vais dire exactement le contraire en ce qui concerne cet énième objet sonore produit par les désormais regrettés Yellow Swans. Et oui, Pete Swanson et Gabriel Mindel Saloman auraient décidé de continuer à faire de la musique séparément, Deterioration serait donc un disque posthume. Cela me plait de mettre le conditionnel parce qu’à part une news publiée par Pitchfork, news que tout le monde a repris en choeur, il n’y a pas vraiment eu d’annonce officielle de ce split. Une mise en parenthèse ? Un ultime album studio serait même prêt, date éventuelle de publication pour début 2009, toujours chez Load records. En attendant, pour aider à faire son deuil de l’un des meilleurs duos dronoise de ces dernières années, on peut largement se précipiter sur Deterioration qui n’est jamais que la réédition CD d’une cassette que le groupe vendait à l’occasion de ses concerts. C’est le label de Mineapolis Modern Radio qui s’est lancé dans cette publication, assez différente de ce que l’on trouve habituellement dans son catalogue (les géniaux Signal To Trust ou les indispensables Stnnng).
Concédons que ce disque n’est pas forcément à la hauteur des autres enregistrements de Yellow Swans -assertion pour le moins présomptueuse lorsqu’on parle d’un groupe qui revendique plus de soixante-dix cassettes/vinyles/CDs : je n’en ai même pas écouté la moitié des trois quarts- mais il a cette particularité de coller assez bien à ce à quoi ressemblait Yellow Swans en concert. Le troisième titre, Burnt Dub, commence par des gratouillis de guitare vite submergés par de lourds effets de bidouilles (Merzbow inside) où surnage une voix lointaine et déréglée. Lorsque j’écoute ça, je me retrouve en plein milieu du Sonic, lorsque nos deux californiens s’étaient particulièrement bien employés -et avec humour- à vriller nos oreilles fatiguées. C’est tout à fait le genre de disque que l’on peut écouter des heures et des heures, il possède un impact proprement physique qui relève de l’abandon.
Mais le titre que je préfère, c’est bien évidemment le premier, l’énorme Broken Eraser/Time Stretch, qui serpente lentement dans l’esprit, ne confond pas lenteur et monotonie d’une pluie d’été, joue l’effondrement lors d’une accalmie pleine de petits bruits dignes d’une rêverie nocturne et offre un final magnifique. Un disque qui malgré son caractère inachevé et brut -on sent très bien par moments que ces deux là ont laissé tourné la bande et que leurs titres n’ont pas réellement de fin- restitue intact toute la poésie des Yellow Swans. Adieu les gars.


mercredi 15 octobre 2008

Butthole Surfers / Live At The Forum






















On vit vraiment une époque formidable, il y a parait il de moins en moins de gens qui achètent des disques mais des petits malins ont trouvé la combine pour presser du collector à la chaîne : enregistrer un groupe pendant un concert, graver la bande vite fait bien fait et réussir à proposer le CD du concert auquel on vient d’assister à peine quelques minutes après -les Pixies ont généralisé cette pratique sur toute leur tournée américaine perpétrée à la suite de leur éphémère reformation. Ces CDs live se retrouvent éventuellement par la suite dans le commerce (toujours le même exemple, celui des Pixies : on pouvait acheter sans problème en magasin quasiment la totalité des enregistrements de la tournée U.S., éditions numérotées et tout -avoir vingt cinq versions différentes de Wave Of Mutilation, quel bonheur). Le fin du fin a été atteint avec cette proposition d’un triple CD live de Killing Joke -la toute récente reformation du line-up originel- enregistré lors de deux concerts à Londres : les dits concerts n’avaient pas encore eu lieu mais on pouvait souscrire en avance et bénéficier ainsi du magnifique témoignage d’un moment historique (sic).
Pour une raison que j’ignore -mais qu’objectivement n’importe qui appellerait de la curiosité, je ne suis pas à une contradiction près- j’ai cédé à la tentation d’un concert des Butthole Surfers enregistré à Londres en 2008 et mis en boite par Live Here Now. Vous avez bien lu : le groupe texan, en stand-by depuis tellement longtemps que l’on pouvait légitimement se laisser aller à penser qu’il était bel et bien mort et enterré, a donné toute une série de concerts dans sa formation originelle ou presque. Et d’autres sont à prévoir -the reunited lineup of Gibby Haynes, Paul Leary, Jeff Pinkus and the twin drumming King Coffey and Teresa Taylor will be playing all upcoming dates disent les surfers proctologues sur leur site officiel. Des images du concert londonien du 28 juillet 2008 au Forum peuvent être vues ici. Et on peut donc l’écouter, ce concert londonien, sur un double CD plutôt joliment illustré par un enfant de dix ans mais sans aucune indication technique. Par exemple, pour connaître la setlist et donc les titres du disque, il faut faire un petit saut par là.
Et pour une setlist des Butthole Surfers, c’est une belle setlist, tout le monde pourra en convenir. Cela commence pour le mieux par 22 Going On 23. Le son est plutôt bon -manquerait plus que ça- bien qu’un peu pataud et grossier. Le groupe joue ses standards avec le même genre de grâce qu’une poignée d’hippopotames en tutus roses dansant Le Lac Des Cygnes sur une chorégraphie de Walt Disney, on sent bien qu’ils font très attention. Ils s’amusent mais dans les règles, sous les applaudissements nourris d’un public que l’on devine nombreux. Le premier disque passe ainsi très bien, même si les accidents sonores se multiplient, les larsens en façade qui inévitablement se retrouvent sur cet enregistrement en prise directe. Le deuxième disque voit l’accentuation de la baisse qualitative du son et surtout le groupe a un sacré coup de mou. La version de Sweat Loaf (et son introduction légendaire fort appréciée ici) a franchement du mal à décoller tandis que Gary Floyd n’est pas loin de faire de la peine -sacrilège. N’exagérons rien non plus, cela reste un bon disque mais, contrairement à ce qu’affirme la bande à Gibby Haynes, ceci n’est pas le meilleur enregistrement live des Butthole Surfers de tous les temps. Le meilleur reste ce fameux double live -pourtant doté d’un son bien plus pourri que Live At The Forum mais immortalisant quelques performances inoubliables- sorti par le groupe sur Latino Bugger Veil entre l’excellent Widowermaker et le gonflant Pioughd et désormais téléchargeable à volonté, puisque ce disque est épuisé depuis des lustres ou alors vendu aux enchères sur internet à des prix tellement indécents qu’ils en deviennent ridicules. Parfois le mp3 ça sert vraiment à quelque chose.


dimanche 12 octobre 2008

Party at Grrrnd Zero (10/10/2008)
























Vendredi soir, je me gave de fromages qui puent en buvant du vin blanc (du bourgogne aligoté je crois) parce que je n’ai rien d’autre à m’envoyer mais le mélange fonctionne plutôt bien avec du chèvre et surtout un Saint Félicien sec qui arrache. J’écoute Cellulite Soul en même temps, le premier véritable album des australiens de Witch Hats, un disque qui m’a accompagné pendant tout l’été et qui m’accompagne encore, peut être que je trouverai le temps d’en parler un peu plus, peut être pas. J’ai bien conscience de puer littéralement de la gueule en arrivant devant le Rail Théâtre, je transpire encore de mon périple à vélo, j’enchaîne avec une première cigarette afin que tout soit parfait.
Ce soir c’est Grrrnd Zero party : cinq groupes que je n’ai jamais vus en concert pour six euros, ça ce n’est pas de la bais(s)e du pouvoir d’achat. Keiko Tsuda, 12XU, Papier Tigre, Diagonah et Chapel 59, il y a un intrus dans le lot, un groupe que je n’ai jamais aimé sur disque et quant aux autres j’espère comme toujours dans ces cas là avoir de bonnes surprises. Je finis de sécher à l’extérieur de la salle -il fait incroyablement doux pour un début octobre- avant de donner quelques bonjours et d’aller faire un petit tour routinier vers la distro locale où j’aimerais bien trouver quelque chose (comme les dernières productions Gaffer records par exemple) mais non, rien.


















Keiko Tsuda a installé son matériel dans un coin de la salle, du côté du bar : une batterie, un clavier, une guitare et deux tonnes de pédales et d’appareillages incompréhensibles pour le profane comme moi mais qui permettent de jouer d’un instrument sans les mains. Ce jeune duo en est seulement à son troisième concert et c’est le troisième également pour le Grrrnd Zero. Une démo huit titres a été enregistrée dans les caves de cette même organisation, là où le groupe répète, un artiste maison quoi. A signaler que cette démo est disponible via le site du groupe sur simple demande.
Ceci est un nouveau coming out de ma part. Je jure mes grands dieux (et même les petits) que jamais plus je ne médirai du math rock. Pour l’instant. Voici ce qu’à écrit un jour l’organisateur du concert sur un forum à propos de Keiko Tsuda : Jeune groupe lyonnais, qui fait dans le rock mathématique. La maîtrise du batteur donne envie d'arrêter les cours de batterie qu'on n'a jamais commencé, et le guitariste nous sort le catalogue de la Redoute du riff math-rock. Pour l'instant, c'est encore un poil "classique", mais le temps travaille pour eux, j'en suis sûr. Potentiel. Gros. Oui. Et de rajouter sur l’affiche de ce soir : math rock inventif. Et bien oui ces deux jeunes garçons sont réellement excellents, leur musique est pleine de recoins, de bribes mélodiques haletantes et de déferlantes rythmiques qui trémoussent, c’est effectivement inventif et jamais rabâché, plein de maîtrise mais pas démonstratif. Je suis le premier surpris d’avoir autant adhéré à Keiko Tsuda alors que je ne m’attendais qu’à du sympathique et du copier/coller. Les vieux singes peuvent faire la grimace.















On se retourne face à la scène pour découvrir l’installation du groupe suivant. Lui aussi va jouer à même le sol. Bonjour on s’appelle ouanetouhixiou et on vient de la Guillotière. Rappelons à la jeunesse sonique que 12XU n’est pas un titre de Minor Threat mais de Wire (sur Pink Flag, le premier album des anglais). A nouveau je ne sais pas à quoi m’attendre alors par pure facilité voire même par paresse extrême je regarde les t-shirts de ces jeunes gens qui ironisent sur myspace et facebook, le nouveau tamagotchi des trentenaires qui courent vers la quarantaine et qui ne savent pas comment faire autrement pour perdre leur temps : le guitariste porte un Mudhoney avec la photo de Superfuzz Bigmuff tandis que le batteur exhibe lui un t-shirt Orchid. Forcément cela me rappelle un peu mon mélange fromage/vin blanc (à ce stade là de la soirée il faudrait ajouter un peu de bière).
Comme son nom l’indique 12XU est punk, court, nerveux, sec, acéré et braillé. Au-delà je ne peux pas m’empêcher d’être déçu par le groupe, l’originalité n’est pas au rendez-vous (ce n’est sûrement pas ce que ces trois garçons recherchent mais cela devient quand même rapidement gênant) et je trouve les voix vraiment trop tendres. Efficace mais passe-partout.



















Fort Boyard ça continue et l’étape suivante du jeu de piste sera sur la scène (enfin !) avec Papier Tigre de Nantes et là tout de suite c’est la classe et c’est surtout un tout autre niveau en ce qui concerne l’aisance scénique, la richesse mélodique, l’inventivité et un sens du groove mené par un batteur excellent -et parfois secondé par le guitariste de droite, décidément très en forme, assurant une bonne partie du spectacle à lui tout seul, énergique, visuel, forte aisance et jeu de guitare jubilatoire.
Le guitariste de gauche, celui à la Rickenbacker, n’est pas en reste question présence, normal c’est lui qui chante et il a une curieuse voix de fausset suraiguë qu’il ne force jamais plus que nécessaire et qu’il sait bien placer. Ceci résume peut être tout l’intérêt de la musique de Papier Tigre -la finesse des intentions et la clarté de l’exécution. Pourtant cette musique est parfois très compliquée. On a le droit de penser à Fugazi mais il faut y rajouter une bonne dose de pop tricoté en fers barbelés et des structures à rebondissement que n’aurait pas renié U.S. Maple. Je suis conquis par tant de grâce ET d’énergie. Le chanteur a parfois l’air de souffrir un peu (Papier Tigre vient d’enchaîner une longue série de dates je crois) et pour finir le nouveau disque du groupe -il s’appelle The Begining And End Of Now- sera disponible le 17 novembre prochain, on en reparle ça c’est sûr et en attendant l’écoute de son prédécesseur sans titre est quasiment obligatoire, vous me donnerez des nouvelles d’une chanson comme Writing On The Wall.


















La tête d’affiche de ce concert c’est Diagonah. C’est aussi le groupe que je n’aime pas et dont je parlais au début. L’expérience du live c’est parfois tout autre chose mais là rien n’y a fait : impossible d’accrocher à la mollesse de ces structures mélodiques, la rythmique laisse également sur sa faim et Diagonah rappelle toujours quelque chose d’autre mais en beaucoup moins bien. Mais quoi ? Chicago bien sûr et d’ailleurs le groupe ne se gêne pas pour le rappeler à plusieurs reprises : Diagonah est un vieux groupe, originaire de cette ville industrieuse et bon élève de son école musicale (et parfois enregistré par le binoclard local) mais ses compositions manquent cruellement de relief, de profondeur, d’énergie, c’est bien mou tout ça et surtout cela semble vieillot, désuet, dépassé…
L’intervention à plusieurs reprises de our good friend Stefany (au clavier, au chant et même à la guitare) ajoute un supplément de guimauve à un concert qui pourtant n’en avait pas besoin. Un vrai gaspillage pour un groupe dont la formation inhabituelle -deux basses et une batterie- peut pourtant être source d’inventivité et d’originalité. Je sors fumer une cigarette et commande une nouvelle bière pour la route.



















Alors que le public commence à quitter le Rail Théâtre après la prestation (applaudie, je suis très largement minoritaire) de Diagonah, deux guitaristes et un batteur s’installe dans le coin droit de la salle. On branche les amplis, ça roule sur la caisse claire et c’est parti. A gauche, Nico Poisson, échappé de son bocal habituel (Ned). A droite un exilé de Vialka. Au milieu un batteur totalement inconnu de nos services mais portant un pantalon de survêt aussi crado que celui que je porte le matin à la maison pour trainouiller dans mon jus nocturne. Le résultat : un rock noise et débridé, plein d’improvisation, de rigolade, de lâche moi la bride que je te cours derrière et un bordel de jouissance assez total. Ce qui est amusant c’est que Chapel 59 -le nom du groupe- s’est géographiquement installé dans la salle à l’opposé du premier groupe de la soirée, Keiko Tsuda, et qu’en plus il est son exact contraire : le son est crade, l’approximation n’y est pas un problème, la mise en place est au fil du rasoir. Seul point commun, le plaisir. Les trois lascars se font des blagues (en anglais : I think we should play the first song of our first album) avant de repartir de plus belle. Vous croyez reconnaître un riff tiré d’un vieux titre d’AC/DC ? Manque de pot, vingt seconde après c’est déjà parti en sucette et surtout dans une tout autre direction. Mention spéciale au guitariste barbichu (celui de droite donc) et à son jeu étonnant de finesse et d’invention, parfois aux doigts comme un vieux bluesman alcoolique, encore un sacré bonhomme et un grand moment de bonheur intense clôturant magnifiquement la soirée.


vendredi 10 octobre 2008

Video Hysterie: 1978 - 2006
























Merde alors. Un DVD musical. Pas l’un de ces vulgaires enregistrements marketés d’un concert/spectacle -on peut d’ailleurs souvent supposer que le dit concert a uniquement été organisé en vue d’être filmé et d’être ensuite vendu comme tel- mais un témoignage en images de la carrière de Lydia Lunch, des débuts de Teenage Jesus aux spoken words d’aujourd’hui. Video Hysterie reprend le nom de la fameuse compilation double vinyle Hysterie qui couvrait la période 1976/1986. Là, en regardant tranquillement ces vidéos -confortablement allongé sur le lit, les jambes écartées et l’air un peu idiot du type qui se croit moins con parce qu’il est devant un écran- on est encore plus saisi par le chemin parcouru par cette grande Dame. Ce n’est pas seulement parce que Video Hysterie ressemble à un programme d’avertissement de Weight Watchers -regardez braves gens ce que vous allez devenir si vous continuez à faire des excès- heureusement pour nous Lydia Lunch n’a jamais rien arrêté. Le rapport qu’entretient la chanteuse/performer avec son corps sur une scène a changé du tout au tout en l’espace d’une petite trentaine d’années. Outre l’intérêt purement musical de ce DVD, cette mutation est absolument fascinante.
Le chapitre Teenage Jesus -la principale raison m’ayant conduit à regarder Video Hysterie- commence sur une déception : Orphans est accompagné d’images de guerre (certaines ultra connues), la version que l’on entend de ce titre n’est pas en concert mais est une version studio totalement rabâchée elle aussi. Heureusement, pour les cinq titres suivants, c’est bien à un concert datant de 1978 de Teenage Jesus And The Jerks auquel nous assistons. Batterie minimale (un tom, une cymbale et c’est tout), absence totale de jeu de scène de la part du bassiste et de la chanteuse/guitariste. Les capacités d’instrumentistes du trio sont visiblement limitées mais ce ne doit pas être pris comme un facteur explicatif de cet état statique. Il y a une profonde violence dans cette retenue corporelle, ajouter un jeu de scène de clown n’aurait rien apporté à une musique ultra perturbante et primale : tout tient du cri.
Changement de décors, c’est 1980 et c’est 8 Eyed Spy. Deux guitaristes très à l’aise, une section rythmique bien carré et une Lydia Lunch au chant, camouflée dans une liquette et décollant à peine son corps du pied de micro. Musicalement, ça oscille entre des guitares nerveusement dissonantes et des solos ampoulés de ta mère qui donnent envie d’appuyer sur la touche d’avance rapide. Lydia Lunch est encore une fois incroyable dans son attitude, tout dans son flot acide et hystérique, tout dans ses paroles. Jim Sclavunos qui tient la batterie et qui n’a pas encore rejoint Sonic Youth fait preuve d’une extrême rigueur et d’une puissance bienvenue. A noter une bonne reprise du Run Through The Jungle de Creedence Clearwater Revival.
On se retrouve directement dans les années 90 pour Shotgun Wedding c'est-à-dire l’excellent groupe de Lydia Lunch avec l’ex Birthday Party Rowland S. Howard. Deux titres au programme, dont le toujours prenant Cisco Sunset, lancinant et rampant. Lydia Lunch est comme métamorphosée, elle a l’allure que la plupart des gens de nos jours retiennent d’elle : décolleté vertigineux, robette au ras des fesses, cheveux coupés mi long avec une frange, bustier à paillettes. Elle sort le grand jeu, se déhanche insidieusement au rythme (lent) de la musique, roule des épaules, parcours la scène. Une vamp en colère. Il en est de même pour la prestation en compagnie de Die Haut (1994), nous avons droit à un excellent et puissant Doggin’ interprété par un groupe racé et élégant -costard pour tous- un peu comme les Bad Seeds de Nick Cave à une lointaine période préhistorique et c’est bien normal puisque Thomas Wydler était alors le batteur de Die Haut.
Toute la fin de Video Hystérie est consacrée aux performances et aux spoken words de Lydia Lunch. Ça commence par un Solo Mystico enregistré à Lyon en 1997 (merde… mais c’est le Pezner !). D’autres extraits suivent, à Barcelone (2005), Londres (2004) ou Orlando (Floride, 1998). La chanteuse se met littéralement en scène, joue avec elle-même, tape sur son gros cul, apostrophe le public, se touche l’entrejambe et demande qui veut la lécher, etc. Musicalement c’est la partie la moins intéressante du DVD mais vocalement et scéniquement, c’est la meilleure. Lydia Lunch y excelle dans l’art de donner corps à ses mots, elle ne fait pas semblant, elle interprète bien davantage que lorsque elle ne faisait que chanter. On est bien loin de l’adolescente colérique collée derrière son pied de micro.
Les thématiques abordées ne concernent pas que l’annihilation (sous toutes ses formes) de la femme dans nos sociétés contemporaines : enregistré à Barcelone en 2006, Violence Is The Sport Of God est un pamphlet violement anti-religion et anti-guerre avec son leitmotiv juste un festin de tripes et de sang. La force d’exécution déployée à ce moment là par Lydia Lunch me fait encore plus regretter la performance tiédasse qu’elle a donnée à Lyon cette année. On ne peut pas toujours être le/la meilleur(e)…


jeudi 9 octobre 2008

Shut Up And Bleed
























Un nouveau disque rétrospective consacré à Teenage Jesus ? Même pour toutes celles et tout ceux qui possèdent ou connaissent déjà le double vinyle Hysterie consacré à Lydia Lunch sur les années 1976/1986, l’incontournable compilation No New York, le très mal nommé Everything qui prétendait comme son nom l’indique regrouper tout Teenage Jesus et même si on eu vent un jour du bootleg Sex Voodoo, cette initiative mené conjointement par Atavistic et Cherry Red est la bienvenue. Shut Up And Bleed est un drôle d’objet qui ne prétend pas à l’exhaustivité, disons que ce CD propose un panorama large et intéressant des premières années musicales de la (très) jeune Lydia Lunch alors fraîchement débarquée à New York en évoquant ses deux groupes d’alors : Teenage Jesus And The Jerks et son contemporain Beirut Slump. En lisant les notes du livret, on apprend en effet que ce dernier a existé de façon concomitante, même s’il n’a enregistré qu’un seul single et donné que trois concerts. Mais on ne peut pas dire non plus que Teenage Jesus ait eu une discographie ultra fournie.
Dans ces mêmes notes de livret, Lydia Lunch raconte une nouvelle fois son arrivée dans la grosse pomme, comment elle s’est mise à la musique, le tout avec les mots qui la caractérise -ce texte s’intitule I Was A Teenage Terrorist. Quelques enregistrements jusqu’ici rarement entendus proviennent d’ailleurs directement des archives de Lydia Lunch. Il semble bien que cette nouvelle compilation ait reçu toute sa bénédiction.
Shut Up And Bleed prend les parti pris de ne pas respecter la chronologie des enregistrements mais surtout de mélanger les titres de Teenage Jesus et de Beirut Slump. Pas d’exhaustivité non plus, on l’a déjà dit, puisqu’il manque la version initialement parue sur No New York de The Closet (mais on retrouve la version enregistrée par la première incarnation de Teenage Jesus, celle avec James Chance, ainsi que la version figurant sur Hysterie). Toujours à propos d’Hysterie, sur les dix titres initiaux, il n’y en a que cinq de représentés ici. Pourtant il y avait vraiment la place de tout mettre (le CD ne dure que cinquante minutes). Sachant que ces enregistrements ont longtemps été les seuls réellement disponibles (à partir de 1986, grâce à Rough Trade qui s’était associé à Widowspeak, le propre label de Lydia Lunch) et à un prix raisonnable, ils ont constitué pour beaucoup la seule source de connaissance de Teenage Jesus… et ce jusqu’en 1995, date à laquelle Atavistic a publié Everything qui reprenait exactement les mêmes titres qu’Hysterie en y ajoutant deux titres enregistrés avec James Chance (My Eyes et Less Of Me).
Bon, il y a des choses en moins. Mais qu’y a-t-il en plus ? Les deux premiers singles (enregistrés par le binoclard Robert Quine, celui des Voidoids de Richard Hell), le maxi (sorti tardivement, en 1979) des premiers enregistrements de Teenage Jesus datant de 1977, toujours ceux avec le futur Contorsions. Il y a également du live enregistré au Max’s Kansas City fin 1977 et disponible à l’origine sur une cassette ainsi qu’un autre enregistrement en concert datant de mai 1978 avec des titres (Eliminate By Night, Roll Your Thunder) que je n’avais jamais entendus auparavant. Il y a également et surtout les huit titres de Beirut Slump dont l’effroyable single Try Me/Staircase. Lydia Lunch ne chantait pas dans ce groupe, c’était un certain Bobby Berkowitz qui s’en chargeait tandis que Jim Sclavunos s’occupait de la batterie. Tous ces titres sont dans les mêmes versions que celles déjà disponibles sur Hysterie -ce ne sont donc pas des inédits- on y reconnaît très bien le jeu limité mais violent de Lydia Lunch à la guitare et l’ambiance générale des titres est au morbide rampant voire au gothique avec quelques touches d’orgue sépulcral.
Toutes les pochettes des disques originaux sont reproduites à l’intérieur du livret, avec toutes les données techniques et les dates. De quoi appendre son petit Teenage Jesus illustré sur le bout des doigts et surtout de quoi comprendre l’importance de ce groupe séminal (comme on dit) et météorite.
[Prochaine étape : le visionnement de Video Hystérie (1978 - 2006), tard le soir, lorsque les enfants seront au lit et dormiront à poings fermés.]

mercredi 8 octobre 2008

Mars complete recordings
















C’est beau les rééditions, c’est peut être un sacré bizness mais dans le cas qui nous occupe, il serait difficile de s’en passer : pas moins de trois labels se sont associés pour rendre à nouveau disponible l’intégralité des enregistrements studio de Mars. Spooky Sounds, G3G records (le label de Marc Cunningham, guitariste du groupe aujourd’hui reconverti dans la trompette et la musique ambient) ainsi que No More Records (au passage déjà responsable d’une excellente anthologie consacré à DNA) viennent de republier en version CD le joli vinyle qu’Important records avait lâché dans la nature en 2005. Mis à part la qualité du support, il y a la couleur de la pochette -ou du livret- qui a changé : du doré on est passé au bleu avec un curieux effet brillant. L’édition Important est épuisée depuis des lustres, était limitée à mille exemplaires numérotés à la main, le bonheur absolu des geeks. A noter que ces deux éditions récentes ne sont pas les premières à avoir tenter de reprendre l’intégralité de la discographie squelettique de Mars puisque dès 1986 le label Widowspeak de Lydia Lunch avait déjà fait tout le boulot sous l’appellation 78 (réédition CD dix ans plus tard chez Atavistic) mais il existe deux différences dans le tracklisting. N’ayant jamais pu mettre la main sur cette première version de 1986, je ne saurais affirmer si Cats et Cairo sont les mêmes chansons que N.N.End et Scorn ou pas. Je pense que non.





















Pour en revenir à notre sujet d’étude, il existe encore une autre différence de taille entre la version Important et la dernière édition : sur le vinyle il est simplement écrit dedicated to Summer Crane (1947-2003) alors que malheureusement sur la version CD on peut lire en plus and dedicated to Nancy Arlen (1949-2006) -la vie, cette grosse salope comme dirait l’autre. Les deux éditions ont exactement les mêmes illustrations et les mêmes notes, signées entre autres par Lydia Lunch, qui était très bien placée pour le faire puisqu’elle a vécu tout le truc en direct : Mars unleashed a choking cacophony illustrating the body as machine in disrepair fuelled by the impending repulsion and disintegration of a perverse romance with own’s demons [on la reconnaît bien là, non ?].
A carrière (?) météorite, discographie limitée. The Complete Studio Recordings regroupe un single, un EP et les quatre titres parus sur la compilation No New York, ce qui nous fait un total de onze titres et de trente minutes -ce sera tout ma bonne dame ? Pas du tout. Des quatre formations figurant sur la compilation susnommé, Mars est celle qui est le moins passée à la postérité, celle dont aucune figure emblématique n’a émergé (pas de Lydia Lunch, d’Arto Lindsay, d’Ikue Mori ou de James Chance). Pourtant c’est celle dont l’héritage musical est le plus évident. D’accord, la musique de Mars ressemble le plus souvent à un raclement strident, à un frottement de deux plaques métalliques rouillées entre elles, la rythmique est martelée, la basse joue à côté, les guitares égrainent du fil barbelé, le chant est maladroit et atonal mais contrairement à Teenage Jesus, les Contorsions ou DNA, Mars est le groupe dont la musique ressemblait le plus à du rock. On peut même dire qu’une bonne partie de ce qu’à pondu Sonic Youth entre Confusion Is Sex et Sister est en germe dans ces onze titres maladifs et bruyants. Il faut bien sûr concéder que tout descend en droite ligne du Velvet Underground (de European Son à White Light/White Heat). Le chaînon manquant, quoi. Le hit absolu c’est bien évidemment Helen Fordsdale -que l’on peut écouter sur le monospace officiel (?) du groupe…- sorte d’hymne déglingué et dissonant qui réussit l’exploit de rester en tête, même si ça fait mal.