vendredi 21 mars 2008

Yellow Swans / At All Ends


J’ai sûrement eu tort, dès le départ, d’écouter At All Ends plusieurs fois au casque et uniquement de cette façon là : musique de nuit par excellence, celle des Yellow Swans me paraissait tout à fait apte à ce genre de pratique en solitaire, je ne vous dis pas ce que je faisais en même temps. Mais cela m’a rapidement dégoûté du nouvel album du duo car je n’y entendais qu’une seule chose, que je n’aimais pas beaucoup, de nouveaux sons de guitares. Insister dans cet onanisme audiophile m’a donc complètement détourné de At All Ends, jugé loin d’être aussi électronique qu’un Bring The Neon War Home et surtout beaucoup moins dangereux que l’album précédent, Psychic Secession. Load records, la nouvelle maison de Yellow Swans depuis deux albums avait pourtant prévenu que le petit dernier innovait, position qui parait tout à fait naturelle venant d’un groupe dont le corps même de la musique est basé sur la recherche sonore, l’expérimentation, le magma des fréquences d’où peut être filtrera la potion magique qui transforme l’influx nerveux traversant les cortex soumis à la torture sonique en vibrations de bonheur masochiste. En concert Yellow Swans joue fort et gros, sur disque c’est à peu près la même chose sauf que l’on a le temps de s’attarder sur les détails qui changent tout, comme la rythmique tour à tour rampante et martiale de I Woke Up, l’un des meilleurs titres de Psychic Secession.






















Faisons abstraction de la puissance sonore du groupe en concert, faisons abstraction des enregistrements antérieurs, faisons même abstraction de l’hideuse illustration de la pochette en forme d’ADN de chamallows ou de collection de pierres elfiques pour hobbits david hamiltoniens. A l’instar du camarade Birchville Cat Motel qui à l’occasion de son LP Four Freckle Constellation a ouvert quelques fenêtres pour changer l’air (putride et vicié), les deux Yellow Swans ont eux fait des trous dans leur musique, acheter du Brise Air, privilégié des sonorités aigues mais raisonnablement perforantes, secoué les tapis, sniffé de l’éther et peut être même du shoegaze (cette vieille drogue britannique revenue au goût du jour mais dont il ne faut pas abuser au risque de se retrouver rapidement écoeuré) et ont même décidé de jouer des vrais notes. C’est bien simple, à chaque fois que la fin du premier titre de l’album arrive, on a toujours l’impression que Jimi Hendrix a débarqué et qu’il va jouer son habituelle reprise overfuzzée de Star And Stripes. Heureusement pour nous, non.
Une fois passée la surprise d’être confronté à un univers nettement moins fermé et optu que d’habitude, une fois que l’on a accepté que les guitares s’envolent dans les nuages (Mass Mirage), une fois que l’on a intégré l’idée même que Pete Swanson et Gabriel Mindel Saloman ont décidé de nous pondre quelques mélodies angéliques (mais des anges qui porteraient des casques à pointes), on est prêt à tout accepter de At All Ends -tout, y compris son désir de beauté puisque en définitive c’est bien de ça dont il s’agit. Il faut juste malheureusement repasser par la case Jimi Hendrix à la toute fin du dernier titre (Endlessly Making An End Of Things) et prendre, après un très bon début à la limite d’un crépuscule contemplé depuis l’orée d’une forêt, le risque d’avoir les oreilles bouchées par le retour de la bannière étoilée. Comme un mauvais goût dans la bouche. Je me demande bien dans quelles pédales d’effet Gabriel Mindel Saloman est allé chercher des sons aussi révoltants de laideur anachronique mais on lui pardonne parce que tout le reste -après l’éviction de toute velléité d’écoute au casque- se révèle excellent. Mais pas à écouter tous les jours.