mardi 3 janvier 2012

Le Dead Project / Keep On Living





Allez, encore un retardataire : cet album du Dead Project date d’avant l’été 2011 et depuis on y est revenu plusieurs fois, toujours avec un certain plaisir car Keep On Living est un disque plein d’énergie, plein de vie et respecte le quota nécessaire et suffisant de trouvailles par composition. Encore une fois, l’idée n’est pas tant d’avoir inventé le feu que de savoir s’en servir correctement.
Nos Prométhées du jour viennent de Paris et ils ont décidé de se débrouiller vraiment tout seuls : leur album est une production D.I.Y avec juste l’aide des copains de Dingleberry recordsKeep On Living sonne vraiment bien, le groupe a mis le paquet pour l’enregistrement (live et en prise directe et vraiment ça tue) et s’est payé les services d’Alan Douches pour le mastering : voilà un disque qui sonne bien comme il le faut et le hard core métallisé et chaotique du Dead Project ne s’avère que plus massif et efficace.
On apprécie tout particulièrement le début du disque avec ce Rotten Words (sans doute le meilleur titre de l’album, à égalité avec le furieux The Sound As The Wind Blows ?) et qui vous accroche immédiatement. Le Dead Project c’est un mélange de sophistication et de bourrinage bien répartis et bien placés, le groupe fouille toujours un peu plus profondément dans la bonne direction pour rendre sa musique plus accrocheuse et toujours plus vive. Built To Spill arrive immédiatement après et cette guitare jouée au bottleneck est une vraie surprise, ce titre possède une couleur particulière par rapport au neuf autres de l’album, couleur qui ne sera donc pas répétée ailleurs comme un vulgaire gimmick. Mais cela permet de comprendre un peu comment fonctionnent les guitares dans Le Dead Project : il y a de nombreux passages où elles marchent main dans la main, droit au but, direct dans la tête mais il y a aussi ces nombreux plans où l’une d’entre elles se met à tricoter dans son coin, jouant avec une certain perversité – dommage peut être que ce côté plus alambiqué n’ait pas été mis plus en avant dans le mix… mais cela permet pendant ce temps là de se focaliser davantage sur les lignes de basse de malade qui parcourent tout l’album – un mal pour un bien, donc.
Le Dead Project a essayé également de varier les voix : il y a un chant principal très bien en place, il y a deux autres chants secondaires qui l’épaulent, et on trouve aussi quelques parties où l’agressivité des voix est un peu mise en sourdine, où l’aiguille des vumètres quitte le rouge, oui appelons ça un côté plus « mélodieux » voire trop sérieusement emphatique. Certains pourraient déplorer cette diversification du chant, cette volonté de le rendre parfois plus acceptable pour le commun des oreilles – tout est relatif bien sûr –, pensant que cela va à l’encontre d’une musique au contraire constamment tendue et/ou en position de tir à boulets rouges. Il est vrai que des voix systématiquement écorchées et ne tentant pas de jouer parfois dans le registre chœurs de hooligans auraient pu convaincre encore plus (mais, cela n’empêche pas un titre tel que In And Out d’être particulièrement réussi, loin de là).
On se rend parfaitement compte que ce jeu sur la complémentarité/diversification vocale est l’une des principales marques de fabrique de la musique du Dead Project et on a fini par s’y soumettre, malgré le côté parfois systématique des alternances – peut être aurait-il tout simplement fallu, à la différence des guitares, mettre celles-ci un peu plus en retrait dans le mix ? Mais qu’importe : quand un groupe est capable de composer des brûlots tels que Keep On Living, dernier titre tellurique de l’album, on n’en attend désormais plus qu’une seule chose, qu’il aille encore plus loin dans ce sens la prochaine fois, tout en étant persuadé qu’il apprendra à utiliser et à maîtriser toujours plus ce difficile travail à base de trois chants différents.

Le Dead Project a publié son album uniquement en vinyle rouge. Il n’y a pas d’édition CD. Par contre Keep On Living est en écoute intégrale et même en téléchargement libre sur la page bandcamp du groupe. Vous y trouverez aussi la liste des principaux labels ou distros auprès de qui le disque est disponible dans sa version pour de vrai et en dur.