dimanche 17 juin 2007

Allez les filles !
















 



Les filles détourmentées c’est un trop chouette nom pour une asso organisant des concerts, surtout lorsque le concert en question réunit Binaire (de Marseille) et Sandals Of Majesty (Ecosse) pour la très modique somme de cinq euros -c’était vendredi dernier et malgré les proverbes à la mode du style pas un jour sans pluie ou un orage par jour c’est pour toujours pas mal de monde avait fait le déplacement.
Je n’avais encore jamais vu Binaire en concert et je connaissais assez mal leur musique, juste des anecdotes à leur sujet qui me faisaient envie comme celle à propos de leur dispositif scénique (ils jouent face à face, séparés par un pied de micro qui forme un T) et leurs machines infernales c'est-à-dire boite à rythmes, basses, samples et zigouigouis industriels divers. Binaire sont donc deux, ils ont de l’informatique sur scène et un ampli pour sonoriser spécialement les rythmes. Ils jouent une sorte de métal hard core électro qui suivant la tonalité empruntée par les machines peut faire penser à plein de choses différentes -personnellement j’ai nettement préféré les passages sautillards pendant lesquels la boite à rythmes balançait du groove bien chaloupé et les morceaux lents et lourds (comme le tout dernier titre joué ce soir là) qui n’étaient pas très loin de Godflesh. Sinon, il y a aussi des cavalcades frénétiques ultra rapides et des passages noisy plus aériens mais il ne faut pas croire que Binaire s’éparpille et se perd dans trop de directions, bien au contraire Binaire c’est de la dilation constante et homogène, de la grosse chaleur, du granit à facettes et ça fait du bien tellement ça fait mal. J’ai donc hâte d’écouter leur nouvel album (si j’ai bien compris enregistré par Nicolas Dick de Kill The Thrill) que malheureusement ils n’avaient pas avec eux, suite à un problème de pressage ou quelque chose comme ça.

La suite du concert s’annonçait tout aussi alléchante avec The Sandals Of Majesty : le flyer annonçait des anciens Bagdewearer et ça c’était une bonne nouvelle. Ils arrivent, s’installent et je n’en reconnais aucun -pourtant il me semble bien avoir vu un jour Badgewearer en concert, à moins que je ne confonde avec Archbishop Kebab, bref un groupe de cette tendance là. J’ai tout de suite un problème avec la musique du groupe, cela démarre toujours très bien, ils ont de vraies compositions, le son du groupe est bien posé sur une basse énorme et ça, ça me plait toujours, mais tout tombe à plat, la vindicte s’efface, l’émotion s’enfuit, il manque quelque chose. Je n’aime pas particulièrement la voix du chanteur et je trouve qu’il ne prend pas assez de place (pourtant il porte une belle chemise blanche) mais je ne suis pas sûr que ce soit lui le problème. La prestation de The Sandals Of Majesty n’est pas très habitée, manque de cette fougue dont par exemple peut faire preuve un groupe comme The Ex -cette comparaison n’est pas là pour faire méchant : la musique des deux groupes a quelques points communs et je me rappelle d’un concert des hollandais où justement ils m’avaient laissé cette même impression un peu vide.
Je retournerai donc voir ces écossais militants si un jour ils repassent par ici parce que je suis finalement persuadé que pour eux c’était tout simplement un jour sans comme cela arrive parfois. J’ai hâte aussi de savoir quel sera le prochain concert organisé par Les Filles Détourmentées, elles ont un sacré bon goût mais pas encore de site perso (peut être n’en veulent elles pas ?) et je leur ai donné mon adresse mail pour être inscrit à leur liste de diffusion, on ne sait jamais.

jeudi 14 juin 2007

It's catching up


Mardi. Je suis presque arrivé à destination, il ne me reste qu’un pont (assez dangereux) à traverser et j’attends que le feu se mette gentiment au vert : une bande d’énergumènes en short débarque, ils slaloment entre les voitures, hilares -il me semble que j’en reconnais un mais je ne me pose pas d’avantage la question, c’est à moi de passer et mon vélo prend doucement la petite descente jusqu’au quai.
Le garçon qui attend à l’entrée de la péniche (et qui organise ce concert) se demande s’il ne va pas s’arrêter là : je suis le premier arrivé, en tout et pour tout nous ne serons que quatorze ce soir et je l’entends expliquer qu’il en a assez, que c’est démoralisant de faire venir des groupes que lui aime mais qui ne semblent intéresser personne. La veille il y avait une bonne centaine de métallurgistes pour assister au concert de Lair Of The Minotaur et de Knut, le public en ce moment a une très nette préférence pour le lourd et le gras, c’est certain.
Les gens arrivent petit à petit, les groupes reviennent eux aussi -ils étaient partis manger quelque part, ce sont ces mêmes énergumènes que j’avais croisé sur le pont- et c’est l’heure de commencer. Le premier groupe est un one man band qui n’est autre que l’organisateur du concert. Il trafique une guitare, fait des boucles qu’il empile, là-dessus il se met à la batterie, martèle sur ses strates de sons et le résultat est vraiment bluffant.
Arrivent les italiens de
But God Created Woman et ils ne tardent pas à démontrer qu’ils sont effectivement ce que l’on dit d’eux : une copie au carbone d’Arab On Radar, s’en est même terriblement gênant. Le chanteur se tient bizarrement de profile en faisant mine de se pendre avec son fil de micro tandis que les deux guitaristes tournent consciencieusement le dos au public. Je décroche complètement et ne suis tiré de ma tordeur que lorsque je vois que le technicien son procède à un échange de micro en plein milieu d’un morceau, je ne m’étais même pas aperçu que l’on n’entendait plus la voix. Ils jouent vingt cinq minutes.
Talibam! s’installent à leur tour : le batteur c’est Kevin Shea, ancien Storm And Stress (avec des membres de Don Caballero) et actuel Get The People, c’est lui que j’avais cru reconnaître tout à l’heure avant d’arriver à la salle. Il y a aussi un clavier et je cherche désespérément la guitare… Il n’y en a pas et pourtant je reste persuadé que les Talibam! sont normalement trois alors je m’attends à voir débarquer quelqu’un d’autre pendant que les deux premiers jouent une mélasse infâme (en début de concert ils annoncent qu’ils vont faire du jazz) à base de sons d’orgue dignes de Charly Oleg et d’un jeu de batterie qui se voudrait inspiré par Rashied Ali mais qui n’est que de l’esbroufe polyrythmique. Ils font des interventions ironiques et finalement méchantes sur le fait qu’ils sont si heureux de jouer sur un bateau qui ne coule pas et devant tant de personnes, que l’organisateur du concert est vraiment sympa, etc. Un type réussit à s’endormir sur une banquette et je l’envierais presque. Je n’attends que la fin pour pouvoir dire au revoir aux deux ou trois personnes que je connais puis je rentre à une heure inhabituellement tôt, quand j’arrive à la maison il est à peine minuit.
Je vérifie tout de suite sur mes tablettes : effectivement Taliban! sont trois, il y a aussi un saxophoniste (et non pas un guitariste) mais je ne crois pas que sa présence eût changé quoi que ce soit.























Je me réveille mercredi matin dans un drôle d’état, aujourd’hui je ne travaille pas mais je sens que je vais malheureusement profiter de ce jour de congé pour être pas très bien… Je suis incapable d’écouter autre chose que du piano, notamment des pièces de Schoenberg -un disque d’un bon label de musique contemporaine et de freeture que j’ai payé une misère en solde alors que d’habitude les références de ce label sont très (très) chères… Ce jour là j’avais aussi trouvé un disque consacré aux travaux de jeunesse de Morton Feldman pour piano (et qui fait écho à celui publié chez Mode) mais je n’arrive pas à rentrer dedans, j’ai besoin de choses beaucoup plus figuratives et donc le Schoenberg me convient très bien. Je passe la journée à m’occuper à rien faire tout en écoutant ce brave Arnold. Le soir arrive -et la fraîcheur avec- et je me pose enfin la question du concert de NoMeansNo, je décide d’y aller, au moins pour me remettre de la catastrophe de la veille… et puis entre les canadiens et moi c’est une longue histoire d’amour, je les ai déjà vus deux fois il y a pas mal d’années alors il est grand temps de remettre ça, même si leur petit dernier (All Roads Lead To Ausfahrt) m’a convaincu sans réellement m’enthousiasmer.
Toujours en vélo, l’orage a menacé toute la journée mais finalement il ne pleut pas… Devant la salle il y a une bonne centaine de personnes qui attendent encore, cela me rappelle le dernier concert de NoMeansNo auquel j’ai assisté : c'était complet et tous ceux qui n’avaient pas pu rentrer étaient passés en force, balayant les organisateurs débordés tandis que d’autres esquivaient par derrière en cassant les fenêtres des chiottes, une véritable émeute et une salle de concert bien au delà de sa capacité et à la limite de Furiani. Mais le concert de ce soir se déroule dans un bel endroit -c’est une salle que j’adore, j’y ai vu des choses si différentes mais souvent affolantes… puis la musique y a été abandonnée, avant d’être remise au goût du jour il y a un an et demi- un endroit assez grand donc je sais que j’arriverai à rentrer à l’intérieur. Je vais attacher mon vélo dans la cour de derrière et je vois John Wright (batteur de NoMeansNo, un type très laid qui arrive merveilleusement bien à imiter Popeye) en train de faire une petite sieste tout en écoutant quelque chose qui ressemble à du Lionel Hampton, cela fait ding ding dung ding ding, je déteste le xylophone ou je ne sais quoi alors je retourne vite vers l’entrée de la salle.
C’est
Ned qui joue en premier et à domicile, je les ai vus un nombre incalculable de fois, mes nerfs ont parfois eu du mal à les supporter, j’ai dû connaître toutes leurs périodes musicales et ce soir, pour la première fois vraiment, ils sont totalement excellents et impressionnants, peut être qu’un jour je finirai même par acheter un de leurs disques. Les lumières se rallument et je croise au hasard quelques très vieilles connaissances, ce concert aura au moins servi à ça.
Les trois NoMeansNo montent sur scène, trois papys aux cheveux blancs (la première fois que je les ai vus ce devait être aux alentours de 1990 et déjà à cette époque je les trouvais vieux), la batterie sur le côté droit, le guitariste à lunettes à gauche et Rob Wright -frère de l’autre- au centre dans une magnifique chemise rouge. Les morceaux, surtout des récents, sont enchaînés sans répit, toutes les trois titres environ ils font une petite pause pour raconter des blagues stupides, prétendent qu’ils ont inventé le math-rock tout ça parce qu’un de leurs albums s’intitule 0 + 2 = 1 et ça repart de plus belle, ils ont la banane, ça rigole, ça gueule, ils ne jouent pas assez de vieux morceaux à mon goût (j’en ai comptés cinq : The Fall, Dark Ages, Two Lips, Two Lungs And One Tongue, Rags And Bones et Big Dick) mais ce n’est pas grave du tout, le service gériatrie est en feu, la nurserie aussi, plus ça va et plus j’aime les vieux (oui je me répète), deux rappels et les lumières qui tardent à se rallumer alors j’y crois encore un peu, ils vont revenir une dernière fois mais non c’est bien fini, je me rends compte que je suis épuisé, ils m’ont épuisé.
Sur la pochette du disque The People’s Choice il y a cette photo d’un mur graphité, dessus quelqu’un a écrit How fuckin old are NoMeansNo ? Give It Up Grand Dads. Juste en dessous il y a la réponse (et elle est signée John Wright) qui dit : that’s ’great grand dad’ to you fucker ! Sans commentaires. Assurément ils arrivent toujours sans difficultés à tenir la dragée haute à la plupart des groupes de punk que je connais, ils demeurent difficiles à dépasser ou tout simplement à rattraper et cela donnerait presque envie de vieillir -c’était vraiment un plaisir de les revoir.

mercredi 13 juin 2007

La parade des trous du cul

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La grande affaire de la semaine dernière -peut être même de tout le mois de juin ou plus, en tout cas c’est vraiment ce que j’espérais- c’est Shellac qui ressortait enfin de sa réserve pour publier un quatrième album au drôle de nom : Excellent Italian Greyhound. Le rock c’est avant toute chose une affaire de concerts (étant sorti d’une profonde léthargie isolationniste depuis quelques mois je ne peux que l’admettre) et Shellac vient d’effectuer une tournée dont les échos lus ici ou là sont très favorables, Shellac est un groupe de scène un point c’est tout.
Je ne les ai vus qu’une seule fois (en 1995 ?) et il y avait les anglais de Headcleaner en première partie, c’était le genre de concert comme on rêverait qu’il y en ait plus souvent (c’est marrant parce qu’hier je me suis souvenu d’un autre, avec Unsane ET Neurosis : à l’époque je faisais aussi mon blasé et maintenant je sais que j’ai eu cette chance de trou du cul). Un concert de rêve donc et dans la salle en attendant l’arrivée de Shellac cela n’arrêtait pas de parler dans tous les sens -quel est le meilleur album des Swans ? Un type en t-shirt marqué (je ne me rappelle plus quoi) parlait très fort (façon trou du cul lui aussi), disant que le meilleur Swans c’était cette réédition CD de l’album Cop couplé avec le EP Young God et il avait raison -cette salle était remplie de trous du cul qui avaient un avis sur tout et l’excitation était à son comble, c’était la grande parade, chaque détail avait son importance, même une conversation stupide à propos d'un autre groupe qui n'avait rien à voir.
La batterie était placée au centre et devant, les amplis home-made identiques de chaque côté. Parfois je réécoute un excellent bootleg vinyle qui date de cette époque (dessus c’est écrit en japonais mais cela ne veut rien dire du tout) et qui me replonge directement dans ce concert magnifique, c’est le même son aride et sec, la même rythmique reine, c’est SHELLAC.






















Par contre je n’ai pas beaucoup écouté leurs albums studio, mis à part le tout premier, At Action Park, ainsi que tous les singles qui datent de la même période. Je ne me souviens absolument pas de Terraform (déroutant parait-il) et il ne me reste pas grand-chose de 1000 Hurts que pourtant j’ai un peu usé. A vrai dire je ne suis pas sûr qu’un album de Shellac puisse s’écouter attentivement. Mais j’y pense constamment à cette musique squelettique (ils se proclament minimalist rock trio) et à ce son obsédant, tout en angles saillants et en déchirures franches. Il y a quelques reprises de basse/batterie qui inconsciemment me servent de maître-étalon dès que j’écoute un groupe américain de noise, il y a des parties de guitare qui m’obsèdent encore plus : si Angus Young arrive à tenir le solo de Touch Too Much avec à peine trois notes, Steve Albini lui est capable de balancer le même riff en fil de fer barbelé pendant de longues minutes, la tension monte, monte -sur At Action Park cette tension finit par s’affirmer (comme sur l’excellent Crow, dernier titre de la première face, qui explose littéralement) alors que depuis, sur les disques plus récents et donc aussi sur le petit dernier, ces moments sont devenus plutôt rares dans la musique de Shellac, l’explosion est à l’intérieur, Shellac est vraiment un groupe de rythmique pure.
Excellent Italian Greyhound
? Je ne savais même pas que les lévriers italiens existaient et la pochette du CD est plutôt sophistiquée et au millième degré (je n’ai pas encore vu la version en LP). Le premier titre résume vraiment le baratin écrit ci-dessus à propos du côté immanent de la musique de Shellac : il dure plus de huit minutes, Albini hurle des can you hear me now ? qui me semblent être le summum de l’ironie et lorsque un semblant de guitare solo arrive enfin on est presque déçu… mais on y revient toujours, tout comme je réécoute ce disque dès qu’il est terminé. Excellent Italian Greyhound n’est donc pas La Grande Affaire du moment mais va bien au-delà : qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Albini joue avec Shellac tout comme il s’amuse lorsqu’il enregistre un autre groupe -son studio analogique est très recherché et il a arnaqué plus d’une major en exigeant des tarifs prohibitifs (mais acceptés) pour PJ Harvey, Nirvana, Page & Plant ou les Stooges alors qu’il est capable de bosser avec un groupe de crevards pour presque rien- et son travail fonctionne sur la durée et non pas sur les effets, l’appellation de minimalisme n’est donc pas usurpée.


mardi 12 juin 2007

Je l’aime, un peu, beaucoup, etc.

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J’essaye plusieurs fois de suite d’écrire quelque chose sur The Narcotic Story mais je n’y arrive pas : j’ai déjà écouté ce disque beaucoup trop souvent (au moins tous les jours) pour que je puisse m’en détacher. Alors à quoi bon encore employer les éternels adjectifs dont je me sers toujours pour décrire la musique d’Oxbow ? La batterie, la basse ? Oui, oui. La guitare ? Il y en a également sur ce disque. La voix du chanteur ? Est-ce qu’il se fout aussi à poil pendant les sessions studio ? Tu le lui demanderas toi-même, imbécile. Je pourrais peut être parler des arrangements orchestraux (cordes, instruments à vents, etc) écrits pas le guitariste Niko Wenner pour certains titres, des arrangements limite majestueux qui donnent une coloration pop 60’s/jazzy/spectorienne à l’intro de She’s A Find -tiens, justement, voilà un titre pendant les premières minutes duquel je me demande toujours s’il va y avoir de la guitare à la place de ce foutu piano puis la réponse arrive, Oxbow est un groupe à guitares bordel, comment est ce que je pourrais bien oublier ça ?

Par contre je ne pourrais pas parler du producteur (un certain Joe Chiccarelli) dont le curriculum vitae inclus moult enregistrements avec des groupes ou musiciens qu’en général je n’apprécie guère, mais dont la longueur prouve bien qu’on peut traîner très tard la nuit dans des studios ultra perfectionnés, à rien foutre sinon éternellement réécouter les mêmes trente secondes de bande pour savoir s’il faut tout garder ou bien jeter, et se lever le lendemain à point d’heure mais gagner quand même beaucoup de pognon -hey Joe, je pense que tu as bien bossé sur The Narcotic Story et je t’en remercie.
J’essaye alors d’écrire à nouveau sur ce disque mais je n’y arrive toujours pas, j’essaye en écoutant tout autre chose, le prochain Turbonegro par exemple, ha ha ha, et rien n’y fait, je reste persuadé que j’ai déjà trop écouté cet album pour que je puisse en dire quelque chose qui ne soit pas de l’ordre de la béatitude, qu’il fait déjà partie de moi, qu’il y est arrivé avec une facilité déconcertante, et fatalement c’est la plus belle qualité que je puisse lui trouver : un disque du premier jour est un disque d’amour (c’est tout).

[bonus track : la reprise de Insane Asylum en duo avec Marianne Faithfull, extrait de l’album Serenade In Red en 1996]

dimanche 10 juin 2007

Bedtime for democracy

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J’ai cherché quelque chose à dire contre (à défaut de quelque chose à faire) et j’en suis arrivé à ce titre d’un album des Dead Kennedys sûrement parce que je viens de relire un texte de Lester Bangs intitulé Jello Biafra n’est pas un crétin (extrait de Fêtes Sanglantes) dans lequel le moustachu démonte complètement le groupe de San Francisco. Une centaine de pages plus tôt il y a la fameuse chronique sur le Kick Out The Jam du MC5 et si Bangs a plus tard reconnu son erreur à propos de Rob Tyner and C° il n’a pas eu le temps de le faire à propos des Dead Kennedys et d’ailleurs l’aurait il fait ? Je crois qu’il ne supportait pas la politique en musique : Tu hais réellement la vie américaine actuelle, Jerry Brown et Ronald Reagan. Moi aussi. Mais tous les nihilistes californiens idiots et peut être proto fascistes/racistes aussi. […] Même si tu crois à ce que tu dis sur le capitalisme, le consumérisme, etc., je ne crois pas qu’ils t’écoutent. Je pense que, dans la mesure où ils peuvent te différencier des autres, ils viennent te voir pour la même raison qu’ils vont voir Black Flag ou les Plasmatics, d’ailleurs : pour la brutalité idiote.

Il a bien saisi l’ambivalence du truc, c’est un vieux débat, la violence du propos (ou de ce qui entoure le propos) peut elle être aussi ou même plus violente que ce que le propos lui même voudrait dénoncer ? L’effet miroir est dévastateur, le contre exemple ne fonctionne que rarement et donc peut même parfois séduire. Un type comme Lester Bangs aurait il fini par se vautrer dans la débauche de violence tout comme John Peel avait choisi dès 1986 de faire confiance à Napalm Death ou Extreme Noise Terror et de les enregistrer pour son émission sur Radio One ? La brutalité idiote telle qu’il l’a décrite est devenue une forme d’expression en elle-même, acceptable, l’ironie et le sens de tout ça échappe à toutes règles autres que celles qui les définissent en propre : autrement dit, on tourne en rond.

Ce n’était pas le cas des Dead Kennedys, l’engagement de Jello Biafra je crois était sincère -la preuve : il dure toujours… ok, je sais que ce n’est pas suffisant mais c’est qu’en fait je n’ai absolument pas besoin d’une preuve infaillible- et après toutes ces années la musique du groupe est toujours aussi motivante et libératrice, contrairement à ce qu’affirmait Bangs dans son article. Alors la violence, en musique ou ailleurs, oui, sûrement et de plus en plus. C’est notre monde... un monde où la définition de la démocratie est celle qui tend à demander le silence après les élections, comme si un vote imposait au final de fermer sa gueule et de courber les épaules. S’enivrer du parfum délétère de la destruction ou bien jouer la subversion ? La subversion n’est plus dans les idées mais dans la description de l’horreur (en musique les champions du genre s’appellent Whitehouse) et c’est triste d’en être arrivé là, je regrette chaque jour d’avantage qu’il n’y ait plus grand-chose d’autre à dire, qu'il n'y ait personne pour le dire. Après, on peut toujours aller brûler des bagnoles et se prendre des coups de matraques, pas pour rien ?