mercredi 6 février 2013

Comme à la radio / Healing




A Nantes il n’y a pas que des groupes de math rock polyphonique (Chevreuil) ou ensoleillé (Papaye), il n’y a pas non plus que des groupes de noise rock tendus du slip et ferme de la fesse (ChooChooShoeShoot), des groupes de derviches-tourneurs opiacés (Chausse Trappe) ou des vitupérateurs forcenés (Noir Animal et Tom Bodlin) : il y a aussi des groupes de hardcore tendance chaos à tous les étages/attention la maison est en feu et on va tous crever.
On va donc vous parler maintenant de HEALING, un groupe dont le premier album, I Should Have Killed My Roommates, est en ligne depuis le mois de novembre 2012 ; du hardcore sombre et torturé (mais pas trop quand même) et débordant d’idées façon passe-murailles et déboulonnage à l’ancienne de vertèbres. Deux guitares qui savent donner dans le virtuose sans donner mal au cœur, une rythmique du diable et un braillard qui ne manque pas de conviction bien qu’il gagnerait sûrement à dynamiter un peu plus les règles du chant hurlé trop bien établies dans le hardcore moderne.



Malgré les inévitables références à Botch, à Converge ou à Cave-In on reconnait à Healing son petit pré carré et on apprécie beaucoup les quelques incursions en mode riffage black metal (Inlandsis, The Last Human, If Time Travel Was An Option). Un groupe à suivre, donc, par les quelques fanatiques du genre mais pas seulement : n’ayez pas trop peur de cette double pédale qui mitraille dans le noir ou de ces guitares qui multiplient les pains dans la gueule, tout ça c’est uniquement pour votre bien.
Signalons également que I Should Have Killed My Roommates est accompagné d’une nouvelle mise en ligne sur internet et que la photo en noir et blanc (hum) de l’artwork est l’œuvre du photographe et chimiste Sergueï Prokudin-Gorsky (1863 – 1944), officiellement commissionné par le Tsar Nicolas II pour mettre en images son empire alors mourant, un photographe pourtant connu et reconnu pour avoir été un pionnier de la photographie en couleurs.

Enfin, vous n’aurez pas non plus manqué de remarquer que Healing est à la recherche d’un ou plusieurs labels pour assurer la parution sur support physique de I Should Have Killed My Roommates : Maximum Douglas records – label dont s’occupe le chanteur de Healing – est sur les rangs mais une coproduction est nécessaire et plus que bienvenue en ces temps de crise économique et d’effondrement de l’ordre occidental régnant sur les cendres du monde contemporain (healing_music[arobase]hotmail[point]fr).

mardi 5 février 2013

Scorpion Violente / The Rapist




SCORPION VIOLENTE [prononcez violenté] est un autre de ces groupes de l’est, ceux là même qui prétendent passer leur temps et dépenser tout l’argent de leur RSA ou de leurs allocations chômage en enfilant des cadavres d’enfants torturés ou de femmes violées et noyés dans la rivière d’à côté puis congelés dans le grand frigo de mère grand : Scorpion Violente est membre de La Grande Triple Alliance Internationale de l’Est, comme l’atteste la présence, au dos de la pochette de The Rapist, d’une croix de Lorraine à trois branches.
The Rapist est le deuxième album de Scorpion Violente après un Uberschleiss publié fin 2010 chez Avant! records et qui avait convaincu à moitié seulement, c’est qu’on est, il est vrai, un peu difficile en ce qui concerne les objets sonores puisant leur inspiration dans les années 80 et surtout dans ce que cette période musicale là avait de plus glauque et de plus sombre – parce que les 80’s ça pouvait aussi être, rappelons-le, Kajagoogoo, Duran Duran, Thompson Twins ou Propaganda, c'est-à-dire un catalogue sans fin de bouses en plastique bariolé et dopées à la coke et à la niaiserie fluorescente. Mais ici il n’en est rien : on pensera définitivement à des trucs comme Throbbing Gristle période 20 Jazz Funk Greats, Esplendor Geometrico ou à un groupe qui a fait parler de lui bien avant, dès les années 70, c'est-à-dire le Suicide d’Alan Vega et de Martin Rev.
L’analogie avec Suicide est certes assez facile puisque Scorpion Violente est également un duo synthés/boites-à-ryhtmes/voix mais à la différence des new-yorkais, Scorpion Violente ne s’occupe pas de pervertir le rock’n’roll de papa/maman et de transformer le doo-wap ancestral en brumisateur à azote liquide mais plutôt de noyer sa cold wave synthétique et robotique sous quelques couches – bien plombées – d’un épais brouillard industriel qui ralentit chaque geste, chaque intention, chaque pensée et les transforme en cauchemar ambulant. Et encore, lorsque on parle d’« industriel », le terme est assez mal choisi (ou maladroit) parce que Scorpion Violente évoque plutôt l’engourdissement par le froid et/ou des substances vénéneuses que le fracas des machines et les perturbations de l’électricité (les entrelacs acidifiés de The Rapist, incroyable pièce maitresse du disque occupant presque toute la deuxième face du disque avec ses quelques douze minutes).
Scorpion Violente a strictement rien à voir avec un groupe de joyeux olibrius qui, faute d’idées, se retrouveraient réduits à se laisser pousser la moustache pour arriver à jouer une musique froide et mal intentionnée ; on dira même que The Rapist est un disque paradoxalement incarné, c'est-à-dire que ce l’on y entend nous importe – et nous emporte – à la fois pour le meilleur, quelque chose que l’on pourrait désigner par le terme de mélancolie, et pour le pire, quelque chose que l’on pourrait également désigner par le terme de mélancolie. Les disques qui nous confortent dans nos ambivalences et nos contradictions sont souvent les meilleurs.

[The Rapist est publié en vinyle uniquement par Teenage Menopause]

lundi 4 février 2013

Trunks - Filiamotsa / Rosemary K's Diaries Volume 3




Voici enfin le troisième volume des Rosemary K's Diaries, une série de splits 10’ imaginée par les Disques De Plomb. Après Zëro et Marvin puis Nicolas Dick et Binaire c’est donc au tour de Trunks et de Filiamotsa de se partager la galette. Comme d’habitude la présentation est soignée – de toute façon, un 10’, roi des formats vinyle toutes catégories confondues, peut-il vraiment manquer de classe ? – et l’artwork est superbe.
Commençons par la face occupée par FILIAMOTSA, groupe désormais trio (deux violons et une batterie) après avoir été duo puis quintet. On avait émis quelques doutes à propos de l’album de Filiamotsa Soufflant Rhodes et de son relatif ampoulement. Force est de constater que la formule en trio convient bien mieux à Filiamotsa, enfin débarrassé des enluminures inutiles précédemment apportées par un saxophone et un Fender Rhodes. Pourtant le groupe de base ne joue pas tout seul sur Montroyal puisqu’il y est discrètement accompagné du quatuor à cordes (?) L’Archipel Nocturne. Montroyal est un titre très exien dans l’âme (le The Ex avec Tom Cora bien sûr) mais la surprise provient du deuxième titre 4QSO sur lequel G.W. Sok vient carrément chanter en invité pour un titre une nouvelle fois enlevé et généreux. Non seulement Filiamotsa peut sur ce coup là s’enorgueillir d’être un digne descendant des hollandais mais qui plus est le groupe n’est absolument pas ridicule lorsqu’il joue avec l’un des anciens membres de The Ex (et pas des moindres).
Ce n’est peut-être pas fortuit mais Bees, le premier titre qui ouvre la face occupée par TRUNKS, lorgne également du côté de The Ex. Bees est de ces titres instrumentaux dont Trunks raffole et pour lesquels le groupe excelle, un titre servant de voie royale à Pieces Of Everywhere, une splendide (fausse) balade chantée avec moult émotions par Laetitia Shériff, dans la droite lignée des meilleurs moments du précédent album On The Roof. Dernier titre proposé par Trunks, 4E4E représente lui le côté le plus tordu du groupe et lui permet – au fil de trois compositions toutes différentes mais pourtant aussi représentatives les unes que les autres – de mettre en avant toutes ses spécificités et toute sa singularité. Vous en connaissez beaucoup, vous, des groupes comme Trunks capables de diversifier autant leur propos sans pour autant diluer leur personnalité dans l’intentionnel vaniteux et l’exercice de style ? Sonner aussi vrai mais de tant de façons différentes est un privilège qui n’est pas donné à tout le monde.



Ce Rosemary K's Diaries Volume Trois est publié en vinyle uniquement (avec coupon mp3) par Les Disques De Plomb ; le label annonce également la parution d’un nouvel album de Filiamotsa, intitulé Sentier Des Roches, pour le 15 février (en coproduction avec Whosbrain).
Enfin, Trunks et Filiamotsa seront en tournée commune à partir du 20 février et ce pour une douzaine de dates ; ne les ratez pas s’ils passent à côté de chez vous.

dimanche 3 février 2013

Comme à la télé : Lightning Bolt




Puisqu’on s’est payé Lightning Bolt à propos de Oblivion Hunter, le dernier disque en date du duo, tentons de rétablir un peu l’équilibre avec un concert enregistré en octobre 2003.



Une vidéo qui confirme évidemment que Lightning Bolt c’était mieux avant.      

samedi 2 février 2013

Robert Hampson / Répercussions




S’il y a vraiment un parcours musical atypique, c’est bien celui de ROBERT HAMPSON. Après avoir partiellement réinventé la pop psychédélique et noisy au sein de Loop – influençant ainsi des tonnes de groupes qu’au pire on qualifiera de merdiques et au mieux de shoegaze –, le musicien anglais a sombré pour notre plus grand bonheur dans la musique expérimentale. Si Main – son deuxième groupe – lui a servi de passerelle entre le monde de l’électricité et celui de la composition acousmatique, Robert Hampson vole depuis quelques années de ses propres ailes et publie dorénavant ses pièces sous son propre nom. Répercussions est son deuxième véritable album studio édité en 2012 par les Editions Mego – pour mémoire son tout premier Vectors a été publié en 2009 par Touch records.
On  ne parlera ici que de la version CD et stéréo de Répercussions ; le digipak contient en effet un DVD avec un mixage surround 5.1 mais que l’on n’a jamais pu écouter, faute de matériel adéquat. On y perd peut-être quelque chose – de la profondeur et du volume d’appréciation sur les trois pièces proposées ici – mais on s’en contentera. On s’en contentera parce qu’autant Vectors avait un côté un peu froid et rigide autant Répercussions lui est bien supérieur. Son enregistrement est bien sûr postérieur à celui de Vectors et les progrès de Robert Hampson en tant que compositeur et fin assembleur de sons sont gigantesques.
Les travaux du musicien/compositeur sont presque toujours des commandes – Répercussions a été composé pour le GRM, Groupe de Recherches Musicales, en 2011 ; De La Terre A La Lune a été commissionné par le Planétarium de Poitiers – et ont tous été créés et enregistrés au même endroit, les studios du GRM à la Maison de la Radio à Paris. Et on sent que Hampson a passé beaucoup de temps dans ce laboratoire, travaillant, peaufinant et repoussant les limites de son imagination. Ainsi le travail percussif sur Répercussions est époustouflant d’enchantement et de légèreté multidimensionnelle (même sans le son 5.1) ; les ondes « magnétiques » et les flux sonores de De La Terre A La Lune relèvent d’une magie sans cesse renouvelée et on note également un final céleste basé sur des tintements, une sorte de continuité avec Répercussions. A ce stade du disque on pense que le musicien a réussi à s’extraire des carcans stylistique propre à la musique acousmatique et qui le retenaient encore trop étroitement sur ses précédents enregistrements.
Or la véritable surprise vient avec Antarctica Ends Here (doté d’un titre sans doute volontairement à double sens) : on peut clairement identifier les premiers sons utilisés par Robert Hampson, ce sont des sons qui sont habituellement associés au Pôle Sud et à l’imagerie des grands froids et des déserts de glace (vent, cliquetis – encore – d’un attelage de traineau, etc.) or le musicien y adjoint des cordes (ou des sons en glissé persistant) et quelques notes de piano qui donnent un côté extrêmement poignant voire nostalgique à l’ensemble – du coup on penche définitivement pour que la traduction d’Antarctica Ends Here signifie en réalité quelque chose comme « c’est la fin de l’Antarctique » ou « s’en est finit de l’Antarctique ». On entend trop peu souvent des compositions réussissant le mariage de sons collectés – et identifiables – avec des sons composés et/ou interprétés. Sans doute le passé d’instrumentiste de Robert Hampson lui permet-il de joindre sans artificialité ces deux techniques/points de vue. Antarctica Ends Here semblera sans doute un peu simpliste aux ayatollahs de la musique concrète et acousmatique mais il s’agit sans nul doute d’un moment de grâce dont la brièveté (moins de dix minutes) renforce encore le caractère surnaturel et émotionnel.

vendredi 1 février 2013

JC Satàn / Faraway Land




Chez 666rpm on n’aime pas beaucoup les groupes de garage pounque noisy psyché revival de mes deux donc on va vous parler maintenant de JC SATÀN, un groupe originaire de bordeaux. On a par contre toujours adoré ce nom de JC Satan, même s’il a tendance à faire croire à la terre entière que Satan ne peut être qu’un homme – parce que JC, c’est bien pour Jean Claude, Jean Christophe ou Jean Charles, non ? – et surtout on a peut-être eu tort de laisser filer ce groupe qui va très vite en besogne (un EP, quatre splits et trois albums en trois ans à peine) alors qu’il avait bien accroché nos oreilles avec Song Of Salomon, un titre présent sur un EP compilatoire publié par Born Bad, le bien-nommé Mauvaise Graine.  Donc voilà, on a fait l’impasse sur Hell Death Samba, le deuxième album que JC Satàn a publié en 2011 chez Slovenly parce qu’on trouvait qu’il lui manquait quelque chose, sans arriver à déterminer exactement quoi, mais on va tenter de se rattraper avec ce Faraway Land, troisième album publié lui en octobre 2012.
Un disque qui commence sous les meilleurs auspices avec un Legion darkeux et noisy en diable (évidemment) et dont le final vicié par des guitares stridentes du meilleur effet et rehaussé par un trompette fantôme nous fait dire que Legion est l’une des pépites garage de l’année 2012 (oui, carrément). Mais ce Legion sombre et orageux est également le principal point faible de Faraway Land parce que son ombre maléfique plane sur tout le reste du disque, lui servant de maître étalon, faisant honteusement croire au chroniqueur que voilà un disque qui va lui remuer les tripes, lui donner mal à la tête, le faire pleurer de cette tristesse suicidaire dans laquelle il aime tant se complaire alors que, non, la vérité est beaucoup plus simple et, évidemment, tout autre.
La vérité c’est que JC Satàn est un vrai groupe de pop, une pop bien cradossée et déglinguée mais de pop quand même, parce que JC Satàn aime les mélodies, les œillades sixties, les portes de garage qui s’ouvrent sur le psychédélisme, le shoegaze mutant et tous ces trucs qui ne sont pas forcément compatibles avec l’esprit plus dépressif que l’on avait pourtant cru déceler sur Legion. Il est assez évident que Faraway Land est un bon album mais il n’a pas non plus cette force à laquelle on s’attendait. La première face du disque défile alors sans que l’on s’y retrouve vraiment – les enculeurs de licornes magiques et les coprophagistes amateurs de champignons étoilés devraient eux y trouver leur compte – et il faut attendre la seconde, bien meilleure en tous points, sauf en ce qui concerne Song, pour que les bitch vibrations de JC Satàn retrouvent ce vice fangeux et cette odeur de souffre qui fait mal, ces guitares qui tronçonnent du macchabé dans l’arrière-cour, ces voix de zombites émasculateurs (le triptyque Faraway Land 2/New Face/More Power) tout en faisant passer le songwriting pop du groupe à la vitesse supérieure (The Last Episode, presque sublime). Et ça c’est déjà pas si mal.

Faraway Land est publié en vinyle (avec coupon mp3 pour celles et ceux qui n’ont plus de platine mais qui aiment remplir leur étagères) par Teenage Menopause – un label qui vient également de publier le deuxième album de Scorpion Violente, The Rapist, un disque dont on reparlera sous peu.