jeudi 11 novembre 2010

The Young Gods / Everybody Knows


Je me sens vieux lorsque j’écoute le nouvel album des Young Gods. Vieux, très vieux. L’attente n’était pas autrement démesurée mais Everybody Knows suscitait un minimum de curiosité vis-à-vis des jeunes dieux. Le groupe a un peu changé de configuration et n’est désormais plus un trio mais un quartet avec l’adjonction d’un guitariste. Pourquoi pas, même si cette idée, venant d’un groupe qui a été le premier à réellement ériger le sampler en tant qu’instrument de musique à part entière – en studio mais surtout en concert – peut sembler étrange. Mettons ça sur le désir d’évoluer, d’ailleurs les Young Gods n’avaient ils pas surpris leur petit monde en intégrant un maximum de musique électronique dans ce qui s’est révélé être l’un de leurs meilleurs albums, Only Heaven, publié en 1995 ? Ah oui, 1995 c’est déjà bien loin alors ne parlons même pas de l’année 1987 ou de 1989. Quand je vous dis que je me sens vieux, là.
On ne reprochera donc pas aux Young Gods d’évoluer puisque l’évolution est l’un des principaux moteurs de la musique du groupe et ce depuis le début (il n’y a pas un seul album des Young Gods qui ressemble à un autre). Cette façon de faire a pourtant déjà conduit le groupe à quelques errements tels que l’album Second Nature, très moyen et d’une platitude indigne. Dès fois cela fait du mal d’être le vieux fan d’un groupe. La période acoustique constituait un autre problème majeur : sortir un album avec guitares sèches, petites percussions, voix, etc – sans le moindre recours à l’électricité donc – est toujours le signe de l’impasse stylistique d’un groupe qui ne sait plus quoi faire de lui-même. Et dire que cette saloperie de principe des sessions unplugged a été définitivement popularisée par une chaîne de TV dite « musicale »… MTV – Get Off The Air comme disait l’autre. Bref, sur Knock On Wood on pouvait découvrir non sans un certain malaise des Young Gods en pleine hippisation. Le discours qui tend à dire que c’est uniquement par la voie de l’acoustique que se révèle la qualité ou non d’un songwriting est à mourir de rire. D’autres préfèrent parler de riffs et de rythmes : certaines musiques ne peuvent être supportées que par l’électricité. Parler de Knock On Wood ici n’est absolument pas hors sujet puisque on pouvait naïvement espérer que les Young Gods avaient enfin tourné la page du flower power.




















Il n’en est rien. Bien sûr les samples sont de retour, les rythmes tribaux également et on goûte à nouveau aux petits plaisirs électroniques concoctés de mains de maître par un Al Comet toujours aussi inventif. Un titre tel que Miles Away pourrait ainsi presque faire illusion. Non, l’erreur fondamentale c’est cette putain de « vraie » guitare, qu’elle soit trafiquée ou sèche : elle est de trop. Elle dégouline en pseudo soli baveux (mode électrique) ou elle souligne trop maladroitement une musique qui pourtant se suffisait à elle-même, comme une pièce rapportée dont on ne saurait que faire (mode acoustique). Et ça c’est un sacré problème. La musique des Young Gods a toujours été « métissée », « mélangée » et on peut même affirmer que les Young Gods étaient l’un des rares groupes de fusion pertinents en ce bas monde (si tant est que le terme fusion signifie réellement quelque chose en musique). Sur Everybody Knows on doit au contraire supporter un mélange écœurant et indigeste des genres. Nombre de ces compositions auraient peut être pu être sauvées sans cette foutue guitare, virez-moi ce guitariste et on en parle plus. On n’en parle plus ? Pas tout à fait : il faut avouer aussi que le songwriting cher aux tenants de l’acoustique a également un niveau général très moyen pour ne pas dire mauvais. On rajoute donc que nombre des compositions de Everybody Knows sont également et surtout profondément indignes des Young Gods. Et puis il y a Franz Treichler qui se prend définitivement pour Jim Morrison ou pour Bono Vox (lorsqu’il s’est trop shooté à la pédale delay) et qui perd toute son aura de grand shaman destroy déjà bien écornée depuis quelques années. Il a fini par y croire alors qu’ici tout n’est que désillusion.

[faites vous donc un avis différent (ou pas) en écoutant l’intégralité de Everybody Knows ici]